Sept doigts et bien des folies

Ce billet sur le cirque commence par une tranche de vie.

Facebook a changé le cours de mes derniers jours d’une excellente manière. L’histoire commence vendredi soir, quand je constate, parce que Tite-Soeur s’y est inscrite, que les 7 Doigts de la main ont désormais un groupe facebook. L’instant d’après, j’y étais inscrit. Une minute plus tard, j’apprenais avec stupéfaction qu’ils étaient à Madrid pour présenter leur nouveau show, Psy.

Flash: je me rappelle aussitôt ma frustration d’être parti de Montréal un peu trop tôt pour pouvoir voir Psy, et d’être arrivé à Valencia trop tard pour pouvoir voir Tarzan, le dernier en date du Circo Gran Fele, qui a l’air pas mal. Je regarde les dates de représentations, et c’est la déception: le dernier spectacle est celui de dimanche! Mais, petit à petit, l’idée fait son chemin: on est vendredi soir, il est encore temps d’acheter son billet et de sauter dans un train pour Madrid. Et une planification se met en place dans mon esprit: les swingueurs de Madrid dansent le samedi soir, j’attendais aussi une occasion pour voir les archives madrilènes et voir un collègue historien avant qu’il ne quitte la ville. Il y a de quoi occuper tout un séjour. Et pour les creux, j’ai un ou deux amis madrilènes qu’il serait bon de voir autour d’une bière. On n’est pas dans la saison touristique, donc je ne me fais guère de soucis pour trouver un hôtel (j’ai pu constater en 2006 que dans le centre-ville de Madrid, des hôtels, il y en a partout). Les encouragements de quelques amis en ligne à ce moment-là achèvent de me convaincre. J’ai aussi eu un petit coup de main de Mouma, qui me demandait en échange une critique sur ce blogue (ce que j’aurais fais de toute façon, elle s’en doute). J’ai donc passé une  bonne partie de la nuit à acheter mes billets de cirque et de train, à préparer mes bagages, à envoyer des courriels à mes amis madrilènes. Le lendemain, j’étais dans un TGV pour un trajet de 4 heures vers Madrid.

Dimanche un peu avant midi, donc, je déjeunais (tortilla, napolitana – mon nouveau mot du jour – et café con leche) au café du Teatro Circo Price de Madrid, en attendant midi, heure de la représentation pour laquelle j’avais acheté mon billet. Midi, parce que la représentation du soir était complète. Il ne devait pas rester plus d’une trentaine de places disponibles pour la représentation de midi, d’ailleurs, quand j’ai acheté mon billet. À 20 euros, je me suis permis le luxe d’être dans une bonne section, face au spectacle dans une salle circulaire (pour un spectacle conçu pour être présenté dans un théâtre à l’italienne, de front).

Les affiches des 7 doigts sur la façade du Teatro Circo Price

Psy est un spectacle dans le plus pur style des 7 Doigts de la main. Des numéro d’un haut niveau technique liés par un fil conducteur. Des numéros, aussi, montés dans l’objectif non seulement de faire étalage du talent technique de l’interprète, mais aussi d’illustrer des thèmes. Dans le cas de psy, une partie au moins des numéros sont des reprises des numéros créés par les artistes (j’ai notamment bien reconnu les numéros de jonglerie – malabarismo, le mot que j’ai appris la veille – de Florent Lestage et le numéro d’équilibre sur cannes de Naël Jammal), adaptés à la thématique du spectacle et insérés dans le fil conducteur. Au niveau de la narration, Psy se situe à quelque part entre La Vie et Traces, ce dernier misant davantage sur une ambiance impressionniste tandis que La Vie est plus proche du théâtre, avec une histoire qu’on peut suivre du début à la fin. Dans psy, l’histoire plus présente que dans Traces, mais néanmoins très mince: on nous présente les personnages et leurs pathologies (paranoïa, hypocondrie, insomnie, amnésie, maniaco-dépressif plus maniaque que dépressif, syndrome de personnalité multiple, dépendance – au moins à la cigarette et au sexe -, obsessif compulsif, colérique pathologique, j’espère ne pas en avoir oublié), à travers une thérapie de groupe. Puis on a droit à une succession de tableaux illustrant la pathologie de chacun à travers un numéro. Les interprètes joue tour à tour leur personnage ou des personnages de soutiens (la foule anonyme, les souvenirs éparpillés, les psychothérapeutes, etc…), mais cela n’engendre pas de confusion pour le spectateur, car les changements de costume rendent les changement de personnages faciles à identifier.

Les numéros sont très évocateurs, et mettent en relation la pathologie et la discipline exercée. Quand l’amnésique jongle, on a le sentiment qu’il jongle avec quelques rares souvenirs. Quand on balance des dizaines de quilles sur scène, il exulte, même s’il ne peut pas toutes les attraper. La colérique se bat avec sa corde lisse dans laquelle elle voltige. Le dépendant semble enfermé dans sa roue allemande. L’agoraphobe défie sa peur sur son trapèze ballant. Je ne vais pas tous les nommer, mais j’ai particulièrement aimé le numéro de mat chinois, illustrant l’insomnie. L’insomniaque cherche le sommeil, en changeant constamment de position sur son mât chinois (comme on se retourne dans son lit), accompagnée de son conjoint qui la rattrape constamment lorsqu’elle tombe d’épuisement. Très évocateur, j’ai adoré. Le numéro d’équilibre sur cannes est excellent pour l’ambiance qu’il dégage, mais curieusement ne semble pas évoquer la pathologie du personnage (hypocondriaque), mais plutôt la solitude et l’incapacité sociale.

Je me plaignais de ne pas avoir pu le voir à Montréal, mais somme toute j’ai eu de la chance de le voir à Madrid. Ils ont eu le temps de roder le spectacle et de le perfectionner. Le numéro de danse du sabre et de lancer de couteau, qui selon plusieurs critiques à Montréal pouvait être supprimé, semble avoir été considérablement simplifié, et ramené à la danse plus un unique lancé (qui a d’ailleurs probablement plus d’impact du fait qu’il est unique).

Le tout est accompagné de nombreuses danses, d’humour autant dans les numéros principaux que dans les séances de groupe (faites interagir le dépendant avec la colérique, pour voir… ou demandez au craintif hypocondriaque de s’abandonner à l’étreinte d’un compagnon…).

Shana Carroll, qui a monté le spectacle, dit qu’elle espérait faire un spectacle moins épuisant que ce qu’ils sont fait dans les précédents. Au vu de la quantité de choses qu’ils font sur scène, j’ai des doutes sur l’atteinte de cet objectif. Mais ça, ce n’est pas le spectateur qui va s’en plaindre!

Inutile de dire que j’ai adoré ma séance chez le Psy…

La critique de La Presse, celle de Guy sur Alonzocirk.

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2 Réponses to “Sept doigts et bien des folies”

  1. Mouma Says:

    Je suis allée voir le spectacle avec Tite-Soeur. Pour Florent, c’était pas la grande forme ce soir-là mais y’a des soirs comme ça où le destin joue contre. Florent est un jongleur exceptionnel par son talent de comédie et sa présence scénique. Par contre, j’ai bien rigolé tout le long du numéro du mât chinois où, exceptionnellement, Isabelle Chassé remplaçait. Quelle grande artiste, celle-là! J’ai admiré l’ingéniosité du décor, de l’utilisation rocambolesque de l’escalier et l’originalité de la mise-en-scène. Là où La Vie est cynique et sombre, Psy est, en contrepartie, joyeux, brouillon (dans le bon sens du terme) et aussi diversifié que ses personnages psychotiques le lui permettent. J’ai beaucoup aimé cette joyeuse bande de lurons.

  2. Déréglé temporel Says:

    Pour moi, Florent a livré une bonne performance, et Héloïse au mat chinois était très convainquante. Naël, bien sûr, est un excellent comédien.
    C’est une bonne comparaison entre Psy et La Vie. La Vie reste mon spectacle de cirque préféré… à vie (l’histoire est plus solide, j’embarque pleinement dans cet univers cynique, sombre, sensuel, et déjanté). Mais Psy est excellent, et c’est vrai que les préférences peuvent aller à l’un ou l’autre selon les goûts. L’escalier est une sacrée trouvaille.

    Pour les intéressés, j’ai ajouté deux liens dans l’article, vers des précédents billets à moi: un pour Florent Lestage et un pour La Vie.

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