Les univers poupées russes

On pourrait en faire une étude fort détaillée aussi bien en littérature qu’en cinéma: la science-fiction a le béguin, depuis un certain temps, pour le thème des univers factices. Qu’il s’agisse de manipulation de la matière par des hommes-dieux (Dark City), d’univers virtuels (Existenz, The Matrix), de la folie (je n’ai pas d’exemple cinéma en tête –Perfect Blue?-, mais à la télé je pense à un épisode de Buffy, et à un autre de Au-delà du Réel), de la téléréalité (The Truman Show) ou de rêves, les univers factices fascinent par leur caractère incertain.

On pourrait s’interroger sur l’émergence de ce thème dans notre imaginaire. Le rapporter à l’évolution de notre philosophie, dans un vaste cheminement faisant appel à Descartes (le doute méthodique), Nietzsche (la mort de Dieu), les existentialistes (l’absurdité du monde) et les post-modernes (et leur relativisme envahissant).

Ou on peut se contenter de profiter des oeuvres produites en se cassant la tête pour la durée de la projection, et revenir les pieds sur terre à la sortie du cinéma (changez les mots pour correspondre au besoin avec la lecture ou quelque autre média).

Après cette entrée en matière, selon l’air du moment, le lecteur se doute bien que je parle ici de Inception (Origen en espagnol), que je suis allé voir cette semaine. J’avais quelques appréhensions concernant la difficulté à le comprendre en raison de la langue et de la complexité du scénario dont tout le monde parle. Mais ça a été. La complexité n’est pas tant dans les dialogues que dans l’articulation des scènes et des niveaux de réalités entre eux. J’ai presque tout compris, n’ait manqué ici ou là qu’un ou deux détails technique sur la technologie utilisée ou les concepts de fonctionnement, rien d’essentiel. Quant à la complexité du scénario elle-même, sur laquelle insistent tous les commentateurs, elle est bien réelle, mais n’exagérons rien: d’une part, le réalisateur est assez méthodique pour ne pas perdre son public, d’autre part, il n’y a rien là pour dérouter vraiment les amateurs du genre.

Ici, les univers factices sont rêvés, grâce à une technologie qui existe dans une époque indéterminé (la nôtre ou un futur rapprochée). L’existence de cette technologie semble être connue de tous les puissants de ce monde, mais pas du commun. Cet aspect est peut-être un facilité scénaristique, qui permet entres autres d’introduire le personnage d’une novice: le spectateur bénéficiera des explications qu’on lui prodigue.

Pour avoir le droit de rentrer chez lui (où il est recherché par la justice), une sorte de mercenaire du rêve doit s’introduire dans la tête d’un riche héritier pour y implanter une idée. L’entreprise s’avère particulièrement compliquée, et il faut recourir à une technique élaborée où les personnages rêvent à l’intérieur des rêves.

Bien sûr, on n’évite pas le cliché du genre autour du questionnement à savoir si on est ou pas dans un univers « réel », mais c’est ici moins lourd qu’à l’habitude. D’entrée de jeu, on fournit un moyen d’identifier l’univers réel, et un univers de référence. Un moyen dont on voit tout de suite les limites, d’ailleurs, et à cet égard la fin ne procure aucune surprise (elle a fait rire dans la salle – un rire entendu).

Mais le moyen utilisé pour créer les univers factices procure au film un aspect le plus intéressant: les rêves sont bien sûrs liés à l’inconscient et la psychologie profonde des personnages qui y évoluent. Il est aussi influencé par l’environnement du rêveur. Ce dernier aspect influence beaucoup les scènes d’action.

Ces dernières, et les effets visuels en général, sont d’ailleurs superbes.

Dans l’ensemble, un film fort plaisant dont je recommande le visionnement.

J’irais bien le revoir, d’ailleurs, pour les petits bouts où j’en ai manqués…

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6 Réponses to “Les univers poupées russes”

  1. Darwin Says:

    Bravo ! Tu as su expliquer l’univers du film sans en révéler d’éléments qui auraient nui au plaisir du lecteur qui n’a pas encore vu le film.

    Complexe ? Pas tant que ça, comme tu le dis. Novateur ? Oui, par l’univers créé, peu par les ficelles utilisées. Par exemple, l’imprécision des tireurs du côté des «méchants» est tout ce qu’il y a de plus classique…

    «Ou on peut se contenter de profiter des oeuvres produites en se cassant la tête pour la durée de la projection, et revenir les pieds sur terre à la sortie du cinéma»

    Ce fut mon cas. J’ai adoré l’expérience cinématographique, mais je n’ai trouvé rien de bien spécial sur lequel réfléchir par la suite.

    «Un moyen dont on voit tout de suite les limites, d’ailleurs, et à cet égard la fin ne procure aucune surprise»

    Ça m’a semblé un gag un peu facile (d’où les rires et sourires de convenance…) plus qu’une véritable interrogation… Je ne peux aller plus loin sans révéler le fond de cette finale…

    Bref, malgré quelques petites incohérences (surtout une), j’ai adoré et recommande ce film à tous.

  2. Déréglé temporel Says:

    « Bref, malgré quelques petites incohérences (surtout une) »

    Tiens, je suis curieux de savoir lesquelles. Tu peux soit faire un commentaire avec avertissement de spoilers pour que les lecteurs sautent ce commentaire. Soit me les écrire par courriel.
    La troisième option consiste à ne pas répondre et frustrer ma curiosité 😀

  3. Darwin Says:

    En fait, il y a surtout des questions en suspens. Je vais y aller pour un courriel… la troisième option (et la première aussi !) ne correspondant pas à ma gentillesse innée !

    (20 minutes…)

    C’est fait !

  4. Gabriel Says:

    J’ai bien aimé aussi ce film et il a même mérité une seconde visite (à rabais) pour bien voir l’architecture du scénario (des scènes au début qui aident la compréhension de la fin m’avaient échappé). J’ai bien aimé la fin donne le goût de discuter de la position finale du personnage. Ce n’est pas un coup de génie, mais ça donne une longévité au produit.

  5. Antalgeek Says:

    Je pense que je céderai facilement aussi à un second visionnage. Le film respecte les codes du genre sans jamais tombé dans le cliché (la remise en question sempiternelle du niveau de réalité aurait été trop décevante) et nous offre deux points d’originalité qui le propulse au devant de la majorité des films de S-F : un onirisme parfaitement mis en scène (c’est d’ailleurs là que Nolan réussit tous ses films) et un scénario parfaitement adapté à la complexité de la réalisation.

    Certains ont trouvé le film un peu long, j’aurais pour ma part souhaité avoir au minimum une heure de plus pour renflouer les quelques raccourcis (notamment au niveau du background des personnages secondaires).

  6. Déréglé temporel Says:

    Darwin, je te répondrai par mail.

    Gabriel, Antalgeek, je vais envisager fortement un autre visionnement aussi.

    Antalgeek, bienvenu parmi nous. Je suis bien content d’apprendre par la même occasion la livraison d’un nouvel épisode du mot en Z.

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