Actualité, doute… Pensées sans conclusions

J’ai commencé à rédiger ce billet il y a une ou deux semaines. Il est temps de le publier, parce qu’un billet lié à l’actualité qui date, bon… ça l’fait pas. Notez bien qu’il n’apparaît pas dans la catégorie « histoire » (je ne cite que wikipédia et La Presse, ça vaut pas la peine)… en fait, j’ai hésité entre « réflexions » et « souvenirs », pour finalement opter pour ce dernier.

Qu’apprend-je? Mais qu’apprend-je?

Remontons d’abord 13 ans en arrière. Après, on remontera brièvement encore deux ans plus tôt, puis on reviendra progressivement vers 2008 et l’actualité.

En 1995, donc, les États-Unis (et donc le monde) étaient secoués par l’un des attentats terroristes les plus meurtriers de son histoire. On est évidemment encore loin de 2001, et l’attentat dont je parle est celui d’Oklahoma City. Le 19 avril 1995, j’avais 13 ans. À l’époque je ne suivais pas assidûment l’actualité, et le souvenir des attentats et des enjeux qui y étaient liés s’est rapidement effacé de mon esprit. Oklahoma City reste cependant pour moi une référence à toujours garder à l’esprit face à l’actualité. L’attentat a fait 168 victimes et plus de 800 blessés. Les chaînes d’information, peu de temps après les faits, affichaient en gros plans des photos de sinistres barbus représentatifs des supposés coupables de ce carnage. Dans l’esprit de bien des gens, il ne faisait aucun doute que les islamistes étaient les coupables.

Il y avait des raisons de le penser: deux ans plus tôt, c’était bel et bien des islamistes qui s’étaient rendus coupables des attentats du World Trade Center. Ils y avaient fait exploser une bombe dans un garage souterrain. 6 victimes et 1 042 blessés, la plupart dans l’évacuation paniquée qui s’ensuivit.

En 1995, donc, il était facile de faire le lien entre les deux attentats et de sauter aux conclusions en attribuant ceux d’Oklahoma City aux islamistes. Ce n’était pas le cas… les responsables étaient des néo-nazis américains. Mais l’opinion attribuant la responsabilité du massacre aux islamistes fut si forte qu’elle engendra des réactions d’hostilité et des attaques contre des arabes et des musulmans. Pourtant, il n’avait fallu au FBI que 90 minutes pour arrêter le principal responsable, Timothy McVeigh, et le lien entre les lui et les attentats fut formellement établi le jour même. La vindicte populaire s’était montrée un efficace révélateur de la puissance des préjugés.

En 1999, j’étais au cégep, entouré de professeurs férocement décidés à faire de leurs étudiants des intellectuels (ça a marché, mais disons que j’avais quelques prédispositions) et de nous apprendre à penser par nous-mêmes. C’est là que les attentats d’Oklahoma City sont devenus dans mon esprit le point de référence que j’ai dit. Notre professeur de géopolitique a en effet pris le temps de nous en parler pour démontrer les méfaits des préjugés.

Le 11 septembre 2001, j’ai appris LA nouvelle à la radio, sans comprendre ce que j’entendais. Je passais en effet voir quelques amis à un endroit où on affectionne l’humour noir. À peu près au même moment où j’entendais la nouvelle, un éclat de rire venu de je ne sais où s’est fait entendre. Mon esprit a fait le lien entre les deux. Que deux avions se soient successivement crashés dans chacune des deux « Tours jumelles » était en effet passablement surréaliste: j’en ai donc déduit sur le coup que c’était une cassette de mauvais goût, mais tout ce qu’il y a de plus fictif et « humoristique » et je n’y ai pas fait très attention. Ce n’est que plus tard que j’ai réalisé que ça n’avait rien d’une invention. Pendant le reste de la journée, j’ai fait parti du même bouillonnement que des tas d’autres gens. Les sites d’informations crashaient sous la sursolicitation, ou étaient si lent qu’ils en devenaient pratiquement inaccessibles. Dans la journée même, les informations s’échangeaient par bribes… « un tel m’a dit qu’un tel… » et mélangées à des tranches de vie « à la place Ville-Marie, les gens pleuraient et regardaient par les fenêtres pour voir si un avion arrivait ». On a tout de suite pensé à des terroristes islamistes, mais je ne sais plus du tout quand au juste j’ai entendu pour la première fois le nom « al-Qaïda ». Au départ, on parlait surtout de terroristes palestiniens. Moi, j’étais parmi ceux, minoritaires mais néanmoins relativement nombreux, qui parlaient constamment d’Oklahoma City. Je me souviens même avoir élaboré la théorie des milices néo-nazis. Dans la semaine qui a suivi, je me suis rallié à l’évidence: cette fois, c’était vraiment des islamistes (mais ce n’était pas des palestiniens). Et avec le recul, je suis fier de ma réaction: le jour même, j’ai gardé toutes les options ouvertes et avec le temps, je me suis rallié à l’évidence sans m’enfoncer dans le déni des théories du complot. L’important n’est pas d’avoir raison du premier coup, c’est de ne pas sauter aux conclusions trop vite.

La psychose du 11 septembre ne s’est pas éteinte le 12 septembre. Une semaine après les attentats, on apprenait que des lettres piégées à l’anthrax étaient envoyées à diverses personnes des médias. Puis, début octobre, d’autres lettres, cette fois à des politiciens. On était à peu près unanimes à y voir le geste d’al-Qaïda, bien que certains experts aient exprimés des doutes: pas assez de dégâts, ça ne ressemblait pas au mode opératoire des terroristes. Ces commentaires me faisaient hausser les épaules: ce ne serait pas la première fois que les terroristes feraient preuve de plus d’imagination que les « experts ».

Mais qu’apprends-je? Qu’apprends-je?

On a récemment découvert (comme vous le savez déjà si vous avez lu l’article wikipédia référencé plus haut) que le principal suspect n’avait rien d’un terroriste islamiste. Le Dr Irvins souffrait apparemment de troubles psychologiques.

De toute évidence, cette conclusion, insatisfaisante pour la psychée populaire toujours avide de sens, ne manquera pas de provoquer quantité de théories du complot. Tous les éléments pour que les complotistes se déchaînent sont là: un suspect qui se suicide, des motivations attribuées à la folie… On accusera, logiquement, les Iraniens, Saddam Hussein, Al-Qaïda, la CIA et le Mossad… Sans oublier, bien sûr, le FBI qui sera innévitablement accusé de dissimulations de preuve. Forcément.

Mais pour ceux qui ne vont pas perdre leur temps à récolter des détails perdus un peu partout pour les qualifier de « preuves », pour ceux qui acceptent que la folie existe et que l’absurde surgit parfois dramatiquement dans la vie, bref, pour ceux qui sont disposés à accepter la version officielle, cette version n’en soulève pas moins une question troublante: pourquoi avons-nous, une fois de plus, sauté aux conclusions avant que l’enquête ne soit achevée? Et d’ailleurs, combien d’entre nous savaient qu’après toutes ces années l’enquête était encore en court?

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