Mais le pire était le bal…

Dans un livre que j’ai récemment acheté, La chair, le diable et le confesseur, Guy Bechtel s’intéresse à l’histoire de la confession du péché de chair. Il construit son livre autour d’une hypothèse: que l’ingérence dans la vie privée que constituait la confession obligatoire imposée par les Conciles de Latran (XIIIe siècle) et de Trente (XVIe siècle) fut l’une des principales causes de la déchristianisation dans les pays catholiques.

Quelques pages consacrés aux « lieux dangereux » selon les curés et autres grenouilles de bénitier ont l’heur de fasciner le danseur que je suis. Extraits:

« Mais le pire était le bal.

Dès le XVIIe siècle, Jean-Baptiste Thiers disait qu’il était impossible d’y rester pur, tant en dansant qu’en regardant danser les autres, parce qu’on y est sans arrêt soumis à des pensées lascives, des regards impudiques, des postures indécentes. []

Un missionnaire parla carrément de bordel, disant aux mères de famille qu’il vaudrait mieux qu’elles conduisent directement leurs filles dans des lieux de prostitution.

On ne sais trop pourquoi, la valse, qui nous semble aujourd’hui la plus chaste des danses, par rapport au tango ou à des danses plus modernes impliquant davantage de contact, parut hautement pernicieuse au XIXe siècle. Des tombereaux d’horreurs furent déversés sur elle. […]

Dans plusieurs régions de France, les bals restèrent jusqu’à 1945 sinon rares, du moins surveillés. […]

[L’extrait suivant cite l’opinion d’un curé en 1938] Les bals publics: Dieu merci, il n’y en a pas sur tout le territoire de la commune de Guenrouët […] Mais il y en a chez les voisins et […] C’est pour toute la région une honte et un scandale. »

Et le curé de se lamenter que les jeunes de sa propre région aillent à ce bal. Les religieux utilisaient des moyens de pression à leur disposition pour empêcher ces bals ou contrôler leur déroulement. Ils pouvaient interdire les sacrements et… la sépulture à ceux qui les fréquentaient, ou faire intervenir des groupes de dévotion sous leur contrôle pour surveiller les danseurs.

Une histoire des moeurs passe sans doute par ce genre de sources religieuses. C’était les religieux, après tout, qui les surveillaient au plus près.

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3 Réponses to “Mais le pire était le bal…”

  1. Canelle Says:

    Enfin, le plus amusant, c’est le fait que si l’Eglise condamnait, c’est justement parce que ça faisait fureur! 🙂

  2. Déréglé temporel Says:

    Tout à fait vrai. L’Église avait un réel pouvoir, mais beaucoup moins que ce qu’on dit souvent. En fin de compte les gens restent toujours maîtres d’eux-mêmes.

  3. Histoire de la danse sociale « Temps et fiction Says:

    […] campagnes, malgré la réprobation d’une Église déjà en perte de vitesse (déjà évoqué ici). Mais il s’insère surtout dans les pratiques de la haute […]

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