Archive de la catégorie «Films»

Science, religion, E-T

novembre 10, 2009

Non, ce billet ne parle pas des raëliens. Il parle plutôt du film Contact avec Jodie Foster, que j’ai pu écouter pour la première fois hier à canal Z. Je voulais l’écouter surtout par curiosité, une de mes correspondante ne jurant que par ce film. Mes attentes étaient moyennes. Je me souvenais qu’il avait déçu à sa sortie. Finalement, je lui donne une note positive. L’écouter en 2009 lui donne probablement une lecture différente que le faire à sa sortie en 1997, puisque son thème principal est désormais beaucoup plus d’actualité: les relations entre science et religion. Mais s’il avait été fait aujourd’hui, il y a fort à parier que le traitement aurait été moins nuancé. La petite analyse qui suit révèle l’intrigue (faut-il encore servir ce genre d’avertissements 11 ans après la sortie du film? bon, je ne prends pas de chances).

Contact est de ce type de science-fiction qui paraît ennuyants aux amateurs exclusifs de Space-Opera à la Star War parce que l’action est lente et sert surtout à aborder des thèmes philosophiques ou des enjeux de société. C’est un assez long film, presque trois heures, qui peut se diviser en trois partie et un interlude, chaque partie abordant un thème spécifique.

Dans la première partie, on découvre une jeune et brillante scientifique qui “sacrifie” une carrière prometteuse pour travailler sur le programme SETI, la recherche d’intelligences extra-terrestres. Elle rencontre une espèce de théologien engagé (mais laïc et sans voeu de célibat) qui critique la “déification” de la technologie. À ce stade, le sujet traité est surtout le problème de la recherche fondamentale, sans gratification immédiate ni promesse de progrès dans un horizon raisonnablement proche. Elle rencontre des difficultés de financement, des bureaucrates qui lui mettent des bâtons dans les roues, parfois même pour “l’aider” (en l’incitant à employer son potentiel à une carrière plus productive). Dans cette partie, donc, la scientifique désintéressée et le religieux altruiste se rejoignent sans grandes difficultés, unis dans une quête de vérité sans compromis.

La deuxième partie commence au moment où Jodie capte un signal venu de l’espace. La dynamique change, le rythme devient un peu plus nerveux. Il faut décoder le message, certes, mais aussi prendre des décisions sur ce qu’on va en faire. La nouvelle s’étant répandue trop vite pour être étouffée, le propos de cette partie est beaucoup plus sociologique. On parle un peu de la paranoïa sécuritaire, de la politisation des enjeux… mais surtout de la religion. L’annonce des chercheurs fait bondir les religieux, bouleversés dans leurs fragiles certitudes. Quand vient le moment de choisir un ambassadeur pour représenter la Terre auprès des extraterrestres en passant dans un genre de super module intestellaire, notre scientifique se fait recaler au moment où son ex-copain religieux (sur le comité de sélection) lui pose la question qui tue: croyez-vous en Dieu. Incapable d’esquiver la question, trop honnête pour dire oui, elle est éliminée de la sélection sous prétexte que pour représenter une planète où quelque 95% des habitants ont une forme ou une autre de croyance religieuse, on ne peut pas choisir une athée. Accessoirement, ça lui sauve la vie, puisque cette deuxième partie se termine sur l’attentat à la bombe d’un fanatique chrétien (aujourd’hui on aurait choisi un fanatique musulman) contre l’engin spatial. Ici, donc, opposition du scientifique et du religieux, sur la base du système de pensée, de la méthode, des certitudes.

Interlude: on apprend que les gouvernements, prévoyants, ont eut la bonne idée de se mettre un petit trilliard de côté pour construire une autre machine spatiale (au cas où, des fois…). Jodie, cette fois, est sélectionnée. Elle se réconcilie avec son copain religieux, puis embarque dans la machine. S’ensuit une grande suite de clichés: elle est catapultée à l’autre bout de l’univers à travers un tunnel qui ressemble à ceux de Stargate, rencontre un E-T qui a prit l’apparence de son père pour lui faciliter la vie, bavarde un peu avec Daddy-E-T, se fait dire (cliché puissance 10) “vous êtes une espèce intéressante: vos-rêves-y-sont-beaux-pis-vos-cauchemars-y-sont-pas-beau”, puis est renvoyée chez elle. C’est relativement court et il n’y a pas vraiment de thème porteur, c’est pour ça que je dis que c’est un interlude. Tout l’intérêt est plutôt de préparer la suite.

Troisième partie: rentrée chez elle, elle apprend que son voyage n’a duré qu’une fraction de seconde, que sa caméra n’a enregistré que des parasites et que personne ne pense qu’elle soit réellement partie. Son récit est pris pour une hallucination. Son hypothèse d’une distorsion spatio-temporelle expliquant que 18 heures pour elle ait pu paraître une fraction de seconde pour les autres est balayée de la main et ridiculisée. Devant une commission d’enquête, elle se retrouve avec un récit sans argument et sans preuve, et se heurte à l’incrédulité des juges. Elle voit retournés contre elle tous les arguments qu’elle a avancé contre Dieu dans la deuxième partie (notamment le rasoir d’Ockham). Au pied du mur, elle reconnaît qu’ils n’ont aucune raison de la croire, mais refuse de se rétracter, arguant de la valeur que l’expérience a eu pour elle. Elle se retrouve, en pratique, dans la situation d’une personne qui prétend avoir eu une révélation divine de nos jours. Le comportement qu’elle adopte (reconnaître qu’il est normal qu’elle ne soit pas cru, mais persister dans sa position) est certainement la posture que le scénariste veut nous présenter comme exemplaire. À cette occasion, c’est évidemment pour elle le moment de se rapprocher de son amoureux religieux, qui, pas mesquin, se garde bien de lui sortir un truc du genre “je te l’avais dit” ou pis.

Cette partie se termine sur une subtile prise de position en faveurs de la science: une dame au gouvernement remarque que, bien que la caméra du voyage n’a enregistré que des parasites, elle a enregistré 18 heures de parasites… le scénariste a soigneusement relégué cet élément à la fin pour confronter son personnage, ignorante de la preuve, à la position des religieux, mais cet élément ramène la démarche scientifique à l’avant-plan. Accessoirement, il permet aussi de préparer la happy-end: La scientifique, en charge de gros budgets de recherches, prenant le temps de faire une visite guidée de ses installation à des enfants, leur enseignant les vertus du doute, un doute que de toute évidence elle vit sereinement.

Love N’Dancing: les danses

novembre 8, 2009

Sur une impulsion, j’ai eu l’idée d’aller voir sur YouTube pour voir si les scènes de danse de Love N’Dancing étaient déjà accessibles. C’est le cas, du moins pour certaines d’entre elles. Vu que l’intérêt du scénario est à peu près inexistant, on pourra bientôt s’épargner la peine de le voir et se contenter des morceaux visuels.

Le principal blog disponible fait 8 minutes et constitue également le plus gros morceau de danse du film, la compétition de la fin. Il comprend cinq chorégraphies. Les quatre premières sont assurées par des célébrités du milieu:

1. Jordan Frisbee et Tatiana Mollman

2. Benji Schwimmer et Heidi Groskreutz

3. Markus Smith et Deonna Ball

4. Parker Dearborn et Jessica Cox (ma préféré dans le lot)

Quand à la cinquième chorégraphie, elle est assurée par les héros du film.

J’ai aussi trouvé cette scène dans laquelle le héros et sa première partenaire de danse font une performance dans une école, ce qui convainc l’héroïne de prendre des cours. Et surtout la très étrange scène de Lindy Hop mettant notamment en scène Ben Morris et Carla Heiney. Étrange parce que la musique sur laquelle on les voit danser n’a rien à voir avec du swing; encore plus étrange quand on voit une scène plus tard dans le film, qui ressemble beaucoup à celle-ci, mais qui met en scène du West Coast Swing… avec une musique swing en fond! le monde à l’envers. Est-ce que le monteur s’est mélangé dans les scènes?

Edit: ajout des pages wikipédia de Benji Schwimmer et Heidi Groskreutz

Zombiland

octobre 19, 2009

J’avoue avoir à demi succombé à la mode zombi qui sévit actuellement. Fascinante mode, qui multiplient des tonnes d’histoire qui se ressemblent toutes (il doit y avoir deux ou trois canevas au total, pour des dizaines de films et livres).  Très logiquement, je suis donc allé voir Zombiland dernièrement.

Curieusement, j’ai vu assez peu de films de zombis. Aucun Romero ( ou alors j’ai oublié), à l’exception (qui n’en est pas une) du remake de la Nuit des Morts-Vivants, dont je pense que le scénario (et la qualité!) a été altérée par rapport à l’original. Je n’ai pas vu le Braindead de Peter Jackson non plus. La plupart des classiques de série Z manquent aussi à ma culture. Alors qu’est-ce que j’ai vu? le premier est déjà mentionné. J’ai vu aussi le premier Resident Evil, Planet Terror, 28 jours plus tard et la parodie Shaun of the Dead. Ce qui m’a amené au sous-genre zombifique, c’est d’abord les comics de Kirkman: Marvel Zombis, à saveur de demie-parodie, mais surtout l’excellent Walking Dead, véritable quintessence du genre. Ça suffit amplement pour assimiler les codes du genre.

Zombiland se situe dans les influences actuelles du genre zombi: d’une part, les zombis rapides, façon 28 jours plus tard, qui sprintent au lieu de traînasser des pieds et de se laisser contourner facilement; d’autre part, l’influence (quelque peu décalée) de Max Brooks, auteur du Guide de Survie en territoire zombi, qui réfléchi avec humour à ce qui fait la différence entre une collation pour cadavre ambulant et un survivant. Le héros de Zombiland a sa propre liste de règles à respecter, dont la première est toute simple: avoir un bon cardio.

C’est une comédie horrifique, dont le ton parodique est moins drôle et moins systématique que celui de Shaun of the Dead, avec en revanche plus d’action et de gore. La cause de l’épidémie est ridiculisée au détour de deux phrases, les premières manifestations des cadavres ambulants sont survolées pour concentrer l’action  sur la période post-apocalypse, un détour par Hollywood permet de mettre en scène quelques zombis colorés. Quelques poncifs sont détournés de leur finalité habituelle, quelques autres sont (malheureusement? heureusement?) absents. La meilleure trouvaille demeure encore les règles de survie du personnage principal, qu’on veille à souligner à grands traits à chaque application (il y en a 32 en tout, mais on ne les verra pas toutes). Les personnages sont corrects sans être inoubliables.

Conclusion? Un bon moment sans vraiment de souvenirs impérissables.

Les bons films de danse

août 27, 2009

Après le billet que j’ai réservé à Love’N Dancing, je me suis demandé quels étaient les bons films de danse. Dans ce genre particulier, qui tendent à avoir tous le même scénario, parce que tout ce qu’on demande au scénario est de lier les scènes de danse entre elles, quels sont les films qui se distinguent?

Passons rapidement sur les classiques. Dirty Dancing est le stéréotype absolu des films de danse, avec la fille de bonne famille oisive qui s’éprend de son professeur de danse de basse extraction. On y échappe toutefois à quelques détails, notamment les compétitions de haut niveau et l’apprentissage à une vitesse extravagante. Flash Dance est l’autre grand stéréotype du genre, où la danse est à la fois passion et rêve, en opposition à un travail routinier et dur, et où elle sert à s’extraire d’une condition difficile, tout le scénario tendant vers l’audition finale.

Footloose propose un scénario plus original, mettant en scène une petite municipalité qui a interdit la danse et le Rock & Roll pour des raisons religieuses, et où Kevin Bacon entreprend de faire abolir le règlement en question. Mais on est encore assez loin du grand film.

Shall we danse est d’abord un film japonais sans grandes prétentions, mais filmé et joué tout en sensibilité. La danse y est, pour deux des principaux protagonistes, le moyen (un peu honteux) de s’évader d’un travail routinier, dans une société hantée par la peur du ridicule. Mais les enjeux sont multiples, pour chacun des personnages. L’adaptation américaine fut plutôt une bonne surprise, ne dérogeant au scénario que lorsque c’était strictement nécessaire, notamment pour changer certains enjeux présentés dans la version japonaise qui n’étaient pas pertinents dans le contexte de la société américaine. Par exemple, là où un personnage s’interroge sur des questions de galanterie dans la version originale, son équivalent américain se questionne sur le surentraînement.

Swing Kids est définitivement un film de danse, mais il est définitivement plus que ça aussi. On dépeint la jeunesse allemande au temps du nazisme, entichée d’une musique et d’une danse afro-américaines, dont plusieurs des grands musiciens sont des juifs. Les Swing Kids sont persécutés par les autorités nazis, qui tentent de valoriser danse et musique traditionnelle de la société allemande.

Mon film de danse préféré demeure The Tango Lesson, de Sally Potter. Cette autofiction n’est toutefois pas bien éloignée des stéréotypes habituels des films de danse, mettant en scène la relation houleuse entre Sally et son professeur de tango, Pablo Veron. Il y a toutefois rupture dans la relation prof-élève puisque Sally, loin des stéréotypes habituels de jolies poupées, est une femme dotée d’une très forte personnalité, réalisatrice charismatique; quant à Pablo, il rêve de faire du cinéma. Des dialogues en trois langues (anglais, prédominant; français, occasionnel; espagnol) et une réalisation principalement en noir et blanc, avec un souci esthétique constant. Un jeu passionné, tout en retenu, une musique superbement utilisée. Et les scènes de danse! Trippantes.

Un peu de claquette vient mettre de la diversité au milieu du tango. La dernière scène de tango est une vrai pièce d’anthologie:

Quels sont les films de danse qui vous ont marqué?

L’art de l’adaptation

août 20, 2009

Neil Gaiman est un auteur atypique de bien des manières. Quand un scénariste est venu le voir avec le script de l’adaptation de Coraline, il lui aurait répondu: “Tu es trop proche de l’histoire du livre. Réécris-le en prenant plus de libertés.” Nous sommes à des milliers d’années-lumières de l’attitude typique du romancier qui, à sa place, aurait poussé un soupir de soulagement en voyant qu’on n’avait pas dénaturé son oeuvre. Gaiman, lui, préfère que l’adaptation soit franche, et que l’auteur du film s’approprie son oeuvre.

Le résultat ne va pas lui donner tort. Coraline est très proche du roman, mais s’en distingue assez bien pour gagner en fluidité et mettre en valeur son imagination. Après tout, pour un roman aussi imaginatif, aurait-il été approprié de faire un film qui y colle sans imagination? Aussi voit-on apparaître, en particulier, un personnage, Whyborn, qui n’existait pas dans le roman, et qui donne à Coraline un interlocuteur de son âge.

Parlant d’âge, celui de Coraline est davantage mis en valeur ici que dans le livre. Dans ce dernier, on pouvait presque faire abstraction de l’âge du personnage principal. Dans le film, l’animateur met un soin particulier à donner à son personnage une gestuelle de gamine, très à propos. Autre différence dans l’ambiance, le film met davantage l’accent sur le merveilleux, en particulier dans la première moitié du film, alors que le livre était un peu plus sombre, plus sinistre et grinçant. C’est un peu, en somme, l’autre côté de la médaille de cette histoire.

L’animation, quant à elle, est superbe. Ajoutez-y une histoire qui en vaut la peine, et vous avez un divertissement plus qu’honorable. Cette adaptation passe parfaitement l’examen, mieux que tant de profanations de l’oeuvre originale que nous a servi Hollywood, bien sûr, mais bien mieux aussi que tous ces films trop respectueux de ladite oeuvre originale.

Regarder danser, puis danser…

juillet 30, 2009

Samedi dernier j’ai assisté à une projection spéciale. Le studio DanceConmigo, où je prends mes cours de tango et où je vais à l’occasion pratiquer mon West Coast Swing, avait en effet obtenu la permission de projeter le film “Love’N Dancing” avant sa sortie officielle. La séance de cinéma était suivie d’une séance de danse. Le film étant centré sur l’univers du West Coast Swing, cette dernière danse était à l’honneur au cours de la soirée, mais histoire de ne pas limiter le public (c’est une danse qui a encore assez peu d’adeptes), la soirée mélangeait allègrement les danses, WCS, salsa et autres danses latines, tango…

Mais parlons du film.

Soyons clair: quand vous avez vu le titre, vous connaissez l’histoire. Vous voulez quand même un résumé? Ok. Elle est institutrice. Lui c’est un ancien chamption de WCS, mais il a renoncé à la compétition, se contente de donner des cours. Elle s’inscrit avec son fiancé pour des cours de danse en vue du mariage. Son fiancé est un gros con qui ne pense qu’à sa carrière. Bon, voilà, vous pouvez déduire le reste.

Elle va apprendre le pas de base en 30 secondes (cela en a fait pouffer quelques-uns dans l’assistance). En quelques semaines, elle va être assez douée pour qu’il lui demande de faire de la compétition avec lui. En quelques mois, ils montent sur le podium du championnat américain. Un vrai conte de fée, l’inventivité en moins. Remarquez, quelques répliques semblent avoir touché une corde sensible chez quelques danseurs de l’assistance, notamment ceux qui, avoir avoir eu la morsure, ont réorganisé tout leur horaire de travail pour pouvoir danser plus et mieux. Il y a ici et là des détails dans lesquels la plupart des danseurs peuvent se reconnaître. Mais ça n’excuse pas vraiment un scénario aussi mauvais.

Reste la danse. Parce comme dans tout film de danse, l’intérêt réside moins dans le scénario que dans les chorégraphies, celui-là n’étant qu’un prétexte à introduire celles-ci. Et là, il n’y a pas à se plaindre. L’acteur principal est lui-même un danseur, pas professionnel, mais convainquant. Et le scénario est tellement minimaliste qu’il y a toute la place pour truffer le film de scènes qui mettent en vedette le gratin du WCS. J’ai ainsi repéré Kyle Redd & Sarah Van Drake, Arjay Centeno & Melissa Rutz, John Lindo (je n’ai pas reconnu sa partenaire), Markus Smith & Deonna Ball, Parker Dearborn & Jessica Cox, Tatiana Mollman et Jordan Frisbee. J’étais loin du compte. Alain, qui organisait la projection, a envoyé la liste des danseurs qui font une apparition:

Robert Royston • Nicola Royston • Benji Schwimmer • Heidi Groskreutz • Jordan Frisbee • Tatiana Mollmann • Parker Dearborn • Jessica Cox • Kyle Redd • Sarah Vann Drake • Marcus Smith • Deonna Ball • Arjay Centeno • Melissa Rutz • Ronnie DeBenedetta • Brandi Tobias • Ben Morris • Carla Heiney • Laureen Baldovi • John Lindo • Michael Kiehm • Dawn Kiehm • Bill Cameron

Je m’étonne et m’en veut presque d’avoir raté Ben Morris. Je regrette un peu aussi d’avoir manqué Carla Heiney et Bill Cameron. Il était peut-être dans les couples dansant le Lindy au début du film, je n’y avais pas prêté attention. Anyway.

Un film à voir pour le West Coast Swing, et seulement pour ça.

Quant à l’idée d’une projection suivie d’une soirée de danse, elle était excellente! Vous savez l’état semi-léthargique dans lequel on se trouve souvent à la fin d’un visionnement? Quel meilleur moyen de le secouer? Et des soirées qui mélangent les genres de danse, il en faudrait plus. C’est amusant de passer d’une danse qu’on connaît bien (le WCS) à une danse où on débute (le tango) pour ensuite faire semblant qu’on sait en danser une autre (la salsa) pour revenir ensuite a une danse bien maîtrisée (le WCS) avec une fille qui n’y connaît rien, mais pleine de bonne volonté.

Occasion aussi pour moi de voir à quoi ressemble une rueda, forme de salsa dansée en cercle où les figures se terminent par un changement de partenaire. Je ne trippe pas trop salsa, mais la rueda a l’air d’être un vrai plaisir.

Bande-annonce du film:

Deux innocents

novembre 24, 2008

Cette chronique révèle des éléments-clés des films Cube et Le Village. Je ne pense pas que grand-monde en fasse un drame étant donné qu’il s’agit là de vieux films, mais mieux vaut prévenir que guérir, vous êtes donc prévenus.

J’ai bien aimé Cube, bien que j’en ai manqué les premières minutes. Un groupe de personnes se retrouvent emprisonnées dans une vaste structure, aussi absurde que meurtrière. Un labyrinthe de cubes qui ne cessent de se déplacer les uns par rapport aux autres, certains de ces cubes contenant des pièges mortels. Un policier, une théoricienne du complot, une étudiante en mathématique, un ingénieur et un autiste. Chacun a un morceau du puzzle, solution à la survie du groupe et à son évasion du piège. Les capacités physiques du policier, la compassion de la complotiste, l’intellect de l’étudiante… l’ingénieur réalise qu’il est de ceux qui, sans le savoir, ont conçu la structure; quant à l’autiste, il s’avère une véritable calculatrice humaine (fort utile pour l’étudiante). Comme dans tout huis clos, le choc des personnalités s’avère être le pire ennemi du groupe. On a affaire là à un film efficace qui soigne autant le suspense que les relations entre les personnages. La métaphore du cube frappe l’imagination.

Ce qu’en revanche j’ai moins aimé, c’est la fin, symbolisme moralisateur et niais au possible. Attention spoilers? Oui et non, car c’est prévisible pour quiconque se donne la peine d’y réfléchir vraiment: l’unique survivant est bien évidemment l’autiste, qui sort du cube dans une grande lumière blanche. L’autiste, alias bien évidemment l’innocent. Beurk.

Le spoilers pour le Village est moins prévisible. On parle d’un film de Shyamalan, un réalisateur qui soigne ses rebondissements après tout (sauf dans The Happening).

Le Village présente une autre figure de l’innocence, un simple d’esprit, idiot du village, qui joue joyeusement avec l’héroïne dont il est naïvement amoureux. Jeune fille que le héros va demander en mariage. Il expliquera aimablement à l’innocent qu’il existe plusieurs sortes d’amour avant de se faire poignarder dans le ventre par ce même innocent. On découvre par la suite que l’idiot du Village massacrait des animaux pour le plaisir et qu’il s’est déguisé en monstre à plusieurs reprises, donnant ainsi vie aux légendes locales.

Voilà une vision de l’innocence que j’aime tout particulièrement, moins naïve, moins judéo-chrétienne, peut-être plus lucide. Car l’innocence telle que décrite par Shyamalan, c’est bien de se situer en-dehors du schéma du bien et du mal, de ne pas faire la distinction entre les deux. Notre fréquente nostalgie et admiration pour l’innocence viendrait-elle d’une confuse conscience que notre bonheur est souvent troublé par nos impératifs moraux?

La messe des anti-religieux

octobre 4, 2008

Je ne devrais peut-être pas classer une critique de Religulous (v.o. de Relidicule) dans la section “fiction” de mon blog, puisqu’il s’agit d’un documentaire. Mais les religions ne sont-elles pas des fictions? C’est du moins l’une des thèses évidentes de ce film.

On va voir Religulous comme on va à la messe: pour se rassurer, pour entendre ses propres idées et s’en rassasier, entendre son catéchisme et repartir avec le sentiment de n’être pas seul. C’est un rassemblement de tous ceux qui en ont marre de la religion et de la place qu’elle occupe dans nos vis avec l’impolitesse de celle qui s’impose sans avoir été invitée. J’y suis moi-même allé parce que, même si je défends souvent les croyants contre les abus de ce que je considère comme un “intégrisme athée” (quoi qu’ils soient finalement bien gentils et pacifiques, mais nous reviendront peut-être une autre fois sur les reproches que je peux faire aux militants athées), même si je préfère, par rationalisme, me dire agnostique plutôt qu’athée, je reste fondamentalement un incroyant et il est bon parfois de se retrouver avec soi-même et de rire un bon coup de la religion.

C’est que c’est drôle, très drôle. Un challenge pour mon anglais, par contre, plus habitué à lire qu’à écouter, et peu habile à jongler avec la diversité des accents. De sorte qu’il me fut parfois frustrant d’entendre la salle éclater de rire sans très bien comprendre pourquoi.Vivement que j’aille le voir avec les sous-titres. Mais souvent je participais au rire. Ah, le rire! il avait dans le cinéma la douce sonorité d’une communion de l’auditoire avec Bill Maher.

On aborde les “miracles” les plus insignifiants, l’exploitation des pauvres hères par les gourous, la bêtise de politiciens croyants (mais incultes), la haine des homosexuels (“je ne les hais pas” dit une dame, “Dieu les hait.”), le créationnisme (avec un merveilleux musée qui présente des tricératops sellés), les nouvelles religions (dont l’Église de la marijuana), le jihad évidemment, et l’apocalypse. L’essentiel du film s’attaque aux chrétiens américains, et une part substentielle à l’islam; normal, puisqu’on a là les deux principaux sujets de préoccupation de l’heure. La plupart du temps, les intervenants se plantent eux-mêmes en beauté: c’est particulièrement facile lorsque l’auditoire est essentiellement composé d’athées.

Et la réflexion? pas grand-chose de neuf, mais un louable accent mis sur la promotion du doute. Je suis à fond Bill Maher sur ce chemin: le doute salvateur. La fin du film fait un retour sur cette notion, annonçant (pompeusement) que seul le doute peut sauver l’humanité. Quand on sait que l’être humain a désormais la puissance nécessaire pour s’autoannihiler et que cette puissance n’est souvent pas très loin de la portée de gens qui non seulement croient l’apocalypse imminent, non seulement n’en ont pas peur, mais en plus l’appellent parfois de leurs voeux, on a vraiment peur. Et pourtant Bill Maher ne pense pas que son film aura un quelconque impact politique. C’est peut-être pour ça que l’accent est davantage mis sur le comique que sur la réflexion. N’empêche, c’est rassérénant de savoir qu’il existe encore des athées impertinents.

EDIT: Je viens d’aller le voir avec les sous-titres français. Mon opinion ne change pas beaucoup, j’ai simplement mieux compris ce que je devinais déjà. Mais je tiens à souligner, à propos de la fin, un élément important oublié dans la première rédaction de cet article, et qui vaut la peine: un appel à la mobilisation des athées, anti-religieux et modérés, lancé contre la bêtise et l’irrationalisme. Affirmez-vous, dit Bill Maher, sinon vous serez les comlices passifs d’une guerre religieuse à venir. Ce qui d’ailleurs me fait penser à l’éditorial de Mario Roy de ce matin, sur les musulmans modérés. M. Roy nous dit qu’on se plaint de ne pas entendre les musulmans modérés depuis le 11 septembre, mais que quand ils s’expriment on ne les écoute pas; sauf que son exemple n’est pas pertinent. Les intellectuels, les activistes qu’il cite, on les connaît déjà. Ce ne sont pas eux qu’on veut entendre, mais les musulmans ordinaires. On attend qu’une manifestation musulmane contre le terrorisme rassemble nos communautés locales. Modérés, manifestez-vous.

L’Événement

juillet 4, 2008

M. Night Shyamalan s’est surtout fait connaître grâce à Sixth Sense, un film qui a surtout été apprécié pour son suspense et sa chute imprévisible. Sur le point de le regarder, on m’avait dit que j’allais avoir peur… sauf que les films de peurs me laissent froid. J’ai aimé ce film pour des raisons différentes de la plupart des gens. Par la suite, Unbreakable a eu un succès mitigé qui n’a pas entaché la réputation du réalisateur; il en a été autrement pour Signs, copieusement hué et qualifié (non sans raisons) de ridicule, malgré ses qualités (trop bien) cachées; les avis sur The Village furent partagés, la réputation du réalisateur continuant à se dégrader; Lady in Water fut descendu en flammes. Aujourd’hui, The Happening (l’Événement) subi le même sort.

Shyamalan souffre d’un certain nombre de problèmes à mon avis: il est inclassable, il attire dans les salles un public qui n’est pas approprié pour ses films (le suspense est toujours présent, mais ne constitue pas le corps de ses films, d’où déception de l’essentiel du public) et quand il joue du second degré, il le fait avec subtilité, en le croisant avec le premier degré, de sortes que ça ne paraît pas toujours. Pourtant, sans être toujours génial, ses films sont toujours bien torchés, notamment du point de vue esthétique. Moi qui aime les belles images je ne suis jamais déçu.

Et l’Événement, que j’ai aimé, se fait descendre pour toutes ces raisons. L’approche est similaire à celle de Signs: on utilise comme prétexte un phénomène qui a accroché l’attention des amateurs de paranormal (les crops circles, dont je préfère le mot français “agroglyphes”, pour Signs et la disparition des abeilles dans les ruches étasuniennes pour L’Événement) pour introduire un événement à grand déploiement en rapport avec un thème cher au cinéma de série B (une invasion extraterrestre dans Signs, une “intoxication” à l’échelle de la Nouvelle-Angleterre, qui n’est pas sans rappeler les histoires de zombies, dans L’Événement). Dans les deux cas, ces événements à grand déploiement sont ramenés à l’expérience d’un petit groupe d’individus dans une ambiance plutôt intimiste, dans laquelle le réalisateur est le plus à l’aise. Donc voilà la base: une toxine se répand dans l’air, frappant d’abord les plus grandes agglomérations, puis, progressivement, d’autres de plus en plus petites, et provoque des pulsions suicidaires chez tous ceux qui la respirent. La manière dont agissent les personnages pour survivre rappelle donc les films de zombis, mais des zombis pacifiques, qui ne sont pas une menace, sauf pour eux-mêmes: c’est la toxine qu’on fuit. Cela donne l’aspect comique du film: tester le plus grand nombre possible de méthodes de suicide (se pendre avec des cables électriques, s’ouvrir les veines avec de la pierre, se coucher devant une moissonneuse-batteuse, descendre dans la fosse aux lions, etc…); certaines scènes paraissent également volontairement mal faites, en clin d’oeil aux films de zombis… Le suspens, quand il y en a, ne se retrouve pas dans les mêmes scènes que le sang (quand il y en a, ce n’est pas non plus un film où l’hémoglobine coule à flot).

Dernière remarque. En général, les films de Shyamalan suivent un fil conducteur caché, thématique, qu’on peut résumer en un mot. “Deuil” pour Sixth Sense, “Identité” pour Unbreakable, “Foi” pour Signs, “Courage” pour The Village… pour Lady in the Water, c’est déjà plus difficile, mais j’avancerais “Récit”… par contre, je sèche pour The Happening… “paranoia”? “survie”? “déni”? “ignorance”? “humilité”? ou alors pour une fois il n’y en a pas…