Les contes dans tous leurs états (2): Règlement de Contes

Après le billet sur Garulfo, voici une autre BD, beaucoup moins connue, qui fait de la relecture de contes, cette fois sous l’angle western. Là où Garulfo s’éclate dans une multitudes de références aux contes connues en gardant une trame qui rappelle n’importe quel conte, mais aucun en particulier, dans Règlement de Contes les contes sont bien identifiée, et leur trame est conservée… seulement énormément complexifiée. De quels contes parle-t-on? Il y en a quatre, mais il s’agit principalement du Petit Chaperon rouge et des Trois petits cochons. Exit donc les princesses, on passe au grand méchant loup.

Il s’agit de l’une des meilleures séries que j’ai lu au courant des cinq dernières années. La plume du scénariste est alerte (on en parle plus loin), la relecture des contes est brillante et les dessins sont excellents. Chose qui ne gâche rien, la série est arrivée à son terme, donc pas de longue attente pour le tome suivant et pas d’angoisse sur la possibilité que ce dernier ne sorte jamais.

La structure de la série est de 2+2. Deux histoires de deux tomes, liées entre elles mais qui peuvent se lire dans le désordre. Les deux premiers  tomes racontent plutôt une histoire de chaperon rouge. Quelque part dans le Far West, Pigstown est dirigée par trois frères, trois véritables cochons: un maire ambitieux, autoritaire et cruel, un shériff ivrogne et une petite tête brûlée à la gachette trop facile. Dans la région, rôdent trois loups en chasse, menaçant la population. Voilà la situation quand une jolie fille vêtue de rouge arrive en ville pour rendre visite à sa grand-mère. Elle s’y fait courtiser par un chasseur, un homme qui a déjà tué sa part de loups.

Si le scénario suit, dans les grandes lignes, et avec l’ajout des trois cochons, la trame du petit chaperon rouge, c’est pour mieux en brouiller les repères moraux. De fait, sur ce plan, on est plus près du western à la Sergio Leone, où même les héros ont leur part d’ombre, que du conte moralisateur. Entrent d’ailleurs en jeu certains enjeux typiques des westerns, comme le tracé des chemins de fer.

La deuxième histoire nous fait remonter le fil du temps. Exit le petit chaperon rouge, on se plonge à l’époque où les trois cochons étaient encore petits. Venus du nouveau monde pour chercher la liberté dans un Far West où ils ne seraient plus considérés par les humains comme des repas sur pattes, un groupe de cochons suivent leur pasteur pour fonder Pigstown, LEUR ville. Parmi eux, trois frères. Mais la venue des cochons va déranger les premiers occupants du territoire, les loups. Quelques-uns dans les deux camps chercheront bien un terrain d’entente, mais peuvent-ils lutter contre l’escalade de la violence? On l’aura compris, la relecture du conte est ici doublée d’une autre relecture, celle de l’histoire américaine, replaçant les humains dans le rôle des Américains, les loups dans le rôle des Amérindiens et les cochons dans le rôle des Irlandais (bien qu’il y ait tout de même présence anecdotique d’humains irlandais et amérindiens). Cette distribution des rôles aide le scénariste dans le travail entrepris de brouiller les repères moraux standards, qu’on avait déjà vu dans les deux premiers tomes. Les significations respectives des maisons de paille, de bois et de pierre en sont particulièrement affectées. Par ailleurs, cette histoire jette un éclairage nouveau sur ceux des personnages qui se retrouvent, plus vieux, dans l’histoire du chaperon rouge. Ils y acquièrent une profondeur nouvelle. Et on constate que le petit chaperon rouge s’est retrouvée mêlée à un drame qui avait commencé bien avant sa venue à Pigstown.

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