Pour qu’il y ait un scandale, il faut qu’il y ait une surprise. C’est pourquoi cette nouvelle ne provoquera pas de scandale. Ça ne veut pas dire qu’il n’y ait pas matière à s’en scandaliser. Alors, à défaut de savoir s’en scandaliser (faute de surprise), il ne reste qu’à s’inquiéter.
Les enjeux se résument vite. Les filles de La mère blogue s’inquiètent du manque de profs. Quelques commentaires qui nous viennent de l’orbite. Mario Roy résume quant à lui assez bien qu’on a laissé un problème structurel s’installer:
la société [...] est en train de perdre cette compétence pas du tout transversale consistant à transmettre d’une génération à l’autre des connaissances.
Mario Roy fait souvent usage de démagogie, mais il a parfois de petites perles de sagesses. La phrase que je viens de citer contient une très grande partie de mes préoccupations actuelles en matière de politique et d’enjeux sociaux, et l’explication de mes quelques sympathies conservatrices (je parle ici d’une certaine idéologie conservatrice, tel que nous la défini le Petit Émérillon, et non des sinistres clowns qui nous dirigent en ce moment – Et allez voir aussi cet article chez Gromovar, je n’ai pas lu le livre dont il parle, mais le sujet touche à mes préoccupations).
Comme Mario Roy le dit en fin d’édito, le français n’est pas seul en cause. La plupart des matières sont touchées. Aux cycles supérieurs en histoire, la plupart des étudiants ont déjà donné un ou plusieurs ateliers, fait des corrections, et peuvent donc témoigner que les étudiants en enseignement tirent la moyenne du groupe vers le bas. Environ dix à vingt points d’écart avec l’autre partie du groupe. C’est simple, ils ne s’intéressent juste pas à la matière qu’on leur enseigne. La pédagogie et la discipline sont leurs seules préoccupations (pour quand ils seront profs, hein, parce que comme élèves on les retrouve plus souvent dans le rôle des chahuteurs du fond de la classe, me dit-on, même si personnellement je n’ai pas eu ce problème particulier).
Une fille à la maîtrise me rapportait la semaine passée la perle que lui a servit une étudiante en enseignement: “pas besoin de connaître la matière pour l’enseigner, de toute façon on a le manuel pour savoir quoi dire.” Voilà, en gros, la mentalité dominante. Ça donne des profs qui ont une page d’avance sur leurs élèves. Et j’en viens à me dire que, si ces profs savent faire de la discipline, qu’ils sont de bons pédagogues, ils risquent en revanche d’avoir de la difficulté à se faire respecter par des parents qui, ayant faits leurs études ailleurs qu’en pédagogie, n’auront peut-être pas la science de la transmission du savoir, mais auront en revanche des connaissances solides. Assez pour voir quand les profs de leurs enfants enseignent des conneries.
Je suis pour une revalorisation du statut de l’enseignant. Pour ça, il faut qu’on ait confiance dans nos enseignants actuels et futurs. Et la confiance, ça se mérite.