Parcours de battante

Il m’arrive assez souvent de finir des livres aux petites heures du matin, après une nuit de lecture. Un bon roman, trop peu de pages restantes pour vouloir poser le livre en se disant qu’on le remettra à demain, trop de pages restantes en revanche pour le finir à une heure raisonnable. C’est en gros ce qui est arrivé cette nuit quand j’ai achevé le troisième tome de Millenium. J’ai parlé du premier ici, et je n’ai pas parlé du deuxième parce que les tomes 2 et 3 ne constituent pas des lectures indépendantes. Quand on lit le deuxième, il faut lire ensuite le troisième.

Encore une fois, c’est très bon, quoi que dans un style différent du premier tome. Ce dernier ressemblait à un polar traditionnel, suivant, donc, une enquête où on cherche à résoudre une énigme, avec un argument inhabituel, c’est-à-dire que l’énigme à résoudre se situait loin dans le passé d’une riche dynastie industrielle suédoise. D’une manière logique, on avait exclusivement le point de vue des enquêteurs, pour préserver le mystère. Dans le deuxième tome, on demeure dans le polar, avec un argument plus habituel (une enquête sur un double meurtre), mais on suit plusieurs enquêtes en parallèle: celle de la police, celle de Millenium, celle d’un groupe de sécurité, celle de Lisbeth Salander, ce qui amène une multiplication des points de vues. Le troisième tome achève une transition du polar d’enquête à ce qui s’apparente plutôt à un thriller d’espionnage et, suivant les règles de ce dernier genre, on a droit, finalement, au point de vue antagoniste. Pour les lecteurs, la préférence d’un tome sur un autre dépendra donc beaucoup du genre qu’ils préfèrent. Mais chacun dans son genre est très efficace.

À partir du deuxième tome, Millenium s’affirme résolument comme étant l’histoire de Lisbeth Salander. Elle est au centre de toutes les intrigues, ces dernières révèlent son histoire et approfondissent ses motivations. Les principales préoccupations de l’auteur sont à nouveau fouillées: le journalisme et, surtout, la violence faite aux femmes. Il se réserve d’ailleurs quelques intrigues secondaires qui n’étaient pas nécessaire à l’histoire pour pouvoir approfondir ces thèmes, mais comme ce sont des histoires efficaces en elles-mêmes, on s’en réjouit. On sent également à travers son histoire sa préoccupation constante de ne pas faire des femmes des victimes. Cela se sent à travers non seulement Lisbeth, mais plusieurs personnages secondaires et, dans le troisième tome, par une introduction à chaque partie sous la forme d’une page sur les femmes guerrières dans l’histoire (pages très intéressantes, mais à prendre avec des pincettes… je projette un autre billet éventuellement pour examiner le thème). Pas étonnant que les féministes aient encensé la série. Du reste, elle le mérite, car l’engagement de Stieg Larsson ne tombe jamais dans la niaiserie politiquement correcte, et n’occulte jamais le plus important: l’histoire.

À ce titre, les tomes 2 et 3 ont les mêmes forces que le premier: une écriture efficace (qui n’évite pas à l’occasion une ou deux longueurs), des personnages bien campés et généralement attachants, une intrigue bien ficelée, pas toujours vraisemblable, mais suffisamment pour satisfaire la plupart des lecteurs. Les qualités sont largement suffisantes pour faire pardonner les défauts.

De la bonne qualité, donc. Mais je ne dirais pas que « quand on a lu Millenium, on ne sait plus quoi lire après », c’est très largement exagéré. Je sais très exactement ce que je vais lire après: La Faim de la Terre.

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10 Réponses to “Parcours de battante”

  1. Darwin Says:

    J’ai lu Millenium il y a bientôt deux ans et m’apprête à lire La faim de la terre (j’ai déjà réservé le premier tome à la bibli). Et j’ai lu jusqu’à trois heures ce matin…

    Nous avons donc quelques caractéristiques communes ! 😉

  2. Déréglé temporel Says:

    En effet, il semble que nous ayons quelques goûts et quelques manies en commun.

    J’en profite pour te souhaiter la bienvenue sur mon blogue, Darwin. Content de te voir ici; les transfuges de chez Nicolas sont d’agréable compagnie 😉
    D’ailleurs, tu as bien choisi ton moment: ce premier commentaire est le 500e à ce jour sur Temps et Fiction! 🙂

  3. Darwin Says:

    J’ai choisi mon pseudo lors du 150ème annversaire de «L’Origine des espèces par le moyen de la sélection naturelle, ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie» qui s’adonne aussi être le 200ème aniversaire de sa naissance, et maintenant, j’interviens pour la première fois ici pour le 500 ème commnetaire.

    Dire que je trouve un peu ridicule le fait de se remémorer des événements en raison d’un chiffre rond, comme si l’événement devenait tout d’un coup plus important. Bref, je ne suis pas un adepte de la numérologie. En fait, j’avais choisi mon pseudo pour participer à un débat sur le créationnisme, ce qui n’avait rien à voir avec le double anniversaire de Darwin.

    À propos de JJ Pelletier, as-tu lu tous les livres de la série sur F, qui commence avec L’homme trafiqué (Les débuts de F) ? J’ai même lu les premiers deux fois, pour avoir bien en tête les personnages à la sortie du deuxième tome des Gestionnaires de l’Apocalypse. Là, je ne les relirai pas, c’est trop long !

  4. Déréglé temporel Says:

    « Dire que je trouve un peu ridicule le fait de se remémorer des événements en raison d’un chiffre rond, comme si l’événement devenait tout d’un coup plus important. »

    Je comprends. Moi aussi je trouve cela tout à fait artificiel. Mais j’accorde une certaine importance aux rituels, et les commémorations pour chiffres ronds en fond partie. L’humain est ainsi fait qu’il ne peut pas accorder une importance constante aux choses, à moins d’y consacrer une discipline hors de la portée du plus grand nombre (et je m’inclus dans le lot). Les anniversaires pallient, à défaut d’y remédier, à ce défaut. Et quand ça ne sert à rien, ça devient une forme d’humour 😉

    « À propos de JJ Pelletier, as-tu lu tous les livres de la série sur F, qui commence avec L’homme trafiqué (Les débuts de F) ? »

    Non, je n’en ai lu qu’un: Blunt, les treize derniers jours. Le premier J-J Pelletier que j’ai lu, d’ailleurs.

  5. Darwin Says:

    «Non, je n’en ai lu qu’un»

    Fallait bien que nos points communs s’arrêtent quelque part ! 😉

  6. Darwin Says:

    Maman, c’est fini… 😦

    Je viens de terminer La faim de la Terre. Ce n’est pas comme terminer un livre ordinaire, c’est la fin (et la fin de la faim, la faim d’attendre le prochain) d’une série de 10 livres (3+4, dont 3 des 4 sont en fait 6…). Vraiment unique… Je vais peut-être les relire, un jour…

    Et comme lien supplémentaire à ton billet, j’ai vu Millenium, le film, cet après-midi. Étrange, je pensais trouver ce film ordinaire, mais je l’ai bien aimé.

  7. Déréglé temporel Says:

    3 + (2×3 +1) = 10 … mais as-tu lu la novella « Radio-V, la radio du Vrai monde »? Elle s’inscrit dans la série des Gestionnaires de l’Apocalypse, bien qu’on n’y retrouve pas l’Institut. Une enquête de quelque 100 pages de l’inspecteur Théberge sur l’enlèvement d’un animateur radio, parodiant Jeff Filion. Publié dans la revue Alibis no14 .

    « j’ai vu Millenium, le film, cet après-midi. Étrange, je pensais trouver ce film ordinaire, mais je l’ai bien aimé. »

    La critique du second volet n’est pas terrible. Mais si tu as bien aimé, ça te laisse de la marge pour trouver ordinaire la version hollywoodienne qui sortira dans quelques temps… en espérant qu’elle ne soit « que » ordinaire… et pas pire!

  8. Darwin Says:

    «as-tu lu la novella “Radio-V, la radio du Vrai monde”?»

    Non. Je l’avais vu annoncée, j’ai cherché à acheter la revue et elle n’était pas aux deux magasins que j’ai visité. J’aurais pu persévéré, mais j’ai laissé tomber.

    «La critique du second volet n’est pas terrible.»

    Bof. Ce qu’elle lui reproche le plus, c’est d’être tourné comme une série télévisée. On reprochait cela aussi au premier, et cela ne m’a pas dérangé. Peut-être est-ce plus évident sur grand écran. Je verrai bien…

  9. Darwin Says:

    «La critique du second volet n’est pas terrible.»

    Finalement, je ai vu le deuxième cet après-midi et l’ai bien aimé. Comme je l’ai écrit dans la Kaverne (je me mélange de blogue parfois…), la réalisation ne casse rien, mais le scénario est tellement bon qu’on embarque à plein. Le seul problème est que , comme tu le dis dans ton billet, l’histoire ne finit pas vraiment avec le film. On se pose plein de questions, à moins d’avoir lu les livres. Mais, ce n’est pas essentiel d’avoir lu le livre, si j’en crois ma conjointe, qui a aussi bien apprécié le film, même si elle n’a lu que le début du deuxième. Noomi Rapace y est vraiment excellente.

  10. Déréglé temporel Says:

    Les volets deux et trois ont été tournés ensemble, donc on a l’assurance que d’avoir droit au dernier volume, et à la fin de l’histoire. Merci d’avoir fait partager ton appréciation. Savoir si on partage les mêmes goûts cinématographiques reste à vérifier, mais si on se fie à nos goûts littéraires, je devrais apprécier.

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