Un vieux débat

Est-on libre?

Vieux débat. Il a atteint une émotivité singulière dans les religions monothéistes. Dieu tout-puissant accorde-t-il à ses créatures, dans sa magnanimité, la liberté de choisir, et leurs pensées, et leurs actes? Mais la liberté des moins-que-rien n’est-elle pas une limite à la toute-puissance? N’est-ce pas blasphématoire que de penser qu’Il n’est pas à l’origine de chacun de nos choix?

Ils se sont déchirés sur ces questions. La question est passée de plumes en épées. C’est dire qu’elle ne se loge pas seulement dans nos cervelles, mais aussi un peu dans nos trippes.

C’est sur cette question sans doute plus que toute autre que se sont déchirées l’Église et la Réforme, la première partisane du Libre-Arbitre, la seconde du Serf-Arbitre. On eût pu croire qu’au moins, la séparation consommée, chacun serait fixé dans ses choix. C’eût été sous-estimé la profondeur de l’angoisse humaine et les relations incestueuses des deux versants du christianisme occidental: elle a ressurgit, à sa façon, chez les catholiques comme chez les protestants.

Et puis il y a ceux qui n’ont pas posé la question dans des termes religieux. Ceux qui, prenant simplement conscience de la complexité de l’Univers, se sont dit que la multitude des lois qui le régissent ne pouvait laisser de place au libre-arbitre. Qui ont placé une telle confiance en la Raison, qui ont si bien échoué à raisonner la liberté de choix, qu’ils en sont venus à conclure que cette dernière ne pouvait pas exister. Un argument scientiste: nos actes et nos pensées sont la somme de la chimie de notre matière grise, de la génétique, de la physique de l’Univers. Quelque part, il doit y avoir une Équation primordiale, qui permette tout à la fois de prévoir l’orbite des comètes et la bêtise humaine.

Les termes du débat n’ont pas beaucoup changé. Reste une composante religieuse inavouée. Un Dieu non-pensant. Et, en filigrane, un sensible débat sur l’orgueil et l’humilité. Ne faut-il pas avoir l’humilité de reconnaître que nous sommes partie intégrante de l’Univers et n’échappons pas à ses lois? D’un autre côté, n’est-il pas immensément orgueilleux que de prétendre en savoir suffisamment sur celui-ci pour décider qu’on ne décide de rien? Qu’il se contraint dans les limites de notre étroite Raison?

On en est réduit à une manière d’acte de foi.

Et si le Chaos existait? Comme la Horde sauvage, le fil libre de la Tapisserie de Fionavar qui octroît une parcelle le liberté à chaque élément du tissage.

Un vieux débat, qu’on dirait aussi bien écrit dans les étoiles que gravé dans notre code génétique.

« Je sens que je suis libre, mais je sais que je ne le suis pas. »
– Cioran, De l’inconvénient d’être né

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Une Réponse to “Un vieux débat”

  1. Science, histoire et libre-arbitre « Temps et fiction Says:

    […] très profitables. Comme dirait Gabriel, c’est pertinent! J’avais moi-même pondu un billet sur le sujet il y a quelques […]

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