Les fous qui jouaient aux échecs

J’ai acheté hier le roman noir 5150 rue des Ormes, de Patrick Sénécal, qui va d’ailleurs bientôt faire l’objet d’une adaptation au cinéma (mais ce n’est pas pour ça que je l’ai acheté). Je pensais lire ce roman de 367 pages en quelques jours. Je l’ai lu d’une traite, en quelques heures, chose qui ne m’était pas arrivée depuis longtemps.

Pour ceux qui ne sont pas très familiers avec les catégorisations littéraires, je rappelle que le roman noir est plus ou moins au roman policier ce que le roman d’horreur est au fantastique. En fait, le roman noir s’intéresse davantage aux criminels et aux victimes qu’aux policiers qui mènent l’enquête (cf wikipédia, je mets le lien anglais parce que l’article francophone actuel est pire que médiocre), ce qui le rapproche très souvent du thriller. Entrer dans la peau des criminels les plus immondes, ou de leurs victimes au pire moment du drame, c’est ce que préfèrent les auteurs de ce genre, par conséquent ce qui fait que la distinction avec l’horreur est très ténu et ne tient généralement qu’à l’absence d’éléments fantastiques. Le public pour les deux genre est d’ailleurs sensiblement le même et les confusions sont fréquentes, notamment dans les librairies (où on les range sur les mêmes tablettes) et au cinéma (où l’adjectif « noir » est rarement utilisé).

Le paragraphe qui suit révèle des détail de l’intrigue, mais je fais en sorte que ça soit très léger et supportable; à vous de voir si vous voulez le lire ou passer au suivant. C’est l’histoire d’un gars malchanceux. D’ailleurs il croise un chat noir au début, alors… il se prend une débarque de son bicycle et sonne à la maison la plus proche (le 5150 rue des Ormes, vous avez bien deviné – c’que vous êtes doués!) pour appeler un taxi. Manque de bol, la maison est habitée par un psychopathe, et il voit sa victime. Un autre psychopathe l’aurait tué sur place, mais là (mais est-ce de la chance?), il se trouve que celui-ci (répondant au banal nom de Jacques Beaulieu) agit toujours au nom de la Justice, et il se rend bien compte que notre gars – il s’appelle Yannick Bérubé – est victime des circonstances et que ce serait injuste de le tuer, alors il se « contente » de le séquestrer. Il essaie même de lui rendre le séjour « agréable » en l’intégrant à la vie de famille. On fait donc connaissance de sa femme, Maude, folle de Dieu qui s’efforce de réfléchir le moins possible par elle-même, et ses deux filles: Michèle, une ado encore plus dangereuse que son père (notamment parce qu’elle est plus lucide) et Anne, une fillette de dix ans à peu près aussi allumée qu’un zombi en état de choc. Petit à petit, on commence à cerner la folie de Beaulieu. Non seulement ce gars-là est un Juste, mais il en a la preuve: aux échecs, où il joue toujours avec les blancs, il n’a jamais perdu. Jamais. Mais comme son prisonnier n’est pas d’accord avec lui sur sa conception de la justice, il lui propose un marché: le jour où il gagnera une partie d’échecs contre lui, il le laissera partir. Et Yannick voit ses talents de joueur croître aussi vite que sa raison vacille.

Pas d’inquiétude à avoir, il n’y a aucun besoin de bien connaître les échecs pour bien apprécier ce roman. Par là, Sénécal fait la démonstration qu’on peut parfaitement écrire sur un sujet qu’on ne connaît pas. Il fait aussi la même démonstration concernant le meurtre et la folie.

Le sujet ici n’est pas le jeu, on s’en doute bien, mais de voir Yannick en mode survie. Dans le roman noir comme dans l’horreur, la tentation est grande de tomber complaisamment dans le gore et la boucherie. Sénécal évite très bien l’écueil, sans évacuer l’horreur, omniprésente. Elle n’en a que plus d’impact.

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