L’Événement

M. Night Shyamalan s’est surtout fait connaître grâce à Sixth Sense, un film qui a surtout été apprécié pour son suspense et sa chute imprévisible. Sur le point de le regarder, on m’avait dit que j’allais avoir peur… sauf que les films de peurs me laissent froid. J’ai aimé ce film pour des raisons différentes de la plupart des gens. Par la suite, Unbreakable a eu un succès mitigé qui n’a pas entaché la réputation du réalisateur; il en a été autrement pour Signs, copieusement hué et qualifié (non sans raisons) de ridicule, malgré ses qualités (trop bien) cachées; les avis sur The Village furent partagés, la réputation du réalisateur continuant à se dégrader; Lady in Water fut descendu en flammes. Aujourd’hui, The Happening (l’Événement) subi le même sort.

Shyamalan souffre d’un certain nombre de problèmes à mon avis: il est inclassable, il attire dans les salles un public qui n’est pas approprié pour ses films (le suspense est toujours présent, mais ne constitue pas le corps de ses films, d’où déception de l’essentiel du public) et quand il joue du second degré, il le fait avec subtilité, en le croisant avec le premier degré, de sortes que ça ne paraît pas toujours. Pourtant, sans être toujours génial, ses films sont toujours bien torchés, notamment du point de vue esthétique. Moi qui aime les belles images je ne suis jamais déçu.

Et l’Événement, que j’ai aimé, se fait descendre pour toutes ces raisons. L’approche est similaire à celle de Signs: on utilise comme prétexte un phénomène qui a accroché l’attention des amateurs de paranormal (les crops circles, dont je préfère le mot français « agroglyphes », pour Signs et la disparition des abeilles dans les ruches étasuniennes pour L’Événement) pour introduire un événement à grand déploiement en rapport avec un thème cher au cinéma de série B (une invasion extraterrestre dans Signs, une « intoxication » à l’échelle de la Nouvelle-Angleterre, qui n’est pas sans rappeler les histoires de zombies, dans L’Événement). Dans les deux cas, ces événements à grand déploiement sont ramenés à l’expérience d’un petit groupe d’individus dans une ambiance plutôt intimiste, dans laquelle le réalisateur est le plus à l’aise. Donc voilà la base: une toxine se répand dans l’air, frappant d’abord les plus grandes agglomérations, puis, progressivement, d’autres de plus en plus petites, et provoque des pulsions suicidaires chez tous ceux qui la respirent. La manière dont agissent les personnages pour survivre rappelle donc les films de zombis, mais des zombis pacifiques, qui ne sont pas une menace, sauf pour eux-mêmes: c’est la toxine qu’on fuit. Cela donne l’aspect comique du film: tester le plus grand nombre possible de méthodes de suicide (se pendre avec des cables électriques, s’ouvrir les veines avec de la pierre, se coucher devant une moissonneuse-batteuse, descendre dans la fosse aux lions, etc…); certaines scènes paraissent également volontairement mal faites, en clin d’oeil aux films de zombis… Le suspens, quand il y en a, ne se retrouve pas dans les mêmes scènes que le sang (quand il y en a, ce n’est pas non plus un film où l’hémoglobine coule à flot).

Dernière remarque. En général, les films de Shyamalan suivent un fil conducteur caché, thématique, qu’on peut résumer en un mot. « Deuil » pour Sixth Sense, « Identité » pour Unbreakable, « Foi » pour Signs, « Courage » pour The Village… pour Lady in the Water, c’est déjà plus difficile, mais j’avancerais « Récit »… par contre, je sèche pour The Happening… « paranoia »? « survie »? « déni »? « ignorance »? « humilité »? ou alors pour une fois il n’y en a pas…

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3 Réponses to “L’Événement”

  1. Mésange Says:

    Pour info, le titre a été traduit en France par « Phénomènes ». Personnellement, je n’ai pas été le voire, car je fais parties des gens qui ont abandonné Shyamalan après avoir mal digéré « Signs »

  2. aigo Says:

    Typique des différences de traduction entre la France et le Québec. Les Québécois traduisent généralement mot à mot, si une telle traduction ne trahi pas l’esprit du texte; les français préfèrent interpréter davantage, surtout pour les titres. Ça comporte ses exceptions, comme (pour rester dans Shyamalan) Unbreakable, traduit littéralement par « Incassable » en France et « Indestructible » au Québec. Pour ce qui est de « Phénomènes », c’est plutôt pas mal comme choix, d’autant que c’est un mot qui revient souvent dans ce film. Je l’aurais simplement mieux vu au singulier.

    Si tu n’as pas aimé « signs », tu fais sans doute bien de ne pas aller voir « the happening ». Il est quand même mieux, les faiblesses scénaristiques sont moins évidentes, mais il y en a quand même un certain nombre. Par contre, tu devrais peut-être te risquer à louer « The Village », qui reste une coche au-dessus de ce que Shyamalan a fait depuis « Signs » et se situe davantage dans le conte que dans le suspense.

  3. Mésange Says:

    Je garde alors « The Village » en tête, et je rajoute à ma longue liste de films à voir un jour 😉

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