Searching for lindy

Hier soir, une forte dépendance m’a jeté dans les rues de Montpellier à la recherche d’Apollo, dont on m’avait dit qu’il était celui, plus que tout autre, qui serait en mesure de me procurer ce dont j’avais besoin.

Il faut savoir que l’Apollo Jazz Café, c’est loin. Sur l’Avenue de Palavas. Je pensais savoir c’était où, l’ayant croisé pour me rendre chez Dame Blanche. Mais l’Avenue de Palavas, c’est long. Et sur le chemin, y’a de quoi douter qu’on va au bon endroit. Il faut traverser un désert d’établissement, une zone résidentielle trop calme, passer devant un Red Turtle Café (où, d’après l’aspect la faune présente, doivent se jouer des concerts de hard rock – faune au demeurant assez aimable pour m’indiquer que j’étais sur le bon chemin, mais très loin encore de l’objectif). En chemin, on doute. Rien à l’horizon, m’aurait-on trompé? Le barman du Red Turtle m’aurait-il malicieusement lancé sur une fausse piste? Ai-je moi-même consulté un site internet périmé pour trouver l’adresse? En marchant sur l’avenue de Palavas, on en vient à se demander si on n’aboutira pas à Palavas-les-Flots, sur la plage, condamné à faire demi-tour gros-jean comme devant.

Mais voilà que juste avant le rond-point à la sortie de Montpellier se profile le nom recherché: Apollo. Et en plus petit, au fur et à mesure de l’avance, c’est deux autres mots qui confirme qu’on arrive au bon endroit: jazz, puis café (écrit de biais). J’entre avec un petit sentiment de doute, encore. L’affiche promet un concert jazz. Ça semble parfait, mais cela ne risque-t-il pas d’être du jazz fusion, de l’improvisation psychédélique à la manière de Miles Davis, pas du tout dansable? Je cherche contenance en me disant qu’au pire, je passerai une soirée musicale.

Mais un signe pour me rassurer m’attends à l’intérieur: il y a un cours de lindy hop pour les débutants. Pendant que je me renseigne auprès du portier (tout en payant les 10 euros de la soirée: 5 pour une carte de membre, 5 pour le tarif membre (tarif pratiqué seulement les vendredis), celui-ci doute que le West Coast Swing se pratique à Montpellier; mais entre une lindyhoppeuse qui le contredit: ça se pratique à l’occasion à l’Apollo, les soirées spécialisées en blues.

L’Apollo, c’est différent du Petit Medley. L’Apollo, c’est avant tout un grand restaurant; des repas complets, pas du casse-croûte. Avec une scène pour les concerts, une piste de danse carrée au centre. Plutôt petite d’ailleurs. Premier sentiment: moins convivial que le Petit Medley. Difficile de jaser avec les gens à leur table, difficile de différencier de prime abord les danseurs et les simples spectateurs. Autre aspect: les yeux des spectateurs se portent naturellement vers la piste de danse. Du coup, je me suis demandé si on danserait vraiment, ou si la soirée ne prendrait pas plutôt un aspect concert-et-démos-de-danse.

J’ai louvoyé entre les tables vides, au gré des petits papiers blancs portant des noms de personnes qui avaient réservés. Guettant parmi les visages si n’apparaîtrait pas par hasard celui d’un de ces danseurs montpelliérains qui s’offre à l’occasion une escapade dans la Belle Province. Pas de tête connue à l’horizon. Quand je trouve enfin une table libre, je m’y installe, par hasard à côté de la table réservée par la hoppeuse de tout à l’heure. Mais pas de jasette pour le moment, elle est en tête à tête avec quelqu’un.

J’attends, patiemment, de voir comment va tourner la soirée. Un peu avant que l’orchestre ne soit prêt, le DJ met du swing: bon signe. À un volume relativement faible: moins bon signe. Puis un couple s’aventure sur la piste de danse: bon signe. La hopeuse de la table d’à côté avec un prof. Un seul couple pour le moment. Pendant ce temps-là, quelques personnes se sont installées à ma table. Parce que c’est une des rares tables libres et que ces gens semblent connaître la hoppeuse d’à côté. Quelques-uns me serrent la mains et se présentent, sans doute intrigués par ce visage inconnus, mais il ne vont pas jusqu’à me demander qui je suis et ce que je fais ici. Jusqu’à ce qu’une dame me pose la question: « Vous ne dansez pas? » La forme de la question laisse deviner la réponse à laquelle elle s’attendait. Tandis que je la détrompe, je remarque du coin de l’oeil, tandis que l’orchestre a entamé ses premiers morceaux, des couples qui s’aventurent sur la piste de danse. On est bien là pour danser, danser pour le plaisir. Je suis prêt. Dans la conversation, j’ai appris que mon interlocutrice dansait depuis trois ans et le balboa depuis peu. Je l’invite sur le morceau suivant. Elle danse bien. Le plancher est super glissant; l’avantage, c’est que ça ouvre la porte à pas mal d’expérimentations, volontaires ou pas; le désavantage, c’est que, ayant l’habitude de planchers de bois franc, glissants, certes, mais pas trop, j’ai manqué me casser la gueule à quelques reprises. En retournant à ma place, on me manifeste un nouvel intérêt: « Hé, tu sais danser le swing? » (plus tard dans la soirée, la phrase standard pour m’aborder va pourtant changer: « Je crois avoir entendu un accent… »).

À partir de là, il reste peu à raconter. Pourtant, c’est à partir de là que commence le plus intéressant. Simplement, le plus intéressant est de ces choses qui ne se laissent pas aisément raconter, ne peuvent que se vivre. Tout au plus puis-je préciser que j’ai dansé avec à peu près tout le monde (bon, les danseuses seulement), que le monde danse bien, que j’ai été pleinement satisfait. En sortant de l’Apollo Jazz Café, mon coeur chantait des gospels: ALLELUYAH, I DANCED LINDY HOP!

En rentrant, une intuition m’a fait prendre un chemin différent, une économie de 20 à 30 minutes de marche, à vue de nez. Mais ça reste loin.

Publicités

Étiquettes : , , ,

5 Réponses to “Searching for lindy”

  1. Darwin Says:

    Je me demandais pourquoi ton titre était en anglais. Puis, j’ai réalisé que c’est normal, puisque tu es en France ! 😉

  2. Sombre Déréliction Says:

    Très sympa que cette tranche de voyage. J’avoue ne rien connaître à la danse, mais ça donne presque le goût de s’y intéresser!

  3. Déréglé temporel Says:

    @Darwin: la conclusion est en anglais parce que c’est des gospels. Le titre est en anglais parce que je pensais à la conclusion. 🙂

    @SD: « presque » est la frontière qui te sépare d’une dépendance 😉

  4. Darwin Says:

    @ DT

    «Le titre est en anglais parce que je pensais à la conclusion»

    J’avais compris, mais le parallèle entre l’anglais et ton arrivée en France était pour moi irrésistible !

  5. Déréglé temporel Says:

    « mais le parallèle entre l’anglais et ton arrivée en France était pour moi irrésistible ! »

    Je m’en doute!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :