Une ville qui n’existait pas

Benjamin Blacke, alias Badluck Ben, n’est pas fou. Du moins, il le pense. Il est chauffeur de taxi à Memoria, et il mène sa vie comme il peut, en menant ses clients d’un point A à un point B, quand il ne perd pas une partie de billard contre un gamin complètement ivre. Jamais son surnom, toutefois, ne s’est autant confirmé que le jour où une cliente trempant dans des affaires troubles oublie sa valise dans son taxi. C’est le jour où il voit des anarchistes passe-murailles. Le jour où il voit un personnage encore plus inquiétant, pour qui tout semble un jeu, même la vie de quiconque croise son chemin, y compris sa propre vie. Et pour conclure la journée, il réalise que le pont qui mène hors de Memoria semble s’étirer à l’infini.

Il n’y a pas beaucoup de bande dessinée au Québec. La BD demeure, tous pays confondus (Japon excepté, peut-être), un art qui touche un public plus restreint que la littérature ou le cinéma. Notre petit pays (en population, s’entend) trouve difficilement le marché pour vendre ses BDs. Nos créateurs cherchent plutôt du côté des éditeurs étasuniens ou franco-belges pour être publiés, malgré les très louables efforts de quelques vaillants éditeurs comme les 400 coups et la Pastèque. Le Naufragé de Memoria demeure à mes yeux l’une des réussites québécoises les plus abouties en ce domaine.

Il s’agit d’un diptyque, dont le premier volet aurait très bien pu être le seul, et dont le deuxième n’a pas gâché la sauce. Le deuxième offre également une fin satisfaisante, tout en gardant une discrète ouverture pour une suite. Mais depuis le temps, cette suite n’a jamais vu le jour, et on n’en est pas frustrés, car les auteurs ont eu la courtoisie de nous offrir une histoire qui se tient bien. Le tout dans un univers qui oscille entre le film de gangsters et la science-fiction, avec un supplément plus « philosophique » dans le second volet (qui rend ce dernier plus sombre, d’ailleurs).

On a dit que le scénario était complexe. Je le trouve au contraire d’une élégante simplicité, surtout dans le premier volet. Faut dire qu’en deux fois 55 planches environ, il fallait éviter de trop compliquer les choses si on voulait s’attarder sur la saveur des événements. C’est ce que font les auteurs, qui nous offrent l’humour, la mélancolie, le rythme, bref: une histoire équilibrée.

Quant au dessin, il est beau et sans prétention superflue. La mise en page est soignée et efficace, au service de la narration. Le dessinateur se révèle particulièrement habile dans la colorisation, jouant très bien des couleurs, d’une planche à l’autre, pour varier l’ambiance.

Publicités

Étiquettes : ,

2 Réponses to “Une ville qui n’existait pas”

  1. Gabriel Says:

    Arrête de parler BD’ tu vas finir par me convaincre de m’y intéressé!

  2. Déréglé temporel Says:

    gnakgnakgnak: je vais te rendre encore plus geek que tu ne l’es déjà!!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :