Le mythe de CSI

J’ai déjà entendu des rumeurs sur les impacts socio-juridiques de la série CSI (les Experts). Il y a, je pense, un an, j’ai lu un article qui disait que dans les bureaux d’avocats, on parlait de « l’effet CSI« , selon lequel depuis la popularisation de cette série policière sur la science criminalistique, les jurés demanderaient plus de preuves à caractère scientifique et délaisseraient les preuves circonstantielles. Un demi-mythe, apparemment. Les amateurs de la série seraient en effet plus enclins à demander des preuves scientifiques, mais cela ne se reflèterait pas sur leur jugement final.

Il paraîtrait que la série est crédible. Je n’ai pas trop de misère à le croire, dans la mesure où les techniques mises en oeuvre existent et que les scénaristes peuvent s’inspirer d’une grande quantité d’archives judiciaires et policières. Quand on a le budget de production de CSI, on doit pouvoir se payer le luxe de se documenter à satiété, j’imagine. Moins crédible toutefois dans la mesure où la fiction impose nécessairement ses propres codes. Il faut par exemple réduire le nombre d’intervenants pour que le téléspectateur s’y retrouve plus facilement. Dans le même ordre d’idée, le laps de temps mis en oeuvre pour reconstituer une scène de crime et résoudre une affaire doit être raccourci et condensé. Et surtout, les labos de CSI sont étonnamment bien pourvus. La crème de la crème, pas de problèmes de budget pour ces gens-là. Formation impeccable également. Contrairement à la plupart des services de police scientifique, en fait, si on en croit cette chronique de Tom Roud (inspiratrice de ce billet).

Apparemment, la police allemande traquait depuis 16 ans une dangereuse tueuse en série. On avait retrouvé l’ADN de cette femme non-identifiée sur les lieux de 32 meurtres différents. En dehors de la preuve scientifique, les enquêteurs étaient mystifiés: aucun lien ne semblait devoir être établi entre les différentes affaires. Par exemple pas de profil de victime commun, ni de mode opératoire repérable. Et finalement ils ont fini par identifier la femme à qui appartenait ledit ADN. Loin d’être une tueuse en série, elle était en fait… employée de la société qui fabriquait les bâtonnets de prélèvement. L’histoire ne dit pas si elle a perdu sa job.

Quand verra-t-on les enquêteurs de CSI débarquer dans une usine de bâtonnets de prélèvements?

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2 Réponses to “Le mythe de CSI”

  1. Mésange Says:

    Excellent, c’est vraiment super comme anecdote 🙂

    Je ne suis pas une spécialiste de CSI, mais je peux avouer sans honte que j’ai regardé à maintes reprises ces derniers temps les différentes versions (Las Vegas, New York, etc…). Pour ma part, j’ajouterais un bémol quant à la crédibilité de la chose. Les scénarios sont souvent poussifs, sachant que chaque épisode est construit sur un model de deux crimes déconnectés l’un de l’autre à résoudre en parallèle.
    Cela dit, comme tu le soulignes, les grands moyens dont dispose cette série la rendent consommable, mais de là à ce que ça soit mémorable…

  2. Gabriel Says:

    Intéressant billet! Vraiment, je n’avais pas encore pensé que la télévision pouvait avoir un effet aussi grand sur un milieu comme celui du droit.

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