La nef érasmienne

Le dernier spectacle que j’ai été voir était Psy, des 7 doigts de la main. Hier, je suis allé au théâtre voir La Nave de los locos – la Nef des fous. On reste donc quelque peu dans la même thématique. Mais sinon, rien à voir. Du cirque professionnel d’un côté, du théâtre amateur de l’autre.

Le titre fait bien sûr référence au classique du XVe siècle écrit par le poète allemand Sebastian Brant, qui figure d’ailleurs dans les crédits sous le titre La nave de los necios. Mais il s’agit d’une création originale, d’ailleurs assez ambitieuse pour du théâtre amateur. La pièce a été montée en s’inspirant d’une quinzaine de textes médiévaux de différentes langues, empruntant à différentes traditions littéraires, allant du sermon (sermones de Vicent Ferrer) à la satire (La nef des fous) en passant par la poésie (Ibn Sina de Santarem), la farce (La Farce de maître Mimin), la plaisanterie légère (Poggio Bracciolini) et l’érotisme du Décaméron de Boccace, le tout construit dans un cadre intemporel (la nef est propulsée par un genre de système à vapeur, mais l’ambiance générale est plutôt médiévale, de par les textes et les costumes).  Inutile de dire que d’écouter cette pièce en espagnol pendant environ 80 minutes n’a pas été de tout repos, d’autant que j’avais eu une journée assez longue où j’ai eu l’occasion de battre mon record de caféine depuis longtemps (une téière et trois cafés; je ne comptes pas l’horchata bue en après-midi parce qu’il n’y a pas de caféine dedans).

Quatorze jeunes acteurs issus de huit pays différents se partageaient la vedette, tous des étudiants issus du programme Erasmus. La construction de la pièce, l’idée de piger dans une telle multiplicité de textes, est évidemment, dans l’esprit même de ce programme, un éloge de la diversité et du dialogue des cultures. Les acteurs nous ont livré des performances assez énergiques, à divers niveau. Des performances de bons amateurs, appréciées en tant que telles.

Des personnages de diverses nationalités et religions s’activent à bord d’une nef à destination de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ils dialoguent avec le public, s’interrogent sur le combustible (vu que certains textes sélectionnés s’inscrivent dans l’époque des bûchers, j’avoue avoir eu des pensées très cyniques sur le sujet, à des lieux du ton plutôt bon enfant de la pièce), nous racontent les motifs de leur voyage, se racontent des histoires et font les fous. La destination de la nef n’est bien sûr pas choisie au hasard, puisque le pèlerinage de Compostelle est un symbole européen. C’est d’ailleurs bien leur destination, car ils s’embarquent pour une série d’une vingtaine de représentations de Valence à Compostelle, en changeant de ville à toutes les deux représentation, se rapprochant chaque fois un peu plus de la ville galicienne.

Bref, tout ça pour dire que j’ai passé une bonne soirée, même si j’étais un peu assommé par ma journée. Et d’autant plus assommé après la pièce, suite à la consommation de deux verres d’agua de Valencia!

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4 Réponses to “La nef érasmienne”

  1. Sombre Déréliction Says:

    Du théâtre, de l’alcool, de la caféine et de la folie? Quelle débauche!

  2. Déréglé temporel Says:

    et sexe, si on prend en compte les textes de Boccace…

  3. Darwin Says:

    Un peu hors d’ordre…

    Lu dans le Devoir aujourd’hui, dans un article non disponible sur le net :

    Un coup de pouce pour le souverainisme catalan (http://www.ledevoir.com/international/europe/292067/un-coup-de-pouce-pour-le-souverainisme-catalan )

    Un extrait m’a fait sourire :

    «Selon M. Carod-Rovira, la langue catalane a fait des «progrès extraordinaires» ces dernières années, notamment dans l’Internet. Si elle n’est que la 84e parmi les quelque 6500 langues du monde pour le nombre de locuteurs, elle est la 12e dans la blogosphère, signale-t-il.

    «Je croyais que nous étions le pays avec le plus de poètes au mètre carré, mais nous sommes le pays avec le plus de blogueurs.» »

    Je t’envoie le texte complet par courriel…

  4. Déréglé temporel Says:

    Intéressant. Si j’y pense, je ferai un peu de recherche, pour voir ce que je peux trouver sur le sujet.
    La question catalane, c’est un sujet plus complexe que la simplification outrancière qu’on en fait au Québec. D’ailleurs cet article le montre bien, le nationalisme catalan n’est pas exclusivement autonomiste, comme on le dit trop souvent, il est parfois aussi souverainiste. Et cette dernière composante semble en croissance ces dernières années, parce que la Catalogne (comme le Pays Basque, d’ailleurs) a pratiquement atteint les limites d’autonomie atteignables dans le cadre de la constitution, et n’en est toujours pas satisfaite.

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