La taqiyya

J’avais promis cette chronique après mon premier billet sur le site Point de Bascule. La voici. Attention, c’est long. Cela traite de la taqiyya, doctrine de l’islam très mal connue, et de ce fait facile à déformer. À noter que lors de la rédaction de ce billet, j’ai été amené à déceler une erreur de citation sur le site. Je le leur ai signalé et la correction a été apportée dès le lendemain. Ce n’est pas grand-chose, mais cela fait bonne impression. Comme je compte les inviter à venir lire ce billet, il me semble que c’est la moindre des choses que de commencer par cela: merci au moins d’être à l’écoute des commentaires.

Maintenant, attendez-vous à être durement critiqués.

    La taqiyya, selon Point de Bascule et les détracteurs de l’islam : Voici le lien pour vous faire une idée par vous-mêmes. En gros, Point de Bascule estime que la doctrine de la taqiyya autorise les musulmans à mentir sur leur religion dans un but de propagande et de guerre. La citation-clé est au tout début du texte: «Ce principe encourage les musulmans à tromper les non-musulmans pour faire avancer la cause de l’Islam.»Ce serait implicitement autorisé par le verset 3:28 du Coran qui se lit comme suit: « Que les croyants ne prennent pas, pour alliés, des infidèles, au lieu de croyants. Quiconque le fait contredit la religion de Dieu, à moins que vous ne cherchiez à vous protéger d’eux ». Je ne vais pas me livrer à une interprétation détaillée du texte, mais je remarque (tout comme eux) qu’il n’y est pas fait référence au problème du mensonge. Aussi, Point de Bascule fait appel à un intellectuel musulman du XVe siècle pour l’interpréter: « Et il écrit : « La tromperie est autorisée quand les musulmans sont vulnérables ou en position de faiblesse. Ils peuvent tromper les infidèles, faire semblant d’être amis avec eux ». Et il cite la tradition : « Nous leur sourions par devant, mais par derrière, nous les maudissons.. »» C’est sûr qu’un gus du XVe siècle, c’est une sacrée autorité aujourd’hui. Pourquoi lui? Parce qu’il est, paraît-il, publié en Arabie saoudite. Vous savez, cette dictature wahabite… Une fois de plus, l’ensemble de la religion musulmane est assimilée à l’interprétation la plus radicale en ignorant systématiquement les autres…

    Un autre verset est mentionné dans l’article de PdB (bien qu’ils n’en fournissent pas le texte). C’est le verset 106 du chapitre 16. Il se lit ainsi: «Quiconque a renié Allah après avoir cru… – sauf celui qui y a été contraint alors que son coeur demeure plein de la sérénité de la foi – mais ceux qui ouvrent délibérément leur coeur à la mécréance, ceux-là ont sur eux une colère d’Allah et ils ont un châtiment terrible.» Passons sur la promesse de châtiment aux impies, caractéristique des religions révélées. Ce verset indique que ce qui importe est la religion telle que vécue intérieurement par le fidèle et offre effectivement une échappatoire aux musulmans qu’on chercherait à faire renier leur foi par la force: « contraint » est le mot-clé.

    Enfin, PdB évoque quelques hadiths. Je ne m’y attarderai pas, n’ayant pas les moyens de contre-vérifier les sources ni les connaissances nécessaires pour m’aventurer sur ce terrain.

    Attention: je vais avoir l’occasion plus loin de revenir sur le contexte historique. Mais je vais toute de suite préciser un détail pour que ce soit bien clair: la taqiyya existe bel et bien en islam. Ou plus exactement, elle existe à peu près dans la même mesure que la croisade existe dans le christianisme: c’est-à-dire qu’il s’agit d’une construction intellectuelle a posteriori effectuée par des théologiens pour répondre à un contexte historique précis et de ce fait contestable aujourd’hui. En fait, j’exagère: en réalité la croisade a joué dans l’histoire chrétienne un rôle considérablement plus important que la taqiyya dans l’histoire musulmane.

    La malhonnêteté intellectuelle: À côté des questions doctrinales et historiques, il existe un problème à la fois pratique et philosophique quand on aborde la taqiyya tel que le fait PdB. Par la description qu’ils font de la taqiyya, et la suggestion qu’il s’agit d’une pratique courante, ils discréditent tout ce que l’islam peut comporter de modérés. Qu’un seul tienne des propos qui leurs leurs paraissent acceptable, il devient automatiquement un « dissimulateur » usant de « tromperie » pour « gagner la guerre ». Le musulman est ainsi diabolisé pour le simple fait d’être musulman, il est considéré comme indigne de confiance du fait de sa religion et on le condamne pour un oui ou pour un non. Seul celui qui deviendra un fanatique antimusulman pourra espérer se voir accorder de la crédibilité, toute modération sur ce terrain étant suspecte d’être une « précaution ».

    À partir du moment où on accepte la taqiyya telle que décrite par PdB, on se heurte à un autre problème: la complète impossibilité de toute discussion inter-culturelle. À un chrétien qui posait la queston de la taqiyya sur un forum musulman (Mejliss), un musulman répond pertinemment: «Tu veux qu’on t’explique la Taqiya et tu nous traites de menteur. Tu n’a pas peur qu’on continue à te mentir en t’expliquant la Taqiya?»(2) De plus, il est intéressant de voir que, sur ce forum, ce sont essentiellement des chrétiens qui défendent la notion que le mensonge est autorisé en Islam alors que les musulmans la rejettent dans leur majorité. Sauf lorsqu’il s’agit de discussions opposant sunnites et chiites. Alors le schémas est le même, mais en remplaçant les chrétiens par les sunnites et les musulmans en général par les chiites en particulier. À mon avis, c’est un peu n’importe quoi…

    Une théorie du complot comme une autre: l’usage que les auteurs de Point de Bascule et leurs collaborateurs font de la taqiyya, dans le fond, épouse très exactement les structures de n’importe quelle théorie du complot. Un antiaméricain de base emploi précisément le même argument pour justifier que la CIA est responsable de tous les malheurs du monde et en particulier du 11 septembre: toute preuve qui va à l’encontre de sa théorie est discréditée comme « propagande » et « mensonge ». Cela relève d’une logique paranoïaque typique des théoriciens du complot, à l’intérieur de laquelle tout trouve sa cohérence en fonction de la conclusion à atteindre. Ici, la taqiyya accrédite parfaitement la notion que la communauté musulmane dans son ensemble complote à la perte de l’occident. Les « modérés » deviennent alors d’habiles propagandistes, (formidablement organisés puisqu’ils sont des milliers, si pas plus, à concerter leurs propos…)

    La vérité historique: d’après les sites consultés, le mot taqiyya ou takkeya signifie « empêcher », « se protéger » ou « dissimulation préventive », trois expressions qui se rapprochent assez de la traduction qui m’est la plus familière: « précaution ». Les expressions employées sur Point de Bascule, en revanche, « mensonge pieux » ou « tromperie » sont des généralisations abusive du terme.

    Aucun des sites référencés par Point de Bascule ne prend la peine de s’intéresser à l’histoire de ce concept.

    La taqiyya est un concept marginal de l’islam. Cette doctrine est née après le schisme entre l’islam sunnite et l’islam chiite. C’est au huitième siècle, à l’époque du sixième imam Ja’far al’Sadiq qu’elle s’est élaborée pour répondre aux violences religieuses de l’époque. «Le chiisme avaitdéjà suscité deux insurrections, celle de Mukhtar puis celle de Zayd […] la répression qu’engendrèrent ces révoltes contre les chiites éclaire l’adoption de la taqiyya.» (2) Autrement dit, les chiites minoritaires se virent offrir un moyen d’éviter de devenir martyrs malgré eux.

    Par la suite, cette doctrine s’est vue également appliquée par des sunnites dans des cas historiques biens particuliers.

    Et c’est l’un des éléments qu’on ne vous dira pas sur Point de Bascule, soit (mais j’espère que non) par mauvaise foi, soit par ignorance: la taqiyya n’est pratiquée que dans des contextes de persécution. Elle est un pis-aller, une mesure extrême qui n’est applicable que dans la mesure où l’alternative au mensonge est le martyr. (Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, j’ai une dent contre la notion de martyr, et qu’une religion fournisse à ses fidèle le droit de ne pas le devenir, je trouve ça plutôt sympathique.)

    La majorité des exemples de pratique de la taqiyya sont en fait des exemples interne à l’islam. Il peut s’agit d’une pratique pacifique (al-Hakam et al-Sadiq présentent la taqiyya comme une façon d’éviter de se révolter contre un gouvernement qui voudrait leur imposer sa version de l’islam); ou subversive (au neuvième siècle, contre des Califes qui cherchaient à imposer certaines doctrines refusées par beaucoup) (3).

    Un exemple typique de l’application de la taqiyya est celui de l’Espagne morisque (4). Situons le contexte historique: lors de la Reconquista espagnole, d’importantes populations musulmanes ont subsistées sur les territoires contrôlés par les chrétiens. Les actes de capitulations leur permettaient de conserver leur religion et leur accordait un statut similaire à celui de dhimmi (dans l’acceptation historique du terme, pas celle de PdB), c’est-à-dire similaire à celui qu’avaient les chrétiens vivant en territoire musulman. L’usage désigne ces musulmans vivant en territoire chrétien et pratiquant leur religion au grand jour par le terme de mudéjares. Cependant, à partir du début du XVIe siècle, les règles du jeu changent. Les Rois Catholiques d’abord, puis Charles Quint, décrètent que les musulmans subsistant dans les territoires espagnols doivent se convertir ou être expulsés. Ces musulmans convertis de force sont appelés morisques. À partir de cette époque, le baptême devient obligatoire et quiconque pratique l’islam devient un criminel pourchassé par l’Inquisition: on peut lui imposer une sévère amende, l’envoyer aux galères, saisir ses biens, le torturer ou l’envoyer au bûcher. C’est dans cette situation que certains docteurs de l’Islam conseillent aux morisques de pratiquer la taqiyya. Bien qu’aucun document de l’époque ne mentionne ce terme, la pratique est très clairement décrite par une lettre d’un mufti d’Oran aux musulmans d’Espagne. Par exemple, ne pas manger de porc, sauf si c’est une question de survie, et dans ce cas garder en tête qu’il s’agit d’un aliment impur (en pratique, beaucoup de morisques sont si dégoûtés à cette idée qu’ils refuseront d’en manger mêm si c’est pardonné); si on les force à insulter Muhammad, ils peuvent s’y résigner, mais en pensant à quelqu’un qui porte ce nom qui n’est pas le Prophète; si on les force à aller à l’Église, y aller et faire ses prières musulmanes plus tard, etc…

    Comme on le voit, cette doctrine n’encourage pas le mensonge, elle ne fait que le permettre à celui qui y est acculé.

    Je ne sais pas si le christianisme oblige ses croyants à préférer le martyr au mensonge, mais je suis persuadé en revanche que dans la pratique, lorsque confrontés à cette alternative qui n’en est pas une, la majorité préfèrent la seconde option à la première. Ainsi va la vie…

    Quelques précisions:

  1. la doctrine de la taqiyya est loin de faire l’unanimité en islam et est en général plutôt marginale. Dans l’exemple historique des morisques, la fatwa qui précisait comment dissimuler sa religion était concurrencée par d’autres qui prônaient plutôt un pieux exil (en référence à l’hégire) ce que de nombreux morisques tentèrent, d’ailleurs. Il faut d’ailleurs faire la distinction entre la doctrine, née d’une interprétation particulière de certains versets du Coran, et l’Islam lui-même, qui permet d’autres interprétations de ces versets (la preuve en étant justement que la doctine est contestée en son sein même). Les zaydites (un groupe issu du chiisme) refusent la taqiyya (5).
  2. Je ne dis pas qu’il n’y a pas quelques fanatiques ici ou là qui emploient cette doctrine pour justifier leurs exactions, le propre du fanatisme étant l’abus. Mais il faudrait arrêter de prétendre que c’est une pratique généralisée. Il faut également bien souligner que la taqiyya est une notion marginale dans l’Islam. Les musulmans ordinaires n’en ont souvent jamais entendu parler. Dès lors, je trouve singulièrement déplacé de s’en servir pour discréditer tous les modérés. En faisant cela, les gens de Point de Bascule font le jeu des islamistes radicaux en attaquant la crédibilité de leurs pires ennemis: les modérés.
  3. (1) Collé à partir de <http://www.mejliss.com/showthread.php?t=351223&highlight=taqiyya>

    (2) MERVIN, Sabrina, Histoire de l’islam, fondements et doctrines, Paris, Flammarion, 2001, p.125.

    (3) Exemples trouvés dans URVOY, Dominique, Histoire de la pensée arabe et islamique, Paris, Seuil, 2006, respectivement aux pages 109 et 190.

    (4) La question de la taqiyya dans l’Espagne morisque est abordée par Louis CARDAILLAC dans son livre Morisques et Chrétiens, un affrontement polémique (1492-1640), éditions Kincksieck, 1975.

    (5) MERVIN, Sabrina, ibid. p.109.

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5 Réponses to “La taqiyya”

  1. C. Says:

    Votre commentaire sur la taqiyya est de l’ordre d’une modalité et ne s’attaque pas au fond du problème.

    1) Vous admettez la Taqiyya, vous la défendez et de plus vous confirmez que les sources de PdB sont justes tout en insinuant une malhonnêteté pour les avoir cités….

    2) Vous dite qu’aucun des sites référencés par PdB ne prend la peine de s’intéresser à l’histoire de ce concept.

    Je vous cite:

    « la taqiyya existe bel et bien en islam » (…)

    et vous dite:

    « La vérité historique: d’après les sites consultés, le mot taqiyya ou takkeya signifie “empêcher”, “se protéger” ou “dissimulation préventive”, trois expressions qui se rapprochent assez de la traduction qui m’est la plus familière: “précaution”. »

    et

    «  » »La majorité des exemples de pratique de la taqiyya sont en fait des exemples interne à l’islam. Il peut s’agit d’une pratique pacifique » » »

    Comment en arriver à commenter sur votre « commentaire » ?

    Les gens de PdB ne sont pas préoccupés à savoir comment les musulmans « souhaiteraient » définir la Taqiyya mais plutôt comment ceux qui en font ouvertement usage l’appliquent sur le terrain et dans le quotidiens et qui ont comme conséquences d’éroder les droits de l’Homme tels qu’ils sont actuellement défini par l’ONU.

    De plus, vous ne remettez même pas en cause la justification du mensonge, vous êtes plutôt en train d’établir les modalités qui permettent le mensonge. Le fond n’est donc par dénoncé.

    Les pays qui ont une allégeance aux droits de l’Homme de l’ONU ne se demandent pas « comment » battre une femme, mais comment mettre fin à cette violence « inacceptable.

    Une modalité c’est accepter par exemple d’entrer dans le débat justifiant qu’il est « légitime » de battre une femme et de négocier à savoir s’il faut le faire avec un fouloir de soie ou un bâton.

    Votre texte ne s’adresse donc pas aux non musulmans, qu’ils soient Athés, chrétiens, Hindo-Bouddhistes ou Sikh et le reste, bref à toutes les cultures religieuses ou non qui pratiquent la règle d’or dont l’une des composante intrinsèque est de ne pas justifier le mensonge et de plutôt tout faire pour promouvoir la vérité et la Vérité.

  2. aigo Says:

    Une réponse détaillée viendra au plus tard dans deux jours. Pour le moment, je vais me contenter de vous signaler que me citer hors contexte ne vous mènera nul part étant donné que le texte intégrale se trouve juste au-dessus de votre commentaire. Mes lecteurs ne sont pas idiots.

    En attendant, j’encourage justement mes autres lecteurs à faire part de leurs commentaires.

  3. Désinformateur patenté Says:

    à C:
    Surprenant de voir à quel point votre « Vérité » s’accommode bien mal de l’exactitude historique lorsque celle-ci est basée sur des faits documentés. Dites-moi comment en êtes-vous arrivé à la conclusion malhonnête que son texte n’est pas fait pour les non-musulmans? Aller à l’encontre d’une opinion de PdB aurait-il donc fait de son auteur un « islamiste », un « barbu », un complice en puissance du grand complot islamique mondial? Est-ce que lorsqu’on va vers une opinion ou une démonstration à l’opposé de vos idées (ou qui semble les menacer mais je ne vois pas bien comment
    dans ce texte), on devient de ce seul fait un « ennemi public » qu’il faut combattre à tout prix? Votre dernier paragraphe laisse franchement songeur: essentiellement idéologique puisque tout ce qui s’oppose à l’Islam semble posséder la « Vérité » avec un grand V. Ce qui fait de l’Islam et des musulmans les détenteurs mur-à-mur du « Grand Mensonge ». Mais, entre nous, qu’est-ce que ça fait « démon »!
    De plus, je ne vois strictement rien dans son texte qui laisse croire qu’il est le défenseur de ce procédé. En quoi relater les faits, les croyances et l’usage du procédé aux cours des siècles, selon les différentes
    confessions de l’Islam, fait de son auteur un « défenseur » de ce procédé? Expliquez-moi, comment en êtes-vous arrivé à cette conclusion? ne faites-vous pas un procès d’intention à son auteur par le biais de
    votre propre idéologie combattive? Le monde se réduit-t-il donc seulement en deux factions sur la base du « si tu n’es pas pour moi, tu es contre moi »? Vous semblez exiger que l’auteur doive absolument prendre position, dénoncer ce procédé et combattre
    l’Islam? pourquoi? Je crois plutôt que ce qui l’agace profondément, c’est le fait de déguiser un concept donné sans appui avec les faits historiques documentés dans un but franchement idéologique; bref, ce qu’on
    appelle en d’autres termes,la désinformation. Et ce n’est pas parce qu’on s’est donné un but qui se veut tout à fait louable qui fait que la désinformation devient tout d’un coup, vertueuse. Ce qui me paraît clair, c’est que peu importe la « vertu du combat final », les mensonges véhiculés par la désinformation ne serviront jamais en rien « la cause » car tôt ou tard, ça finit toujours par vous péter en pleine gueule et se retourner contre le but ultime recherché!

  4. aigo Says:

    Pour comencer, il est faux de dire que les gens de PdB s’intéressent uniquement à la réalité du terrain. Eux-mêmes dans leurs articles sur le concept d’ « islamophobie » admettent critiquer l’islam en tant que religion ou doctrine. Donc, admettant explicitement critiquer l’Islam en tant que doctrine, il est juste de définir cette doctrine avec précision, ce qu’ils ne font pas. Mon texte a entre autre pour vocation de remettre les pendules à l’heure. Résumons en cinq points les erreurs de leur texte:

    1. Il est faux de dire que la taqiyya « encourage » le mensonge si c’est « pour faire avancer la cause de l’islam ». Elle admet que renoncer à sa foi sous la menace n’enverra pas le fidèle en enfer. La « taqiyya tactique » (l’expression ne vient pas de PdB, mais d’un blog qui gravite autour), elle, n’existe pas en tant que doctrine dans l’islam standard. Peut-être dans l’islamisme, mais alors il faut faire la distinction, parce que les islamistes ne sont pas la majorité, et c’est faire leur jeu que de dire que leur interprétation de l’islam est la seule qui vaille.
    2. Point de Bascule sous-entend que la taqiyya est une pratique courante, ce qui est faux. Ils négligent de préciser qu’il s’agit d’une doctrine contestée au sein même de l’islam (rejet par les Zaydites, notamment, mais aussi par de nombreux individus, toutes tendances confondues). Ils fondent leur interprétation de la taqiyya sur celle d’un unique théologien, du XVe siècle et appartenant aux tendances les plus extrêmes; c’est induire leur lectorat en erreur.
    3. Employer le terme « tromperie » comme substitut à taqiyya, c’est aller à l’encontre des traductions les plus couramment admises par les experts, y compris par certains « islamovigilants » des plus sévères. Ce choix est révélateur des préjugés des auteurs.
    4. Dire que «la « tromperie » trouve son origine dans le Coran» est aussi abusif que de dire que la croisade trouve son origine dans la Bible. On s’est certes appuyé sur des versets du Coran pour la justifier (de la même manière que la croisade fut justifiée par la Bible) mais le verset 3:28 n’encourage pas le mensonge, pas plus que le verset 16:106 (comme dit plus haut, il n’est question que de pardonner à celui qui renonce à sa foi sous la contrainte). Une interprétation particulière de ces versets est à l’origine de cette doctrine, et cette interprétation est éminemment contestable. Or, il n’existe pas, dans l’Islam, une telle chose que le « dogme officiel » tel qu’il existe dans l’Église catholique. Chaque croyant est libre de sa lecture du Coran.
    5. Dire que «un sérieux problème entrave les efforts occidentaux de comprendre l’Islam, et il est dû au principe islamique de la « tromperie religieuse » (al taqiyya)», c’est malhonnête. Pour que ce soit un « sérieux problème », il faut que ce soit une pratique généralisée. Ce n’est pas le cas. C’est aussi croire que les occidentaux ne sont qu’une bande d’incompétents incapable d’esprit critique. Notre compréhension de l’islam dépend de notre rigueur d’observation, et pour ceux qui s’y mettent, ça fonctionne plutôt bien.

    Passons aux arguments de votre commentaire, Monsieur/Madame C. :

    Déjà, « faire ouvertement usage de la taqiyya », comme vous le dites si bien, c’est contradictoire. Si on en fait usage, c’est forcément en secret. Un peu de cohérence, que diable!

    Vous dites que je défends la taqiyya. C’est inexact, il n’y a dans le texte ci-dessus aucun jugement pour ou contre la taqiyya. Il s’agit essentiellement d’un exposé factuel accompagné d’une dénonciation du manque de rigueur des rédacteurs de Point de Bascule et de leurs procédés. Ils ont tourné leur texte de façon à donner à cette doctrine une importance qu’elle n’a pas et à faire peur à leurs lecteurs, n’hésitant pas pour ce faire à déformer certains faits et à en omettre d’autres.

    Vous dites que les islamistes se servent de la taqiyya pour attaquer les droits de l’homme. C’est encore inexact et cela découle d’une confusion. Si les islamistes attaquent les droits de l’homme, ce n’est pas au moyen de la taqiyya, mais en se réclamant ouvertement de l’islam, en cherchant à imposer leur vision comme la seule acceptable dans cette religion et en cherchant à rendre inacceptable le refus de leurs pratiques. Rien dans tout cela ne relève de la taqiyya: c’est même à l’exact opposé. Cette erreur que vous faites, les lecteurs de Point de Bascule la feront aussi, parce que leur texte est mal documenté et confus.

    Vers la fin de votre commentaire, vous dites que toutes les religions sauf l’Islam dénoncent le mensonge en toute circonstance. C’est faux. Allez ouvrir votre Bible (si vous n’en avez pas, Google est votre ami) et consultez les dix commandements. Celui sur le mensonge s’énonce ainsi: « tu ne feras point de faux témoignage contre ton prochain » (exode 20:16), ce qui s’applique dans un tribunal et non dans la vie de tous les jours. Pour ce qui est du bouddhisme, de l’hindouisme ou du sikhisme, j’avoue humblement n’en rien savoir (et je parie que vous non plus, d’ailleurs, ou alors citez vos sources; je suis ouvert au débat mais je demande de la rigueur).

    Enfin, quand vous dites que mon texte ne s’adresse pas au non-musulmans, vous faites fausse route. Il s’adresse à tous les non-musulmans qui souhaitent être informés de l’islam sans que cette information ne soit déformée par des préjugés défavorables comme c’est trop souvent le cas sur PdB.

    Maintenant je vous encourage à prendre un peu de recul et à faire preuve d’un peu de bon sens. Un fanatique (qu’il soit musulman, chrétien, juif, hindoux, bouddhiste ou autre) prendra toujours tous les moyens à sa disposition pour faire avancer sa cause, y compris le mensonge, et trouvera toujours le moyen de le justifier à ses propres yeux. Si le message de Point de Bascule est « les fanatiques musulmans vous mentent », honnêtement, cet article n’a strictement aucune espèce d’utilité. C’est comme dire « les animaux boivent de l’eau ». Mais en réalité tel n’est pas le message qu’ils envoient. Leur message, c’est « on ne peut pas faire confiance à un musulman, parce qu’il pratique probablement la taqiyya ». Si ce n’est pas là le message qu’ils souhaitent envoyer, ils ont mal écris leur texte et auraient intérêt à le réécrire entièrement.

  5. Point de Bascule n’aime pas le débat » Temps et fiction Says:

    […] donc décidé, en écrivant le billet suivant que j’ai consacré à leur site, de leur donner un droit de réplique en allant mettre en […]

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