Principes de base de démographie (2)

Le dernier billet se terminait sur l’évocation des problèmes de calendrier. Je vais donc préciser ici de quoi il est question. Ce sera plus facile à comprendre si vous avez lu le premier billet.

Le problème central est simple: comment interpréter les variations de l’Indice Synthétique de Fécondité?

Quand l’ISF augmente, est-ce que ça veut dire qu’on fait plus d’enfants?

En fait, ça peut, en gros, signifier deux choses: soit la natalité augmente effectivement, soit il y a un effet de calendrier.

Ça peut sembler contre-intuitif, mais ce n’est pas parce que le nombre de naissances augmente cette année par rapport à l’année dernière que la natalité a augmenté.

Illustration:

Supposons trois cohortes de femmes. La cohorte A est née entre 1965 et 1970. La cohorte B entre 1970 et 1975. La cohorte C entre 1975 et 1980. Supposons (important: ce sont des chiffres fictifs) que les femmes des trois cohortes ont en moyenne un seul enfant à la fin de leur vie féconde. Supposons que les femmes de la cohorte A ont en moyenne leur enfant vers 35 ans, les femmes de la cohorte B ont en moyenne leur enfant vers 30 ans et les femmes de la cohorte C ont en moyenne leur enfant vers 25 ans.

Quelle est la natalité totale? 1 enfant par femme, ce qui est largement en dessous du taux de renouvellement de la population.

En revanche, entre l’an 2000 et l’an 2005, l’ISF sera très élevé, peut-être jusqu’à 3 enfants par femmes, ce qui paraît très honorable. Tout simplement parce que les femmes des cohortes A, B et C auront TOUTES leurs enfants durant cette période là. Ça donnera l’impression d’une natalité très élevée, alors que c’est plutôt l’effet que les femmes plus âgées « rattrapent le temps perdu » et que les plus jeunes « prennent de l’avance ».

Donc, quand on nous dis dans les journaux que la natalité grimpe, il faut faire attention: la plupart du temps, ça veut dire que l’ISF grimpe. Or, dans l’exemple ci-haut, caricatural, l’ISF va se hausser pendant environ cinq ans sans qu’il y ait de hausse de natalité. C’est dire que dans la réalité, plus nuancée, on peut observer une telle hausse pendant une période un peu plus longue sans que ça se traduise par une hausse de natalité effective.

Or, il y a de bonnes chances qu’actuellement, des effets de calendriers soient en train de se jouer. Les femmes de ma génération commencent à avoir des enfants, tandis que les X, qui ont beaucoup retardé la naissance de leur premier enfant, commencent également à avoir les leurs. Effet de calendrier donc.

Cela n’empêche pas d’espérer. Avoir un premier enfant plus jeune a de bonnes chances d’entraîner la naissance d’un second enfant. Une hausse de natalité n’est pas impossible. Mais elle reste à confirmer.

PS: j’ai accidentellement supprimé ce billet. Heureusement, j’en avais une copie, je le republie donc.

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6 Réponses to “Principes de base de démographie (2)”

  1. Sombre Déréliction Says:

    Très bon et très instructif ces 2 derniers articles déréglé! On voit que la science du peuplement a bien évolué depuis l » essai sur le principe de population », ouvrage le plus récent en la matière qu’il ne m’était arrivé de lire.

  2. Déréglé temporel Says:

    Merci beaucoup!

    Les articles de journaux utilisent beaucoup d’indices statistiques sans expliquer à quoi ils correspondent. Je comprends que les journalistes n’ont pas beaucoup d’espace, mais je trouve ça dommage.

    Le moins qu’on puisse dire, Sombre Déréliction, c’est que tu lis des classiques! Mais en effet, depuis 1798, quelques petites améliorations ont été apportées aux méthodes que Sir Thomas Malthus expose dans son essai.

    Bien content de te voir ici, au fait. 🙂

  3. Sombre Déréliction Says:

    Merci de l’accueil!, mais je ne suis pas tout à fait nouveau ici puisque je venais bien faire mon petit tour sans trop commenter. Je fuyais à toutes jambes, cependant, lorsqu’il était question de danse! ;).

    On a effectivement parlé d’un nouveau « boom » démographique pour un Québec que l’on disait souffrir depuis quelque temps de dépeuplement aiguë. Je m’étais toujours interrogé sur les méthodes de calcul nous permettant d’affirmer si l’indice de fécondité est « en hausse » ou « en baisse ».

    « Le moins qu’on puisse dire, Sombre Déréliction, c’est que tu lis des classiques! »

    C’est un peu mon défaut, soit de limiter ma culture aux classiques! Ceci est sans doute du à la méfiance que j’éprouve pour les modernes! 😉

  4. Déréglé temporel Says:

    héhé… la danse, c’est mon blackmetal à moi, mon repoussoir qui fait baisser mes statistiques (l’équivalent de mettre des clips EMO dans la Kaverne, c’est mettre de la tektonik ici! :P). Du moins ce l’était jusqu’à une époque récente: depuis quelques temps, la fréquentation ne baisse plus lorsque j’aborde ce sujet.
    Ceux qui, comme toi, le fuis, sont symétriques à certains qui viennent ici pour la danse et fuient les sujets intellos!

  5. Sombre Déréliction Says:

    « l’équivalent de mettre des clips EMO dans la Kaverne, c’est mettre de la tektonik ici!  »

    Faudrait pas trop tenter le diable… mais en réalité je n’ai posté qu’un clip véritablement EMO sur La Plaine, soit Miss Murder de AFI! Ne connaissant rien de la mode EMO avant l’article de Nicolas, j’ai dû puiser dans mes légères connaissances des « cultures » goth et Darkwave pour faire vivre mon personnage!

  6. Déréglé temporel Says:

    héhé… j’en connais encore moins sur cette culture, donc j’ai bêtement cru que c’était du EMO.

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