Constructions humaines

Je suis allé voir Laisser-Porter vendredi dernier. Je venais d’achever une étape de mon travail, et j’avais envie de quelque chose qui sorte de mon quotidien pour me changer les idées. Vive, donc, la Tohu et ses prix abordables (et vive les réductions pour étudiants!). Le spectacle était assez peu fréquenté pour que je me permette d’acheter mon billet le soir même, et avoir une très bonne place, section 3. Une bonne chose pour moi, mais c’était un peu dommage pour un spectacle de cette qualité d’avoir une salle à moitié remplie.

La première partie était faite par Mick Holsbeke, clown tout frais sorti de l’École nationale de cirque. Toujours drôle, bien que sur les trois numéros qu’il a fusionné, j’en avais déjà vu deux. Le numéro de présentation était nouveau, fait pour la circonstance, et présentait Mick dans sa loge, angoissant parce qu’il vient d’être engagé pour son premier show. Il y a de l’idée, mais ça demande encore à être travaillé. Ce n’est pas aussi efficace que la suite. Vient ensuite le premier « vrai » numéro, où Mick endosse son rôle de clown (celui dont la phrase fétiche est « tu peux faire N’IMporte quoi avec ça! »). À l’origine, « la boîte à jonglerie », c’était une improvisation à l’école qui avait remporté un vif succès. L’idée a été retenue, retravaillée et adaptée. J’en avais vu un premier avatar un Lion d’Or il y a deux ans. La nouvelle version vendredi, avec ses surprises propres (c’est ce qui est bien avec les numéros en évolution, il y a toujours du nouveau!). Et puis son numéro de jonglerie avec chapeau, déjà présenté au spectacle de fin d’année, puis au Vieux-Port cet été. Avec, lui aussi, ses nouveautés. Présenter le même numéro dans des contextes aussi différents en force l’évolution, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Après la première partie clownesque, Laisser-Porter nous transporte dans une ambiance très différente. J’ai beaucoup pensé à MayB, de Maguy Marin, spectacle de danse contemporaine que j’avais vu à la Comédie de Montpellier et qui s’inspirait directement des ambiances des romans de Dickens. Les deux spectacles évoquent des personnages qui « voyagent », soit réellement, soit comme une métaphore de la vie. Les actions faites par les personnages sont très abstraites, mais les interprètes sont tellement expressifs qu’on s’y intéresse. Ça accroche l’attention, on veut voir comment la situation va évoluer.

Ils ont des valises et des planches de bois. Ils ont des corps. Et avec ces trois éléments, ils font des constructions humaines. Ça se développe, ça se transforme, ça multiplie les images. La manière dont ils parviennent au résultat final est tout aussi intéressante à regarder que la construction. Parce qu’ils sont, plus que des matériaux, des personnages. Parfois ils se reposent, parfois ils jouent. Ils avancent, se découragent. On les voit collaborer, on les voit compétitionner pour arriver les premiers à destination.

Le tout est d’une grande poésie, non dénuée d’humour.

L’avis des gars d’Alonzocirk:  Guy et Claude

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2 Réponses to “Constructions humaines”

  1. Claude Says:

    Bravo! Au moins vous, vous tenez vos promesses. Ce n’est pas comme certains qui promettent et puis ça traîne…:-)
    Excellente observation. Compte-rendu illustré par des termes percutants que je ne peux qu’approuver. Vous évoquez un spectacle de danse contemporaine, mais je ne peux en juger, car ce domaine ne m’est pas familier. Par contre, vous dites l’avoir vu à la Comédie de Montpellier, ça me dit quelque chose. Un théâtre magnifique, dans lequel j’ai eu l’occasion de faire une conférence, il y a bien longtemps. Non, ce n’était pas sur le cirque!
    Dans votre billet, vous consacrez un long passage à Mike Holsbeke. Vous avez raison, il le mérite bien. Il est ce qu’on pourrait appeler une valeur montante. De plus, c’est un gars très sympathique.
    Merci pour les liens. Très sympathique de votre part.
    Claude.

  2. Déréglé temporel Says:

    C’est le moins qu’on puisse dire. Le spectacle de Mick qui m’a le plus marqué reste celui auquel j’ai assisté au Vieux-Port, où il m’a pour ainsi dire intégré au numéro. Toujours très amusant!
    La Comédie de Montpellier est en effet un magnifique théâtre, surtout à l’intérieur. J’ai presque autant apprécié la décoration que le spectacle, ce qui n’est pas peu dire! Quant au spectacle en question, je ne suis pas non plus un spécialiste de danse contemporaine, loin de là, je me considère même comme un parfait néophyte en la matière. J’ai dû voir trois ou quatre spectacle de danse contemporaine dans ma vie, en comptant deux où c’était intégré à une pièce de théâtre. Mais MayB de Maguy Marin se distinguait par son accessibilité. Il n’était pas nécessaire de s’y connaître pour s’y intéresser. C’est une caractéristique commune avec Laisser Porter.
    Et oui, on attend encore votre billet! 😉

    Quant aux liens, il n’y a pas de quoi. J’aime référer mes lecteurs à des avis extérieurs, et votre blogue est très bien fait.

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