Le scientisme à l’oeuvre

Le scientisme est le revêtement pseudo-scientifique dont on affuble des impostures pseudo-intellectuelles pour donner à des idées souvent douteuses une respectabilité scientifique. Le créationnisme (dessein intelligent), qui fait couler beaucoup d’encre en ce moment, est l’une des formes les plus médiatisées du scientisme en ce moment. Mais le scientisme est plus dangereux là où on le relève le moins.

L’un des domaines où je vois le plus de scientisme, c’est dans l’étude des relations hommes-femmes. Les pseudo-scientifiques qui étudient cette question sociale aiment beaucoup évoquer à tort et à travers des explications darwiniennes. Manière détestable d’attribuer les différences hommes-femmes à un illusoire déterminisme biologique. Le 30 septembre dernier, Marion Montaigne se laissait piéger par ce genre de théories fumeuses en dessinant une planche, par ailleurs hilarante, où elle exposait l’une d’entre elles. Les internautes ont promptement relevé le problème dans les commentaires.

Le plus souvent, comme dans un article que j’ai lu aujourd’hui, c’est quelques douteuses statistiques qui servent à justifier les explications « biologistes » de gens qui se prétendent scientifiques. Dans l’article référé, on a un échantillon de quelques 200 individus, ce qui est plutôt maigre, pour une question délicate parce que d’ordre privé. La méthodologie n’est pas détaillée, mais comment peut-on procéder pour déterminer si quelqu’un devine correctement si son partenaire l’a trompé? On lui pose la question, on isole le conjoint pour lui poser également la question en promettant la confidentialité? Les meilleurs dissimulateurs(trices) ne prendront probablement pas le risque de révéler la vérité, même sous le sceau de la confidentialité.

Même si la statistique devait se révéler fiable, elle ne donne aucune indication pour privilégier une explication darwinienne. Une telle explication supposerait qu’un mâle devinant les tricheries de sa partenaire a une probabilité significativement plus élevée de transmettre ses gênes qu’un cocu naïf. C’est assez peu convainquant, puisque cette probabilité repose surtout sur la capacité de séduction. Se reproduire plus, et non empêcher sa compagne de se reproduire avec d’autres, voilà le mécanisme darwinien. Le raisonnement de notre « scientifique » fait intervenir des notions sociales et des jugements de valeurs dans une théorie biologique. Aussi avant de se pencher sur la thèse biologique faudrait-il (en admettant que ces statistique soient fiables, ce qui n’est sans doute pas le cas) réfléchir aux implications socio-culturelles du fait observé. Or, notre chercheur saute un peu vite cette étape.

Le scientisme, c’est le chercheur qui utilise des preuves qui ne résistent pas à l’examen pour avancer des théories fumeuses mais à la mode du jour. Mais c’est aussi le journaliste qui transmet l’information sans aucun esprit critique. Et c’est le lecteur qui adule la science tout en en méconnaissant les méthodes et qui dira par la suite: « il a été prouvé scientifiquement que les hommes détectent les infidélités de leurs partenaires »… pendant que les filles qui l’écoutent se moquent de lui en cachette.

Publicités

Étiquettes : , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :