Vampires vs Zombis: contagions comparées (2)

Bon, pour les vampires, si c’est le modèle standard et pas une souche mutante, la campagne de vaccination est tout à fait inutile,comme on l’a vu: la contagion est contrôlée. Les vampires étant donc allés à l’école Saint-Thomas-Malthus et ayant placé leur société sous le signe de la planification familiale, passons à l’autre monstre à la mode: le zombi. Faut avouer que ce dernier est un peu moins élégant que notre ami le Prince de la Nuit. Il est en revanche assez attachant, voire même collant, et définitivement plus social: ses petits copains ne sont jamais bien loin.

Passons sur les origines des zombis, à quelque part entre la littérature fantastique occidentale et l’inspiration venue du folklore religieux vaudou. Voyez ici, c’est assez intéressant. L’important est surtout de remarquer ceci: à ses origines, le zombi n’est pas contagieux, au contraire du vampire. Il n’est pas, non plus, autosuffisant: il faut toujours un sorcier derrière pour le créer, ce dont le vampire se passe bien. Son intérêt, toutefois, est presque dès l’origine d’être un monstre relativement faiblard, mais très dangereux dès lors qu’il submerge en nombre l’adversaire. Il faudra attendre de supprimer les sorciers des histoires pour que le zombi devienne autonome (principal ressort de l’intrigue) et contagieux. La contagion, c’est d’abord le moyen d’assurer le nombre des cadavres ambulants en l’absence de la sorcellerie. Les films de Georges Romero (dans une moindre mesure ceux de Lucio Fulci et Dan O’Bannon) ont popularisé l’hypothèse épidémique, provoquée par un produit militaire ou (plus tard) par un virus mutant. L’anthropophagie, métaphore chez Romero d’une société qui en dévore une autre (si on se fie à l’article ci-haut), offre sur un plateau le moyen de la contagion: la morsure.

Une fois introduite la contagion, le même problème que pour les vampires s’est posé: le caractère exponentiel du processus. Enfin, problème… pour les amateurs de vampires, c’était un problème, puisque ça allait à l’encontre de toute ce que le vampire est sensé représenter. Pour les amateurs de zombis, c’est rapidement devenu l’un des principaux intérêt. Pas mal pour une bestiole qui n’était pas contagieuse au départ. Le profil de base du zombi, créature dénuée d’intelligence et dangereuse surtout par sa capacité à submerger les vivants terrorisés, se prêtait beaucoup mieux au jeu de la contagion. Au contraire du sous-genre vampirique qui cherchait à préserver son romantisme solitaire, et donc freinait des quatre fers les conséquences logiques de la contagion, le sous-genre zombifique l’a joyeusement assumé, et a même cherché à l’optimiser.

On dit souvent qu’après Romero, les histoires de zombis obéissent toutes au même canevas. En fait, j’en vois personnellement deux: l’histoire qui se situe pendant l’invasion et l’histoire qui se situe après. Même si Romero et Fulci n’ont pas de problèmes avec le principe de l’apocalypse zombie, le zombi standard, qu’ils ont façonné, n’est probablement pas assez contagieux pour y mener. La transformation en zombie prend du temps à se produire (parfois plusieurs heures), le zombi est lent et maladroit, a donc un désavantage stratégique immense dès qu’on a identifié son point faible (généralement la tête). La conséquence logique est qu’une épidémie catastrophique est plausible, mais qu’il est en revanche peu probable que les militaires et milices spontanées formées par la suite n’arrivent pas à l’endiguer. C’est d’ailleurs ce qui arrive dans des films comme Night of the Living-Dead et Shaun of the Dead. Mais tous les réalisateurs n’arrivent pas à assumer cette conséquence logique. L’apocalypse est désirée. La méthode la plus facile pour y parvenir demeure un tour de passe-passe scénaristique: l’ellipse. On saute des étapes critiques de la propagation, en particulier celle où le monde devrait se ressaisir. On ne précise pas comment les postes stratégiques sont tombés, on se contente de l’assumer. D’où l’avantage de faire commencer le film après l’apocalypse, lorsque les zombis ont contaminé déjà 99% de la population. Le stéréotype est la bande-dessinée Walking Dead. Par ailleurs excellente, elle met involontairement en évidence l’absurdité de la situation quand on voit des groupes de survivants peu nombreux et mal armés, mais méthodiques, massacrer plusieurs dizaines de zombis en profitant de leur lenteur. Comment des bestioles aussi nulles ont-elles pu provoquer l’apocalypse?

La stratégie de l’ellipse est encore l’une des préférées des scénaristes, mais ses limites se font donc sentir. Pour rendre plus crédible l’apocalypse tant désirée des amateurs, il aura donc fallu modifier un peu le zombi. Première modification: le rendre plus combatif, notamment en le faisant courir, en lui donnant la capacité de monter un escalier sans trébucher, voire de grimper une échelle (vu dans Zombiland). Exit, donc, le problème de Walking Dead; ça complique du même coup la vie aux survivants, qui ne pourront plus contourner une horde de cinquante zombis (ou même passer à travers!!) en faisant du jogging. Deuxième modification: réduire à l’extrême la période d’incubation et de transformation du zombi. Dans 28 jours plus tard, les contaminés prennent entre 2 secondes et 2 minutes pour se transformer en monstres assoiffés de sang. En fait, la morsure n’est même plus nécessaire: une goutte de sang en contact avec la bouche ou les yeux suffit. Avec un délais aussi court, on voit mal quand le zombi trouve le temps de prendre son repas, mais on voit sans difficulté comment la contagion peut devenir incontrôlable, même pour des militaires expérimentés, disciplinés et armés jusqu’aux dents.

Il y a toutefois un problème dans cette dernière solution (à part le temps de repas des zombis): Une contagion galopante comme ça est rapidement incontrôlable à petite ou moyenne échelle, mais relativement facile à circonscrire à large échelle. Dans 28 jours plus tard, aucun contaminé n’a pu prendre l’avion pour traverser la mer, et l’Angleterre a été mise en quarantaine. Apparemment, dans World War Z (que je compte bien lire dès que possible), Max Brooks a réfléchi au problème dans le sens inverse, en profitant d’une longue période d’incubation et de l’ignorance des autorités pour décrire une multiplication des foyers d’infection. Par ailleurs, il assume le revers de la médaille, puisque cette pandémie sera finalement contrôlée, après une crise bien entendue catastrophique.

On remarque que le sous-genre zombifique joue avec ses problèmes en s’inspirant de plus en plus de l’épidémiologie. Les épidémiologues eux-mêmes se prêtent parfois au jeu en dressant des modèles de propagation du zombisme dans leurs loisirs. À une époque comme la nôtre où le moindre virus provoque une inquiétude mondiale (minimum une par année), ce n’est certainement pas un hasard.

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5 Réponses to “Vampires vs Zombis: contagions comparées (2)”

  1. Sombre Déréliction Says:

    Mon interprétation de votre critique (et du traité du caractère):

    Voltaire=Zombi
    Rousseau=Vampire!

    😆

  2. Déréglé temporel Says:

    Parce que Rousseau est solitaire et que Voltaire est sociable?

  3. Miss Murder Says:

    En partie… Et que l’humanitarisme libéral s’est répandu de par le monde comme une gigantesque infection!

  4. Sombre Dereliction Says:

    En partie… Et que l’humanitarisme libéral s’est répandu de par le monde comme une gigantesque infection!

    Ah zut! Je n’ai pas envoyé ça sur le bon nom!

  5. Déréglé temporel Says:

    Lol! c’est ce qui arrive quand on joue avec les identités! 😉

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