Qui a cuit quelle viande dans quelle salle? (A clue story)

Ceci est une histoire culinaire.

Je n’ai pas l’habitude de cuire des viandes. Mais je suis courageux. Et distrait.

Aujourd’hui, pour apporter un peu de changement à mon ordinaire (semi-ironie ici), j’achetai des hauts de cuisses de poulet à cuire. Quatre: un pour le souper, trois pour mettre au frigo et faire des recettes le reste de la semaine. J’aurais juré qu’il me restait une enveloppe de marinade à quelque part. Elle a mystérieusement disparu (mystère qui ne sera pas éclairci ici, réfrénez vos envies d’enquêtes policières).

J’eus en revanche la chance d’avoir un coloc à l’âme généreuse qui me proposa sa sauce pour poulet « beurre et cari ». Un peu d’eau, d’huile de canola et d’huile d’olive plus tard, mes hauts de cuisses baignaient parresseusement dans la mixture aussi rouge qu’expérimentale.

Je profitai de leur bain pour m’absenter et faire quelques courses qui restaient à faire (entre autre d’aller acheter de nouvelles semelles pour mes souliers de danse). Pendant ce temps… rien. Sinon que ma mère m’envoyait un message pour me dire qu’elle avait pensé pendant la journée à m’acheter de nouvelles semelles pour mes souliers de danse. Mais ça n’a rien à voire avec mes histoires culinaires.

Donc, puisqu’il ne s’était rien passé en mon absence, je retrouvai à mon retour la viance baignant dans le liquide rouge. Mes colocs discutaient du film qu’ils voulaient voir et l’un d’eux disparu le temps d’aller acheter quelques bières. Moi je choisissait le morceau qui aurait l’honneur de se retrouver dans mon estomac, puis, maniant le couteau, déchiquetai un pauvre oignon dont la moitié alla rejoindre ma victime que je mis impitoyablement à frire sur le poêle…  L’autre moitié des oignons fut mélangée à la sauce et aux cuisses restantes dans un plat destiné au four.

Le bruit de la friture commença à se faire entendre. Les oignons répandaient leur odeur dans l’air. Je m’interrogeai: c’est quoi, déjà, le critère pour savoir si le poulet est bien cuit? Question de couleur, me semblait-il. Là, il était rouge. Trop cuit, il serait noir, mais il ne fallait pas attendre jusque là. La couleur interne comptait plus que le reste, me souvins-je. Rose, ce n’est pas assez cuit. Blanc, il est temps de faire passer la victime de la poêle à l’assiette avant qu’elle ne vire au noir.

Aussi, tandis que mon coloc rappliquait avec les bières, m’escrimais-je à déchiqueter le pauvre poulet pour en scruter la colorisation interne. L’éclairage était inadéquat et je plissai les yeux dans mon effort et pour percevoir correctement les couleurs, et pour ouvrir les entrailles récalcitrantes de mon sujet d’expérimentations. Alors je me rappelai LE grand critère de cuisson du poulet: bien cuit, il se défait facilement. Décidément, ce n’étais pas encore le cas de celui-ci. Et pourtant, peu de temps plus tard, après avoir été tourné et retourné et trifouillé de tous côtés,  le sujet s’avoua vaincu et prêt à passer à l’assiette.

Je m’attablai avec ma bière, mon poulet malmené, ma sauce collante, mais qui sentait bon et quelques tomates tranchées en guise d’accompagnement, tandis que mes colocs se mettaient d’accord pour regarder « Clue », comédie policière inspirée du classique jeu du même nom. «Tu me donneras des nouvelles de la sauce beurre et cari.» me lança le généreux donateur qui allait chercher le DVD. Je hochait prudemment la tête. La fourchette accomplit le geste fatidique depuis le repas jusqu’à ma bouche… c’était bon!! Je cogitai bien un peu à savoir si j’aurais pu cuire un peu plus ou un peu moins, et en particulier des effets de la cuisson sur la sauce, mais mes papilles furent satisfaites et la bière arrosa une bouche finalement satisfaite.

Je rejoignis les colocs pour regarder le film. Un bon film. Je lève mon chapeau aux scénaristes: faire un film drôle et cohérent avec un jeu de plateau, ce n’est pas facile,et ils ont fait un sacré bon boulot. Tous les éléments du jeu y sont, et tous les stéréotypes des histoires policières également, bien ficelés avec un humour pince-sans-rire où les gags (et les meurtres) se multiplient avec un rythme bien dosé, des meurtres impliquant tous les personnages dans toutes les pièces avec toutes les armes. Le jeu des stéréotypes a dû être un régal pour les acteurs, également. Malgré le débit rapide des dialogues et l’accent britannique des acteurs qui mettaient mon anglais à rude épreuve, je suivais l’intrigue avec délice, jusqu’à la finale qui rendaient bien hommage à ce jeu où tout peut arriver… quand…

quand mon oreille me rappela que quelque chose cuisait dans le four. La question qui me vint immédiatement à l’esprit fut: « bon dieu! il dure combien de temps, ce film? » l’instant d’après, j’éteignais le four, l’ouvrit en anticipant l’apparence du cadavre de mes futurs repas. Le contenu du plat était noir… d’un air funèbre, je le retirai du four… trois poulets à jeter, semblait-il… quand je fus pris d’un doute…

je vérifiai mes soupçons d’un coup de fourchette: le poulet se défaisait de lui-même, la couleur (interne) était celle voulue… je gouttai… il était… délicieux! la cuisson était parfaite… pour le poulet. C’était la sauce qui était toute noire. Pourtant, aucune odeur de brûlé n’empoisonnait l’atmosphère. Après avoir glissé mes poulets miraculeusement sauvés dans le tupperware pour consommation future, je goûtai à la sauce qui collait au plat. Pas de goût de brûlé non plus. C’était même très bon. Au point où je grattai tout ce que je pus pour goûter à cette sauce certes grillée, mais aussi caramélisée avec un bon goût mélangé à l’oignon. Miam!

Tout est bien qui finit bien… enfin presque: ce machin tout collant, c’est pour faire la vaisselle qu’il me causera des cauchemars. Tout a un prix.

Surtout quand on fait la cuisine comme une brute. (ok, ça fait un peu recrutement sous pression mon affaire, mais avouez que le lien est pertinent…).

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2 Réponses to “Qui a cuit quelle viande dans quelle salle? (A clue story)”

  1. temps Says:

    les histoires de cuisine ont leurs secrets que la raison ignore.
    Cordialement

  2. aigo Says:

    bonjours, M. temps…
    j’ai parcouru ton site rapidement à la recherche d’un indice sur ton identité, mais à part le fait que tu viens de Montpellier (comme d’ailleurs la majorité de mes lecteurs), je n’en ai trouvé aucun. Si tu pouvais répondre à la question? Qui es-tu? On se connais?

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