Les polars déjantés de Jean-Jacques Pelletier

J’ai souvent décrit Jean-Jacques Pelletier comme une sorte de croisement entre Robert Ludlum et Daniel Pennac. Robert Ludlum, pour les vastes histoires d’espionnages très compliquées, aux nombreuses ramifications, pour la qualité du suspense et l’imagination parfois horrifiante dont il peut faire preuve pour la mise à mort de ses personnages. Professeur de philosophie passionné de finance, de psychologie, de spiritualité ésotérique, de géopolitique etc…, Jean-Jacques Pelletier utilise un peu ses romans pour faire la fusion de ses champs d’intérêt.

Ça donne des intrigues fouillées et très bien documentées. Ça donne un commissaire de police gastronome au vocabulaire inventif avec sous ses ordres un duo de policiers formé d’un hypocondriaque eczémateux et d’un autre atteint du syndrome de Tourette. On a droit à des artistes fous (Art/ho, clin d’oeil à Artaud) qui frayent avec des trafiquands d’organes, des amazones psychopathes, des sectes vampiriques, une floppée de femmes fatales, des motards-moines bouddhistes zen, un espion aux personnalités multiples et j’en oublie à la tonne. Avec de surcroît les principales agences de renseignement (NSA, CIA, DGSE, MI5, Mossad… même SCRS, parce que l’histoire se passe au Canada, mais faut pas exagérer, ce dernier est plus risible qu’autre chose) et les principaux groupes de crime organisés (motards, mafias russes, mexicain, américaine, colombienne, italienne, turco-kurde, yakusas et triades…) en toile de fond pour l’affrontement entre l’Institut, agence de renseignement indépendante, contre le Consortium, nouveau joueur dans le monde du crime organisé, qui tente de réaliser l’union de toutes les mafias du monde, sous le regard intéressé de « ces Messieurs » dont l’identité reste encore à révéler. Le tout forme le coeur de l’oeuvre de Pelletier, le cycle des Gestionnaires de l’Apocalypse.

Quand le mépris pour la politique se généralise et que la confiance dans
les institutions disparaît,
Quand les appartenances se dissolvent et que l’intérêt personnel devient la seule motivation,
Quand l’économie souterraine prolifère et que la débrouillardise est la principale vertu,
Alors une société est prête à tomber entre les mains de toutes les mafias. Le processus est inévitable.
Nous allons civiliser ce processus. Le rationaliser. Nous tenons là une occasion d’enrichissement unique dans l’histoire de l’humanité.
Nous allons gérer l’apocalypse.

Leonidas Fogg

Pour le moment, les Gestionnaires de l’Apocalypse comprennent trois tomes: La Chair disparue qui se déroule à Québec dans le milieux des arts, mettant en cause des trafiquants d’organe; l’Argent du monde, à Montréal, centrés sur les bars de danseuses nues et le milieu de la haute finance, deux milieux pas si lointains l’un de l’autre, et le Bien des autres, à Montréal aussi, centré sur les médias, les sectes et le milieu politique, milieux qui encore une fois se ressemblent étrangement. Hélas! La conclusion, qui doit s’intituler La Faim de la Terre, se fait attendre depuis maintenant des années. Je connais des fans qui pensent qu’elle ne sortira jamais. Il faut dire que monsieur Pelletier semble être très occupé, entre ses conseils d’administration, ses essais et sa collaboration avec Alibis. Peut-être aussi que l’actualité des dernières années va trop vite pour qu’il arrive à l’incorporer dans son histoire?

Enfin, on peut toujours se rabattre sur les « prequels » des Gestionnaires de l’Apocalypse, qui se penchent sur les débuts des principaux membres de l’Institut, Horace Blunt, le stratège de l’Institut, une sorte d’ordinateur humain passionné du jeu de go, Claudia et Bamboo Joe le moine zen et aussi F, la directrice de la plus puissante agence de renseignement du monde.

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3 Réponses to “Les polars déjantés de Jean-Jacques Pelletier”

  1. Mouma Says:

    J’aime spécialement ses petits commentaires et petites « citations » tirés de ses encyclopédies inventées de toutes pièces au début de ses chapitres. Certaines d’entre elles sont d’un délice à vous rendre cannibales, d’autres sont à faire pâlir d’envie les faux intellectuels ou les vrais, philosophe ou non.

  2. La faim de la Terre s’en vient-elle? « Temps et fiction Says:

    […] de la Terre, la conclusion tant attendue des Gestionnaires de l’Apocalypse, dont je parle ici. Comme deux débats sur des sujets forts différents sont venus m’y faire penser justement […]

  3. Des stats pour le 300e « Temps et fiction Says:

    […] littérature versifiée, le billet sur les Nestoriens, et, en dixième place, un autre billet sur Jean-Jacques Pelletier […]

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