Archive de la catégorie «Réflexions»

Coup de sonde sur l’esprit critique

novembre 3, 2009

C’est quoi, pour vous, avoir l’esprit critique?

Ne vous gênez pas à répondre, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponse. Ceci est un coup de sonde, parce que je me suis posé la question à moi-même et je suis curieux de savoir ce que vous en pensez pour vous-mêmes.

Les fromages d’ici ont mauvais goût

octobre 9, 2009

Les fromages d’ici ont mauvais goût, et je ne l’aurais jamais su s’ils ne s’étaient pas mis à faire de la publicité. J’aurais continué à manger des fromages d’ici et à les apprécier. En fait, c’est ce que je vais faire, parce que je ne penserai pas à la publicité quand je mangerai des fromages… preuve que la pub n’est pas toute-puissante. Mais en attendant, je suis incapable de circuler à Montréal sans être dégouté par les fromages d’ici. Beurk.

C’est que nos amis les travailleurs du terroir ont décidé de “valoriser” leurs produits, un peu comme à une époque en Afrique du Sud on valorisait les Blancs. Notez bien que je n’ai rien contre les produits du terroir, ni contre le fait de valoriser l’achat local. J’en ai juste après la campagne.

En affichage, l’offensive se décline en panneaux et en abribus dans les différentes villes du Québec sous le thème “[Cet endroit] est réservé aux amateurs de fromages d’ici”.

Un exemple parmi dautres de cette campagne ignoble

Un exemple parmi d'autres de cette campagne ignoble

“Cet abribus est réservé aux amateurs de fromages d’ici.”  “Ces tourniquets sont réservés au amateurs de fromages d’ici.” “Cet autobus est réservé aux amateurs de fromages d’ici.” etc…

Voulez-vous bien me dire quel espèce d’esprit malade a eu la brillante idée de faire la promotion des fromages d’ici en utilisant le langage de la ségrégation????

Comment est-ce qu’on peut en arriver à se dire: “hey! je vais faire comme dans les pays racistes où on exclu la moitié de la population, mais avec un produit, là! ça va donner aux gens l’envie d’acheter!”  euh… genre.

Je suis supposé me dire quoi en voyant une pub comme ça, comme consommateur? “Yé! j’ai le pouvoir de décider si je vais être du côté des exclus ou du côté des oppresseurs! C’est donc ben cool!” “Yé! si j’achète du fromage, je vais être du côté des salauds!”

Qu’on me comprenne bien: je ne pense pas que les concepteurs de la campagne sont des racistes ou quoique ce soit du genre. Je pense seulement que ce sont des crétins finis, au-delà de tout espoir. Quand tu fais une campagne qui suggère la confiscation des biens publics pour une minorité de privilégiés en te disant que c’est vendeur, c’est que tu es déconnecté de la réalité, malade, indigne.

Vivement qu’on retire ces affiches. Parce que je n’ai jamais eu autant envie de mon existence de vandaliser quelque chose.

Instruire les profs

septembre 24, 2009

Pour qu’il y ait un scandale, il faut qu’il y ait une surprise. C’est pourquoi cette nouvelle ne provoquera pas de scandale. Ça ne veut pas dire qu’il n’y ait pas matière à s’en scandaliser. Alors, à défaut de savoir s’en scandaliser (faute de surprise), il ne reste qu’à s’inquiéter.

Les enjeux se résument vite. Les filles de La mère blogue s’inquiètent du manque de profs. Quelques commentaires qui nous viennent de l’orbite. Mario Roy résume quant à lui assez bien qu’on a laissé un problème structurel s’installer:

la société [...] est en train de perdre cette compétence pas du tout transversale consistant à transmettre d’une génération à l’autre des connaissances.

Mario Roy fait souvent usage de démagogie, mais il a parfois de petites perles de sagesses. La phrase que je viens de citer contient une très grande partie de mes préoccupations actuelles en matière de politique et d’enjeux sociaux, et l’explication de mes quelques sympathies conservatrices (je parle ici d’une certaine idéologie conservatrice, tel que nous la défini le Petit Émérillon, et non des sinistres clowns qui nous dirigent en ce moment – Et allez voir aussi cet article chez Gromovar, je n’ai pas lu le livre dont il parle, mais le sujet touche à mes préoccupations).

Comme Mario Roy le dit en fin d’édito, le français n’est pas seul en cause. La plupart des matières sont touchées. Aux cycles supérieurs en histoire, la plupart des étudiants ont déjà donné un ou plusieurs ateliers, fait des corrections, et peuvent donc témoigner que les étudiants en enseignement tirent la moyenne du groupe vers le bas. Environ dix à vingt points d’écart avec l’autre partie du groupe. C’est simple, ils ne s’intéressent juste pas à la matière qu’on leur enseigne. La pédagogie et la discipline sont leurs seules préoccupations (pour quand ils seront profs, hein, parce que comme élèves on les retrouve plus souvent dans le rôle des chahuteurs du fond de la classe, me dit-on, même si personnellement je n’ai pas eu ce problème particulier).

Une fille à la maîtrise me rapportait la semaine passée la perle que lui a servit une étudiante en enseignement: “pas besoin de connaître la matière pour l’enseigner, de toute façon on a le manuel pour savoir quoi dire.” Voilà, en gros, la mentalité dominante. Ça donne des profs qui ont une page d’avance sur leurs élèves. Et j’en viens à me dire que, si ces profs savent faire de la discipline, qu’ils sont de bons pédagogues, ils risquent en revanche d’avoir de la difficulté à se faire respecter par des parents qui, ayant faits leurs études ailleurs qu’en pédagogie, n’auront peut-être pas la science de la transmission du savoir, mais auront en revanche des connaissances solides. Assez pour voir quand les profs de leurs enfants enseignent des conneries.

Je suis pour une revalorisation du statut de l’enseignant. Pour ça, il faut qu’on ait confiance dans nos enseignants actuels et futurs. Et la confiance, ça se mérite.

“Racisme” galvaudé

septembre 4, 2009

Je suis régulièrement sidéré par les accusations de racisme lancées à tout crin et par les croisades anti-racistes abusives.

Prenez par exemple cette requête pour faire interdire la vente de Tintin au Congo. Bon, d’accord, la première version de Tintin au Congo était raciste, et la version révisée comporte encore des images peu flatteuses pour les Africains. Cette BD peut légitimement se classer dans la littérature coloniale, et ce bien qu’Hergé ait fait preuve d’intention louable en la révisant, puis, surtout, en faisant par la suite une satire anti-coloniale dans Le Lotus Bleu. L’oeuvre de Hergé s’inscrit dans l’air de son temps. Pour autant, s’il fallait bannir toutes les oeuvres qui présentent des préjugés à l’égard de l’un ou l’autre peuple ou qui fleurent quelque parfum colonialiste, une bonne partie de notre patrimoine y passerait.

Et puis, cette querelle diplomatique entre le Canada et l’Afrique du Sud… quel besoin l’Afrique du Sud avait-elle d’accuser le Canada de perpétuer le racisme? Ce n’est pas le sens du geste canadien, c’est même tout le contraire. Le Canada a accordé l’asile politique à un homme blanc qui se prétendait victime de racisme. On peut légitimement contester ses allégations, dire qu’un tel racisme anti-blanc n’existe pas en Afrique du Sud; cela permettrait de poser la vraie question, d’enquêter sur le terrain, pour vérifier qui dit vrai. Bref, peut-être que le Canada s’est trompé dans sa décision, mais elle n’était en aucun cas raciste. En formulant une telle accusation, l’Afrique du Sud renonce aux questions importantes pour plutôt engager une épreuve de force stérile.

Ces gens-là n’aident pas la cause du combat contre le racisme. Au contraire, ils lui nuisent. En galvaudant une accusation grave, ils la dévalorisent, la banalisent. Pire, ils lui donnent l’aspect d’un slogan creux et oppresseur, qui engendre une opposition qui, elle non plus, ne sait pas toujours faire preuve de discernement.

Ce qui serait plus efficace..

mai 15, 2009

Ce qui serait plus efficace qu’une loi (que je continue à dire inutile), c’est un centre spécialisé venant en aide aux femmes qui portent le hidjab contre leur gré. Avec des travailleurs sociaux, des aides psychologiques, des anthropologues, des avocats, éventuellement des gardes du corps… que sais-je moi?

À partir du moment où on reconnaît qu’elles existent (indépendammnet du fait que certaines le portent par choix), il n’y a pas de raisons de ne pas les aider. Et là, les allumés de présence musulmane et du conseil islamique canadien n’auraient pas beaucoup d’arguments pour aller contre.

Quand les ennemis sont d’accords

mai 14, 2009

Je n’ai pas vraiment envie de donner ici mon opinion sur la controverse concernant la prise de position de la Fédération des Femmes du Québec contre une loi interdisant le port du voile dans les institutions publiques. Par contre, il me vient quelques réflexions sur la nature du débat. À commencer par une observation sur un phénomène qui m’a toujours fasciné, cette espèce de communion qui existe souvent entre des ennemis mortels sur les enjeux en cause.

Commençons par poser une distinction. Dans tout débat portant sur des objets ou des actes symboliques, il existe deux débats entrecroisés. Le premier porte sur l’usage du symbole. Ici, c’est simple: porter le voile ou non, l’interdire ou non. Le second porte sur le signifiant du symbole.

Sur ce deuxième point, les opinions entendues sont très multiples. Que signifie donc le voile? Pouquoi le porte-t-on? Par pudeur? Par allégeance religieuse? Pour témoigner de ses racines culturelles? Par coquetterie? Parce que forcée? Pour faire chier?

La réalité aimant résister aux simplifications, on trouve des motifs multiples d’une femme à l’autre. Certains groupes sont plus nombreux que d’autres. Idéalement, chaque femme aimerait qu’on voit dans son hidjab le sens qu’elle a choisi, elle, de lui donner.

Peine perdue.

Dans l’espace social, il est difficile d’attribuer à un symbole, en particulier un symbole qui fait couler autant d’encre, plus d’un signifiant. Deux au mieux, dans une situation instable. Le signifiant du voile ne dépend pas seulement des motifs pour lesquels il est porté, mais aussi du regard qu’on jette sur lui de l’extérieur.

Aussi la bataille du signifiant est-elle lancée.

À chacun son interprétation, généralement en accord avec leur idéologique politique.

Par exemple, ceux qui plaident pour la tolérance du voile aiment à rappeler les motifs identitaires (culturels) pour lesquels il est souvent porté. Ou simplement la multiplicité des motifs. On retrouve dans ce camp, en grand nombre, les partisans d’une laïcité à l’anglo-saxonne. C’est par exemple la position de Jean Baubérot quand il combat ce qu’il appelle la “pire interprétation automatique”.

L’autre camps est particulièrement étrange à sa manière. C’est le camp pour qui le sens du voile est celui d’une affirmation religieuse ET politique, et d’une soumission des femmes. C’est la position par exemple des féministes qui prennent position contre le voile (devrais-je dire pour une loi contre le voile? parce qu’on peut être à la fois contre le voile et contre la loi). Par exemple Djamila Benhabib. C’est en vertu de ce signifiant qu’elles cherchent à faire interdire le voile. Je reviendrai un peu plus loin sur l’autre composante majeure de ce camp, et j’en profite pour ouvrir ici une parenthèse:

La plupart des gens ne sont que modérément conscients qu’il s’agit d’un double débat. Ils considèrent habituellement la question des signifiants comme un argument et/ou un fait objectif dans le débat sur le port ou l’interdiction du voile. Ce qui entraîne quantité de confusions. La principale est l’accusation commune des anti-voiles à l’encontre des “laïcs mous” de prendre le parti des islamistes contre les droits des femmes. Ce n’est pas le cas, mais c’est perçu comme tel parce que les uns et les autres n’interprètent pas la symbolique du voile de la même manière. Fin de la parenthèse.

Bon… et les islamistes? C’est plus compliqué.

La stratégie des islamistes est de faire la promotion du port du voile. Il s’agit d’investir l’espace public (dans son sens large) avec le voile. Pourquoi cette stratégie?

1) C’est ce qu’ils font dans le monde musulman. Les conditions sont là-bas réunies pour en faire une stratégie efficace. Arrivés ici, les islamistes ont conservé l’essentiel de leurs réflexes. C’est la raison première pour laquelle ils appliquent ici la stratégie qui a fait ses preuves là-bas, bien que les conditions d’ici soient différentes.

2) Concernant les institutions publiques, ils essaient de donner à cette méthode un aspect gagnant-gagnant. Qu’on leur permette de faire entrer le voile dans les institutions, leur symbole y gagnera en visibilité. Qu’on le leur interdise, ils joueront sur l’effet de ghettoïsation et d’exclusion que cela entraînera. Ils en profiteront pour polariser et radicaliser les rapports sociaux.

Voilà donc les enjeux, je crois, du point de vue des islamistes. Qu’est-ce que cela entraîne du point de vue de ce que j’appelle la “bataille du signifiant”? Puisqu’il s’agit d’affirmer leur présence et de rendre leur idéologie visible, le plus important pour eux est que les sens d’affirmation religieuse et politique et contre les droits de la femme soient le plus répandus. Le rejet que ça risque d’entraîner de la part des Québécois de souche, à mon avis, ne les préoccupe pas beaucoup, étant donné que cela s’inscrit dans le scénario gagnant-gagnant (pour les islamistes) décrit plus haut.

D’un autre côté, pour profiter au maximum de l’effet de radicalisation, il leur faut se positionner comme défenseurs de la communauté musulmane*. Aussi doivent-ils faire la promotion du voile. Mais ils ne peuvent pas le faire sans adopter un discours qui présente le voile comme objet d’une idéologie politique meurtrière. Aussi jouent-ils les caméléons, sachant très bien, par ailleurs, que le péquin lambda, quand il verra une jeune fille qui porte le hidjab pour des raisons culturelles, risque fort de l’interpréter comme un signe d’adhésion à l’islamisme (ou il pensera qu’elle est tyranisée par ses parents) -et ce, sans égard à l’intention de la jeune fille qu’il se gardera bien de questionner.

On en arrive à ce curieux paradoxe: dans ce jeu trouble des islamistes, qui nécessite l’imposition d’un signifiant du voile comme symbole de leur idéologie, ils ont des alliés objectif: les militants anti-voile. Les islamistes et leurs adversaires les plus acharnés ont en effet en commun une interprétation identique du sens du voile. Et surtout, ils ont un égal besoin que l’interprétation fondamentaliste religieuse soit celle qui s’impose à l’ensemble de la société. Dans les deux cas, c’est l’interprétation qui sert le mieux leurs intérêts.

Fascinante dialectique qui mène toujours les groupes qui veulent en découdre à s’accorder sur le sens des enjeux. Ce sont les autres, ceux qui cherchent à éviter l’affrontement, qui jouent les troubles-fête.

Et pour l’avenir? Il me semble que dans la “bataille du signifiant”, le camp des islamistes-et-anti-islamistes gagne constamment du terrain. La possibilité d’un renversement de tendance paraît d’autant plus improbable que ces groupes sont les plus organisés et les plus forts en gueule sur cette question. Or, à moins que cet improbable changement de cap n’ait lieu, les filles qui portent le voile pour des raisons autres que l’islamisme vont sans doute être confrontées à un dilemme: admettre que le hidjab est un symbole islamiste (auquel cas elle devront soit retirer leur voile, soit rejoindre les rangs des islamistes); ou alors le refuser et continuer à porter leur voile pour des raisons autres, sachant que tout le monde les prendra pour des islamistes (et servir la cause de ces derniers contre leur gré).

*position qu’il faut leur nier.

Youpi, ma religion à moi! (humour)

mai 8, 2009

Je viens d’avoir un débat un peu houleux sur un forum. Pas de quoi s’alarmer, ce sont des amis et ça s’est terminé sur une invitation à prendre une bière.

À l’origine du débat, cet article publié dans le Devoir par un théologien s’inquiétant du cours d’éthique et de culture religieuse à travers un exemple, celui d’un exercice nommé “Youpi, ma religion à moi!” (dont on peut retrouver un descriptif détaillé ici). J’ai déjà exprimé mes inquiétudes face à ce cours et aux gens qui l’ont conçu ici. L’exercice en question semble rejoindre mes inquiétudes. En plus de cela, la grille d’analyse proposée est éminemment eurocentriste, ce qui risque d’être plus nuisible qu’autre chose aux élèves lorsqu’ils voudront essayer de comprendre les religions étrangères.

Dans le débat sur le forum dont je parlais, je me suis retrouvé en minorité, sans grande surprises. Et comme on me vantait la grande pédagogie de cet exercice consistant à inventer une religion imaginaire, exercice faisant soi-disant appel à la créativité et soi-disant amusant, je me suis rappelé de mon secondaire. Créer une religion imaginaire, ça peut être un exercice amusant et créatif, en effet… si on le fait entre copains et à la maison. Dans le cadre scolaire, je le sais parce que j’ai fait pas mal d’exercices en équipes assez similaires quand j’étais au secondaire, le but du “jeu” est toujours de se débarrasser de la corvée le plus vite possible.

Pour illustrer mon point, mais surtout pour faire rire, j’ai essayé d’imaginer à quoi ressemblerait une équipe de quatre élèves (tel que précisé dans les consignes), qui ferait l’exercice.

Voici le résultat. Je le verrais bien en sketch de café-théâtre:
ÉTUDIANT 1: Bon, ça nous prend un fondateur.
ÉTUDIANT 2: Ok, y s’appelle Jo-Blo.
ÉTUDIANT 3: Ben non, pas Jo-Blo quand même…
ÉTUDIANT 2: Ben comment tu veux qu’y s’appelle, d’abord?
ÉTUDIANT 3: Je le sais-tu, moé?
ÉTUDIANT 4: On s’en fout, c’est juste un nom. OK pour Jo-Blo
ÉTUDIANT 1: Bon, ça nous prend un mythe fondateur.
ÉTUDIANT 2: Ben Jo-Blo est descendu du ciel avec un livre Saint.
ÉTUDIANT 3: Ben non, ça c’est Jésus.
ÉTUDIANT 2: Ah, tu fais chier.
ÉTUDIANT 4: Non, y’a raison. Jo-Blo est sorti de la terre, là.
ÉTUDIANT 2: OK.
ÉTUDIANT 1: Bon, ça nous prends un ou des dieux avec des attributs.
ÉTUDIANT 2: euh…
ÉTUDIANT 3: …
ÉTUDIANT 4: On en fait juste un, ok, sinon c’est trop long.
ÉTUDIANT 3: Ah, non, c’est chiant les monothéismes!
ÉTUDIANT 1: Hey, insulte pas ma religion, toi!
ÉTUDIANT 2: Bon, j’ai une autre idée: on fait un dieu du feux, un dieu de l’air, un dieu de la terre, un dieu de l’eau pis un dieu de l’argent. Le chef, c’est l’argent, parce que l’argent mène le monde!
ÉTUDIANT 3: Hey, c’est cool.
ÉTUDIANT 4: Tu fais chier, c’est long à écrire, mais ok.
ÉTUDIANT 1: On est rendu au code moral
ÉTUDIANT 2: Oh, shit, ça va être long.
ÉTUDIANT 3: Non, c’est correct. On a pas le droit de tuer, pas le droit de voler, c’est toujours de même. Mais pour être original, on a le droit de baiser quand on veut.
ÉTUDIANT 4: Yes! j’me converti!
ÉTUDIANT 1: Ouais, c’est cool.
ÉTUDIANT 4: Vous êtes sûr que ça en prend pas plus?
ÉTUDIANT 2: Les autres en feront pas plus.
ÉTUDIANT 4: Bon, je note.
ÉTUDIANT 1: Ça prend un livre sacré.
ÉTUDIANT 2: Ben on l’a déjà dit.
ÉTUDIANT 3: On va quand même pas toute l’écrire!
ÉTUDIANT 1: Ben non, ça prend juste un nom.
ÉTUDIANT 2: Le tas de papier? Ce serait drôle, le tas de papier saint, non?
ÉTUDIANT 3: Ah non!
ÉTUDIANT 4: Ben quoi d’abord?
ÉTUDIANT 3: Ben ché-tu, moé, attends… Le Livre des Cinq éléments! Ouais, c’est logique, on a cinq dieux.
ÉTUDIANT 4: OK.
ÉTUDIANT 1: Bon, quelques rituels…
ÉTUDIANT 2: Genre comme un baptême?
ÉTUDIANT 1: Ouais, genre…
ÉTUDIANT 3: Ça prend quelque chose de logique avec nos dieux.
ÉTUDIANT 4: Ah, non! tu vas pas chercher 5 rituels?
ÉTUDIANT 3: Attends, Jo-Blo vient de la terre, donc à la naissance on fait semblant de sortir le bébé de la terre, ok?
ÉTUDIANT 4: OK.
ÉTUDIANT 2: Bon, on a fini?
ÉTUDIANT 1: Hey, ça dit “quelques” rituels, y’en faut plus qu’un.
ÉTUDIANT 2: Ah, non!
ÉTUDIANT 3: Arrête de chialer sinon on finira jamais.
ÉTUDIANT 4: Ouais, c’est vrai ça.
ÉTUDIANT 3: Bon. Quand l’enfant arrive à l’âge adulte, comme c’est la chose la plus importante, on lui donne du cash.
ÉTUDIANT 4: J’m'reconverti encore! c’est trop cool!
ÉTUDIANT 3: Quand on meurt, on brûle le corps sur un bûcher.
ÉTUDIANT 4: OK.
ÉTUDIANT 3: Quand on veut se marier…
ÉTUDIANT 2: On baise devant le prêtre!
ÉTUDIANT 4: Ouais! j’v'eux être prêtre!
ÉTUDIANT 2: Non, attends, le prêtre baise avec la mariée!
ÉTUDIANT 3: Arrêtez, c’est n’importe quoi! Bon, quand on veut se marier, on nage ensemble.
ÉTUDIANT 2: à poil!
ÉTUDIANT 4: Ouais!
ÉTUDIANT 3: Non! arrêtez de dire des conneries!
ÉTUDIANT 4: Non, tout nu, c’est pur. Je note.
ÉTUDIANT 3: on peut pas écrire ça…
ÉTUDIANT 1: ça prend des objets de culte.
ÉDUDIANT 2: Une tronçonneuse! Ou un gun. Moi j’veux un gun à l’école.
ÉTUDIANT 3: Hey, on a pas fini les rituels.
ÉTUDIANT 4: On en a ben assez.
ÉTUDIANT 3: J’en voulais un pour chaque dieu.
ÉTUDIANT 4: On s’en fout!
ÉTUDIANT 3: mais..
ÉTUDIANT 1: bon, moi je dis un pendentif avec de la terre comme objet de culte.
ÉTUDIANT 4: OK. Ça prend-tu d’autres objets de culte?
ÉTUDIANT 1: Ouais.
ÉTUDIANT 3: Un rituel en avion…
ÉTUDIANT 1: ben ché-pas, peut-être un encensoir?
ÉTUDIANT 2: Mais avec de la mari! Pis on prie gelés.
ÉTUDIANT 3: Vous pouvez pas arrêter de déconner?
ÉTUDIANT 2: ben y’en a qui le font.
ÉTUDIANT 4: ouais.
ÉTUDIANT 1: bon, “quelques”, ça en prend-tu plus que deux?
ÉTUDIANT 2: non, c’est bon.
ÉTUDIANT 4: ON A FINI!

EDIT: depuis ma dernière recherche, le ministère a quand même mis plus d’informations sur le cours. Certaines sont de nature à me rassurer, mais je regarderai le détail un autre jour. En attendant, vous pouvez allez consulter un résumé du programme ici.

Un vieux débat

mars 24, 2009

Est-on libre?

Vieux débat. Il a atteint une émotivité singulière dans les religions monothéistes. Dieu tout-puissant accorde-t-il à ses créatures, dans sa magnanimité, la liberté de choisir, et leurs pensées, et leurs actes? Mais la liberté des moins-que-rien n’est-elle pas une limite à la toute-puissance? N’est-ce pas blasphématoire que de penser qu’Il n’est pas à l’origine de chacun de nos choix?

Ils se sont déchirés sur ces questions. La question est passée de plumes en épées. C’est dire qu’elle ne se loge pas seulement dans nos cervelles, mais aussi un peu dans nos trippes.

C’est sur cette question sans doute plus que toute autre que se sont déchirées l’Église et la Réforme, la première partisane du Libre-Arbitre, la seconde du Serf-Arbitre. On eût pu croire qu’au moins, la séparation consommée, chacun serait fixé dans ses choix. C’eût été sous-estimé la profondeur de l’angoisse humaine et les relations incestueuses des deux versants du christianisme occidental: elle a ressurgit, à sa façon, chez les catholiques comme chez les protestants.

Et puis il y a ceux qui n’ont pas posé la question dans des termes religieux. Ceux qui, prenant simplement conscience de la complexité de l’Univers, se sont dit que la multitude des lois qui le régissent ne pouvait laisser de place au libre-arbitre. Qui ont placé une telle confiance en la Raison, qui ont si bien échoué à raisonner la liberté de choix, qu’ils en sont venus à conclure que cette dernière ne pouvait pas exister. Un argument scientiste: nos actes et nos pensées sont la somme de la chimie de notre matière grise, de la génétique, de la physique de l’Univers. Quelque part, il doit y avoir une Équation primordiale, qui permette tout à la fois de prévoir l’orbite des comètes et la bêtise humaine.

Les termes du débat n’ont pas beaucoup changé. Reste une composante religieuse inavouée. Un Dieu non-pensant. Et, en filigrane, un sensible débat sur l’orgueil et l’humilité. Ne faut-il pas avoir l’humilité de reconnaître que nous sommes partie intégrante de l’Univers et n’échappons pas à ses lois? D’un autre côté, n’est-il pas immensément orgueilleux que de prétendre en savoir suffisamment sur celui-ci pour décider qu’on ne décide de rien? Qu’il se contraint dans les limites de notre étroite Raison?

On en est réduit à une manière d’acte de foi.

Et si le Chaos existait? Comme la Horde sauvage, le fil libre de la Tapisserie de Fionavar qui octroît une parcelle le liberté à chaque élément du tissage.

Un vieux débat, qu’on dirait aussi bien écrit dans les étoiles que gravé dans notre code génétique.

« Je sens que je suis libre, mais je sais que je ne le suis pas. »
- Cioran, De l’inconvénient d’être né

Commémorer et célébrer

février 18, 2009

Il semble que la reconstitution de la bataille des Plaines d’Abraham et le bal masqué voué à l’accompagner seront finalement annulés. Et il aura fallu cet annonce pour que finalement je réalise que dans le fond, je préfère ça comme ça. C’est que je suis sensible aux arguments des deux partis. On ne célèbre pas une défaite, disent les opposants; ce n’est pas une célébration, mais une commémoration, rétorquent les partisans.

Je suis sensible à cette distinction, que je trouve importante. Mais il me semble qu’il y a un peu d’hypocrisie dans cet argument. Le ton donné à l’événement, festif, laissait l’impression qu’on allait donner le nom de commémoration à une célébration.

André Pratte, pour sa part, voie dans l’opposition à la “commémoration” un refus des Québécois de leur histoire et de leur héritage britannique. Personnellement, et tout souveraniste que je soie, je reconnaît bien volontier cet héritage britannique comme part de ma culture et de ce que je suis. Non seulement je le reconnais, mais je le revendique comme une richesse. En effet, ça paraît digne d’être célébré. Mais il m’apparaît particulièrement inapproprié de le faire à l’occasion de l’anniversaire de la bataille des Plaines d’Abraham. C’est évoquer les événements de la suite de l’histoire pour justifier un acte de conquête violent. C’est de mauvais goût. Viendra-t-on nous dire aussi que notre héritage britannique devrait nous faire célébrer le rapport Durham et ses ambitions assimilationnistes?

Par analogie, la Conquête espagnole de l’Amérique du Sud a mis à la disposition des Amérindiens et des Métis de cette région du monde un univers culturel d’une grande richesse qui est venue se mêler à ce qu’ils ont pu préserver de leur patrimoine d’antan (beaucoup plus que ce qu’on soupçonne). Devraient-ils pour autant célébrer Cortés, Pizarre et les autres? Si la Conquête a créé un bouillon de métissages qui a donné une culture riche à l’Amérique latine, elle a aussi eut un prix en sang et en vexations qu’il ne faudrait pas oublier.

L’exemple est plus extrême que ce qui s’est passé ici. L’ampleur du territoire et de la population concernés et des massacres qui eurent lieu est nettement plus marquée dans le cas de l’Amérique latine. Cependant, le principe est le même. Qu’on célèbre notre héritage britannique est une chose. Qu’on le mette en lien avec la Conquête en est une autre.

Aussi je ne peux pas recevoir les arguments de Pratte. Au passage, je note que bien qu’il défende l’idée d’une “commémoration”, c’est bien d’une “célébration” qu’il se fait le défenseur, ce qui me paraît inapproprié. Il ne s’agit pas de nier quoi que ce soit de notre histoire ni d’en offrir une version misérabiliste, mais au contraire de faire preuve de discernement: n’est-on pas capable de dénicher dans notre histoire des événements plus représentatifs de l’appropriation de la culture britannique par le Québec?

Soit dit en passant, les réactions du Canada anglais à la nouvelle de l’annulation me confirment dans mon impression qu’il fallait l’annuler et même me réjouissent. C’est un sentiment mesquin de ma part, je l’avoue. Mais l’extrême émotivité exprimée, la colère et l’humiliation qui transparaissent des réactions montrent bien que là-bas, on n’attendait pas qu’un pittoresque événement touristique, ni une sobre commémoration, mais la célébration de la conquête. Qu’on soit fédéraliste ou souverainiste, il n’est pas mauvais de passer le message que nous ne sommes pas un peuple vaincu. Le Canada n’est pas sensé reposer sur la victoire d’un peuple sur un autre, mais il reste encore du travail pour que ce principe entre dans les mentalités.

L’homme-univers

janvier 21, 2009

C’est un mot qui me trotte dans la tête ces derniers jours. “Homme-univers”, mot forgé par l’historien Pierre Chaunu pour désigner l’empereur Charles Quint. Mot qui me trotte dans la tête en parcourant les articles sur la vie d’Obama qui remplissent la moitié des journaux depuis qu’on a commencé le décompte de l’investiture. Non pas qu’il y ait tant de ressemblances entre un Charles Quint et un Barack Obama. Le premier était un homme pétri d’idéaux chevaleresques et rêvant de croisades vers Jérusalem. Le second se présente plutôt un pragmatique charismatique qui a accédé à la présidence entre autre parce qu’il tranche avec l’idéologie croisée de W. Mais l’expression de Chaunu visait à désigner la multiplicité des origines et des vécus de Charles Quint. Et en cela, elle s’applique parfaitement à Obama, voire mieux, car ce dernier est un homme du XXIe siècle.

Charles Quint, né dans les Flandres était issu de dynasties bourguignonnes, espagnoles et autrichiennes. Il a vécu aux Pays-Bas, en Espagne, en Allemagne, en Italie, en Autriche. Voyagé en France et en Angleterre. Fait la guerre en Allemagne, en Italie et en Tunisie. Épousé une Portugaise. Il était Empereur (symboliquement: du monde) et son règne s’est étendu en Amérique et touché à l’Asie. Il disait qu’il parlait “français aux hommes, italien aux femmes, espagnol à Dieu et allemand à son cheval”. «Du 25 février 1500 au 21 septembre 1558 (cinquante-huit ans et sept mois), Charles Quint, cet errant par devoir d’État, a croisé mille destins.» (1)

Obama, on l’a répété à l’envie dès qu’on a réalisé qu’il était un sérieux prétendant à l’investitude démocrate, est un “homme mondialisé”. On le répète encore aujourd’hui avec émerveillement, par exemple dans cette chronique de Rima Elkouri. Parce que le monde d’aujourd’hui le permet, ses origines sont encore plus diverses  que celles de Charles Quint. Kenya, Kansas, Hawaï, Indonésie, Chicago… diversité géographique et culturelle; mais aussi ethnique: Noir et Blanc; religieuse: des racines chrétiennes ici, musulmanes là-bas; socio-économiques aussi, des pauvretés du Kenya et d’Indonésie, des rues de Chicago (notamment par les origines de sa femme) jusqu’aux riches mondes des meilleures universités de la planète et de la politique américaine.

Il n’y a aucune leçon à tirer de cette comparaison. Elle n’est née que d’un caprice de mon imagination, enflammée par un mot:

Homme-univers…

(1) CHAUNU, Pierre, dans CHAUNU, Pierre et ESCAMILLA, Michèle, Charles Quint, Paris, Fayard, 2000, p.17.