J’ai besoin d’écrire, mais je ne sais plus quoi écrire. La tournure des événements me donne envie de brailler et de vomir à la fois. Je suis à bout de nerf. Pire: je perds mes repères. J’ai été, comme toute ma génération, nourri au biberon de la démocratie et des droits de l’homme. Convaincu que j’avais des droits garantis. Et jusqu’à maintenant, le mythe avait résisté à l’expérience. Mais là, je ne sais plus. Vraiment.
Je le sais, ce désarroi n’est pas seulement le mien. Est-ce que le désarroi va casser le mouvement? je sais pas. Je ne suis pas un type représentatif. Mais moi, en tout cas, en même temps qu’il brise ma naïveté, le désarroi massacre mon cynisme. Si la peur me donne envie de fuir, c’est seulement d’une fuite en avant dont j’ai envie. Qu’est-ce qu’on a à perdre? La plupart d’entre nous sont déjà résignés à perdre la session.
Mais j’aimerais surtout ça que les choses se remettent en place. Là, toutes les structures s’effondrent, personne, ou presque, ne joue son rôle. J’aimerais qu’on revienne sur les rails.
Alors, je sais que j’ai pas ben ben de lectorat, mais, quand même: appel à tous:
Au patronat, et groupes de la société civile: allez lire l’appel à la raison de Ianik Marcil. Suivez ses conseils. Notre gouvernement est fou. Il faut le ramener à la raison, si c’est possible. Lui mettre une camisole de force, si on n’a pas le choix
Aux journalistes, chroniqueurs, éditoriales: peu importe vos préférences politiques, lâchez le morceau. Ne lancez qu’un seul message: la paix sociale, maintenant!
Aux opinioneux populistes (Gendron, Martineau, Duhaime et autres merdes du genre): je ne vous demanderai pas de dire quelque chose d’intelligent sur le sujet. Mais au moins: fermez vos yeules! C’est la meilleure aide que vous pouvez nous apporter. Pas aux étudiants: à la société québécoise entière. Ignorez le sujet devant la caméra. Si on vous demande d’écrire une chronique sur le sujet, contentez-vous de la touche “point”. Écrivez “……………………..” jusqu’à obtenir le nombre de caractères voulus.
À Pauline Marois et François Legault: on s’en fout, de vous
À Amir Khadir: Merci, t’es vraiment cool.
Aux étudiants qui ne sont pas en grève: mettez-vous en grève. Sérieusement. La fin de crise ne passe pas par l’effondrement des grévistes actuels, ça ne ferait que remettre la crise à plus tard. Mettez-vous en grève, mais pas pour les frais de scolarité. Faites-le pour la démocratie et la paix civile.
À la CLASSE:
- votre porte-parole a annoncé que vous étiez fier d’avoir accouché d’une dénonciation de la violence “nuancée” et dans le respect de vos principes de démocratie directe. Vous devriez avoir honte. Votre dénonciation est trop longue, sa “nuance” prête le flanc à la critique facile, et pour accoucher de ça, on a perdu cinq jours, où rien n’avançait, sauf les récriminations. Ce n’est pas une réussite, c’est un fiasco, la démonstration éclatante des limites de votre système de fonctionnement. Votre actuelle attitude passe le message à tout le monde que vous allez continuer à piétiner, et qu’on ne s’en va nul part. Vous aviez le leadership de la grève tant qu’il n’était pas question de négocier. Mais vos structures ne conviennent plus à la situation dès qu’il s’agit de négocier. Vous avez perdu le leadership pour cette raison. Il va falloir apporter des correctifs à ça. Votez contre vos plus radicaux, donnez plus de souplesse d’intervention à vos négociateurs.
À Gabriel Nadeau-Dubois: Démissionne. Sérieux. On t’a assez vu la face. Ça n’a rien de personnel, vraiment. J’ai une admiration sans borne pour ton calme olympien, c’est une force de caractère que j’aimerais avoir. Mais, vraiment, il faut que tu démissionnes. On n’a pas besoin de ton charisme, tu n’es qu’un porte-parole. À force de toujours ne voir que toi, les médias et le public ont des attentes que tu ne peux pas remplir, parce que tu n’es pas un chef, tu n’es qu’un porte-parole. Mais le leur dire ne suffira pas. Pour qu’ils comprennent, il faut que tu passes la main.
À Martine Desjardins et Léo Bureau-Blouin: vous, c’est bon, vous pouvez rester.
Aux policiers:
- je sais qu’on vous a demandé beaucoup d’heures supplémentaires, que vous êtes fatigués et sur les nerfs, et que votre comportement risque, pour ces raisons, d’empirer avec le temps. Je vous dirais bien d’aller prendre une sieste pendant les trois prochaines manifs, mais on m’accuserait d’être irresponsable et de vous demander de ne pas faire votre métier. Alors au moins, prenez du jus de légume: ça aide à rester éveillé et dans de bonnes dispositions; évitez le café, ça réveille, mais ça mets sur le gros nerf, et on n’a vraiment pas besoin de ça.
- mais surtout, revoyez votre mode de procédure. Arrêtez d’attaquer des milliers de manifestants à cause de dizaines de casseurs. Hier, les casseurs étaient à l’arrière de la manifs. Vous auriez pu les isoler et les arrêter sans inquiéter la très grande majorité des manifestants. Quand vous attaquez l’ensemble de la manif, c’est là qu’on est brimé dans notre droit d’expression. On est des citoyens, ne l’oubliez pas. “Protéger et servir”, c’est pour les citoyens.
- L’utilisation d’agents provocateurs: lâchez ça. Vous n’êtes pas obligé de dire qu’ils existent. Ah, ils n’existent pas? Tant mieux. Bravo. Mais sérieusement, arrêtez.
- donnez votre matricule quand on vous le demande. Quand on vous le demande la première fois. Sérieux, pas après avoir donné des coups de matraques.
Au Black Block: décrissez. On veut pas de vous. Vous êtes des parasites. Ne venez pas me dire que les parasites, c’est le gouvernement et les grosses corporations: c’est pas parce que ce sont des parasites, que vous n’en êtes pas. Vous êtes nuisibles. Vous vivez un petit trip révolutionnaire déconnecté de la réalité, et vous le vivez sur notre dos, en salissant notre réputation, en alimentant la tension et les frustrations. Vous n’aidez pas. Vous n’êtes que des parasites.
Aux manifestants pacifiques:
- Huez le Black Block quand il est là. Réservez une place sur vos pancarte pour dénoncer toute forme de violence.
- Je sais que les dérives policières vous font peur, mais évitez quand même de porter un foulard. Ça rend les membres du Black Block plus difficile à identifier, et donc ça leur donne plus de marge de manoeuvre.
- Les feux d’artifice dans les manifs de nuit, c’est joli et festif, mais c’est vraiment, vraiment, une idée stupide. Ces engins peuvent être détournés de leur vocation, et en conséquence, ça rend nerveux. On ne veut pas plus de nervosité, on en a assez comme ça. Et puis, le bruit des feux d’artifices ressemble trop à celui des fusées de la police. Hier, on a mit un temps d’hésitation aux premières fusées, parce qu’on n’était pas sûr si c’était ça ou des feux d’artifices. On a pas besoin de ce genre de confusion. Des gens se sont peut-être pris des coups de matraque à cause de ça.
- La CLASSE, la FECQ et la FEUQ ont des services d’ordre qui assurent le bon déroulement des manifs quand c’est eux qui les organisent. J’ai pas tout vérifié, mais pas mal toutes les manifs qui tournent mal sont organisées en dehors de ces trois groupes (comme hier et mardi). Si vous organisez une manif en dehors de ces cadres, prévoyez votre propre service d’ordre. Si vous ne pensez pas pouvoir le faire, invitez le service d’ordre d’une des grandes organisations et annoncez clairement avec votre événement qu’ils seront là.
- Je sais qu’on ne fait pas confiance à la police, et qu’ils ne sont pas toujours de bonne foi. Mais il faut quand même leur donner l’itinéraire des manifs. S’il y a UNE chose où ils ont raison, c’est que quand l’itinéraire est connu d’avance, c’est plus sûr pour tout le monde.
Aux juges qui accordent des injonctions: la prochaine fois que vous aurez une cause du genre, prenez donc le temps de considérer le droit des citoyens à la paix civile et l’inefficacité des injonctions, avant de balancer une nouvelle bombe au nom des droits individuels.
Aux membres du MESRQ:
- Si vous êtes aussi “socialement responsables” que vous le dites, calmez-vous le pompon avec les injonctions. Ça ne marche pas, ça mets de l’huile sur le feu, et les cours que vous obtenez sont de mauvaise qualité et se font dans une ambiance pourrie.
- Si vous êtes contre la grève, y’a un truc pour en finir: ça s’appelle la démocratie. Commencez par arrêter de faire peur à tout le monde en décrivant les assemblées étudiantes comme des séances de lynchage et d’intimidation, c’est sûr que vous allez perdre le vote si vous faites peur à ceux qui sont de votre bord. Faites votre petite campagne, réunissez votre monde, défendez votre point de vue en AGE. Et respectez le vote sans pleurnicher devant un juge, ça nous changera.
Aux recteurs et directeurs qui défient les injonctions: bravo! lâchez pas. Si on vous amène devant le juge pour outrage, dressez-vous sans honte avec la certitude du Juste, et dites bien au juge que la paix sociale vaut sans hésitation qu’on paie le prix d’une amende.
À Line Beauchamp: démissionnez. Dites que votre patron ne vous donne pas la marge de manoeuvre pour régler la crise. Dites que vous prenez vos responsabilité et que vous appelez à un changement d’attitude du gouvernement. Et démissionnez. C’est la seule manière dont vous pouvez acquérir influence et respect. Laissez Jean Charest se dépatouiller avec sa marde. Et cessez d’être la complice de ce pourri.
À Jean Charest: Un premier ministre, ça doit être au-dessus de la mêlée. Pas indifférent. Ça doit être responsable. Pas rejeter ses responsabilités sur les autres.
- Mettez Beauchamp à la porte, si elle ne démissionne pas. C’était probablement votre plan de match depuis longtemps de sacrifier ce pion: c’est le temps, là. Mettez à sa place une personne qu’on ne connaît ni d’Ève, ni d’Adam: comme ça on n’aura pas de griefs contre elle dès le départ.
- Nommez un médiateur neutre. Ça presse.
- Confiez à vos négociateurs de vrais mandats de négociation. Qu’on ait un interlocuteur en face de nous.
- Faites un moratoire sur la hausse. La société civile vous le demande déjà, vous aurez l’air d’un premier ministre à l’écoute.
- Condamnez publiquement les violences policières.
- Condamnez les injonctions.
- Lancez un appel au calme à tous les acteurs, sans discrimination aucune.
- Portez un carré rouge. ah, non, oubliez celle-là, j’aime mieux pas, dans le fond.
- Si vous ne voulez rien faire de ce que je vous suggère, lancez les élections tout de suite.
- Si vous ne voulez rien faire de ce que je vous suggère plus haut, au moins faites quelque chose!
Raz-le-bol d’avoir une larve décérébrée comme premier ministre!
