De Capes et de Crocs à une époque indéterminée

Parlons donc d’une de mes séries préférées, l’une des meilleures produites par la BD franco-belge dans ces dernières années: De Capes et de Crocs, dont le scénariste est nul autre que Alain Ayrolle, qui s’est fait connaître sur Garulfo.

Juste après le billet sur le capitaine Alatriste, c’est de circonstance. De Capes et de Crocs est en effet une référence aux histoires de Capes et d’Épées, mais les personnages principaux étant un Renart et un Loup, le terme de « crocs » était de circonstance. C’est un choix un peu curieux, mais pas du tout dérangeant, que celui de faire se côtoyer des personnages humains et animaux, sans qu’aucun n’y porte une attention particulière, en dehors de quelques gags bien choisis. La figuration de personnages en animaux semble plutôt, comme dans Blacksad mais en moins systématique, servir à marquer tel ou tel trait de personnalité du personnage principal. La galerie de personnages est vaste et se réfère à la fois aux stéréotypes du genre et à certains classiques.

Armand Raynald de Maupertuis est un renard, et Français. Fine lame, esprit libre, aventurier, poète. Notre renard mêle volontiers les piques des vers à celles de la rapière. Bien vite amoureux d’une beauté montée sur un balcon au pied duquel il était occupé à croiser le fer avec quelques spadassins, il lui improvise quelques vers enflammés sans cesser de ferrailler. Il est lié d’une amitié indéfectible à

Don Lope de Villalobos y Sangrin, loup espagnol. Hidalgo, fier et ombrageux. Moins raffiné que son comparse le renard, il surclasse en revanche presque quiconque à l’escrime, faisant honneur à cette Espagne qui fit au temps de sa gloire les meilleurs soldats de son époque. Amoureux, forcément, d’une belle gitane, il y voit un danger bien plus périlleux qu’une armée de Turcs.

La galerie des personnages secondaires serait bien trop longue à détailler, mais on y croise un corsaire turc, un chevalier de Malte cruel aux allures de conquistador, un lapin fort mignon mais dont le passé n’est toujours pas éclairci, une flopée de pirates superstitieux et à l’identité hésitante, un avare façon Molière, son fils fainéant et son valet roublard, une femme fatale, un savant allemand étourdit, un prince félon et bien d’autres…

Les aventures se nouent et se dénouent avec fluidité, portant les personnages de Venise à Malte, en une île au trésor, et sur la Lune! L’humour est omniprésent, jouant sur tous les niveaux, allant du bon vieux gag à prendre au premier degré (mais jamais vulgaire) à l’épigramme assassin, en passant par la référence subtile (ou pas). L’humour passe de la blague venue du scénario et du dialogue à celle inscrite dans le dessin.

Et parlons-en, du dessin! Jean-Luc Masbou ne bâcle pas le travail, c’est le moins qu’on puisse dire! Le dessin évolue au fil de la série, mais reste toujours superbe. Il joue volontiers sur les tons de couleurs sur l’ensemble de la planche, n’épargne pas les détails sans donner l’impression de surcharger le dessins. Un vrai régal.

Ma critique est dithyrambique? J’avais pourtant annoncé la couleur dès le début: c’est bien là l’une des meilleures séries du moment. Avec neuf albums parus à ce jour, la conclusion de l’aventure approche, il n’en reste plus que quelques-uns. Je ne peux me défendre de quelque anxiété en y pensant: il faut une bonne fin à cette histoire, et c’est là un défi à ne pas prendre à la légère, tant les attentes ne peuvent qu’être élevées.

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