Le meilleur et le moins bon

On pourrait dire de La Faim de la Terre, le dernier et tant attendu opus de la série des Gestionnaires de l’Apocalypse qu’est le meilleur et le moins bon de la série. Le moins bon, parce qu’il comporte une série d’irritants liés au personnage de Victor Prose, par lequel l’auteur a tenu à se mettre dans son oeuvre. Je ne m’étendrai pas dessus, parce qu’on est toujours volubile sur les irritants, même s’il s’agit de peccadilles, et que je ne voudrais pas donner une image négative de ce qui est tout de même un excellent roman. Tout au plus préciserai-je que la mise en abîme pratiquée en guide d’épilogue est un gros cliché, ce qui est décevant pour terminer une série aussi originale.

Le meilleur, toutefois, parce que c’est aussi le plus ambitieux. Jean-Jacques Pelletier nous promettait l’Apocalypse depuis le début: cette fois il nous l’offre, sans reculer. À ce niveau, La Faim de la Terre flirte avec la science-fiction comme aucun des volumes précédents ne l’avait fait: en projetant, en accéléré, un apocalypse, et en mettant en scène des technologies qui n’existent pas encore. Cette ambition a un prix, dans quelques longueurs (mais ma perception doit être relativisée: ces derniers temps, je ressentais la pression pour finir le livre vite malgré un faible temps de lecture) et dans quelques soupçons d’incohérences avec le reste de la série (légers, faudrait que je vérifie, mais je n’en ai malheureusement pas le temps). Toutefois, plusieurs grandes forces de la série continuent à accompagner le récit: l’omniprésence des médias, les mises à morts imaginatives, le rythme de l’histoire, la sensation de réalisme (j’insiste sur « sensation »). Il est remarquable par ailleurs que les grandes catastrophes, et leurs répercussions sociales, décrites dans La Faim de la Terre, n’auraient, dans la réalité, besoin d’aucun super-complot pour survenir. Le complot, ici, sert surtout les intérêts de la fiction et de la narration.

Par ce dernier opus, Pelletier remplit plusieurs promesses. Ici, ce n’est plus tant le Consortium qui préoccupe nos amis de l’Institut que le Cénacle, où siège « ces messieurs » qui finançaient le Consortium et sur lesquels nous connaissions si peu de choses. Au sein de cet affrontement final, où la victoire a un prix et laisse de profondes cicatrices, les rôles de certains personnages, notamment F, Fogg et Hurt, deviennent plus ambiguës. Je n’en dis pas plus, sinon qu’après ça, on se demande bien ce que Jean-Jacques Pelletier pourra bien nous servir! Non seulement doit-il tourner la page sur une série qui l’a occupé depuis… 1987! Quand même… mais en plus, son prochain livre devra être à la hauteur des attentes!

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5 Réponses to “Le meilleur et le moins bon”

  1. Darwin Says:

    Je crois que je devrai le relire… Sérieusement, je ne me suis jamais posé la question de savoir si c’était le meilleur ou le pire. Je l’ai savouré du début à la fin.

    Le plus intrigant pour moi était la relation entre Fogg et F. Et on n’a pas toutes les réponses (même quand on sait qui est le rabbin !). Et c’est correct ainsi !

    Je pense de plus en plus au lien entre les attentes et l’appréciation. Tous les deux, nous n’avions que peu d’attentes envers Avatar et en sommes ressorti enchantés (tout en demeurant critiques). Nos attentes étaient au contraire à leur sommet pour ce dernier opus. Personnellement, je ne fus aucunement déçu, malgré certains petits irritants. Mais sur 1500 pages, c’est très peu !

    C’est vrai que j’avais toujours de la difficulté à bien situer le personnage de Prose et qu’il n’était pas toujours cohérent. J’imagine que l’auteur voulait nous laisser sur l’expectative sur son rôle dans l’intrigue.

    Mais bof, cette série de 10 livres demeure au final une de mes meilleures expériences de lecture ! Et je vais sûrement la répéter un jour !

  2. Déréglé temporel Says:

    « Mais bof, cette série de 10 livres demeure au final une de mes meilleures expériences de lecture ! »

    C’est également mon cas.

    « Sérieusement, je ne me suis jamais posé la question de savoir si c’était le meilleur ou le pire. »

    C’est une question que je n’ai commencé à me poser que vers la fin. En partie à cause des petits irritants, qui m’ont amené à essayer de situer le volume par rapport aux autres… et en partie parce que j’ai commencé à me demander ce que j’allais en dire sur ce blogue!

  3. Darwin Says:

    «parce que j’ai commencé à me demander ce que j’allais en dire sur ce blogue»

    C’est exactement ce que je pensais ! Je suis content de pas avoir à penser à cela quand je lis.

    Quand je parle de ces livres à des gens qui ne les connaissent pas, ils ont toujours l’air de penser que c’est impossible que des romans aussi ambitieux aient pu naître de la plume d’un auteur québécois. En termes de fiction basée sur l’analyse de la situation géopolitique, je n’ai rien lu de meilleur !

  4. Déréglé temporel Says:

    « Je suis content de pas avoir à penser à cela quand je lis. »

    Ça se comprend. Mais le poids n’en est pas si gros que ça peut sembler quand on le formule par écrit.
    Dans le cas précis de ce roman, les délais de lecture imposés par ma charge de travail et mon départ prochain m’ont beaucoup plus pesés.

    « ils ont toujours l’air de penser que c’est impossible que des romans aussi ambitieux aient pu naître de la plume d’un auteur québécois. »

    un avatar comme un autre de notre vieux complexe « né pour un petit pain » dont nous avons tant de difficulté à nous débarrasser.

  5. Darwin Says:

    «un avatar comme un autre de notre vieux complexe « né pour un petit pain » dont nous avons tant de difficulté à nous débarrasser.»

    Tout à fait…

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