Archive de la catégorie «Souvenirs»
Protégé : Enfin une réponse, même si…
juillet 6, 2009Youpi, ma religion à moi! (humour)
mai 8, 2009Je viens d’avoir un débat un peu houleux sur un forum. Pas de quoi s’alarmer, ce sont des amis et ça s’est terminé sur une invitation à prendre une bière.
À l’origine du débat, cet article publié dans le Devoir par un théologien s’inquiétant du cours d’éthique et de culture religieuse à travers un exemple, celui d’un exercice nommé “Youpi, ma religion à moi!” (dont on peut retrouver un descriptif détaillé ici). J’ai déjà exprimé mes inquiétudes face à ce cours et aux gens qui l’ont conçu ici. L’exercice en question semble rejoindre mes inquiétudes. En plus de cela, la grille d’analyse proposée est éminemment eurocentriste, ce qui risque d’être plus nuisible qu’autre chose aux élèves lorsqu’ils voudront essayer de comprendre les religions étrangères.
Dans le débat sur le forum dont je parlais, je me suis retrouvé en minorité, sans grande surprises. Et comme on me vantait la grande pédagogie de cet exercice consistant à inventer une religion imaginaire, exercice faisant soi-disant appel à la créativité et soi-disant amusant, je me suis rappelé de mon secondaire. Créer une religion imaginaire, ça peut être un exercice amusant et créatif, en effet… si on le fait entre copains et à la maison. Dans le cadre scolaire, je le sais parce que j’ai fait pas mal d’exercices en équipes assez similaires quand j’étais au secondaire, le but du “jeu” est toujours de se débarrasser de la corvée le plus vite possible.
Pour illustrer mon point, mais surtout pour faire rire, j’ai essayé d’imaginer à quoi ressemblerait une équipe de quatre élèves (tel que précisé dans les consignes), qui ferait l’exercice.
Voici le résultat. Je le verrais bien en sketch de café-théâtre:
ÉTUDIANT 1: Bon, ça nous prend un fondateur.
ÉTUDIANT 2: Ok, y s’appelle Jo-Blo.
ÉTUDIANT 3: Ben non, pas Jo-Blo quand même…
ÉTUDIANT 2: Ben comment tu veux qu’y s’appelle, d’abord?
ÉTUDIANT 3: Je le sais-tu, moé?
ÉTUDIANT 4: On s’en fout, c’est juste un nom. OK pour Jo-Blo
ÉTUDIANT 1: Bon, ça nous prend un mythe fondateur.
ÉTUDIANT 2: Ben Jo-Blo est descendu du ciel avec un livre Saint.
ÉTUDIANT 3: Ben non, ça c’est Jésus.
ÉTUDIANT 2: Ah, tu fais chier.
ÉTUDIANT 4: Non, y’a raison. Jo-Blo est sorti de la terre, là.
ÉTUDIANT 2: OK.
ÉTUDIANT 1: Bon, ça nous prends un ou des dieux avec des attributs.
ÉTUDIANT 2: euh…
ÉTUDIANT 3: …
ÉTUDIANT 4: On en fait juste un, ok, sinon c’est trop long.
ÉTUDIANT 3: Ah, non, c’est chiant les monothéismes!
ÉTUDIANT 1: Hey, insulte pas ma religion, toi!
ÉTUDIANT 2: Bon, j’ai une autre idée: on fait un dieu du feux, un dieu de l’air, un dieu de la terre, un dieu de l’eau pis un dieu de l’argent. Le chef, c’est l’argent, parce que l’argent mène le monde!
ÉTUDIANT 3: Hey, c’est cool.
ÉTUDIANT 4: Tu fais chier, c’est long à écrire, mais ok.
ÉTUDIANT 1: On est rendu au code moral
ÉTUDIANT 2: Oh, shit, ça va être long.
ÉTUDIANT 3: Non, c’est correct. On a pas le droit de tuer, pas le droit de voler, c’est toujours de même. Mais pour être original, on a le droit de baiser quand on veut.
ÉTUDIANT 4: Yes! j’me converti!
ÉTUDIANT 1: Ouais, c’est cool.
ÉTUDIANT 4: Vous êtes sûr que ça en prend pas plus?
ÉTUDIANT 2: Les autres en feront pas plus.
ÉTUDIANT 4: Bon, je note.
ÉTUDIANT 1: Ça prend un livre sacré.
ÉTUDIANT 2: Ben on l’a déjà dit.
ÉTUDIANT 3: On va quand même pas toute l’écrire!
ÉTUDIANT 1: Ben non, ça prend juste un nom.
ÉTUDIANT 2: Le tas de papier? Ce serait drôle, le tas de papier saint, non?
ÉTUDIANT 3: Ah non!
ÉTUDIANT 4: Ben quoi d’abord?
ÉTUDIANT 3: Ben ché-tu, moé, attends… Le Livre des Cinq éléments! Ouais, c’est logique, on a cinq dieux.
ÉTUDIANT 4: OK.
ÉTUDIANT 1: Bon, quelques rituels…
ÉTUDIANT 2: Genre comme un baptême?
ÉTUDIANT 1: Ouais, genre…
ÉTUDIANT 3: Ça prend quelque chose de logique avec nos dieux.
ÉTUDIANT 4: Ah, non! tu vas pas chercher 5 rituels?
ÉTUDIANT 3: Attends, Jo-Blo vient de la terre, donc à la naissance on fait semblant de sortir le bébé de la terre, ok?
ÉTUDIANT 4: OK.
ÉTUDIANT 2: Bon, on a fini?
ÉTUDIANT 1: Hey, ça dit “quelques” rituels, y’en faut plus qu’un.
ÉTUDIANT 2: Ah, non!
ÉTUDIANT 3: Arrête de chialer sinon on finira jamais.
ÉTUDIANT 4: Ouais, c’est vrai ça.
ÉTUDIANT 3: Bon. Quand l’enfant arrive à l’âge adulte, comme c’est la chose la plus importante, on lui donne du cash.
ÉTUDIANT 4: J’m'reconverti encore! c’est trop cool!
ÉTUDIANT 3: Quand on meurt, on brûle le corps sur un bûcher.
ÉTUDIANT 4: OK.
ÉTUDIANT 3: Quand on veut se marier…
ÉTUDIANT 2: On baise devant le prêtre!
ÉTUDIANT 4: Ouais! j’v'eux être prêtre!
ÉTUDIANT 2: Non, attends, le prêtre baise avec la mariée!
ÉTUDIANT 3: Arrêtez, c’est n’importe quoi! Bon, quand on veut se marier, on nage ensemble.
ÉTUDIANT 2: à poil!
ÉTUDIANT 4: Ouais!
ÉTUDIANT 3: Non! arrêtez de dire des conneries!
ÉTUDIANT 4: Non, tout nu, c’est pur. Je note.
ÉTUDIANT 3: on peut pas écrire ça…
ÉTUDIANT 1: ça prend des objets de culte.
ÉDUDIANT 2: Une tronçonneuse! Ou un gun. Moi j’veux un gun à l’école.
ÉTUDIANT 3: Hey, on a pas fini les rituels.
ÉTUDIANT 4: On en a ben assez.
ÉTUDIANT 3: J’en voulais un pour chaque dieu.
ÉTUDIANT 4: On s’en fout!
ÉTUDIANT 3: mais..
ÉTUDIANT 1: bon, moi je dis un pendentif avec de la terre comme objet de culte.
ÉTUDIANT 4: OK. Ça prend-tu d’autres objets de culte?
ÉTUDIANT 1: Ouais.
ÉTUDIANT 3: Un rituel en avion…
ÉTUDIANT 1: ben ché-pas, peut-être un encensoir?
ÉTUDIANT 2: Mais avec de la mari! Pis on prie gelés.
ÉTUDIANT 3: Vous pouvez pas arrêter de déconner?
ÉTUDIANT 2: ben y’en a qui le font.
ÉTUDIANT 4: ouais.
ÉTUDIANT 1: bon, “quelques”, ça en prend-tu plus que deux?
ÉTUDIANT 2: non, c’est bon.
ÉTUDIANT 4: ON A FINI!
EDIT: depuis ma dernière recherche, le ministère a quand même mis plus d’informations sur le cours. Certaines sont de nature à me rassurer, mais je regarderai le détail un autre jour. En attendant, vous pouvez allez consulter un résumé du programme ici.
Il ne peut en rester qu’un…
décembre 21, 2008Le titre aurait tout aussi bien pu être “Un beau souvenir (bis)”, puisque voici à nouveau un vidéo d’un grand moment des CSC (Championnats Swing Canadiens) 2008. Sauf qu’il ne s’agit pas de swing.
Parmi les innombrables catégories de compétitions qu’on retrouve aux CSC, il y en a une dans laquelle on retrouve du swing, mais aussi à peu près n’importe quoi d’autre, du moment qu’il s’agit de danse. Une compétition de numéro “cabarets”, où le divertissement prime. La compétition était très longue en raison du nombre de numéros présentés, mais personnellement je ne me suis pas ennuyé une seconde. Signalons-en deux pour introduire la vidéo.
Un groupe a présenté une reconstitution de la chorégraphie de “Thriller”, de Michael Jackson. Un peu plus tard, on a eu droit à un danseur présentant également une imitation de Michael Jackson, dans une version plus tardive de sa carrière.
Pendant qu’un autre numéro était joué, les animateurs de la soirée sont allés trouver le leaders du groupe de Thriller et l’autre imitateurs et, avec leur accord, on improvisé ce qui allait devenir l’un des grands moments de la fin de semaine: un concours d’imitations de Michael. Heigthies contre Nineties.
Comme vous pouvez le constater, l’ambiance était électrique.
Pour qui auriez-vous voté?
J’en profite pour signaler que les vidéos des CSC mises en ligne par philippeoc (donc la vidéo de Max et Tessa mise dernièrement) peuvent être visionnées sur YouTube en version “haute qualité”.
Un beau souvenir
décembre 17, 2008La première fois que j’ai vu danser Tessa Cunningham, c’était de visu, puisque c’était aux CSC. Il y a toujours un petit plus à voir les choses directement. Le West Coast Swing souffre moins du passage à l’écran que le Lindy Hop (raison pour laquelle je regarde davantage de WCS que de Lindy sur YouTube). La danseuse vedette était présente pour donner des ateliers de “styling” sexy, réservés aux filles. Elle était également du Jack & Jill sur invitation, où le sort l’a jumelée à Max Pitruzzella. Ils ont remporté la première place. Le lendemain, à l’heure du départ, on parlait encore de leur performance.
Par la suite, j’ai découvert plusieurs autres de ses performances sur YouTube. C’est une danseuse qui n’a pas peur de prendre toute la libertée qui lui est offerte au sein de la danse pour ajouter son style, raison entre plusieurs qui la place parmi celles que je préfère.
J’étais donc bien content hier de voir que cette fameuse performance des CSC avait été mise en ligne sur YouTube.
Relire la Genèse
novembre 26, 2008Dans la foulée du billet d’hier, Deux innocents, où je disais que l’innocence, c’est quand on n’a aucun sens du bien et du mal, je propose maintenant une relecture personnelle de la Genèse en gardant ce détail à l’esprit.
La très sympathique Ève
Quand j’étais petit, pour ma première communion je me suis fait offrir une Bible en 365 histoires. J’ai dévoré l’Ancien Testament et j’ai arrêté quand ça a commencé à parler de Jésus, parce que Jésus ennuie. En lisant les histoires consacrées à la Genèse, je n’étais pas encore au courant de l’interprétation courante qu’on fait de cette histoire. Est-ce pour cela? ou parce que le choix de mot des auteurs reflétait des valeurs d’aujourd’hui, plus féministes? Quoiqu’il en soit, j’ai toujours trouvé le personnage d’Ève beaucoup plus sympathique que celui d’Adam. Ève a mordu au fruit défendu parce qu’elle était curieuse et indépendante, parce qu’elle était rêveuse et voulait être mieux. Adam a mordu au fruit défendu pour faire comme Ève, c’était un mouton sans caractère.
J’ai donc grandi avec deux interprétations de la Genèse dans mon esprit. La mienne, que je me suis forgée moi-même en lisant les premières histoires de ma Bible pour enfants. Et la version officielle, misogyne qui fait d’Adam une victime et de Ève une emmerdeuse idiote et dangereuse qu’il faut contrôler. Devenu adulte, je suis aussi devenu un intellectuel qui se pose beaucoup trop de questions, j’ai relu la Genèse dans une traduction destinée aux adultes cette fois (et donc soucieuse d’authenticité plus que de communication) et une troisième version a fini par se former.
Le fruit défendu
De nos jours, “fruit défendu” est une expression associée à l’érotisme. On imagine donc souvent, à tort, que le crime d’Ève et d’Adam, qui leur a valu d’être chassés du jardin d’Éden, fut de baiser. Eh bien non. Clarifions donc la notion. Il y a en réalité deux arbres dans le jardin d’Éden dont les fruits sont interdits, même si le texte mentionne l’interdiction explicitement pour le premier et seulement implicitement pour le second. Le premier est l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Le second est l’arbre de la vie. (Gen 2, 9 pour les arbres, Gen 2, 17 pour l’interdiction du premier, Gen 3, 22 pour l’interdiction du second – je suis allé chercher mes références ici). Il est intéressant d’ailleurs que la Genèse soit l’un des seuls livres saints, à ce stade de mes lectures (je suis loin d’avoir tout lu, je m’endors souvent avant d’avoir beaucoup avancé), à donner une esquisse de définition de ce qu’est Dieu, les deux arbres indiquant les deux attributs prêtés à la divinité: connaissance du bien et du mal, vie éternelle. Soit dit en passant, les versets 3, 22-24 sont cités au tout début du film La Fontaine et fondent le film de Aronofsky.
Le goûté et ses conséquences
Quoiqu’il en soit, c’est au fruit du premier qu’on goûté Adam et Ève. Présumément cru, mais j’imagine qu’ils ont pu s’en faire une bonne tarte aussi (mais ça prend plus d’un fruit, à moins que ce soit un gros fruit). Bon, de toute façon, c’est de la religion, donc il faut que ce soit cru (ah! le jeu de mot!).
«La femme vit que l’arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d’elle, et il en mangea.» (Gen 3-6).
La conséquence d’avoir mangé de ce fruit fut la perte du Paradis terrestre. L’interprétation métaphorique du texte pourrait donc être la suivante: le Paradis terrestre, c’est l’innocence, le fait de se situer hors du bien et du mal, de ne pas se casser la tête avec des dilemmes moraux et de ne pas se compliquer la vie. Dès lors que, grâce à (et non à cause de) la femme (et elle grâce au serpent, dont je laisse pudiquement à d’autres le soin de décider ce qu’il est), on connaît le bien et le mal, l’innocence est perdue et le bonheur qui y est rataché avec elle. Peut-on vraiment dire que c’est… un mal? Personnellement, a la place d’Adam, le premier choc passé j’en serais plutôt reconnaissant à Ève.
Évidemment, le texte dit aussi explicitement que l’homme doit dominer la femme, c’est la punition que Dieu inflige à cette dernière (Gen 3, 16). Suis-je moralement inconfortable avec ce verset? mais… mais… oui! “Moralement”, le voilà le mot-clé! Car je ne suis peut-être pas Dieu, pas tout puissant et tout le tralala, mais je suis son égal en matière de connaissance du Bien et du Mal. D’ailleurs vu la faillibilité humaine en ce domaine, honnêtement je ne vois pas trop comment on pourrait avoir confiance en celle de Dieu. Je peux donc légitimement et en toute conscience estimer que la punition infligée par Dieu aux femmes est injuste et ne pas m’y conformer. Bon, ok, peut-être que l’auteur de la Genèse n’eût pas été d’accord avec moi sur ce dernier détail, s’il l’eût été pour le reste. Mais je suis un sale gosse désobéissant, sans doute davantage le fils d’Ève que d’Adam.
Un peu plus sérieusement, comme la perte du Paradis terrestre fut une prise de conscience, toute autre punition peut être interprétée dans le même sens. Or, la prise de conscience n’implique pas forcément le conformisme.
Je n’espère pas vraiment convaincre les religieux. J’aime juste les mythes… et jouer avec.
Mes valeurs (bis)
octobre 27, 2008Après la question de Nicolas sur La Plaine, concernant nos valeurs, je me suis reposé à nouveau la fameuse question: quelles sont mes valeurs? un exercice auquel j’aime bien me liver à l’occasion. Mes lecteurs de longue date reconnaîtront peut-être une récupération de mon ancien blog dans une partie de cet article.
Dans un cours de morale au secondaire, on nous a fait passer un test pour déterminer nos valeurs. Il fallait classer environ 70 voeux en ordre. Il y avait deux voeux pour chaque valeur comprise dans le test. Le but était de connaître les 5 valeurs qui avaient le plus d’importance à nos yeux d’après le classement de ces voeux. Je garde en mémoire les trois premières de mon palmarès personnel:
1. La Connaissance
2. La Sagesse
3. L’Esprit d’Indépendance
Finalement, ce n’est pas si mauvais. Cela reflète pas mal mes valeurs, même après autant d’années.
Évidemment, en regardant le détail, c’est critiquable. Je me souviens de mes trois premiers voeux:
1. Posséder une bibliothèque complète pour votre usage personnel (la Connaissance)
2. Posséder un ordinateur ayant réponse à toutes les questions (la Connaissance)
3. Connaître le vrai sens de la vie (la Sagesse)
Le troisième voeu, par exemple, pourraît être attribué à la Connaissance. Tandis que le premier, si c’était mon voeu à l’époque, ce n’était pas les livres documentaires qui m’intéressaient, mais ceux de fiction. Il faudrait donc dire que cela représentait une valeur comme l’Imaginaire.
Sur la Plaine, j’ai répondu par un seul mot: la Quête. Voilà un mot qui représente bien en partie mon attitude et en partie mon idéal du moment: recherche de vérité, en accordant plus d’importance au cheminement qu’à la vérité. Recherche de moi-même, sachant que c’est la recherche qui me fait. Mélange d’orgueil et d’humilité: l’humilité de savoir que tout me dépasse, l’orgueil de m’affirmer néanmoins, avec les qualités que je me connais. La capacité de mépriser, par une active ignorance, le pacotillisme militant*. La curiosité généralisée. La dialectique d’une chose et son contraire. J’imagine que ça peut sembler abstrait, mais c’est clairement quelque chose qui a un sens pour moi.
*je viens d’inventer cette expression à l’instant, elle me plait bien. J’expliquerai peut-être une autre fois ce qu’elle signifie.
Actualité, doute… Pensées sans conclusions
août 20, 2008J’ai commencé à rédiger ce billet il y a une ou deux semaines. Il est temps de le publier, parce qu’un billet lié à l’actualité qui date, bon… ça l’fait pas. Notez bien qu’il n’apparaît pas dans la catégorie “histoire” (je ne cite que wikipédia et La Presse, ça vaut pas la peine)… en fait, j’ai hésité entre “réflexions” et “souvenirs”, pour finalement opter pour ce dernier.
Qu’apprend-je? Mais qu’apprend-je?
Remontons d’abord 13 ans en arrière. Après, on remontera brièvement encore deux ans plus tôt, puis on reviendra progressivement vers 2008 et l’actualité.
En 1995, donc, les États-Unis (et donc le monde) étaient secoués par l’un des attentats terroristes les plus meurtriers de son histoire. On est évidemment encore loin de 2001, et l’attentat dont je parle est celui d’Oklahoma City. Le 19 avril 1995, j’avais 13 ans. À l’époque je ne suivais pas assidûment l’actualité, et le souvenir des attentats et des enjeux qui y étaient liés s’est rapidement effacé de mon esprit. Oklahoma City reste cependant pour moi une référence à toujours garder à l’esprit face à l’actualité. L’attentat a fait 168 victimes et plus de 800 blessés. Les chaînes d’information, peu de temps après les faits, affichaient en gros plans des photos de sinistres barbus représentatifs des supposés coupables de ce carnage. Dans l’esprit de bien des gens, il ne faisait aucun doute que les islamistes étaient les coupables.
Il y avait des raisons de le penser: deux ans plus tôt, c’était bel et bien des islamistes qui s’étaient rendus coupables des attentats du World Trade Center. Ils y avaient fait exploser une bombe dans un garage souterrain. 6 victimes et 1 042 blessés, la plupart dans l’évacuation paniquée qui s’ensuivit.
En 1995, donc, il était facile de faire le lien entre les deux attentats et de sauter aux conclusions en attribuant ceux d’Oklahoma City aux islamistes. Ce n’était pas le cas… les responsables étaient des néo-nazis américains. Mais l’opinion attribuant la responsabilité du massacre aux islamistes fut si forte qu’elle engendra des réactions d’hostilité et des attaques contre des arabes et des musulmans. Pourtant, il n’avait fallu au FBI que 90 minutes pour arrêter le principal responsable, Timothy McVeigh, et le lien entre les lui et les attentats fut formellement établi le jour même. La vindicte populaire s’était montrée un efficace révélateur de la puissance des préjugés.
En 1999, j’étais au cégep, entouré de professeurs férocement décidés à faire de leurs étudiants des intellectuels (ça a marché, mais disons que j’avais quelques prédispositions) et de nous apprendre à penser par nous-mêmes. C’est là que les attentats d’Oklahoma City sont devenus dans mon esprit le point de référence que j’ai dit. Notre professeur de géopolitique a en effet pris le temps de nous en parler pour démontrer les méfaits des préjugés.
Le 11 septembre 2001, j’ai appris LA nouvelle à la radio, sans comprendre ce que j’entendais. Je passais en effet voir quelques amis à un endroit où on affectionne l’humour noir. À peu près au même moment où j’entendais la nouvelle, un éclat de rire venu de je ne sais où s’est fait entendre. Mon esprit a fait le lien entre les deux. Que deux avions se soient successivement crashés dans chacune des deux “Tours jumelles” était en effet passablement surréaliste: j’en ai donc déduit sur le coup que c’était une cassette de mauvais goût, mais tout ce qu’il y a de plus fictif et “humoristique” et je n’y ai pas fait très attention. Ce n’est que plus tard que j’ai réalisé que ça n’avait rien d’une invention. Pendant le reste de la journée, j’ai fait parti du même bouillonnement que des tas d’autres gens. Les sites d’informations crashaient sous la sursolicitation, ou étaient si lent qu’ils en devenaient pratiquement inaccessibles. Dans la journée même, les informations s’échangeaient par bribes… “un tel m’a dit qu’un tel…” et mélangées à des tranches de vie “à la place Ville-Marie, les gens pleuraient et regardaient par les fenêtres pour voir si un avion arrivait”. On a tout de suite pensé à des terroristes islamistes, mais je ne sais plus du tout quand au juste j’ai entendu pour la première fois le nom “al-Qaïda”. Au départ, on parlait surtout de terroristes palestiniens. Moi, j’étais parmi ceux, minoritaires mais néanmoins relativement nombreux, qui parlaient constamment d’Oklahoma City. Je me souviens même avoir élaboré la théorie des milices néo-nazis. Dans la semaine qui a suivi, je me suis rallié à l’évidence: cette fois, c’était vraiment des islamistes (mais ce n’était pas des palestiniens). Et avec le recul, je suis fier de ma réaction: le jour même, j’ai gardé toutes les options ouvertes et avec le temps, je me suis rallié à l’évidence sans m’enfoncer dans le déni des théories du complot. L’important n’est pas d’avoir raison du premier coup, c’est de ne pas sauter aux conclusions trop vite.
La psychose du 11 septembre ne s’est pas éteinte le 12 septembre. Une semaine après les attentats, on apprenait que des lettres piégées à l’anthrax étaient envoyées à diverses personnes des médias. Puis, début octobre, d’autres lettres, cette fois à des politiciens. On était à peu près unanimes à y voir le geste d’al-Qaïda, bien que certains experts aient exprimés des doutes: pas assez de dégâts, ça ne ressemblait pas au mode opératoire des terroristes. Ces commentaires me faisaient hausser les épaules: ce ne serait pas la première fois que les terroristes feraient preuve de plus d’imagination que les “experts”.
Mais qu’apprends-je? Qu’apprends-je?
On a récemment découvert (comme vous le savez déjà si vous avez lu l’article wikipédia référencé plus haut) que le principal suspect n’avait rien d’un terroriste islamiste. Le Dr Irvins souffrait apparemment de troubles psychologiques.
De toute évidence, cette conclusion, insatisfaisante pour la psychée populaire toujours avide de sens, ne manquera pas de provoquer quantité de théories du complot. Tous les éléments pour que les complotistes se déchaînent sont là: un suspect qui se suicide, des motivations attribuées à la folie… On accusera, logiquement, les Iraniens, Saddam Hussein, Al-Qaïda, la CIA et le Mossad… Sans oublier, bien sûr, le FBI qui sera innévitablement accusé de dissimulations de preuve. Forcément.
Mais pour ceux qui ne vont pas perdre leur temps à récolter des détails perdus un peu partout pour les qualifier de “preuves”, pour ceux qui acceptent que la folie existe et que l’absurde surgit parfois dramatiquement dans la vie, bref, pour ceux qui sont disposés à accepter la version officielle, cette version n’en soulève pas moins une question troublante: pourquoi avons-nous, une fois de plus, sauté aux conclusions avant que l’enquête ne soit achevée? Et d’ailleurs, combien d’entre nous savaient qu’après toutes ces années l’enquête était encore en court?