Encore du mauvais côté de la barrière mais…

Bordel que ça m’énerve. Je me suis toujours méfié du cours d’éthique et culture religieuse. La paranoia anti-religion a des conséquences. Je suis agnostique, ou athée si vous préférez, les deux étiquettes me vont. Je déteste le prosélytisme en général. Et pourtant, je ne vois pas d’un très bon oeil la disparition des cours de religion dans les écoles.

D’abord, la fameuse peur du prosélytisme. Ils étaient si dangereux que ça, les cours de religion dans les écoles? C’est sûr, ma génération et celle qui l’a précédé les ont en majorité subis, ces cours. On voit ce que ça a donné: le Québec est de toute évidence une terre croisée, remplie de dangereux fanatiques catholiques qui ne rêvent que d’une nouvelle inquisition et de massacrer tous les païens qui passent par là. Il faut donc d’urgence retirer ces cours dangereux qui forment sans discontinuer des légions de George Bush, de Sarah Palins et de grenouilles de bénitier. Pas convaincus? Moi non plus. Soyons sérieux: le Québec est, de tous les pays de tradition catholique, le moins religieux. Moins religieux même que la France et pourtant…

C’est justement mon expérience française qui m’a mis en garde contre le danger que peux, potentiellement, représenter le nouveau cours. Parce que si j’ai davantage trouvé de sentiment religieux en France qu’au Québec, j’y ai par contre trouvé beaucoup moins de culture religieuse. Les Français ont choisi depuis longtemps de banir la religion des écoles publiques. Résultat: dans mes cours de maîtrise, les profs ont dû s’arrêter à plusieurs reprises pour expliquer à leurs étudiants des choses que je savais depuis le primaire. Voilà ma crainte: que le cour de soi-disant culture et éthique religieuse ne forme en fait que des incultes. Car il y a un contrecoup: à peu près toute la littérature occidentale regorge de références religieuses. Juste pour ça, ça vaut peut-être la peine de l’enseigner, ce contenu religieux. Parce que si vous trouvez que la lecture des grands classiques de la littérature se perds, attendez de voir ce que ce sera quand il faudra lire des dizaines de note en bas de page pour les comprendre.

Mais si je me méfie, je réserve mon jugement. Parce que j’ai beau googler la chose, tout ce que je trouve sur le sujet c’est des articles de journaux, des brochures et des communiqués de presse. Pas de quoi se faire une idée réelle du contenu des cours. Ça nourrit autant ma méfiance que ma réserve.

En attendant d’être efficacement éclairé sur le contenu du cours, je suis du mauvais côté de la barrière. Car en effet, qui s’oppose au nouveau cours? Monseigneur Ouellet, archevêque de Québec et parangon du réactionnisme ultra-catholique débile. Mario Dumont, chef de l’Action Démocratique du Québec, roi de la clip, maître du populisme insipide et de la politique de la division, désinformateur en chef du débat public québécois. Autant dire que je suis en mauvaise compagnie. Même l’Assemblée des Évêques du Québec appelle la population à reconnaître la pertinence du cours, estimant qu’il évitera « la perte de toute mémoire chrétienne dans les générations montantes », isolant un peu plus Monseigneur Ouellet. « Éviter la perte de toute mémoire chrétienne », ah, bon, ça veut dire quoi, concrètement?

Je me dis parfois que ce cours n’est peut-être pas une mauvaise chose. Et pourtant, qu’est-ce que je me méfie des impératifs de rectitude politique qui se cachent derrière! Qu’est-ce que je crains que ce cours ne soit que déculturation!

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6 Réponses to “Encore du mauvais côté de la barrière mais…”

  1. Julie Godin Says:

    Mon fils de 15 ans suit présentement ce fameux cours.
    Je peux donc te donner une idée du contenu…je crois qu’il y a énormément de fausses informations qui circulent sur ce qui est présenté aux jeunes.
    Je vais regarder dans ses notes tout à l’heure et te donner un apperçu de la matière traitée…
    😉

    de mon côté, je suis absolument en faveur du cours, suite à de longues discussions avec mon fils et en accord avec nos valeurs (j’ai renié la foi catholique il y a 30 ans et j’ai été élevée par un bouddhiste).

  2. Déréglé temporel Says:

    « Je peux donc te donner une idée du contenu »

    Je t’en serais reconnaissant. Si tu pouvais m’indiquer le manuel aussi, que je puisse le dégoter et le feuilleter…

    « J’ai renié la foi catholique il y a 30 ans et j’ai été élevée par un bouddhiste »

    Oui, mais faut-il pour autant se couper de tout un contenu culturel? Parce que c’est bien ça qui m’inquiète. Je ne veux pas d’un cours de religion qui alimenterait la foi, mais d’un cours qui donnerait suffisamment de contenu religieux pour ne pas se couper de tout un patrimoine.

  3. Julie Godin Says:

    Bon, je n’ai pas pu mettre la main sur un plan de cours, mais en quelques sortes, ce cours est un genre d’introductions aux religions comparées, doublé d’un cours de philo. En premier lieu, on éxamine les différentes religions du monde, en abordant des thémes définis: par exemple, mon jeune fait un travail en ce moment sur « L’expérience du divin, » autrement dit, comment les religions concoivent du divin et de la relation de l’individu avec une entité ou conscience divine. La religion chrétienne est évidemment représentée, ainsi que la religion juive, l’Islam, le bouddhisme, etc…
    On offre donc des extrais de la Bible, mais on ne dit pas aux jeunes que c’est là la « parole du Seigneur, » simplement que c’est le texte sacré des chrétiens.
    Evidemment, on tire aussi des parallèles entre certaines religions, ce qui a tendance à démontrer qu’il y a effectivement beaucoup de points communs entre différents systèmes de croyances–c’est d’ailleurs ce que certains reprochent à ce cours: semblerait que les catholiques n’auraient pas tout inventé, mais il ne faut pas le dire aux jeunes.
    Plus tard dans la session, on aborde des questions d’éthiques dans un contexte plus philosophiques: définition de la morale, concept de la conscience, lirbre arbitre, etc…

    Personellement, je trouve plutôt ironique que des parents s’opposent à ce cours et que Dumont et cie y voient un problème, alors que ces mêmes gens ne semblent pas réaliser que nos églises sont presques vides, et que ça ce n’est pas la faute des écoles. Y a-t-il beaucoup de familles à la Messe le dimanche matin? les parents ne se soucient plus d’apporter une dimension religieuse aux vies de leurs enfants, mais ils s’insurgent contre une éducation qui présenterait autre chose qu’UNE seule dimension à la spiritualité ou la pratique religieuse.

    Pourtant, ce serait aux familles avant tout de vivre leur religion au quotidien, si elles y croient.
    La majorité des gens font baptiser leurs enfants et leur font faire une première communion, pour avoir droit à des « belles cérémonies, » et tout ce beau monde ne remet plus jamais les pieds à l’église. Je vous assure que dans mon coin, la grosse banlieue des jeunes familles, qu’il y a pas mal plus de familles à l’arena le dimanche matin qu’à l’église.
    Tout le monde se dit « catholique non-pratiquant, » ce qui pour moi est un peu comme de se dire « végétarien non-pratiquant. »

    Bon, je sais que je généralise, mais je suis vraiment excédée de voir ce qui me semble un manque de conséquence et une hypocrisie fondamentale dans les attitudes québécoise envers la religion.
    On ne se donne pas le trouble de la pratiquer, mais on s’insurge lorsque serait temps de discuter des religions à l’échelle globale, décidant tout à coup sur le tort que finalement notre religion est TRÈS importante…si importante qu’on ne la pratique jamais.

    Mes enfants ont plus souvent discuté de la Bible chez moi que chez leur père, qui pourtant se dit « catholique non-pratiquant. » Ils connaissent très bien la tradition chrétienne, simplement parce que, comme tu l’affirme dans ton billet, cela reste le fondement de notre culture.
    Mais mon plus vieux, (qui porte d’ailleurs un nom biblique) est très critique des systèmes de pensée qui l’entourent, ce qui d’après moi est sain, pour un ado. Comme son grand-père est un bouddhiste pratiquant, il sait déjà que d’autres religions existent.
    Si nous voulons faire revivre la pratique de la religion catholique au Québec, nous devons faire des choix de société auxquels la plupart des familles, d’après moi, s’opposeraient. Mais s’opposer à ce fameux cours me semble un prétexte pour certains qui sont nostalgiques d’une société plus uniforme, plus fermée, plus rassurante.

  4. Julie Godin Says:

    Je suis parfaitement d’accord avec toi qu’il est important de ne pas couper nos enfants du contenu culturel de la religion chrétienne.
    Qu’on le veuille ou non, qu’on y croit ou non, la Bible est un texte fondamental à nos traditions, nos attitudes, nos symboles, nos lois, nos pratiques. C’est à ce titre que j’ai du, dans le cours de mes études lire et étudier la Bible en profondeur, car il est impossible de comprendre, par example, une pièce de Shakespeare si on n’a pas idée des références qui sont en place. C’est aussi pour cette raison que j’ai introduit mes enfants à cette tradition, et qu’ils connaissent bien la Bible et les fondements de la religion chrétienne. Sauf qu’il m’a été impossible de leur dire: c’est la parole de Dieu, c’est ce que je crois.
    Souvent, après que j’aie expliqué un principe ou une pratique chrétienne, les enfants m’ont demandé ce que MOI je crois, et je leur ai dit, en ajoutant que ce serait à eux de faire leur cheminement religieux, et que je serais heureuse d’aller à la Messe avec eux s’ils le désiraient…mais la Messe de force alors que je n’y crois pas, non.

  5. Déréglé temporel Says:

    Merci pour les informations! Les extraits de la Bible, c’est à quel point? Je peux éventuellement me révéler exigeant là-dessus, c’est quand même dans les cours de cathéchèse (mais j’y pense, tout ça c’était au primaire… le cours d’éthique et culture religieuse est au secondaire, non?) que j’ai entendu parler la première fois de la tour de Babel, du fils prodigue, des noces de Cana, de Zachée, de Jonas et sa baleine, de Jéricho et de tant d’autres choses. Mais pas seulement de la Bible en fait. C’est là que j’ai entendu parler pour la première fois de la persécution des chrétiens dans l’empire romain, de la conversion de Constantin, de la construction des cathédrales, de Vatican II. On dira ce qu’on voudra, mais personne ne me fera avaler que les cours de religion que j’ai eu à l’époque n’avaient pas de contenu et se résumaient à « le ti-Jésus vous aime ».

    Moi non plus je ne veux pas qu’on dise que « c’est la parole du seigneur ». En fait, je serais même pour qu’on lise des extraits du Coran, des Hadiths, de la Baghavad Ghita (pas sûr de l’orthographie) et de contes boudhistes, si on a l’espace nécessaire dans le cours. J’aimerais que les gens comprennent qu’au-delà des principes moraux, les religions charrient aussi des univers avec elle, et ceci explique sans doute au moins autant voire plus que les règles morales l’attachement des gens à leur religion.


    PS: Foglia est contre le nouveau cours, mais pour des raisons totalement différentes des miennes. Foglia est partisan d’une laïcité à la française qui me laisse froid, en gros. Mais ça me fait un petit baume de voir que parmi ceux qui contestent ou questionnent ce cours, y’a pas juste des freaks comme Dumont et Ouellet.
    http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/pierre-foglia/200811/13/01-800199-le-cours-de-religion.php

  6. Youpi, ma religion à moi! (humour) « Temps et fiction Says:

    […] J’ai déjà exprimé mes inquiétudes face à ce cours et aux gens qui l’ont conçu ici. L’exercice en question semble rejoindre mes inquiétudes. En plus de cela, la grille […]

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