Archive de la catégorie «Bizarreries langagières»

Auteurs-cultes

octobre 5, 2009

On sait qu’un auteur a atteint un statut particulier, hors-normes, quand on invente un adjectif à partir de son nom de famille.

Exemples:

Cartésien: relatif au rationalisme de René Descartes (usage très extensible)

Darwinien: relatif aux théories de Charles Darwin

Foucaldien: relatif à la pensée de Michel Foucault.

Certalien: relatif à la pensée de Michel de Certeau.

Popperien: relatif à la pensée de Karl Popper.

Le bal est ouvert. Quels noms proposez-vous?

Problème de traduction

mai 11, 2009

Ça me turlupine de temps à autre, ça.

Quand on danse en couple, c’est bien connu, il y en a un qui guide et un qui suit. Traditionnellement, les gars guident et les filles suivent, ce qui n’est pas une obligation absolue.

On appelle habituellement celui qui guide le lead. Ce qui a l’avantage, accessoirement, d’être un terme neutre en terme de genre. Comme ça, une fille qui guide ne se fait pas forcément appeler un “gars” (même si, humour aidant, ça arrive souvent). En swing, la prédominance de l’anglais n’a pas de quoi surprendre ni choquer, puisque c’est une danse née aux États-Unis (j’ignore si les danses latines ont un vocabulaire à prédominance espagnole). Mais si on veut le traduire, c’est facile: le lead est un guide ou un meneur.

On appelle habituellement le partenaire qui suit le follow. La follow en fait, d’habitude, puisque ce sont souvent des filles. Quand un prof donne un cours, le pluriel tend à cacher le féminin, et à englober les rares gars qui apprennent ce rôle: les follows. En pratique, on dit aussi très souvent les filles, même si y’a un gars dans le groupe qui fait le follow (pour une fois qu’on privilégie le féminin sur le masculin!). Mais là, je dois dire que je ne trouve pas de traduction francophone satisfaisante. “Suiveuse”, ce n’est pas très flatteur, et j’aime mieux éviter.

Des suggestions?


Désuet?

mai 1, 2009

Hier je lisais un article sur les 100 jours d’Obama.

Et je me suis posé des questions. Pas sur Obama. Pas sur la politique.

Sur le subjonctif.

C’est moi ou le subjonctif est en train de tomber en désuétude?

Extraits:

Je réalise que les pouvoirs du président ont des limites. Je ne peux pas appuyer sur un bouton, et faire en sorte que les banquiers font [sic] tout ce que je veux.

“Que les banquiers fassent tout ce que je veux”, peut-être?

D’après eux, ce serait comme fermer la porte de la grange après que les chevaux se sont [sic] échappés, parce que nous avons déjà des cas aux Etats-Unis.

“Après que les chevaux se soient échappés”, peut-être?

Je ne suis pas un super crack de la langue française, mais des fois, ça m’écorche les yeux et les oreilles. Peut-être un linguiste pourrait-il m’expliquer pourquoi le subjonctif est de plus en plus boudé, jusque sous les plumes des journalistes. Peut-être que c’est une évolution de la langue. Peut-être aussi que c’est laid.

Les deux sens de l’athéisme

avril 26, 2009

J’en parlais récemment avec un ami: Comment le mot “athéisme” est-il construit?

A-théisme

ou

Athé-isme?

Ça n’est pas innocent. L’un et l’autre mots ont des sens bien différents. Le premier indique la non-appartenance à la doctrine théiste, qui affirme que Dieu existe. Le second est la doctrine qui affirme la non-existence de Dieu. Le premier est le doute. Le second la croyance irraisonnée.

D’après le dictionnaire, l’athéisme est la croyance en la non-existence de Dieu. La croyance irraisonnée.

L’analyse de l’usage courant du mot est plus nuancée. Les deux sens se retrouvent dans la bouche des gens. Le premier sans doute plus souvent que le second.

Éconoquoi?

mars 30, 2009

Pourquoi dit-on “économiste”?

Pourquoi pas “éconologue”?

Normalement, le suffixe “-iste” désigne le tenant d’une idéologie. Le suffixe “-logue” désigne celui qui étudie (ce qui est désigné par le radical, ici: écono-).

Un spécialiste des sciences économiques devrait logiquement s’appeler un “éconologue”. Me semble.

Les écologistes ont un problème semblable. “Écologiste” désigne à la fois un militant pour l’environnement (donc le tenant d’une “idéologie écologique”) et un spécialiste des écosystèmes. Les scientifiques écologistes sont forcés de préciser la dimension scientifique du terme pour ne pas que les gens la confonde avec la dimension politique. C’est bête, d’autant que le Petit Robert atteste l’existence du mot “écologue” pour une personne qui étudie l’écologie.

Dans le cas des économistes, la confusion est moins fréquente, parce qu’il n’y a pas de parti politique tenant de “l’économisme”. Du moins pas dans l’usage courant. Pourtant, “économisme” est un mot qui existe bel et bien:

Économisme: n.m.Didact. Interprétation et explication des comportements privilégiant les méthodes et les théories économiques.

Bah voilà. Donc il y a, en théorie du moins, danger de confusion.

Nouvelle essentielle pour l’avenir de l’humanité

mars 19, 2009

Hier, je suis sorti de chez moi. Avec chapeau et chouklaks (jamais su comment écrire ce mot, j’y vais à l’oreille).

Ça veut dire qu’y fait bô.

Trop bô pour l’écrire correctement. Les accents circonflexes savent mettrent l’accent sur un mot comme aucun autre accent ne sait le faire (devrais-je écrire qu’y fait bêâû?).

Je lève mon chapeau nouvellement ressorti au sôleil.

Le mot du jour…

mars 16, 2009

Disons plutôt mot de la nuit, parce qu’à 6:30 on ne peut pas dire que ce soit encore le jour.

Bref.

Sotériologie.

Mot typique de l’écriture d’Alphonse Dupront. Je ne pense pas avoir vu ce vocable nul part ailleurs.

Sachant que le premier pharaon de la dynastie des Ptolémées est appelé Ptolémée Soter, et que “Sôter” signifiait quelque chose comme “le Grand”, j’imagine que la sotériologie doit signifier plus ou moins l’étude (ou l’adoration) du “Grand Homme”. Grand homme, figure héroïque, mythique, plus grand que nature. Davantage une idole qu’un homme.

Oh et puis je vais vérifier..

Bilan: le mot “sotériologie” n’apparaît pas dans le Larousse, mais dans le Robert, si. Je me suis trompé sur la signification de la racine “sôter”: ça signifie “sauveur”.

Définition: Mot religieux. Doctrine du salut par un rédempteur.

Attesté pour la première fois en 1871. C’est cool cette pratique du Petit Robert de dater l’apparition des mots.

Bon.

J’étais pas loin, mais c’était pas tout à fait ça non plus. Je me coucherai moins niaiseux quand j’aurai le temps de me coucher.

L’homme-univers

janvier 21, 2009

C’est un mot qui me trotte dans la tête ces derniers jours. “Homme-univers”, mot forgé par l’historien Pierre Chaunu pour désigner l’empereur Charles Quint. Mot qui me trotte dans la tête en parcourant les articles sur la vie d’Obama qui remplissent la moitié des journaux depuis qu’on a commencé le décompte de l’investiture. Non pas qu’il y ait tant de ressemblances entre un Charles Quint et un Barack Obama. Le premier était un homme pétri d’idéaux chevaleresques et rêvant de croisades vers Jérusalem. Le second se présente plutôt un pragmatique charismatique qui a accédé à la présidence entre autre parce qu’il tranche avec l’idéologie croisée de W. Mais l’expression de Chaunu visait à désigner la multiplicité des origines et des vécus de Charles Quint. Et en cela, elle s’applique parfaitement à Obama, voire mieux, car ce dernier est un homme du XXIe siècle.

Charles Quint, né dans les Flandres était issu de dynasties bourguignonnes, espagnoles et autrichiennes. Il a vécu aux Pays-Bas, en Espagne, en Allemagne, en Italie, en Autriche. Voyagé en France et en Angleterre. Fait la guerre en Allemagne, en Italie et en Tunisie. Épousé une Portugaise. Il était Empereur (symboliquement: du monde) et son règne s’est étendu en Amérique et touché à l’Asie. Il disait qu’il parlait “français aux hommes, italien aux femmes, espagnol à Dieu et allemand à son cheval”. «Du 25 février 1500 au 21 septembre 1558 (cinquante-huit ans et sept mois), Charles Quint, cet errant par devoir d’État, a croisé mille destins.» (1)

Obama, on l’a répété à l’envie dès qu’on a réalisé qu’il était un sérieux prétendant à l’investitude démocrate, est un “homme mondialisé”. On le répète encore aujourd’hui avec émerveillement, par exemple dans cette chronique de Rima Elkouri. Parce que le monde d’aujourd’hui le permet, ses origines sont encore plus diverses  que celles de Charles Quint. Kenya, Kansas, Hawaï, Indonésie, Chicago… diversité géographique et culturelle; mais aussi ethnique: Noir et Blanc; religieuse: des racines chrétiennes ici, musulmanes là-bas; socio-économiques aussi, des pauvretés du Kenya et d’Indonésie, des rues de Chicago (notamment par les origines de sa femme) jusqu’aux riches mondes des meilleures universités de la planète et de la politique américaine.

Il n’y a aucune leçon à tirer de cette comparaison. Elle n’est née que d’un caprice de mon imagination, enflammée par un mot:

Homme-univers…

(1) CHAUNU, Pierre, dans CHAUNU, Pierre et ESCAMILLA, Michèle, Charles Quint, Paris, Fayard, 2000, p.17.

Hispanisme

décembre 16, 2008

En rédigeant un rapport de lecture, j’ai remarqué un hispanisme qui se glisse depuis un moment dans mon écriture. Le doublement de lettre dans les abbréviations. Hispanisme courant chez les hispanistes (tiens donc!) que j’ai coutume de lire.

En espagnol, dans les abbréviations, il est d’usage de doubler la lettre si elle abrège un mot au pluriel. Si vous épluchez les unes des journaux en Espagne, vous verrez probablement, par exemple, plusieurs titres contenir les lettres EEUU: Estados Unidos. Au pluriel. L’Union Européenne, au singulier (parce que singulière?), sera exprimée UE, tout simplement.

N’écrivant pas en espagnol et évitant autant que possible les abbréviations, cet hispanisme ne se glisse dans mes rédactions que dans un cas très particulier: les notes en bas de pages, références, citations de sources; situations où l’abbréviation est d’usage. “page 18″ s’écrira normalement “p. 18″; par contre, j’aurai tendance à écrire “pp. 18-52″ si je cite plusieurs pages en bloc. En reprenant mes lectures de non-hispanistes en français et en anglais, j’ai retrouvé dans leurs notes la norme française: “p. 18-52″.

Hispanisme, donc.

Et pourtant j’ai pas envie de me corriger. Ça me semble maintenant parfaitement logique et, surtout, précis, de doubler la lettre au pluriel. Alors je laisse en l’état. Jusqu’à ce qu’un prof se décide à me taper sur les doigts, ce qui n’est pas encore arrivé.

EDIT: Lisez les commentaires. Ils montrent que j’étais dans l’erreur en me croyant dans l’erreur. Donc j’étais dans le vrai, sauf en écrivant dans ce billet que je faisais une faute. C’est clair? non? alors lisez les commentaires.

Protégé : La bonne nouvelle du jour

décembre 11, 2008

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