Les mémoires d’André Antonikas

Deux événements, cet été, ont réveillé mon intérêt endormi pour les uchronies: une discussion avec Lachésis, du blog des araignées et des humains, sur les définitions comparées de l’uchronie et du steampunk et la parution, dans le Solaris no171, d’une nouvelle d’Alain Bergeron Les Ors blancs qui fait suite à la très lointaine nouvelle qu’il avait publié dans le Solaris no107 en 1993, Le huitième registre (et republié dans l’anthologie Les Horizons divergents en 1999, où je l’ai lue).

Je ne me souviens plus bien laquelle fut ma première uchronie, du Huitième registre ou de Chronoreg de Daniel Sernine. Je crois bien que c’est la nouvelle d’Alain Bergeron.

Quoiqu’il en soit, je suis certain de ce que j’affirme dans ma discussion avec Lachésis. La définition qu’elle donne du Steampunk est en fait celle des uchronies, soit:

partir d’une période historique et réécrire l’histoire d’une façon qui diverge de la réalité

Petite erreur bien pardonnable pour un blog de qualité qu’on aimerait bien voir mis à jour plus souvent. Quoiqu’il en soit, la parution des Ors blancs me permet de revenir sur le Huitième registre, une nouvelle d’une quarantaine de pages construite de manière à placer le concept de l’uchronie au coeur même de l’intrigue.

L’univers que nous présente Bergeron est sensiblement différent du nôtre. La technologie est moins avancée, l’Amérique ne s’appelle pas Amérique et sa découverte ne date que de 1809, et le monde est partagé entre deux grands empires, l’un byzantin et l’autre chinois. Et à Mont-Boréal, se réunit un grand synode où les théologiens du monde byzantin discuteront de la doctrine officielle, mais désormais contestée, du monochronisme: façon de dire le déterminisme, en vertu duquel il n’y a qu’une ligne temporelle. André Antonikas, qui achève tout juste  ses études, sera plongé dans ce synode où les intrigues politiques se mêlent à la philosophie. Le récit que nous lisons est celui qu’il écrit à la fin de sa vie, retrouvé après sa mort.

Le Huitième registre est certainement l’un des textes que je recommanderais à quiconque voudrais s’initier au genre de l’uchronie. Malheureusement, entre une revue dont la parution est déjà bien lointaine et une anthologie qui remonte elle-même à dix ans, elle risque d’être difficile à trouver pour l’amateur.

Les Ors blancs est une surprise, puisque rien ne laissait présager la publication d’une suite au Huitième registre. Ce dût être une surprise aussi pour les « archéologues » qui découvrirent ce nouveau fragment des mémoires d’Antonikas. Au début de la nouvelle, une note en bas de page le reflète bien, dont je reproduis ici une partie:

Avertissement: Depuis quelques années, la découverte de nouveaux fragments des Mémoires d’André Antonikas ne manque jamais de susciter engouements autant que controverses au sein des cénacles du savoir. […] Sans commettre l’imprudence de prendre parti en cette matière, nous osons néanmoins attirer l’attention du lecteur sur le fait qu’ « Ors Blancs » partage avec « Le huitième registre » de nombreux attributs de style et de composition, attributs qui accusent chez l’auteur des pages présentées ici – qui qu’il soit – une indiscutable familiarité avec les maniérismes d’écriture d’André Antonikas. Nous donnerons pour exemples la tendance soutenue et quelque peu irritante du narrateur à s’apitoyer sur lui-même, de même qu’une propension des plus vaniteuses à s’ingérer dans la résolution de mystères de nature criminelle.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Bergeron ne manque pas d’humour ni d’ironie!

Les Ors blancs est une nouvelle de 27 pages, fort plaisante, quoiqu’un peu moins bonne que le Huitième registre, selon mon goût. Ici aussi, il y a intrigue politique. Ici aussi, il y a discussion des variations de l’histoire. Mais ici, les deux ne sont pas directement liés. Et un autre propos s’y retrouve, celui-là esthétique, plus ou moins directement lié à l’incertitude du temps, qui donne à la nouvelle son corps et son titre. Les Ors blancs sont la forme d’art pratiquée dans la ville où se trouve le frère Antonikas lors de son récit. Ils consistent à représenter un lieu, mais en le transformant quelque peu pour le rendre « plus vrai ». Notons que, d’une manière générale, cette seconde nouvelle s’avère d’une écriture moins précise que la première, et qu’il est plus difficile de s’y retrouver dans toutes les transpositions. Mais ce n’est qu’un détail, et on apprécie de voir se révéler au fil des pages un autre aspect de l’univers improbable (le mot n’est pas choisi au hasard) d’Antonikas.

Et si on pouvait profiter de quelque nouvelle révélation par un nouveau fragment, on serait volontiers preneur.

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