Archive de la catégorie «critiques»

Science, religion, E-T

novembre 10, 2009

Non, ce billet ne parle pas des raëliens. Il parle plutôt du film Contact avec Jodie Foster, que j’ai pu écouter pour la première fois hier à canal Z. Je voulais l’écouter surtout par curiosité, une de mes correspondante ne jurant que par ce film. Mes attentes étaient moyennes. Je me souvenais qu’il avait déçu à sa sortie. Finalement, je lui donne une note positive. L’écouter en 2009 lui donne probablement une lecture différente que le faire à sa sortie en 1997, puisque son thème principal est désormais beaucoup plus d’actualité: les relations entre science et religion. Mais s’il avait été fait aujourd’hui, il y a fort à parier que le traitement aurait été moins nuancé. La petite analyse qui suit révèle l’intrigue (faut-il encore servir ce genre d’avertissements 11 ans après la sortie du film? bon, je ne prends pas de chances).

Contact est de ce type de science-fiction qui paraît ennuyants aux amateurs exclusifs de Space-Opera à la Star War parce que l’action est lente et sert surtout à aborder des thèmes philosophiques ou des enjeux de société. C’est un assez long film, presque trois heures, qui peut se diviser en trois partie et un interlude, chaque partie abordant un thème spécifique.

Dans la première partie, on découvre une jeune et brillante scientifique qui “sacrifie” une carrière prometteuse pour travailler sur le programme SETI, la recherche d’intelligences extra-terrestres. Elle rencontre une espèce de théologien engagé (mais laïc et sans voeu de célibat) qui critique la “déification” de la technologie. À ce stade, le sujet traité est surtout le problème de la recherche fondamentale, sans gratification immédiate ni promesse de progrès dans un horizon raisonnablement proche. Elle rencontre des difficultés de financement, des bureaucrates qui lui mettent des bâtons dans les roues, parfois même pour “l’aider” (en l’incitant à employer son potentiel à une carrière plus productive). Dans cette partie, donc, la scientifique désintéressée et le religieux altruiste se rejoignent sans grandes difficultés, unis dans une quête de vérité sans compromis.

La deuxième partie commence au moment où Jodie capte un signal venu de l’espace. La dynamique change, le rythme devient un peu plus nerveux. Il faut décoder le message, certes, mais aussi prendre des décisions sur ce qu’on va en faire. La nouvelle s’étant répandue trop vite pour être étouffée, le propos de cette partie est beaucoup plus sociologique. On parle un peu de la paranoïa sécuritaire, de la politisation des enjeux… mais surtout de la religion. L’annonce des chercheurs fait bondir les religieux, bouleversés dans leurs fragiles certitudes. Quand vient le moment de choisir un ambassadeur pour représenter la Terre auprès des extraterrestres en passant dans un genre de super module intestellaire, notre scientifique se fait recaler au moment où son ex-copain religieux (sur le comité de sélection) lui pose la question qui tue: croyez-vous en Dieu. Incapable d’esquiver la question, trop honnête pour dire oui, elle est éliminée de la sélection sous prétexte que pour représenter une planète où quelque 95% des habitants ont une forme ou une autre de croyance religieuse, on ne peut pas choisir une athée. Accessoirement, ça lui sauve la vie, puisque cette deuxième partie se termine sur l’attentat à la bombe d’un fanatique chrétien (aujourd’hui on aurait choisi un fanatique musulman) contre l’engin spatial. Ici, donc, opposition du scientifique et du religieux, sur la base du système de pensée, de la méthode, des certitudes.

Interlude: on apprend que les gouvernements, prévoyants, ont eut la bonne idée de se mettre un petit trilliard de côté pour construire une autre machine spatiale (au cas où, des fois…). Jodie, cette fois, est sélectionnée. Elle se réconcilie avec son copain religieux, puis embarque dans la machine. S’ensuit une grande suite de clichés: elle est catapultée à l’autre bout de l’univers à travers un tunnel qui ressemble à ceux de Stargate, rencontre un E-T qui a prit l’apparence de son père pour lui faciliter la vie, bavarde un peu avec Daddy-E-T, se fait dire (cliché puissance 10) “vous êtes une espèce intéressante: vos-rêves-y-sont-beaux-pis-vos-cauchemars-y-sont-pas-beau”, puis est renvoyée chez elle. C’est relativement court et il n’y a pas vraiment de thème porteur, c’est pour ça que je dis que c’est un interlude. Tout l’intérêt est plutôt de préparer la suite.

Troisième partie: rentrée chez elle, elle apprend que son voyage n’a duré qu’une fraction de seconde, que sa caméra n’a enregistré que des parasites et que personne ne pense qu’elle soit réellement partie. Son récit est pris pour une hallucination. Son hypothèse d’une distorsion spatio-temporelle expliquant que 18 heures pour elle ait pu paraître une fraction de seconde pour les autres est balayée de la main et ridiculisée. Devant une commission d’enquête, elle se retrouve avec un récit sans argument et sans preuve, et se heurte à l’incrédulité des juges. Elle voit retournés contre elle tous les arguments qu’elle a avancé contre Dieu dans la deuxième partie (notamment le rasoir d’Ockham). Au pied du mur, elle reconnaît qu’ils n’ont aucune raison de la croire, mais refuse de se rétracter, arguant de la valeur que l’expérience a eu pour elle. Elle se retrouve, en pratique, dans la situation d’une personne qui prétend avoir eu une révélation divine de nos jours. Le comportement qu’elle adopte (reconnaître qu’il est normal qu’elle ne soit pas cru, mais persister dans sa position) est certainement la posture que le scénariste veut nous présenter comme exemplaire. À cette occasion, c’est évidemment pour elle le moment de se rapprocher de son amoureux religieux, qui, pas mesquin, se garde bien de lui sortir un truc du genre “je te l’avais dit” ou pis.

Cette partie se termine sur une subtile prise de position en faveurs de la science: une dame au gouvernement remarque que, bien que la caméra du voyage n’a enregistré que des parasites, elle a enregistré 18 heures de parasites… le scénariste a soigneusement relégué cet élément à la fin pour confronter son personnage, ignorante de la preuve, à la position des religieux, mais cet élément ramène la démarche scientifique à l’avant-plan. Accessoirement, il permet aussi de préparer la happy-end: La scientifique, en charge de gros budgets de recherches, prenant le temps de faire une visite guidée de ses installation à des enfants, leur enseignant les vertus du doute, un doute que de toute évidence elle vit sereinement.

Love N’Dancing: les danses

novembre 8, 2009

Sur une impulsion, j’ai eu l’idée d’aller voir sur YouTube pour voir si les scènes de danse de Love N’Dancing étaient déjà accessibles. C’est le cas, du moins pour certaines d’entre elles. Vu que l’intérêt du scénario est à peu près inexistant, on pourra bientôt s’épargner la peine de le voir et se contenter des morceaux visuels.

Le principal blog disponible fait 8 minutes et constitue également le plus gros morceau de danse du film, la compétition de la fin. Il comprend cinq chorégraphies. Les quatre premières sont assurées par des célébrités du milieu:

1. Jordan Frisbee et Tatiana Mollman

2. Benji Schwimmer et Heidi Groskreutz

3. Markus Smith et Deonna Ball

4. Parker Dearborn et Jessica Cox (ma préféré dans le lot)

Quand à la cinquième chorégraphie, elle est assurée par les héros du film.

J’ai aussi trouvé cette scène dans laquelle le héros et sa première partenaire de danse font une performance dans une école, ce qui convainc l’héroïne de prendre des cours. Et surtout la très étrange scène de Lindy Hop mettant notamment en scène Ben Morris et Carla Heiney. Étrange parce que la musique sur laquelle on les voit danser n’a rien à voir avec du swing; encore plus étrange quand on voit une scène plus tard dans le film, qui ressemble beaucoup à celle-ci, mais qui met en scène du West Coast Swing… avec une musique swing en fond! le monde à l’envers. Est-ce que le monteur s’est mélangé dans les scènes?

Edit: ajout des pages wikipédia de Benji Schwimmer et Heidi Groskreutz

Zombiland

octobre 19, 2009

J’avoue avoir à demi succombé à la mode zombi qui sévit actuellement. Fascinante mode, qui multiplient des tonnes d’histoire qui se ressemblent toutes (il doit y avoir deux ou trois canevas au total, pour des dizaines de films et livres).  Très logiquement, je suis donc allé voir Zombiland dernièrement.

Curieusement, j’ai vu assez peu de films de zombis. Aucun Romero ( ou alors j’ai oublié), à l’exception (qui n’en est pas une) du remake de la Nuit des Morts-Vivants, dont je pense que le scénario (et la qualité!) a été altérée par rapport à l’original. Je n’ai pas vu le Braindead de Peter Jackson non plus. La plupart des classiques de série Z manquent aussi à ma culture. Alors qu’est-ce que j’ai vu? le premier est déjà mentionné. J’ai vu aussi le premier Resident Evil, Planet Terror, 28 jours plus tard et la parodie Shaun of the Dead. Ce qui m’a amené au sous-genre zombifique, c’est d’abord les comics de Kirkman: Marvel Zombis, à saveur de demie-parodie, mais surtout l’excellent Walking Dead, véritable quintessence du genre. Ça suffit amplement pour assimiler les codes du genre.

Zombiland se situe dans les influences actuelles du genre zombi: d’une part, les zombis rapides, façon 28 jours plus tard, qui sprintent au lieu de traînasser des pieds et de se laisser contourner facilement; d’autre part, l’influence (quelque peu décalée) de Max Brooks, auteur du Guide de Survie en territoire zombi, qui réfléchi avec humour à ce qui fait la différence entre une collation pour cadavre ambulant et un survivant. Le héros de Zombiland a sa propre liste de règles à respecter, dont la première est toute simple: avoir un bon cardio.

C’est une comédie horrifique, dont le ton parodique est moins drôle et moins systématique que celui de Shaun of the Dead, avec en revanche plus d’action et de gore. La cause de l’épidémie est ridiculisée au détour de deux phrases, les premières manifestations des cadavres ambulants sont survolées pour concentrer l’action  sur la période post-apocalypse, un détour par Hollywood permet de mettre en scène quelques zombis colorés. Quelques poncifs sont détournés de leur finalité habituelle, quelques autres sont (malheureusement? heureusement?) absents. La meilleure trouvaille demeure encore les règles de survie du personnage principal, qu’on veille à souligner à grands traits à chaque application (il y en a 32 en tout, mais on ne les verra pas toutes). Les personnages sont corrects sans être inoubliables.

Conclusion? Un bon moment sans vraiment de souvenirs impérissables.

Les mémoires d’André Antonikas

octobre 13, 2009

Deux événements, cet été, ont réveillé mon intérêt endormi pour les uchronies: une discussion avec Lachésis, du blog des araignées et des humains, sur les définitions comparées de l’uchronie et du steampunk et la parution, dans le Solaris no171, d’une nouvelle d’Alain Bergeron Les Ors blancs qui fait suite à la très lointaine nouvelle qu’il avait publié dans le Solaris no107 en 1993, Le huitième registre (et republié dans l’anthologie Les Horizons divergents en 1999, où je l’ai lue).

Je ne me souviens plus bien laquelle fut ma première uchronie, du Huitième registre ou de Chronoreg de Daniel Sernine. Je crois bien que c’est la nouvelle d’Alain Bergeron.

Quoiqu’il en soit, je suis certain de ce que j’affirme dans ma discussion avec Lachésis. La définition qu’elle donne du Steampunk est en fait celle des uchronies, soit:

partir d’une période historique et réécrire l’histoire d’une façon qui diverge de la réalité

Petite erreur bien pardonnable pour un blog de qualité qu’on aimerait bien voir mis à jour plus souvent. Quoiqu’il en soit, la parution des Ors blancs me permet de revenir sur le Huitième registre, une nouvelle d’une quarantaine de pages construite de manière à placer le concept de l’uchronie au coeur même de l’intrigue.

L’univers que nous présente Bergeron est sensiblement différent du nôtre. La technologie est moins avancée, l’Amérique ne s’appelle pas Amérique et sa découverte ne date que de 1809, et le monde est partagé entre deux grands empires, l’un byzantin et l’autre chinois. Et à Mont-Boréal, se réunit un grand synode où les théologiens du monde byzantin discuteront de la doctrine officielle, mais désormais contestée, du monochronisme: façon de dire le déterminisme, en vertu duquel il n’y a qu’une ligne temporelle. André Antonikas, qui achève tout juste  ses études, sera plongé dans ce synode où les intrigues politiques se mêlent à la philosophie. Le récit que nous lisons est celui qu’il écrit à la fin de sa vie, retrouvé après sa mort.

Le Huitième registre est certainement l’un des textes que je recommanderais à quiconque voudrais s’initier au genre de l’uchronie. Malheureusement, entre une revue dont la parution est déjà bien lointaine et une anthologie qui remonte elle-même à dix ans, elle risque d’être difficile à trouver pour l’amateur.

Les Ors blancs est une surprise, puisque rien ne laissait présager la publication d’une suite au Huitième registre. Ce dût être une surprise aussi pour les “archéologues” qui découvrirent ce nouveau fragment des mémoires d’Antonikas. Au début de la nouvelle, une note en bas de page le reflète bien, dont je reproduis ici une partie:

Avertissement: Depuis quelques années, la découverte de nouveaux fragments des Mémoires d’André Antonikas ne manque jamais de susciter engouements autant que controverses au sein des cénacles du savoir. [...] Sans commettre l’imprudence de prendre parti en cette matière, nous osons néanmoins attirer l’attention du lecteur sur le fait qu’ “Ors Blancs” partage avec “Le huitième registre” de nombreux attributs de style et de composition, attributs qui accusent chez l’auteur des pages présentées ici – qui qu’il soit – une indiscutable familiarité avec les maniérismes d’écriture d’André Antonikas. Nous donnerons pour exemples la tendance soutenue et quelque peu irritante du narrateur à s’apitoyer sur lui-même, de même qu’une propension des plus vaniteuses à s’ingérer dans la résolution de mystères de nature criminelle.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Bergeron ne manque pas d’humour ni d’ironie!

Les Ors blancs est une nouvelle de 27 pages, fort plaisante, quoiqu’un peu moins bonne que le Huitième registre, selon mon goût. Ici aussi, il y a intrigue politique. Ici aussi, il y a discussion des variations de l’histoire. Mais ici, les deux ne sont pas directement liés. Et un autre propos s’y retrouve, celui-là esthétique, plus ou moins directement lié à l’incertitude du temps, qui donne à la nouvelle son corps et son titre. Les Ors blancs sont la forme d’art pratiquée dans la ville où se trouve le frère Antonikas lors de son récit. Ils consistent à représenter un lieu, mais en le transformant quelque peu pour le rendre “plus vrai”. Notons que, d’une manière générale, cette seconde nouvelle s’avère d’une écriture moins précise que la première, et qu’il est plus difficile de s’y retrouver dans toutes les transpositions. Mais ce n’est qu’un détail, et on apprécie de voir se révéler au fil des pages un autre aspect de l’univers improbable (le mot n’est pas choisi au hasard) d’Antonikas.

Et si on pouvait profiter de quelque nouvelle révélation par un nouveau fragment, on serait volontiers preneur.

Les fous qui jouaient aux échecs

septembre 17, 2009

J’ai acheté hier le roman noir 5150 rue des Ormes, de Patrick Sénécal, qui va d’ailleurs bientôt faire l’objet d’une adaptation au cinéma (mais ce n’est pas pour ça que je l’ai acheté). Je pensais lire ce roman de 367 pages en quelques jours. Je l’ai lu d’une traite, en quelques heures, chose qui ne m’était pas arrivée depuis longtemps.

Pour ceux qui ne sont pas très familiers avec les catégorisations littéraires, je rappelle que le roman noir est plus ou moins au roman policier ce que le roman d’horreur est au fantastique. En fait, le roman noir s’intéresse davantage aux criminels et aux victimes qu’aux policiers qui mènent l’enquête (cf wikipédia, je mets le lien anglais parce que l’article francophone actuel est pire que médiocre), ce qui le rapproche très souvent du thriller. Entrer dans la peau des criminels les plus immondes, ou de leurs victimes au pire moment du drame, c’est ce que préfère les auteurs de ce genre, ce qui fait que la distinction avec l’horreur est très ténue et ne tient généralement qu’à l’absence d’éléments fantastiques. Le public pour les deux genre est d’ailleurs sensiblement le même et les confusions sont fréquentes, notamment dans les librairies (où on les range sur les mêmes tablettes) et au cinéma (où l’adjectif “noir” est rarement utilisé).

Le paragraphe qui suit révèle des détail de l’intrigue, mais je fais en sorte que ça soit très léger et supportable; à vous de voir si vous voulez le lire ou passer au suivant. C’est l’histoire d’un gars malchanceux. D’ailleurs il croise un chat noir au début, alors… il se prend une débarque de son bicycle et sonne à la maison la plus proche (le 5150 rue des Ormes, vous avez bien deviné – c’que vous êtes doués!) pour appeler un taxi. Manque de bol, la maison est habitée par un psychopathe, et il voit sa victime. Un autre psychopathe l’aurait tué sur place, mais là (mais est-ce de la chance), il se trouve que celui-ci (répondant au banal nom de Jacques Beaulieu) agit toujours au nom de la Justice, et il se rend bien compte que notre gars – il s’appelle Yannick Bérubé – est victime des circonstances et que ce serait injuste de le tuer, alors il se “contente” de le séquestrer. Il essaie même de lui rendre le séjour “agréable” en l’intégrant à la vie de famille. On fait donc connaissance de sa femme, Maude, folle de Dieu qui s’efforce de réfléchir le moins possible par elle-même et ses deux filles: Michèle, une ado encore plus dangereuse que son père (notamment parce qu’elle est plus lucide) et Anne, une fillette de dix ans à peu près aussi allumée qu’un zombi en état de choc. Petit à petit, on commence à cerner la folie de Beaulieu. Non seulement ce gars-là est un Juste, mais il en a la preuve: échecs, où il joue toujours avec les blancs, il n’a jamais perdu. Jamais. Mais comme son prisonnier n’est pas d’accord avec lui sur sa conception de la justice, il lui propose un marché: le jour où il gagnera une partie d’échecs contre lui, il le laissera partir. Et Yannick voit ses talents de joueurs croître aussi vite que sa raison vacille.

Pas d’inquiétude à avoir, il n’y a aucun besoin de bien connaître les échecs pour bien apprécier ce roman. Par là, Sénécal fait la démonstration qu’on peut parfaitement écrire sur un sujet qu’on ne connaît pas. Il fait aussi la même démonstration concernant le meurtre et la folie.

Le sujet ici n’est pas le jeu, on s’en doute bien, mais de voir Yannick en mode survie. Dans le roman noir comme dans l’horreur, la tentation est grande de tomber complaisamment dans le gore et la boucherie. Sénécal évite très bien l’écueil, sans évacuer l’horreur, omniprésente. Elle n’en a que plus d’impact.

Les bons films de danse

août 27, 2009

Après le billet que j’ai réservé à Love’N Dancing, je me suis demandé quels étaient les bons films de danse. Dans ce genre particulier, qui tendent à avoir tous le même scénario, parce que tout ce qu’on demande au scénario est de lier les scènes de danse entre elles, quels sont les films qui se distinguent?

Passons rapidement sur les classiques. Dirty Dancing est le stéréotype absolu des films de danse, avec la fille de bonne famille oisive qui s’éprend de son professeur de danse de basse extraction. On y échappe toutefois à quelques détails, notamment les compétitions de haut niveau et l’apprentissage à une vitesse extravagante. Flash Dance est l’autre grand stéréotype du genre, où la danse est à la fois passion et rêve, en opposition à un travail routinier et dur, et où elle sert à s’extraire d’une condition difficile, tout le scénario tendant vers l’audition finale.

Footloose propose un scénario plus original, mettant en scène une petite municipalité qui a interdit la danse et le Rock & Roll pour des raisons religieuses, et où Kevin Bacon entreprend de faire abolir le règlement en question. Mais on est encore assez loin du grand film.

Shall we danse est d’abord un film japonais sans grandes prétentions, mais filmé et joué tout en sensibilité. La danse y est, pour deux des principaux protagonistes, le moyen (un peu honteux) de s’évader d’un travail routinier, dans une société hantée par la peur du ridicule. Mais les enjeux sont multiples, pour chacun des personnages. L’adaptation américaine fut plutôt une bonne surprise, ne dérogeant au scénario que lorsque c’était strictement nécessaire, notamment pour changer certains enjeux présentés dans la version japonaise qui n’étaient pas pertinents dans le contexte de la société américaine. Par exemple, là où un personnage s’interroge sur des questions de galanterie dans la version originale, son équivalent américain se questionne sur le surentraînement.

Swing Kids est définitivement un film de danse, mais il est définitivement plus que ça aussi. On dépeint la jeunesse allemande au temps du nazisme, entichée d’une musique et d’une danse afro-américaines, dont plusieurs des grands musiciens sont des juifs. Les Swing Kids sont persécutés par les autorités nazis, qui tentent de valoriser danse et musique traditionnelle de la société allemande.

Mon film de danse préféré demeure The Tango Lesson, de Sally Potter. Cette autofiction n’est toutefois pas bien éloignée des stéréotypes habituels des films de danse, mettant en scène la relation houleuse entre Sally et son professeur de tango, Pablo Veron. Il y a toutefois rupture dans la relation prof-élève puisque Sally, loin des stéréotypes habituels de jolies poupées, est une femme dotée d’une très forte personnalité, réalisatrice charismatique; quant à Pablo, il rêve de faire du cinéma. Des dialogues en trois langues (anglais, prédominant; français, occasionnel; espagnol) et une réalisation principalement en noir et blanc, avec un souci esthétique constant. Un jeu passionné, tout en retenu, une musique superbement utilisée. Et les scènes de danse! Trippantes.

Un peu de claquette vient mettre de la diversité au milieu du tango. La dernière scène de tango est une vrai pièce d’anthologie:

Quels sont les films de danse qui vous ont marqué?

L’art de l’adaptation

août 20, 2009

Neil Gaiman est un auteur atypique de bien des manières. Quand un scénariste est venu le voir avec le script de l’adaptation de Coraline, il lui aurait répondu: “Tu es trop proche de l’histoire du livre. Réécris-le en prenant plus de libertés.” Nous sommes à des milliers d’années-lumières de l’attitude typique du romancier qui, à sa place, aurait poussé un soupir de soulagement en voyant qu’on n’avait pas dénaturé son oeuvre. Gaiman, lui, préfère que l’adaptation soit franche, et que l’auteur du film s’approprie son oeuvre.

Le résultat ne va pas lui donner tort. Coraline est très proche du roman, mais s’en distingue assez bien pour gagner en fluidité et mettre en valeur son imagination. Après tout, pour un roman aussi imaginatif, aurait-il été approprié de faire un film qui y colle sans imagination? Aussi voit-on apparaître, en particulier, un personnage, Whyborn, qui n’existait pas dans le roman, et qui donne à Coraline un interlocuteur de son âge.

Parlant d’âge, celui de Coraline est davantage mis en valeur ici que dans le livre. Dans ce dernier, on pouvait presque faire abstraction de l’âge du personnage principal. Dans le film, l’animateur met un soin particulier à donner à son personnage une gestuelle de gamine, très à propos. Autre différence dans l’ambiance, le film met davantage l’accent sur le merveilleux, en particulier dans la première moitié du film, alors que le livre était un peu plus sombre, plus sinistre et grinçant. C’est un peu, en somme, l’autre côté de la médaille de cette histoire.

L’animation, quant à elle, est superbe. Ajoutez-y une histoire qui en vaut la peine, et vous avez un divertissement plus qu’honorable. Cette adaptation passe parfaitement l’examen, mieux que tant de profanations de l’oeuvre originale que nous a servi Hollywood, bien sûr, mais bien mieux aussi que tous ces films trop respectueux de ladite oeuvre originale.

Un ange dans la rue

août 6, 2009

Aujourd’hui on parle de Gueule d’Ange, roman de Jacques Bissonnette paru aux éditions Alire. On y retrouve son policier fétiche, Julien Stifer, mais pas dans le premier rôle.

Je l’ai acheté parce que, de toute évidence, je suis dans une période polar. Sinon, bah… parce que l’héroïne s’appelle Anémone, et que je trouve ça jolie. Elle est diplômée en criminalité juvénile, et elle a bénéficié d’une nouvelle politique du service de police pour entrer aux homicides, s’attirant ainsi l’hostilité de ses collègues qui ont tous trimé de longues années pour arriver là. Ça aussi, le débutant qui fait son expérience et l’intégration dans un nouveau milieu, ce sont des thèmes qui viennent me chercher.

Tout commence par le banal meurtre d’une prostituée adolescente dans un parc. Anémone va assister le lieutenant Stifer, lequel est toujours très affecté lorsque des adolescentes se font tuer. Liée à l’enquête, la disparition d’une amie de l’adolescente, une fille surnommée Gueule d’Ange, fugueuse depuis peu, vivant dans la rue.

C’est donc une exploration du monde de la rue que propose ce roman. Le lecteur suit les policiers de squat en squat, interrogeant les travailleurs sociaux, les prostitutées, les drogués et les mendiants pour dénouer les fils de l’affaire et retrouver Gueule d’Ange. L’affaire n’est pas facile, et ils rencontrent surtout l’hostilité des jeunes des rues, le mutisme des travailleurs sociaux, l’exaspération des “honnêtes gens” qui voudraient bien vivre débarrasssés de la “racaille”. Mais Bissonnette ne se borne pas à cela, et on a droit à une intrigue qui n’a rien de banale, et se mêle d’exotisme.

Accessoirement, il y a aussi une pirate informatique dans l’histoire, un personnage-type devenu aussi courant et banal dans les polars qu’un commissaire de police.

Voilà une histoire plutôt attrayante, un scénario assez original pour ne pas tomber dans la simples “chronique de la rue”. Le style, toutefois, est plutôt terne. Efficace, dans le sens où l’histoire est claire et se suit sans difficultés, mais il manque de souffle, de ce petit quelque chose qui fait décoller l’émotion et embarquer le lecteur dans l’histoire. Les personnages secondaires sont parfois un tantinet trop caricatureux, mais les personnages principaux, en revanche, sont assez forts pour soutenir le récit. Anémone tient ses promesses, l’auteur a bien su mêler en elle l’intelligence et le talent, d’une part, mais les erreurs de l’inexpérience, d’autre part. Stifer laisse deviner sa complexité à travers ses actes plus que ses paroles. Quant à Gueule d’Ange, c’est la bonne surprise du roman, un personnage véritablement charismatique malgré son jeune âge.

Dernière, mais non la moindre, des qualités de ce roman, c’est de nous réserver à intervale régulier des petits chocs, le genre qui doivent faire parti du quotidien des policiers, et qui rendent le métier difficile pour le morale. Des petites horreurs qui s’accumulent.

Les contes dans tous leurs états (2): Règlement de Contes

août 5, 2009

Après le billet sur Garulfo, voici une autre BD, beaucoup moins connue, qui fait de la relecture de contes, cette fois sous l’angle western. Là où Garulfo s’éclate dans une multitudes de références aux contes connues en gardant une trame qui rappelle n’importe quel conte, mais aucun en particulier, dans Règlement de Contes les contes sont bien identifiée, et leur trame est conservée… seulement énormément complexifiée. De quels contes parle-t-on? Il y en a quatre, mais il s’agit principalement du Petit Chaperon rouge et des Trois petits cochons. Exit donc les princesses, on passe au grand méchant loup.

Il s’agit de l’une des meilleures séries que j’ai lu au courant des cinq dernières années. La plume du scénariste est alerte (on en parle plus loin), la relecture des contes est brillante et les dessins sont excellents. Chose qui ne gâche rien, la série est arrivée à son terme, donc pas de longue attente pour le tome suivant et pas d’angoisse sur la possibilité que ce dernier ne sorte jamais.

La structure de la série est de 2+2. Deux histoires de deux tomes, liées entre elles mais qui peuvent se lire dans le désordre. Les deux premiers  tomes racontent plutôt une histoire de chaperon rouge. Quelque part dans le Far West, Pigstown est dirigée par trois frères, trois véritables cochons: un maire ambitieux, autoritaire et cruel, un shériff ivrogne et une petite tête brûlée à la gachette trop facile. Dans la région, rôdent trois loups en chasse, menaçant la population. Voilà la situation quand une jolie fille vêtue de rouge arrive en ville pour rendre visite à sa grand-mère. Elle s’y fait courtiser par un chasseur, un homme qui a déjà tué sa part de loups.

Si le scénario suit, dans les grandes lignes, et avec l’ajout des trois cochons, la trame du petit chaperon rouge, c’est pour mieux en brouiller les repères moraux. De fait, sur ce plan, on est plus près du western à la Sergio Leone, où même les héros ont leur part d’ombre, que du conte moralisateur. Entrent d’ailleurs en jeu certains enjeux typiques des westerns, comme le tracé des chemins de fer.

La deuxième histoire nous fait remonter le fil du temps. Exit le petit chaperon rouge, on se plonge à l’époque où les trois cochons étaient encore petits. Venus du nouveau monde pour chercher la liberté dans un Far West où ils ne seraient plus considérés par les humains comme des repas sur pattes, un groupe de cochons suivent leur pasteur pour fonder Pigstown, LEUR ville. Parmi eux, trois frères. Mais la venue des cochons va déranger les premiers occupants du territoire, les loups. Quelques-uns dans les deux camps chercheront bien un terrain d’entente, mais peuvent-ils lutter contre l’escalade de la violence? On l’aura compris, la relecture du conte est ici doublée d’une autre relecture, celle de l’histoire américaine, replaçant les humains dans le rôle des Américains, les loups dans le rôle des Amérindiens et les cochons dans le rôle des Irlandais (bien qu’il y ait tout de même présence anecdotique d’humains irlandais et amérindiens). Cette distribution des rôles aide le scénariste dans le travail entrepris de brouiller les repères moraux standards, qu’on avait déjà vu dans les deux premiers tomes. Les significations respectives des maisons de paille, de bois et de pierre en sont particulièrement affectées. Par ailleurs, cette histoire jette un éclairage nouveau sur ceux des personnages qui se retrouvent, plus vieux, dans l’histoire du chaperon rouge. Ils y acquièrent une profondeur nouvelle. Et on constate que le petit chaperon rouge s’est retrouvée mêlée à un drame qui avait commencé bien avant sa venue à Pigstown.

Regarder danser, puis danser…

juillet 30, 2009

Samedi dernier j’ai assisté à une projection spéciale. Le studio DanceConmigo, où je prends mes cours de tango et où je vais à l’occasion pratiquer mon West Coast Swing, avait en effet obtenu la permission de projeter le film “Love’N Dancing” avant sa sortie officielle. La séance de cinéma était suivie d’une séance de danse. Le film étant centré sur l’univers du West Coast Swing, cette dernière danse était à l’honneur au cours de la soirée, mais histoire de ne pas limiter le public (c’est une danse qui a encore assez peu d’adeptes), la soirée mélangeait allègrement les danses, WCS, salsa et autres danses latines, tango…

Mais parlons du film.

Soyons clair: quand vous avez vu le titre, vous connaissez l’histoire. Vous voulez quand même un résumé? Ok. Elle est institutrice. Lui c’est un ancien chamption de WCS, mais il a renoncé à la compétition, se contente de donner des cours. Elle s’inscrit avec son fiancé pour des cours de danse en vue du mariage. Son fiancé est un gros con qui ne pense qu’à sa carrière. Bon, voilà, vous pouvez déduire le reste.

Elle va apprendre le pas de base en 30 secondes (cela en a fait pouffer quelques-uns dans l’assistance). En quelques semaines, elle va être assez douée pour qu’il lui demande de faire de la compétition avec lui. En quelques mois, ils montent sur le podium du championnat américain. Un vrai conte de fée, l’inventivité en moins. Remarquez, quelques répliques semblent avoir touché une corde sensible chez quelques danseurs de l’assistance, notamment ceux qui, avoir avoir eu la morsure, ont réorganisé tout leur horaire de travail pour pouvoir danser plus et mieux. Il y a ici et là des détails dans lesquels la plupart des danseurs peuvent se reconnaître. Mais ça n’excuse pas vraiment un scénario aussi mauvais.

Reste la danse. Parce comme dans tout film de danse, l’intérêt réside moins dans le scénario que dans les chorégraphies, celui-là n’étant qu’un prétexte à introduire celles-ci. Et là, il n’y a pas à se plaindre. L’acteur principal est lui-même un danseur, pas professionnel, mais convainquant. Et le scénario est tellement minimaliste qu’il y a toute la place pour truffer le film de scènes qui mettent en vedette le gratin du WCS. J’ai ainsi repéré Kyle Redd & Sarah Van Drake, Arjay Centeno & Melissa Rutz, John Lindo (je n’ai pas reconnu sa partenaire), Markus Smith & Deonna Ball, Parker Dearborn & Jessica Cox, Tatiana Mollman et Jordan Frisbee. J’étais loin du compte. Alain, qui organisait la projection, a envoyé la liste des danseurs qui font une apparition:

Robert Royston • Nicola Royston • Benji Schwimmer • Heidi Groskreutz • Jordan Frisbee • Tatiana Mollmann • Parker Dearborn • Jessica Cox • Kyle Redd • Sarah Vann Drake • Marcus Smith • Deonna Ball • Arjay Centeno • Melissa Rutz • Ronnie DeBenedetta • Brandi Tobias • Ben Morris • Carla Heiney • Laureen Baldovi • John Lindo • Michael Kiehm • Dawn Kiehm • Bill Cameron

Je m’étonne et m’en veut presque d’avoir raté Ben Morris. Je regrette un peu aussi d’avoir manqué Carla Heiney et Bill Cameron. Il était peut-être dans les couples dansant le Lindy au début du film, je n’y avais pas prêté attention. Anyway.

Un film à voir pour le West Coast Swing, et seulement pour ça.

Quant à l’idée d’une projection suivie d’une soirée de danse, elle était excellente! Vous savez l’état semi-léthargique dans lequel on se trouve souvent à la fin d’un visionnement? Quel meilleur moyen de le secouer? Et des soirées qui mélangent les genres de danse, il en faudrait plus. C’est amusant de passer d’une danse qu’on connaît bien (le WCS) à une danse où on débute (le tango) pour ensuite faire semblant qu’on sait en danser une autre (la salsa) pour revenir ensuite a une danse bien maîtrisée (le WCS) avec une fille qui n’y connaît rien, mais pleine de bonne volonté.

Occasion aussi pour moi de voir à quoi ressemble une rueda, forme de salsa dansée en cercle où les figures se terminent par un changement de partenaire. Je ne trippe pas trop salsa, mais la rueda a l’air d’être un vrai plaisir.

Bande-annonce du film: