L’ambiguïté écririfique

J’ai déjà exprimé ailleurs une partie de mes problèmes de communication, qui tenait à la « moralisation » des mots. Beaucoup de gens accordent une valeur morale à des mots dans lesquels je ne vois la plupart du temps que la valeur descriptive. Du coup, je vexe souvent ces gens sans le vouloir, en employant des termes qu’ils jugent offensants alors que je n’y accorde pas de valeur positive ou négative. Un problème que je n’ai jamais réglé et ne règlerai sans doute jamais entièrement. C’est d’autant plus vrai qu’il m’est difficile de croire que je m’exprimerais « mieux » si je me mettais à moraliser les mots comme tout le monde. Certes, je me mettrais (si c’était possible, ce qui n’est pas évident) à parler comme tout le monde, mais je me priverais en même temps d’un immense vocabulaire descriptif, proscrit à cause de la nouvelle valeur « morale » qui lui serait rattachée.

Le problème est renforcé à l’écrit, en particulier dans l’écrit échangé. Dans un texte bien pensé à l’avance, cohérent en lui-même, il est plus facile de contrôler le ton que dans un écrit spontané, sous forme d’échange comme sur un forum, les échanges de courriels ou les commentaires d’un blogue. Si 90% de la communication entre deux personnes se fait par les expressions du visage et le langage du corps, dans le milieu virtuel, on est sacrément handicapé. Certains détails créent une « subcommunication » alternative, comme la longueur des phrases, la structure du texte, etc… mais ce style est beaucoup plus difficile à interpréter. Peut-être parce qu’on apprend à déchiffrer les expressions corporelles depuis l’enfance, mais que la communication écrite est récente, acquise à l’âge adolescent ou adulte, avec une intensité beaucoup plus faible, qui sait? Les émoticônes, créatures virtuelles pas très jolies mais parfois fort pratiques, on été créés justement pour combler le manque des expressions, mais ce n’est jamais qu’une fragile béquille (et pas très esthétique, qui plus est). D’où quantité d’empoignades pour un ton mal interprété, une maladresse de syntaxe. D’où peut-être aussi, au moins en partie, le changement de personnalité de tant de gens lorsqu’ils passent de l’oral à l’écrit.

J’ai parlé ailleurs de « dépersonnalisation écririfique », parce qu’on n’a pas de visage sur internet, et parce qu’on risque d’y changer de personnalité. Écrit, et « horrifique », ça donne « écririfique », parce qu’on a tous des histoires d’horreurs à raconter sur cette malheureuse réalité.

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3 Réponses to “L’ambiguïté écririfique”

  1. Julie Godin Says:

    Je crois que le problême vient du fait que les mots ont des résonances et des contenus émotifs, idéologiques variés pour nos interlocuteurs, et qu’il est extrêmement difficile de prévoir quel contenu sera perçu par un interlocuteur sur internet.
    Est-il possible, croyez-vous, d’évacuer le contenu « moral » (ou émotivement chargé) des mots? vous dites résister à la « valeur » des mots…je suis curieuse de savoir si c’est par entrainement, par souci de rester neutre, par tournure de votre personalité (regard très critique sur les mots)?….
    et y arrivez-vous réellement?

  2. Déréglé temporel Says:

    Je crois que c’est un mélange de tout ça, en fait. Au départ, ça vient surtout d’une divergence de perception qui doit tenir à ma personnalité introvertie. Je ne me rendais pas compte que ce qui ne me paraissait pas du tout offensant pouvait l’être pour d’autres. Et avec le temps, j’ai accordé une importance de plus en plus grande au sens des mots, donc il doit y avoir un effet d’entraînement et de regard critique. J’ai failli faire linguistique à l’université, mais finalement les seuls cours qui ne m’ennuyaient pas étaient les cours de sémantique et de sémiotique. Pas assez. Je suis donc retourné vers ma véritable passion, à savoir l’histoire.

    Quant à « y arriver »… disons que les résultats sont variables. D’autant que ce n’est pas à 100% conscient comme procédé.

  3. Caline Says:

    Je comprends mieux to intervention sur mon blog. En effet, je citais les paroles d’une personne, et dans ce contexte précis, ça sonnait bien. Evidemment, si on considère le mot « ordinaire » comme péjoratif, on se vexe tout de suite…

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