C’est un mot qui me trotte dans la tête ces derniers jours. “Homme-univers”, mot forgé par l’historien Pierre Chaunu pour désigner l’empereur Charles Quint. Mot qui me trotte dans la tête en parcourant les articles sur la vie d’Obama qui remplissent la moitié des journaux depuis qu’on a commencé le décompte de l’investiture. Non pas qu’il y ait tant de ressemblances entre un Charles Quint et un Barack Obama. Le premier était un homme pétri d’idéaux chevaleresques et rêvant de croisades vers Jérusalem. Le second se présente plutôt un pragmatique charismatique qui a accédé à la présidence entre autre parce qu’il tranche avec l’idéologie croisée de W. Mais l’expression de Chaunu visait à désigner la multiplicité des origines et des vécus de Charles Quint. Et en cela, elle s’applique parfaitement à Obama, voire mieux, car ce dernier est un homme du XXIe siècle.
Charles Quint, né dans les Flandres était issu de dynasties bourguignonnes, espagnoles et autrichiennes. Il a vécu aux Pays-Bas, en Espagne, en Allemagne, en Italie, en Autriche. Voyagé en France et en Angleterre. Fait la guerre en Allemagne, en Italie et en Tunisie. Épousé une Portugaise. Il était Empereur (symboliquement: du monde) et son règne s’est étendu en Amérique et touché à l’Asie. Il disait qu’il parlait “français aux hommes, italien aux femmes, espagnol à Dieu et allemand à son cheval”. «Du 25 février 1500 au 21 septembre 1558 (cinquante-huit ans et sept mois), Charles Quint, cet errant par devoir d’État, a croisé mille destins.» (1)
Obama, on l’a répété à l’envie dès qu’on a réalisé qu’il était un sérieux prétendant à l’investitude démocrate, est un “homme mondialisé”. On le répète encore aujourd’hui avec émerveillement, par exemple dans cette chronique de Rima Elkouri. Parce que le monde d’aujourd’hui le permet, ses origines sont encore plus diverses que celles de Charles Quint. Kenya, Kansas, Hawaï, Indonésie, Chicago… diversité géographique et culturelle; mais aussi ethnique: Noir et Blanc; religieuse: des racines chrétiennes ici, musulmanes là-bas; socio-économiques aussi, des pauvretés du Kenya et d’Indonésie, des rues de Chicago (notamment par les origines de sa femme) jusqu’aux riches mondes des meilleures universités de la planète et de la politique américaine.
Il n’y a aucune leçon à tirer de cette comparaison. Elle n’est née que d’un caprice de mon imagination, enflammée par un mot:
Homme-univers…
(1) CHAUNU, Pierre, dans CHAUNU, Pierre et ESCAMILLA, Michèle, Charles Quint, Paris, Fayard, 2000, p.17.