Citation et auteur du jour

juillet 2, 2009 by Déréglé temporel

“J’ai toujours l’impression que le livre que je suis en train de lire va bouleverser mon existence tenière.” – René Girard.

J’ai acheté mardi Les origines de la culture, d’où est issue cette citation. Le livre est présenté comme étant de René Girard, mais c’est en réalité plus compliqué que ça. Il s’agit en fait d’entretiens qu’il a accordé à deux autres intellectuels et qui visent à la fois à établir sa biographie, à exposer sa théorie maîtresse sur le “désir mimétique”, à en clarifier certains éléments et à répondre aux critiques. J’en suis au chapitre deux et je trouve la lecture accessible et intéressante, probablement la meilleure introduction que je pouvais espérer aux idées de Girard, lesquelles ne manquent pas d’être fascinantes. Je suis tenté de me précipiter dans les librairies pour faire une razzia de ses principaux livres.

Pour les amateurs de Daniel Pennac, René Girard est l’auteur de Le Bouc émissaire, que Pennac citait en entrée de Au bonheur des ogres, le premier de la série des Malaussènes.

Deux modifications à la blogoliste

juin 26, 2009 by Déréglé temporel

Je viens de procéder à deux modifications à ma blogoliste.

D’abord, l’ajout du blog “Quoi de neuf sur ma pile?“, de Gromovar. Les amateurs de lectures ont tous leur pile de livres à lire, qui s’allonge plus vite qu’ils ne peuvent la lire. Gromovar partage la sienne et livre les impressions de ses lectures. Comme toute critique, c’est bien pratique pour trouver de nouvelles lectures. Il aime la littérature de genre (sci-fi, fantastique, fantasy, polar) et n’exclut rien a priori. Il lit également beaucoup d’essais, ce qui donne lieu à ses billets les plus longs, parce que pour la fiction il vaut sans doute mieux donner un minimum de détails, mais que les idées en revanche méritent d’êtres discutées. C’est l’un des rares hommes à encore savoir ce qu’est l’idéal de “l’honnête homme”, expression qu’il affectionne. Et il offre des liens fort intéressants aux amateurs de navigation internet.

Deuxième modification, je remplace le lien vers Citanalyste, que vous connaissiez, par un lien vers Je devrais écrire. Mon ami Gabriel est l’auteur des deux blogs, ainsi que d’un blog de voyage (voyage quelque part). Intellectuel, athée, militant pédagogue (ceci compense cela), danseur, littéraire, c’est un homme fait pour que je m’entende bien avec. Quand je l’ai connu, j’avais hésité sur lequel de ses blogs mettre en lien, et j’avais finalement choisi Citanalyste, en bon amateur de citations. Finalement, comme je constate qu’il est beaucoup plus actif sur le site voué à sa procrastination littéraire que sur les autres, je préfère le mettre en référence plutôt que l’autre. Vous vous demanderez peut-être pourquoi je ne met pas les deux en liens; c’est parce que j’estime que trop de liens dilue l’impact de chacun. Je préfère en mettre un peu moins. Gabriel a sa propre blogoliste sur Je devrais écrire, où il réfère ses autres blogs.

Ah, et bien que ce ne soit pas une modification récente, je me permet de toucher un petit mot du blog radio Zvok, qui est consacré à la musique. Ou plus exactement, au plaisir de la musique. Le principe est le suivant: zvok propose un thème (Beatles, girly, dessins animés pour enfants, etc…). Les internautes choisissent des tounes en rapport avec le thème, font une reprise, l’envoient. Elle est mise en ligne accompagnée d’un petit commentaire amusant. Le talent n’est pas requis, seulement le plaisir de participer. Je trouve très plaisant de la parcourir une fois de temps en temps pour écouter différentes versions. J’ai découvert Zvok par l’entremise d’une de leurs collaboratrices, Zviane (le lien vers le blog de cette dernière se trouve sur celui de Boulet).

Décidément…

juin 20, 2009 by Déréglé temporel

La journée d’hier était très sexe, me dit mon outil statistique.

Voici quatre recherches qui ont amené des internautes ici, on se demande parfois pourquoi:

1- Punition érotique étudiante

Heu, non, j’ai pas fait ça, je n’en parle pas non plus.

2- Femmes baisées par un prètre vidéo

J’ai des vidéos, mais plus chastes que ça. Je parle aussi un peu des interdits religieux, mais je ne pense pas que ça réponde à vos besoins.
Du coup, on peut se demander si la personne qui a fait la recherche…

3- Swinger

… cherchait des Lindy Hoppers. Je parle de swing et j’ai plusieurs vidéos, bien que je privilégie le West Coast Swing pour diverses raisons déjà exposées… mais swingers, ça peut aussi vouloir dire “échangistes” et là, bien que je n’aie rien contre la pratique, je n’en touche pas un mot ici.

Reste une quatrième recherche:

4- J’aime quoi

Je n’en sais rien. Et voir cette recherche juste après les trois autres me fait m’interroger: vous aimez quoi, chers internautes? et qu’est-ce que vous trouvez ici que je ne vois pas?

Protégé : Discuter autour d’un capuccino

juin 20, 2009 by Déréglé temporel

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Les swingers sont fous

juin 18, 2009 by Déréglé temporel

Les swingers sont complètement fous.

Je ne dis pas ça pour samedi. Samedi, après Swing l’été, un petit groupe (dont votre humble serviteur) a continué la fête dans le métro. Pas de musique? pas grave, on avait nos mains pour battre la mesure. Un petit jam, un shim sham, des folies autour du poteau, une ambiance de comédie musicale, rien de tel pour se sentir heureux devant quelques badeaux héberlués*.

Mais c’est là de la folie ordinaire.

La grande folie, c’est celle de Dax Hock et Doug Stilton, grands danseurs qui, lorsqu’ils vont en vacance, en profitent pour… danser.

À preuve, ce vidéo de leurs vacances en Thaïlande:

Ils ne s’en sont pas contentés, et on a droit à un volume 2 (plus de trois fois plus long). Au menu: danse disco, west coast swing, puis retour au Lindy Hop (où l’on  voit que, sous l’eau, le Lindy semble plus approprié).

Vous savez quoi? J’aime la folie inhérente au swing.

*mes amis facebook peuvent voir l’épisode du métro en deux vidéos.

La prouesse technique de Fred Astaire

juin 13, 2009 by Déréglé temporel

Il y a quelques jours, je discutais avec ma maman des prouesses dansantes de Fred Astaire. Que je connais fort peu, dois-je avouer. Elle m’a parlé d’une stupéfiante scène où il danse sur les murs et le toit de la pièce. Avec les moyens de l’époque, c’est toute une prouesse technique. Elle ignorait la manière dont la scène avait été filmée.

J’ai retrouvé la scène en question. La voici:

Je dois avouer qu’elle est épatante. D’emblée, j’ai été convaincu d’un stratagème en trompe-l’oeil, mais il m’a fallu un bon moment pour me faire une idée du procédé exact. Le mobilier fixe était évidemment une obligation.

Ma première idée, c’était plusieurs pièces semblables décorées de façon identique, mais la plupart des transitions se font sans changement de plan. En fait, je n’ai compté que trois changements de plan dans la scène et ils ne permettent pas de transitions de gravité.

La deuxième idée que j’ai eu, c’est une caméra fixe dans une pièce tournante. En fait, si j’en crois wikipédia, je n’étais pas loin: la caméra et le caméraman son fixés dans une cage à l’intérieur d’une pièce tournante. Ce qui permet quelques mouvements de caméra, tout en la gardant relativement fixe par rapport aux mouvements de la pièce. La quasi-totalité des transitions entre le plancher, les murs ou le plafond se font par une série de mouvements qui assurent au danseur de conserver son équilibre pendant la rotation de la pièce. Pour le reste, il faut saluer le talent de l’artiste, capable de donner l’illusion de certains changement de gravité et d’en gommer d’autres. Mine de rien, la transition en 3:30 est sans doute la plus rapide et a dû être sacrément difficile à faire avec autant de naturel.

Je suis très impressionné.

Protégé : Hésitation

juin 11, 2009 by Déréglé temporel

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Les spectacles de l’ENC

juin 8, 2009 by Déréglé temporel

Je suis allé voir les deux spectacles des finissants de l’ENC, et je me suis régalé. Les critiques (et mes parents) ont préféré Rosso di Serra à Scène de Crime, mais c’est une affaire de goût, puisqu’il s’agit de deux spectacles très différents dans leurs thèmes et ambiances. C’est ce que reconnaît la critique du devoir en fin d’article. À mon avis, ils sont tous deux supérieurs à ceux de l’année dernière (pourtant très bons).

Comme c’est la tradition dans les spectacles de fin d’année à l’ENC, les spectacles sont montés par des metteurs en scène invités, les finissants font les numéros principaux, les élèves de deuxième année font les personnages de soutien tandis que les élèves de première année font l’animation avant le spectacle.

Dans cet article, j’ai mis en lien plusieurs vidéos YouTube. Il s’agit des numéros des finissants à l’épreuve synthèse, quand ils ont choisi de les rendre disponibles (et que je les ai trouvés). Ce sont ces numéros qu’on trouve dans les spectacles, mais après un travail d’adaptation destiné à les mettre en accord avec leurs scénarios respectifs. Dans les spectacles, donc, la durée du numéro, les costumes, la musique, le personnage, le ressenti peut changer radicalement. Évidemment, pour le lecteur qui passe par là, mieux vaut prévoir du le temps s’il veut les voir, parce que tous ces vidéos (de 5 à 9 minutes) mis bout-à-bout, ça fait long.

Dans Rosso di Serra, un petit théâtre est racheté par des promoteurs rapaces désireux de construire un gros complexe de “divertissement”. Le théâtre est détruit, ses artistes et ses marionnettes jetés au dépotoir. Le spectacle joue sur l’opposition entre l’art bohème (le jongleur, sur une île après la pluie) et  l’industrie du divertissement (le numéro d’échelle, transposé en promoteur toujours à la course). Il y a parfois des rencontres (entre une assistante angoissée et une brute au grand coeur venue auditionner) Ambiantes gitanes, pétillement de magie, humour et émerveillement sont au rendez-vous. Le numéro de duo-trapèze (critique ici) est toujours aussi populaire après un changement de musique très réussi. Le seul clown de la promotion est de ce spectacle au ton plus léger.

Scène de crime joue sur les stéréotypes du roman noir. Un peu comme dans Sin City, la plupart des personnages sont des criminels ou des putes. Il y a un scénario, mais il ne faut pas s’y fier. J’ai plus vu le spectacle comme une collection de scènes archétypes du genre: un couple de joueurs qui perdent leur chemise (littéralement) au casino, un homme qui se fait détrousser dans une ruelle, un interrogatoire par la police (j’ai trouvé excellente l’idée d’en faire un numéro de jonglerie), l’arrestation d’un évadé de prison amoché, la prestation d’une femme fatale, le pimp qui intimide le monde dans la rue, l’homme endeuillé seul dans son bureau (avec le fantôme du mort, auquel on a enlevé les petites ailes d’ange, pas trop en accord avec l’ambiance noire recherchée, ce qui rend en revanche un peu difficile de réaliser qu’on a affaire à un fantôme). En bout de ligne, au fil des chorégraphies, la plupart des personnages auront trouvé leur place dans le tracé à la craie du corps de la victime.

Voici pour finir un très beau main à main, très dansé, dont je ne me lasse pas. La version de l’épreuve synthèse touche à l’absurde, avec des attitudes d’animaux et d’automates, la version de Scène de Crime met en scène un couple de joueurs, donc des personnages plus définis et plus humains.  Le critique de la Presse trouve qu’il se perds dans la chorégraphie; je trouve au contraire qu’il est bien mis en valeur, les autres danseurs faisant écho au numéro.

Aah, que de belles choses on voit au cirque.

Comment se créent les minorités?

mai 31, 2009 by Déréglé temporel

Question que je me pose souvent ces derniers temps. On pense souvent en termes de “minorités” et “majorités” ces temps-ci, en oubliant que ces situations découlent de modèles historiques qui ne sont pas équivalents les uns aux autres. Mine de rien, les modèles de formation des minorités sont multiples et il est assez intéressant de les recouper et d’en méditer les implications.

Alors, elles viennent d’où, ces minorités? Petite récapitulation des processus qui peuvent mener à la création d’une minorité.

1- L’immigration: Le phénomène le plus évident. Je parle ici du déplacement de personnes ou de petits groupes, s’organisant parfois en réseaux d’immigration, pour venir s’installer dans un pays qui, à la base, n’était pas le leur. Les exemples sont trop nombreux pour les énumérer. Évidemment, il y a plusieurs types d’immigration envisageables, avec ses spécificités: économique, réfugiés, nomades, diasporas, etc…

2- La conquête: on pourra me dire qu’il s’agit d’une forme d’immigration, mais elle est assez particulière pour que j’en fasse une catégorie à part. La conquête suppose que le groupe immigrant prenne le pouvoir par la force lors de son arrivée. Comme les Barbares qui mirent fin à l’Empire romain, et qui furent longtemps minoritaires dans des pays où ils avaient pourtant le pouvoir. Comme les Anglais au Québec, ou les Français en Algérie.

3. La colonisation: Encore une fois, ça ressemble à de l’immigration, ou à une conquête. C’est les deux à la fois, mais lorsque l’intensité du phénomène est suffisante, elle permet au peuple conquérant de devenir majoritaire dans le pays conquis, surtout lorsqu’elle s’accompagne, comme c’est souvent le cas, d’une politique d’acculturation. C’est le cas pour les Chinois au Tibet, ou pour différents pays nés des colonisations européennes (en Amérique, en Océanie par exemple). Ça peut atteindre des extrémités impressionnantes: par exemple la Reconquista espagnole, réduisant d’abord les musulmans espagnols à l’état de minorité avant de les expulser définitivement entre 1609 et 1614.

Ce processus a ceci de particulier par rapport aux précédents qu’ici, la minorité ne s’est jamais déplacée.

4. Le schisme: le plus souvent, le schisme sera le produit de l’émergence d’une nouvelle religion. Il pourra en résulter une minorité, qui pourra provenir soit du noyau des schismatiques (les protestants en France), soit des quelques-uns qui ne se sont pas joints au schisme (les catholiques, disons, en Allemagne -du moins certaines régions). On pourrait rajouter dans cette catégorie les phénomènes de prosélytisme créant, par exemple, des minorités ou des majorités chrétiennes en Afrique noire ou en Asie.

5. Le traçage de frontières. Déplacez les frontières à votre convenance, vous pourrez créer des minorités et des majorités. Par exemple chez les Kurdes, ou plusieurs peuples africains. Encore faut-il tenir compte des affrontements militaires, ce qui donne une parenté entre ce processus et celui de conquête ou de colonisation. Mais ce qui fait l’originalité de la chose, c’est qu’ici les effets de majorité ou de minorités sont des trompes-l’oeil. Les Kurdes sont majoritaires sur un territoire donné, et on peut s’interroger sur la validité des frontières qui fractionne ce territoire. Pourtant, avec le temps, certaines frontières en viennent à créer leur propre raison d’être.

À première vue, je pense que ces cinq modèles doivent recouper la majorité des situations. Voyez-vous des exceptions, des modèles qui sortent de ceux décrits plus haut?

Quoi, un poème que j’aime? Impossible!

mai 26, 2009 by Déréglé temporel

J’aime assez souvent dire que je n’aime pas la poésie. Ça fait presque partie de ma réputation. J’aime assez, d’ailleurs, souligner la paradoxale laideur du mot “poète” (laideur que ne partagent ni “poésie” ni “poétesse”) en appelant ces derniers des “pouets”. Ceux qui évoquent la beauté de la poésie peuvent aussi bien m’endormir que me faire rire.

Je ne manque pas, en revanche, de souligner les nombreuses nuances et limites de mon désamour de la poésie. En fait, je n’aime pas lire de la poésie, mais j’aime bien l’entendre récitée ou chantée par des gens qui, eux, savent l’apprécier à sa juste valeur. J’adore les chansonniers, entre autre. J’aime moi-même jouer avec les mots. Je peux même aimer composer des vers, les aligner dans des strophes, à condition que ce soit sous le sceau de l’humour. Autre nuance importante: j’aimerais bien aimer la poésie. Parce qu’il y a sûrement là des trésors à découvrir. Et aussi parce que je suis snob, et qu’un snobinard qui n’aime pas la poésie, ce n’est pas crédible.

Et, dernière nuance, on finit toujours par en trouver un ou deux qui vous accroche. En voici un, de la plume d’Émile Nelligan:

VIEILLES RUES (LES)

Que vous disent les vieilles rues
Des vieilles cités ?…
Parmi les poussières accrues
De leur vétustés,
Rêvant de choses disparues,
Que vous disent les vieilles rues ?

Alors que vous y marchez tard
Pour leur rendre hommage :
- ” De plus d’une âme de vieillard
Nous sommes l’image, “
Disent-elles dans le brouillard,
Alors que vous y marchez tard.

” Comme d’anciens passants nocturnes
” Qui longent nos murs,
” En eux ayant les noires urnes
” De leurs ans impurs,
” S’en vont les Remords taciturnes
” Comme d’anciens passants nocturnes. “

Voilà ce que dans les cités
Maintes vieilles rues
Disent parmi les vétustés
Des choses accrues
Parmi vos gloires disparues,
Ô mornes et mortes cités !

Je précise en fait que j’aime bien l’ensemble, mais surtout les premières strophes. En fait, je lis ce poème avec un désintérêt croissant à chaque strophe. Mais contrairement à beaucoup d’autres, il me garde jusqu’à la fin.

Les paysages urbains, c’est souvent un moyen de venir me chercher.