Je hais ce petit objet méprisable. Sa nature profonde est d’être à la fois agressant et inefficace. Et depuis que j’ai des horaires souples, c’est encore pire. Parce que je ne l’utilise qu’occasionnellement.
Alors quoi? On a inventé le buzzer, pour qu’on sursaute. Le but c’est d’avoir un bruit violent et agressant pour être bien réveillé, et de très mauvaise humeur. Le buzzer massacre à tous les jours l’ambiance de centaines d’autobus qui convoient des néo-réveillés stressés prêts à mordre la première alerte.
Sinon, y’a toujours la musique. Ah, non, pardon, la radio, ce n’est pas tout à fait pareil. Passons sur ces gens qui dorment malgré la musique, ce n’est pas mon cas. Passons sur le fait que la plupart des radios-réveil ont un son exécrable. Mais, déjà, quand en lieu et place de musique, on se fait réveiller par un commentateur qui fait un bilan des violations des droits de l’enfance partout sur la planète, y’a comme quelque chose là-dedans qui ne donne pas envie de se lever. Mais là n’est pas la question. Même si c’est de la musique… elle a quelque chose le matin qui donne envie de briser quelque chose. Au fait, l’ironie est déconseillée aux radios qui ont l’ingrate tâche de me réveiller: la partie du cerveau qui gère l’humour n’est pas la première à s’éveiller.
Et puis il y a le snooze. 9 minutes de paix entre deux vacarmes. C’EST UN PIÈGE. Pas seulement parce que, buzzer ou pas, on prend rapidement l’habitude de “snoozer” 11 fois avant de se lever. Mais parce que la radio a beau être insupportable quand elle est constante, elle est pire quand elle est irrégulière. À chaque fois, ça fesse un peu plus. C’est la même différence que d’avoir -20ºC pendant un mois complet et avoir -5ºC un jour, -20ºC deux jour, en alternance pendant un mois. Pas le temps de s’habituer, chaque journée froide tape à plein. Ben la radio, au réveil, c’est pareil. La première fois on veut frapper la radio, la deuxième fois on veut la broyer, la troisième on veut l’anéantir, la quatrième on veut réduire en miette le meuble sur laquelle elle repose, la cinquième on pense sérieusement envoyer des lettres de menace au constructeur, etc… alors à la onzième fois, imaginez… bonjour l’ambiance dans les autobus qui rassemblent des dizaines de psychopathes en puissance…
Pour éviter le snooze, vieux truc: placer le radio-réveil loin du lit. Pour s’obliger à se lever pour l’éteindre. Je l’ai fait. J’ai constaté à quel point je sous-estimais la capacité d’un corps en état de semi-réveil à faire mécaniquement un trajet complexe en boucle, du lit au lit en passant par le snooze. Aussi mécanique qu’un simple mouvement de bras, y’a aucune différence. C’est absolument fascinant à observer, mais le sujet n’est pas en condition pour observer le phénomène…
À défaut de pouvoir réveiller sans rendre grincheux, reste une mince possibilité de s’en servir pour se réveiller à temps. Fonction pas aussi évidente qu’il n’y paraît. Deux solutions: 1) conjuguer l’usage du réveil-matin et de la volonté… mauvaise solution: encore faudrait-il se convaincre que se lever est vraiment une priorité, sans quoi une volonté de fer ne permettra jamais que l’exploit de dormir malgré le plus criard des buzzers; 2) se mentir à soi-même. Modifier l’heure du radio-réveil et se convaincre qu’on ne l’a jamais fait… prendre compte du changement d’heure au printemps, mais pas en automne. Tout pour qu’à la dernière minute, on se lève à la course… au moins une heure d’avance.