Maladies sociales

J’ai appris l’existence de Charles Rojzman grâce à cette chronique de Rima Elkouri. J’adore Rima Elkouri soit dit en passant. Bref, mardi soir j’avais trois choix: aller au Petit Medley… mais je respecte mon ralentissement dansant; écouter le débat des chefs, mais j’avais pas envi de me tirer une balle devant l’insignifiance attendue de nos médiocres politiciens; ou bien aller à cette conférence de Charles Rojzman sur la thérapie sociale. Assez intéressante, je dois dire, et j’ai davantage le sentiment d’avoir entendu quelque chose de socialement utile que si j’avais écouté le débat des chefs.

Passons sur la thérapie sociale en elle-même, une sorte de psychothérapie à large échelle pour régénérer le tissu social désagrégé, comme on peut en trouver à Montréal-Nord et dans les banlieues françaises.

J’aimerais juste pour le moment relayer le diagnostic, les trois « maladies sociales » qu’il a mentionné dans la conférence en précisant bien que « elles sont les mêmes partout »:

1- La dépression: cette dépression qui frappe les gens qui n’ont pas de projets, qui ont le sentiment de n’avoir pas d’avenir ni d’utilité en ce monde, bref, qui n’ont aucune estime de soi. Elle entraîne une pulsion puissante de vivre des émotions fortes, violence, autodestruction, la recherche de l’oubli de diverses manières.

2- La « délinquance » alias la sociopathie: il a surtout employé le mot « délinquance », je préfère l’autre mot qu’il a choisi: « sociopathie ». Car la délinquance renvoie à l’illégalité, mais la délinquance qu’il décrivait pouvait être légale. Mario Dumont, Pauline Marois et Jean Charest sont, de mon avis, trois exemples pertinent de délinquance telle qu’il décrit. L’accomplissement de soi au détriment des autres, l’ambition, la volonté de « réussir », la réussite étant présentée comme une réalisation uniquement individuelle qui procure prestige, richesse, satisfaction… La vision des autres simplement comme alliés ou ennemis ou, pire encore, obstacles ou outils.

3- La victimisation: la fuite des responsabilités, le manichéisme, refus du mal en soi et sa projection sur l’autre, la culpabilisation, enfermer l’autre dans un rôle de bourreau qu’on peut abattre en toute légitimité…

Des maux qui touchent tout le monde, à tous les échelons de la société. Ils n’existent pas sans un minimum de réciprocité.

Rojzman prétends les résoudre par le dialogue, mais pas n’importe lequel. Les gens qui sont volontaires pour discuter ne sont pas ceux qu’il faut réunir, car ils sont souvent les moins « malades ». Toute la difficulté semble être de « provoquer des rencontres improbables ».

Je vous laisse méditer là-dessus.

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8 Réponses to “Maladies sociales”

  1. temps Says:

    Savoir se connaitre permet souvent de savoir accepter les autres,
    mais qui veut savoir ? car chacun se juge par rapport à ses connaissances, ainsi se trouvant toujours en posséder assez. Ceci est une base logique tenant compte que la réaction influence l’action, et est en totale opposition à un système cartésien dans lequel le conditionnement nous baigne. Un système qui croit que les évènement sont indépendant que le futur n’influence pas le présent.
    Cordialement

  2. Mouma Says:

    Evidemment, prétendre tout résoudre par le dialogue constitue un idéal, voir même une utopie. Tout a ses limites et certaines maladies resteront incurables en dépit de tous les efforts que l’on met dans la guérison. Faut-il viser nécessairement les extrêmes? Viser une moyenne est beaucoup plus à portée. Moins attirante car moins idéale; la moyenne est une chose « plate » à viser. Par contre, par la loi du nombre, une société qui « guérit » sa moyenne malade s’en portera déjà pas mal mieux, quitte à contrôler autrement ses éléments extrêmes. Cela me fait un peu penser à ses idéalistes du passé qui ont jeté leurs dévolus sur les pires criminels pour prouver le bien-fondé de leurs théories sur la réhabilitation des prisonniers. Cette réhabilitation fonctionne bien avec des détenus du type « moyen » justement. Et c’est bien pourquoi on planche sur les critères ou les notions de ce qui est « réhabilitable » et de ce qui ne l’est pas; par exemple, le sociopathe du type « tueur en série » ne peut pas être réhabilité car atteint d’une maladie mentale incurable, incompatible avec le « vivre en société ».

  3. Déréglé temporel Says:

    une précision: un tueur en série n’est pas un sociopathe, c’est plutôt un psychopathe. Les sociopathe agissent par intérêt. Les tueurs en série trouvent un plaisir dans le meurtre, ce n’est pas la même chose. Mais ici je pense que ce monsieur ne parle pas d’une sociopathie clinique, mais culturelle, présentée comme un idéal de vie par une société devenue trop individualiste et en proie à une crise de valeurs, les deux phénomènes se nourrissant l’un de l’autre.

    Un aspect que je trouve intéressant chez Rojzman, dont je n’ai pas parlé dans ce billet (Rima Elkouri en touche un mot dans sa chronique), c’est qu’il ne sort pas ses théories de nulle part. Il a mené une bonne quantité de projets sur le terrain. En conférence, il m’a paru être un homme plutôt pragmatique, analysant avec lucidité les limites de sa méthode. Son livre (je l’ai acheté à la sortie) contient un sous-chapitre sur ces limites. Il a parlé en conférence du fait que ça fonctionne quand les intervenants ont intérêt à la « guérison sociale ». Ça ne fonctionne pas si, par exemple, un intérêt supérieur tire profit de la division.

  4. Mouma Says:

    En fait,il y a un débat sur la nature de la sociopathie. Je te réfère à http://fr.wikipedia.org/wiki/Personnalit%C3%A9_antisociale comme référence vite vite mais j’ai pu lire ailleurs que certains auteurs considéraient la psychopathie comme une forme extrême de la sociopathie. Bref, tout dépend du courant auquel tu te réfères.

  5. Déréglé temporel Says:

    oups! ce commentaire a failli passer à la trapper, le filtre a spam l’avait bloqué, probablement à cause du lien. j’espère que ce genre de chose n’est pas arrivé trop souvent. Avis donc à ceux qui mettent des liens dans les commentaires, n’hésitez pas à vérifier que vos commentaires sont bien publiés et à me le signaler si vous ne les voyez pas apparaître.

    Merci pour cette précision. Le « courant auquel je me réfère », c’est Jean-Jacques Pelletier dans « Le Bien des Autres » 😉

  6. Mouma Says:

    Un de mes auteurs préférés. D’ailleurs, il vient de publier 2 petites nouvelles dans Alibis. Je vais l’acheter, ça s’est sûr.

  7. Déréglé temporel Says:

    J’ajoute un lien critique sur Rojman et sa thérapie sociale: http://blogues.lactualite.com/montrealnord/?p=66

    Les arguments ne sont pas sans poids.

  8. Les complices « Temps et fiction Says:

    […] Charles Rojzman appelle “victimisation” un refus entier de reconnaître toute forme de responsabilité dans les violences (1). De la victimisation, nous en vivons de tous les côtés en ce moment. J’espère de tout coeur que le congrès de la CLASSE débouchera sur une condamnation de la violence – ce serait, de mon point de vue, une victoire morale sur le gouvernement. Mais je ne peux surtout pas rester sans voix devant la victimisation d’État mis en place par Jean Charest, Line Beauchamps, André Pratte et tous leurs semblables. Aux violences très réelles subies par les étudiants et les professeurs, s’ajoutent un refus de reconnaître jusqu’à la seule existence de ces violences. Ce refus est ressenti avec tout autant de violence que les coups de matraques, il fait souffrir comme une plaie ouverte. Il n’existe aucune sortie de crise possible si on ne reconnaît pas la souffrance endurée, physiquement et moralement, par les étudiants et les professeurs. […]

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