Archive de la catégorie «Livres»

Le sentier dans la forêt

octobre 18, 2009

Aujourd’hui, un billet sur un livre que j’ai lu à toute vitesse récemment. J’ai toujours été intéressé par l’histoire des mentalités, whatever ce que signifie “mentalités” qui a toujours été un terme utilisé à dessein par les historiens parce qu’il est un peu fourre-tout. Dans le cas qui nous occupe, il s’agit de la place qu’occupent les forêts dans l’imaginaire occidental. Le livre s’intitule Forêt, essai sur l’imaginaire occidental, signé Robert Harrisson, et s’avère une lecture très profitable pour tout esprit curieux. J’ai personnellement préféré les deux premières parties, sur l’antiquité et le moyen âge. Je pense que deux facteurs ont joué dans cette préférence: 1) les sources utilisées 2) l’esprit du temps traité.

En effet, les sources traitant la situation dans l’antiquité se rapportent essentiellement à la mythologie, ce qui me fait tripper. Les sources pour le moyen âge privilégient la littérature: romans de chevalerie (littérature que j’ai toujours aimé), Dante et autres. À cela s’ajoute un code législatif d’un très grand intérêt. Par la suite, mis à part l’analyse de l’article “forêt” de l’Encyclopédie, les sources littéraires sont nettement privilégiées, en particulier la poésie, ce qui m’intéresse moins.

Par ailleurs, la relation des occidentaux avec la forêt est plus émotive, plus charnelle dans l’antiquité et le moyen âge. Les éléments fondamentaux nous en sont restés, mais occultés, en quelque sorte, par le recul des forêts elles-mêmes. Les Lumières utilisaient régulièrement l’argument de “nature” dans leur philosophie, mais cette nature était bien loin de la perception qu’on en a aujourd’hui. En fait, ils s’efforçaient souvent d’y imposer une “raison” à laquelle elle ne se pliait pas. Ces époques d’éloignement de la forêt, du XVIe siècle au XXe, sont bien moins enthousiasmantes que les précédentes.

Dès l’épopée de Gilgamesh, la forêt représente l’anti-cité. Les civilisations occidentales sont nées dans les forêts, et contre elles. Le héros civilisateur se doit de sortir de la cité, de combattre symboliquement la forêt et de re-fonder la cité. Les rejetés de la cité se retrouvent dans la forêt, où Romulus et Remus recrutent le futur peuple de Rome. La cité est un univers domestiqué et intelligible, la forêt est donc sauvage et insaisissable. Est est et rend sauvage. Cela se reflète aussi dans les romans de chevalerie, où on trouve des figures de sauvage (forêt) et de damoiselles (cité) entre lesquels évoluent les chevaliers, agents civilisateurs; comme Gilgamesh, ils s’aventurent en forêt pour y promouvoir la cité, mais ils ont besoin pour y arriver de la force sauvage que seule la nature peut procurer. Ils y courent le risque de devenir fous et sauvages; cela arrive à Lancelot, Yvain, et tant d’autres… ce sont les damoiselles qui les ramènent alors à la raison. Anti-cité, la forêt devient également le refuge des justes lorsque la cité est gouvernée par un tyran: Robin des Bois et ses semblables doivent fuir la cité pour y ramener la justice.

Le recul progressif des forêts a laissé la place à des forêts de nostalgie, abritant parfois l’esprit d’un peuple (les forêts des frères Grimm pour la nation allemande). Les forêts sauvages étaient de plus en plus domestiquées, débarrassées (dans certaines régions dès la fin du moyen âge) des prédateurs les plus dangereux, elles deviennent des lieux réputés paisibles où on peut se réfugier de l’agitation citadine. Par ailleurs, face à l’esprit excessivement rationalisant des Lumières, les forêts sont un chaos inesthétique pour les Lumières, superbe pour les romantiques qui réagissent contre les philosophes.

Outre l’analyse faite sur la place occupée par les forêts dans l’imaginaire occidental, l’une des forces du livre de Harrisson est de faire un parallèle avec les phénomènes de déforestation et de protection de la forêt. Les grands empires maritimes de l’antiquité (minoen, égyptien, phénicien, grec, carthaginois, romain) et du moyen âge (byzantin, génois, vénitien, arabe, turc, espagnol) devaient leur puissance à leur flotte, et donc à leur capacité de contrôler de vastes réserves de bois. Comme la cité, la thalassocratie naît de la forêt, dépend d’elle, et vit aux dépens d’elle. La flotte romaine est l’une des principales responsables de la désertification des rives sud et est de la Méditerranée. La république vénitienne a dû légiférer pour protéger (en vain) sa forêt. Les rois du Moyen Âge, en s’appropriant de larges domaines forestiers pour la chasse, en ont été de grands protecteurs. La Révolution, qui considérait ce privilège royal comme insupportable, fut une catastrophe forestière. Dans la foulée des Lumières et à la suite de la Révolution, s’est imposé le paradigme d’une forêt destinée à être exploitée: c’est dans cette optique que se réfléchi à la fois la déforestation (conséquence de l’exploitation) que la préservation des forêts (destinées à exploitation future).

Le livre se conclut sur la réaction contemporaine face à la déforestation. C’est en milieu urbain, remarque Harrisson, ceux qui n’ont pas de contacts avec la forêt et ne vivent que très indirectement de son exploitation, que la disparition des forêts provoque les réactions les plus émotives. Face à la disparition du berceau qui l’a vue naître, la cité a mauvaise conscience.

Histoire de la danse sociale

octobre 15, 2009

Sauf note contraire, toutes les informations contenues dans cet article proviennent du livre de Jean-Claude Bologne, Histoire de la Conquête amoureuse, publié aux éditions du Seuil.

Pages pertinentes:  pp.132-135: Une nouveauté: la danse; pp.214-215, l’apparition du bal; le bal, son heure de gloire et sa décadence, pp.271-278; du tango au hip-hop pp.307-311


Vous connaissez mes interrogations sur l’histoire de la danse, qui datent en gros depuis mes débuts dans le milieu du swing, il y a près de deux ans. J’ai trouvé dans le livre de Jean-Claude Bologne, Histoire de la Conquête amoureuse, du matériel pour établir une petite chronologie. Alors je la partage ici avec vous:

Sous l’Empire romain, la danse est un spectacle, souvent pratiqué dans des cérémonies qui ont une valeur sacrées. Nous sommes encore loin de l’activité sociale. C’est au Moyen Âge que nous retrouvons cette connotation (mais ne serait-ce pas parce que les activités folkloriques médiévales nous sont mieux connues? – ce point n’est pas traité chez Bologne) avec des danses de groupe codifiées qui, comme le remarque Bologne “ne permettent pas aux couples de s’isoler”.

Les premières danses de couple apparaissent aux XVe et XVIe siècle, notamment la volte. Les couples y sont ouverts, limitant les contacts, mais néanmoins, ce sont déjà des couples. La volte provençale introduira le couple fermé, “enlacée et rapide”, étourdissante. La seconde moitié du XVI siècle étant marqué par la morale stricte des puritains protestants et de la Contre-Réforme tridentine (1), la volte se fera vite condamner par l’Église, et Bologne nous dit qu’elle fut abandonnée au XVIIe siècle.

Ces danses sont des pratiques exclusivement urbaines, et il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour que les danses de couples pénètrent dans les pratiques campagnardes.

Pendant ce temps, en milieu urbain, le bal public fait son apparition au XVIIIe siècle. Anecdote intéressante, le premier bal public, le bal de l’Opéra, naît à Paris un peu après le 31 décembre 1715, une ordonnance spéciale ayant permit les bals publics dans cette salle particulière pour fêter l’arrivée du jeune Louis XV à Paris. La nouveauté est l’existence, non d’un bal, mais d’un bal qui soit à la fois public et à dates régulières, par oppositions aux bals de cours qui étaient organisés ponctuellement, où il fallait être invité pour s’y présenter.

Dès lors qu’on commence à danser en couple, les problèmes de constitution des couples se posent: “Au XVIIIe siècle, [nous dis Bologne] les couples étaient constitués par un maître des cérémonies, selon une étiquette complexe qui tenait compte du rang et non des affinités.” Mais au XIXe siècle, le bal devient un événement mondain où on est libre d’inviter qui on souhaite. Cela coïncide avec sa démocratisation: il existe à tous les échelons de la société (bien que ça reste encore un phénomène principalement urbain).

Avec le XIXe siècle et le romantisme, la valse fait son apparition, sous sa forme moderne, vers 1815. Elle fait scandale. À sa suite, la polka et la scottish. L’évolution principale, c’est l’apparition du guidage par l’homme:

“la technicité oblige les danseurs à “trouver un complémentarité”, à chercher “une dynamique qui prennent en compte le style de l’un et de l’autre.”. Même si l’homme mène la danse, une forme de complicité naît au sein du couple, dans un rapport corporel qui a soulevé l’hostilité des censeurs.” (p.277).

Le bal s’épanouit aussi bien dans les villes que dans les campagnes, malgré la réprobation d’une Église déjà en perte de vitesse (déjà évoqué ici). Mais il s’insère surtout dans les pratiques de la haute société.

“La grande période du bal correspond à l’essor de la haute bourgeoisie. Il survit difficilement à la guerre et à la crise de 1929. Les jeunes gens ont désormais d’autres lieux de drague et sacrifient au rite du bal sans enthousiasme, pour “meubler leur vie”.”

Plutôt que de supprimer la danse, cette évolution amène en en privilégier d’autres formes: “Les danses de l’entre-deux-guerres correspondent à l’exaltation du corps.”: le tango succède à la valse comme danse archétypique. Il est né à Buenos Aires et Montevideo (Argentins et Urugayens s’en disputent encore la paternité). Comme la valse, il a fait scandale lorsqu’il pénètre en Europe au tournant du siècle. À partir des années 1930, la java naît en France (Paris) tandis que le swing fait son apparition aux États-Unis (Lindy Hop à New York, Balboa en Californie )(2). Dans la foulée de ce dernier plusieurs variations naissent: be-bop, boogie et surtout rock&roll, qui domine les années 1950.

Plus tardivement, le west coast swing vient s’adapter à l’émergence d’une musique populaire de plus en plus éloignée du rock dansant, mais à cette époque, la danse de couple est déjà en déclin (3). Faut-il y lier l’émergence d’une danse pas du tout technique, le slow? Après notre auteur, ce sont les danses solos qui prennent toutes la place: twist, disco… hip-hop. Avant que ce dernier ne s’impose, il semblerait que l’association danse-affaire-de-fille ne se soit consolidée:

“Dans la tradition occidentale, l’image du danseur solitaire n’est guère valorisée. Alors que dans d’autres cultures (russe, africaine), l’homme manifeste sa virilité par la danse, l’Occident garde l’image des séductrices, Salomé, Mata Hari. Le risque de dévirilisation doit être écarté par l’emprunt de nouvelles danses aux cultures africaines (hip-hop), ou par l’adoption de nouveaux comportements (le défi dansé).”

Ce qui nous amène à nos jours. Les danses sociales réémergent péniblement chez les jeunes de ma génération, en particulier les danses latines et le swing, mais aussi le tango et les danses de ballroom (loin derrière).  La stigmatisation du danseur comme d’un homme peu viril est en nette régression, du moins dans certains milieux. Mais ce qui empêche tant et tant de danseurs (de danseuses aussi, mais moins) potentiels de pratiquer plus et mieux demeure aujourd’hui la peur du ridicule (laquelle, paradoxalement, accroît le ridicule bien davantage qu’elle ne permet de l’éviter).

(1) Sur ces sujets, c’est encore Le Péché et la Peur de Jean Delumeau, qui est le livre le plus révélateur de ce climat.

(2) Sur le swing, c’est un ajoute de culture personnelle. Bologne n’en parle pas. La chronologie est approximative. Par contre, c’est de lui que me viennent les informations suivantes sur le be-bop et le rock.

(3) Encore un ajout personnel et approximatif.

Edit, environ 12 heures après la première publication, j’ai modifié l’organisation des paragraphes pour améliorer la lisibilité et ajouté un lien. Corrigé quelques fautes par la même occasion.

Des livres pour s’introduire à l’histoire (3)

février 14, 2009

Acheté récemment et lu en diagonale dans un café. Juste assez pour me rendre compte de sa qualité et décider de l’inclure dans cette série pour une introduction non orthodoxe à l’histoire. Non orthodoxe, parce que d’habitude on préfère une histoire non-thématique, éventuellement orientée sur une ère géographique. Avec Les grandes découvertes, Jean Favier propose une histoire qui, de l’Antiquité jusqu’au XVIe siècle, s’intéresse à l’homme en mouvement. L’approche a des avantages certains, permettant de touche aux grands espaces, aux grands empires et à pas mal d’évolutions intellectuelles, économiques et technologiques qui ont guidé et mû l’homme à la découverte du monde.

Centré sur l’histoire européenne, le sujet l’en fait nécessairement déborder, et on rencontre au fil du récit toute sortes de peuples et de gens. Les découvertes se font par des commerçants (les Phéniciens, Marco Polo) ou des conquérants (Alexandre le Grand), ou encore des missionnaires (comme les franciscains). Favier examine les espaces de circulation, les moyens de déplacement, la cartographie, les influences culturelles.

Le plan n’est pas complètement chronologique, mais il le reste toutefois bien assez pour ne pas perdre le lecteur débutant. Et puis Favier, en historien chevronné, ne se laisse pas prendre aux pièges des préjugés communs véhiculés par l’histoire traditionnelle (non, Attila n’était pas un simple barbare sanguinaire…).

À l’occasion, des voyageurs non-occidentaux sont évoqués, comme Ibn Battuta, mais ça reste occasionnel. Dommage que ça n’aille pas plus loin que Magellan, car il y a encore après le premier tour du monde de passionnants chapitres à écrire. Mais ça reste une excellente initiation.

Des livres pour s’introduire à l’histoire (2)

décembre 20, 2008

Bon, après le premier billet au ton plutôt négatif, car parlant du livre à éviter, tâchons d’être plus positifs. Voici donc un livre qui constitue à mon avis une très bonne introduction à l’histoire: Histoire de la Méditerranée, synthèse écrite par un collectif sous la direction de Jean Carpentier et François Lebrun. Sujet certes moins ambitieux que toute l’histoire de l’humanité de la préhistoire à nos jours. On le leur pardonnera, car les différentes époques de l’histoire de la Méditerranée est couverte par des spécialistes soigneusement sélectionnés, alliant la compétence à la capacité de s’exprimer avec simplicité.

L’écriture n’est pas aussi enflammée que celles de messieurs Bigot et Barreau, mais elle est limpide et précise. En outre, on profitera de nombreux outils fort pratiques négligés par les premiers auteurs: cartes, tables, chronologie, glossaires… soulignons en outre la présence d’une succincte bibliographie permettant au lecteur d’approfondir les sujets qui l’intéressent, le cas échéant. Pas de notes en bas de page, le sujet est trop synthétique pour les requérir et leur absence allège le texte. Je me souviens de mes premiers pas, les notes infrapaginales me gênaient plus qu’autre chose à l’époque (on change…). Les auteurs sont en outre heureusement moins eurocentristes que Barreau et Bigot.

Évidemment, on n’a ici qu’une histoire concernant les pays méditerranéens. Pour ceux qui sont curieux de la Chine, du Japon, de l’Inde, ou de l’Amérique, il faudra chercher ailleurs. Mais la Méditerranée reste le berceau de l’histoire occidentale et mérite donc une place de choix dans les priorités du néophytes qui cherche à s’introduire à l’histoire.

Voici un autre compte-rendu de ce livre.

Je profite de ce billet pour signaler que Carpentier et Lebrun ont dirigé une autre synthèse selon la même recette, celle-là portant sur l’Europe. Je n’ai pas lu ce dernier livre, mais vu la qualité de leur Histoire de la Méditerranée, je le recommanderais également.

Quelques livres pour s’introduire à l’histoire (1)

décembre 1, 2008

C’est une question qui m’a été posée à quelques reprises, donc je vais donner quelques indications ici. Je pensais réunir les trois livres dont je voulais parler en un seul billet, mais la volonté de garder mes billets courts lorsque c’est possible m’a décidé à faire une série. Trois billets pour commencer, puis la série restera ouverte à des ajouts s’il m’en vient à l’esprit. J’invite aussi mes lecteurs à faire part de leurs suggestions et commentaire sur leurs propres lectures.

Donc, prenons cette personne qui parmi d’autres m’a dit au cours d’un party, apprenant que j’étais historien, qu’elle adorait l’histoire mais ne savait jamais par où commencer. Préoccupation moins rare qu’on ne croit, mais à laquelle les historiens restent malheureusement le plus souvent sourds, écrivant des livres davantage destiné au public déjà savant en la matière.

Voici donc quelques livres pour quiconque ce reconnaîtrait dans cette situation.

Commençons par celui que je ne recommande pas:

Toute l’histoire de l’humanité de la préhistoire à nos jours est un livre rempli d’erreurs qui sautent aux yeux de l’historien, mais passeront souvent (pas toujours) inaperçue à ceux du néophyte. Tout n’y est pas mauvais: écrit avec un belle plume, dans le souci d’offrir au lecteur des clés pour comprendre le monde d’aujourd’hui, il est bien construit en fonction de ses objectifs. L’ennui, c’est que la compétence des auteurs en matière d’histoire ne dépasse guère celle de gens plutôt cultivés, ce qui laisse une marge très importante aux erreurs qui se glissent allègrement sous leur plume. Leur implication politique est aussi assez gênante pour quiconque ne partagent pas leurs vues, et ce d’autant que ces dernières sont marqués d’un eurocentrisme et d’un parti-pris pro-catholique qui les conduit à dénigrer peuples et religions étrangères. Les auteurs reconnaissent certes en introduction que leurs interprétations sont contestables, mais il leur arrive par contre de ne pas marquer la différence entre interprétation et fait. En réalité, ce livre pourrait faire office de bonne base de discussion sur les liens entre enjeux historiques et contemporains, mais il n’est pas des plus appropriés pour quiconque souhaiterait une introduction objective. Quoi? l’objectivité n’existe pas en histoire? c’est bien possible, mais il est aussi possible de tendre vers l’objectivité, ce qui eût été plus honnête de leur part, puisqu’ils s’adressent à des gens qui cherchent avant tout à s’instruire.

J’ai hésité à parler de ce livre, mais il valait mieux y passer, parce qu’il est dans les meilleurs vendeurs chez Chapters et marqué du fameux collant “coup de coeur Renaud-Bray”. Valait donc mieux que le lecteur sache à quoi s’attendre. Ça me permet aussi de faire la remarque que des livres navrants comme celui-ci sont inévitables si les historiens ne prennent pas leurs responsabilités pour répondre à une demande légitime du public, celle de synthèses historiques accessibles et simples, sans les obliger à s’épuiser dans des dizaines de livres.

Il y a néanmoins quelques livres qui, sans être aussi ambitieux que celui-ci (toute l’histoire de l’humanité, c’est quand même beaucoup en 400 pages), peuvent constituer de bonnes introductions. J’en parlerai dans des billets à venir.

PS: comme mon avis ne vaut que ce qu’il vaut, voici une critique plutôt positive à laquelle vous pouvez vous référer.

Survol de l’historiographie française (1)

novembre 20, 2008

Bon, alors, j’avais commencé comme promis à écrire un survol de l’historiographie contemporaine française, mais je me suis aperçu en chemin que, même survolé, c’était long. Donc ce sera en deux morceaux. Vous remarquerez si vous lisez les notes de bas de page que je cite toujours le même livre, Les courants historiques en France. Il m’a servit d’aide-mémoire pour les notions apprises dans les cours et par la fréquentation des bouquins. Il est de surcroît assez bien fait.

Si on en croie Patrick Garcia, il faudrait remonter à juste après la Révolution française pour voir naître l’histoire contemporaine (personnellement, j’aurais tendance à remonter un peu moins loin, mais c’est des broutilles) (1). La question de l’époque, c’était de savoir comment comprendre ladite Révolution, coupure dans la continuité de l’histoire. Les historiens de l’époque appartenaient davantage à des courants littéraires et philosophiques, sans encore de prétention scientifiques. On les classifie comme romantiques (Jules Michelet) ou libéraux (Alexis de Tocqueville). Ce dernier est sans doute le premier à avoir tenté une approche de la Révolution comme continuité plutôt que comme une complète rupture (2). Il reste toutefois davantage un observateur sagace, un philosophe et un littéraire plutôt qu’un historien, et son oeuvre, ne touchant à l’histoire qu’occasionnellement, en témoigne.

Un tournant décisif apparaît avec l’histoire “méthodique“, dont on a beaucoup discuté le nom (celui de “positiviste” est encore très courant, même si pour Garcia c’est une erreur; et ici on va adopter son choix (3) ). Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l’Europe intellectuelle gravite principalement autour de l’Allemagne toute nouvellement formée. C’est vrai également de l’histoire, dont les maître allemands vont influencer profondément les méthodes et dont vont souvent s’inspirer les principaux historiens français de l’époque. Le plus important est Léopold Von Ranke, spécialiste de la Réforme luthérienne, devenu emblématique du mouvement. Son ambition est de remplacer la philosophie par l’histoire comme discipline destinée à donner un sens au monde. L’histoire de Ranke se veut objective (quoi que très engagée en matière de nationalisme), factuelle, encyclopédique, technique et surtout vérifiable. La vérifiabilité impose le recours de plus en plus systématique à la note en bas de page. Elle est aussi la marque “scientifique” de l’histoire. On développe aussi pour cette raison les disciplines auxiliaires techniques: philologie, numismatique, etc… Chez les Français, on peut mentionner Fustel de Coulange comme l’un des principaux représentants de ce courant. L’aspect scientifique du courant méthodique trouve sa limite dans certaines expressions encore très littéraires souvent liées à un engagnement patriotique. Les historiens de l’époque sont également très engagés dans la pédagogie et la production d’une histoire “nationale” à l’intention de la jeunesse (4). L’histoire “méthodique” a produit beaucoup de livres encore lus par les historiens d’aujourd’hui, qui y trouvent des récits événementiels très détaillés (chose qui se raréfie par la suite) et quantité de sources imprimées très utiles.

La rupture avec ce courant se fait autour des années 1920 (l’impact de la guerre est décisif), et progressivement jusqu’à la seconde guerre mondiale, principalement par l’oeuvre des historiens français. Cette nouvelle manière de faire l’histoire s’incarne dans ce qu’on appellera L’école des Annales, du nom de la revue (les Annales) fondée par les deux principaux théoriciens du mouvement: Lucien Febvre (moderniste) et Marc Bloch (médiéviste). Cette première école des Annales (5) récupère beaucoup de concepts de la sociologie durkheimienne. La sociologie, depuis sa naissance à la toute fin du XIXe siècle, avait été en rivalité constante avec l’histoire. Febvre et Bloch vont contribuer à intégrer les outils sociologiques à l’histoire tout en assurant la spécificité de cette dernière en définissant son objet: “science de l’homme dans le temps”. Toutefois, cette intégration de la sociologie n’est qu’un élément d’un projet beaucoup plus ambitieux, celui d’intégrer les apports de toutes les sciences pertinentes (sociologie, géographie, ethnographie, économie, etc…). Les ambitions scientifiques des Annales sont plus élevées que celles du courant précédent, et vont jusqu’à prétendre essayer de dégager des “lois” du comportement humain. Entre autre chose, ils récupéreront à la sociologie durkheimienne la notion de “représentations collectives” (par exemple Bloch dans Les Rois thaumaturges) et élaboreront celle d’ “outillage mental” (Febvre a tenté de démontré dans La Religion de Rabelais qu’il n’était pas possible d’être athée au XVIe siècle).

C’est aussi à cette époque que fait vraiment son apparition l’histoire économique. Ce sont d’abord les travaux de François Simiand, entre 1922 et 1932 (6), popularisés par Ernest Labrousse, puis ceux de Labrousse lui-même à partir de 1932, qui ouvrent la voie, mais il faudra attendre la fin de la guerre pour que l’histoire économique arrive à l’avant-plan.

Cette première génération des Annales sous le leadership de Febvre et Bloch sera remplacée par une autre placée sous celui d’un étudiant de Febvre: Fernand Braudel. Dans le contexte de l’après-guerre, les sciences économiques sont partout. La nouvelle génération d’historiens poursuit le projet d’intégration des sciences humaines, mais la sociologie cède la première place à la vogue de l’histoire économique. L’ambition scientifique franchit un nouveau pas avec l’élaboration (controversée) des méthodes d’histoire quantitatives dont l’objectif est de chiffrer l’histoire, ou au moins d’offrir des ordres de grandeur réalistes avec lesquels travailler. Emblème de ce projet, les travaux de démographie historique (7), mais aussi, par exemple Séville et l’Atlantique, de Pierre Chaunu, qui quantifie l’activité portuaire de l’un des ports les plus importants du XVIe siècle. L’accent mis sur les structures lourdes des sociétés permet de mettre l’accent sur l’histoire de longue durée (concept-maître chez Braudel, déjà préconisé par Labrousse). Si l’école française d’histoire était influente dès Bloch et Febvre, avec Braudel elle s’impose comme incontournable. Mais ce n’est vraiment qu’à la génération suivante qu’elle connaîtra le succès auprès du grand public.

(1) DELACROIX, DOSSE & GARCIA, Les courants historiques en France, XIXe-XXe siècle, Paris, Armand Colin, 2007 (2005), pp.11-95.

(2)Ibid pp.88-90

(3) Ibid. p.97.

(4) Voir le rôle de l’historien selon Ernest Lavisse, 1881, ibid pp.156-157.

(5) On parle souvent de L’école des Annales au singulier, mais cette revue connaîtra plusieurs mutations historiographiques, de sorte qu’on peut distinguer en fait quatre, voire cinq “écoles des Annales” selon les théoriciens.

(6) Ibid p. 269.

(7) Ibid p. 302. Un exemple de démographie historique que je connais bien est Géographie de l’Espagne morisque, par Henri Lapeyre, 1959, encore utilisé aujourd’hui, qui livrait pour la première fois des chiffres solides de la population morisque sur l’ensemble du territoire espagnol.

Si vous n’avez qu’un seul livre à lire sur l’altérité…

octobre 30, 2008

Je me suis replongé dans l’une de mes lectures de doc, Nous et les Autres, la réflexion française sur la diversité humaine, de Tzvetan Todorov. Un livre brillant.

Cet essai se présente comme une histoire de la pensée française sur la question épineuse du rapport entre différentes cultures. Mais le plan du livre n’obéit pas aux règles du genre, car il ne s’agit pas que d’histoire. Ici, l’histoire est prétexte à la philosophie, plus précisément à l’éthique. Si Todorov interroge les auteurs du passé, c’est pour savoir quelles leçons en tirer. Ainsi, il confronte les idées des uns et des autres sans se soucier des siècles qui, à l’occasion, les séparent. Il ne se prive pas lui-même de critiquer chacun des auteurs qui nourrit son analyse, et ce, sans complaisance et sans idée reçue.

L’analyse de Montaigne est prétexte au questionnement sur l’ethnocentrisme et, plus généralement, de s’intéresser aux deux grands antagonistes: le relativisme contre l’universalisme. Le recours à des arguments de type universels fond en fait de Montaigne, vu comme chantre du relativisme, un universaliste non-assumé, et cette hypocrisie est en elle-même dangereuse. En outre, si Montaigne se sert de l’Autre pour critiquer sa propres société, l’Autre en ressort idéalisé, mais un idéal qui n’a guère de valeur pour lui. Il faut donc dépasser Montaigne.

L’analyse de Levi-Strauss est l’occasion d’un premier élément de réponse, que Todorov appelle l’universalisme de parcours. C’est l’occasion de conserver les avantages de Montaigne sans tomber dans ses erreurs. Dis simplement, il s’agit de postuler un horizon commun aux échanges interculturelles, permettant à la fois le dialogue et le jugement. Mais cette façon de le décrire ne rend pas tout à fait justice au concept, qui se décline en plusieurs étape, raison pour laquelle on parle de “parcours”: distanciation de sa propre culture, compréhension de l’autre, critique de sa société de l’oeil de l’autre, retour vers sa société, critique de l’autre depuis un point de vue original, vue la transformation opérée par la critique de soi.

Outre l’ethnocentrisme, Todorov aborde un autre gros point problématique, qu’on tend à négliger: le scientisme. Diderot a cru trouver dans les “lois naturelles” un moyen d’en finir avec l’ethnocentrisme. Le système de valeurs qu’il met en place est supposé universel, mais pas forcément conforme au système de valeur de la société dont il est issu (il n’y a qu’à voir ses positions sur la sexualité). Mais cette position, Rousseau le soulignera (et Todorov par l’intermédiaire de Rousseau), néglige la part de liberté dans les choix humains, et traite ces derniers comme des choses prédéterminées. C’est le retour dans le débat d’un autre, fondamental, qui oppose le déterminisme au libre-arbitre.

Autre problème longuement analysé, la nation, et son dérivé, le nationalisme. Diverses conceptions de la nation s’expriment: la nation est-elle un contrat social ou une ethnie, une “race” qui déterminent l’homme dès sa naissance? Derrière cette façon de poser les termes se cache encore le débat du libre-arbitre et du déterminisme, que Todorov tente de dépasser en suggérant que la nation, perçue comme culture, comporte à la fois des éléments de déterminisme (puisque la culture fait l’homme à travers son éducation) et de libre-arbitre (parce qu’il est possible à l’homme de critiquer sa propre culture et de s’en détacher). Le nationalisme pose également problème lorsqu’intervient la compétition entre nations (et son cortège de haine… Écoutez les premières minutes du film Joyeux Noël, vous verrez de quoi je parle). Dans le même ordre d’idées, impérialismes et colonialismes, menés au nom de la nation, ne sont pas à prendre à la légère. La nation, c’est aussi discuter d’un problème fort actuel, celui de l’immigration et de l’intégration des immigrants.

C’est encore dans cette partie que Todorov livre des concepts tel que la culture nationale, laquelle n’est pas équivalente au nationalisme, et la déculturation, grave phénomène qui ampute l’individu d’une part de son accès au monde. Il convient cependant de distinguer la déculturation de l’acculturation, qui implique un phénomène transitoire, où une acquisition se fait en définitive. L’existence de la culture nationale conduit à penser un nationalisme culturel qu’il faudrait distinguer du nationalisme civique.

La conclusion de Todorov évite à la fois les écueils de l’extrémisme et de la rectitude politique. Il opte pour penser la nation comme culture et pour privilégier ce qu’il appelle “l’universalisme de parcours”, non seulement pour nous, mais aussi pour les autres (il permet l’intégration des immigrants, par exemple). L’universalisme de parcours est la pierre de touche d’un nouvel humanisme, l’humanisme critique, lequel n’élabore pas de postulat sur la nature humaine. Cela l’amène à insister sur l’universalité de certains aspects, non des cultures, mais de la démarche humaine, tel que la capacité de changer et la capacité d’apprendre – ou celle de refuser.

Voici donc un livre brillant. Incriticable, certainement pas, et il m’apparaît évident que Todorov lui-même sursauterait d’indignation si je devais dire une chose pareille. Il appartient désormais à son lecteur de le critiquer, comme lui-même a critiqué tant d’auteurs qui l’ont précédé. Le débat n’est certainement pas achevé. Je ne vais pourtant pas en faire une critique immédiate, déjà parce que cette chronique est trop longue (péniblement ramenée sous 950 mots), ensuite parce que la critique n’en est pas facile et qu’il me faudra y réfléchir beaucoup plus longuement avant d’en trouver les failles. Nous avons là probablement l’un des livres les plus importants sur cette matière dans un passé récent, et je l’inscrirait volontiers en lecture obligatoire à quiconque veut s’occuper de relations interculturelles, internationales, d’immigration, etc… c’est certainement l’un de points de départ les plus complets et les plus pertinents que je connaisse sur le sujet.

La grande affaire

octobre 9, 2008

J’hésite à classer ce livre dans mes chroniques historiques, puisque son sujet est avant tout actuel. Mais Élie Barnavi est un historien de formation, spécialiste des guerres de religion françaises, et son expertise historienne l’éclaire dans la démarche qu’il suit tout au long des Religions meurtrières. Mais son expertise va bien au-delà de celle d’un historien: il a également été ambassadeur d’Israël en France. Les deux combinés, ça donne un résultat intéressant.

Voilà en effet un livre qui nous change des jugements péremptoires, de la basse politique, de l’étalement de préjugés couvert de références mal appréciées, bref des discours prémâchés à tendances extrémistes que j’ai trop souvent lu sur l’islam et l’islamisme.

L’auteur n’est pourtant pas tendre du tout envers ce dernier. Sa dernière thèse est que «le combat contre le fondamentalisme révolutionnaire musulman est la grande affaire du XXIe siècle », c’est dire si c’est en réalité l’objet principal de son livre.

Ce pamphlet bien mûri se présente sous la forme d’un petit livre jaune de 170 pages (ou 138, selon l’édition). Le style est franc, concis, brutal mais ne s’interdit pas l’humour à l’occasion, sans jamais y verser à l’excès. L’auteur s’y adresse directement à son lecteur, ce qui peut être une source d’irritation si, comme moi, on ne se reconnaît pas dans le lecteur type que Barnavi semble avoir en tête, “Européen perplexe”, dérangé dans son confort par l’irruption du terrorisme dans l’actualité et ne sachant par où commencer pour comprendre cette réalité qui lui échappe. Cette irritation si elle survient n’est qu’un léger détail par-dessus lequel on passe aisément. Le ton est donné pour une progression aussi mesurée qu’implacable, faite à coup de thèses successives. En fait, le style a une qualité qu’on retrouve rarement dans les essais et plus souvent dans la fiction: du rythme.

Résumons le tout. Les deux premières thèses s’intéressent au caractère de la religion: mot-valise, la religion recouvre des réalités différentes selon les cultures, et elles sont toutes, sans exception, nécessairement politiques. Puis on affine l’analyse, on se rapproche de ce qui nous intéresse vraiment: la troisième thèse explique ce qu’est le fondamentalisme (Érasme était-il un fondamentaliste?), la quatrième ce qu’est le fondamentalisme révolutionnaire. Ainsi sont posées, en des termes claires et accessibles, des concepts nécessaires, autant d’échelons à l’échelle. Puis on se rapproche du coeur du problème: “les religions révélées connaissent plus que d’autres la tentation du fondamentalisme révolutionaire” (cinquième thèse), parce qu’elles sont accompagnées de textes auxquels on peut faire dire n’importe quoi. Puis on interroge l’histoire pour comprendre le présent, écartant les fondamentalismes chrétien (parti battu – sixième thèse) et juif (épanoui grâce à l’État, puis maté par lui). On en arrive à une conclusion très pragmatique: «L’islamisme est aujourd’hui la forme la plus nocive du fondamentalisme révolutionnaire » (huitième thèse). De cette conclusion de l’analyse, on passe à une dernière thèse qui a des apparences d’un appel à la mobilisation: «Le combat contre le fondamentalisme révolutionnaire musulman est la grande affaire du XXIe siècle. » Barnavi l’avoue avec une franchise qui l’honore: il n’y a pas de solution simple au problème. Mais le premier pas est de prendre conscience qu’une “grande affaire” se pointe à l’horizon.

J’ai déjà parlé des qualités de style, voyons les qualités de contenu. Barnavi évite la plupart, voire tous les pièges dans lesquels les militants anti-islam tombent presque systématiquement. Il ne fait pas abstraction de l’histoire mais l’intègre à sa pensée. Il ne pratique pas l’amalgame simpliste de l’islam et de l’islamisme. Il ne cite pas pompeusement le Coran pour diaboliser l’islam, sachant bien que l’islam peut être bien des choses. Il n’essaie pas d’idéaliser les autres religions contre l’islam. Il peut ainsi appeler à un “combat” qu’on pourra peut-être mener sans tomber dans les excès.

Alors, c’est du tout bon? Presque. Rien n’est parfait, on le sait et quelques réserves viennent à l’esprit. Quand il analyse les racines de la laïcité occidentale (thèse 6), j’ai quelques doutes. Sa nostalgie très française d’une “religion civile” me laisse de glace (conclusion). Les pistes de solutions qu’il suggère, notamment sur le plan militaire, un sein de sa neuvième thèse, ont beau être raisonnables, elles sont aussi discutables (mais pas forcément fausses).

Mes regrets portent surtout sur sa conclusion «contre le “dialogue des civilisations”», simplement parce que les arguments qu’il avance contre le dialogue de civilisations sont très communs et tombent, me semble-t-il dans toutes les erreurs communes à propos de ce concept, ce qui est vraiment dommage de la part d’un auteur qui dans les quelques 150 pages précédentes s’était montré habile à esquiver les pièges de la pensée ordinaire. Il souligne l’absence d’interlocuteurs, l’impossibilité de faire représenter les civilisations par des personnes qui mèneraient le dialogue. Soit. Sauf qu’il m’a toujours semblé que le dialogue de civilisation devait être pris dans un sens métaphorique. Il n’y a pas besoin de représentants: la simple fréquentation le génère d’elle-même. La seule intervention qu’il nécessite, me semble-t-il, est de lui laisser le temps de faire son oeuvre.

Mais lisez-le si ces questions vous intéressent. C’est non seulement un petit livre très éclairant, c’est aussi une bonne base pour que vous reveniez en discuter ici.