Nouvelles madrilènes

Ça fait un moment que je n’ai pas écrit de notes. Mais il faut dire que j’ai peu de temps à consacrer aux notes historiennes (qui nécessitent un minimum de temps de documentation hors de la thèse) et que je lis peu (en fait, pas) de fiction en ce moment. Néanmoins, quelques nouvelles sur mes dix premiers jours à Madrid.

J’avais prévu me débarrasser d’entre six à douze livres de ma bibliothèque parmi les moins utiles et les plus lourds avant de quitter Valence, histoire d’alléger mes bagages. Finalement, faute d’avoir trouvé une bouquinerie rachetant des livres (assez curieux, d’ailleurs, de ne pas trouver de ce service essentiel dans une ville quand même pas si petite que ça), je n’en ai laissé qu’un seul derrière moi, cadeau à une amie qui décrit l’histoire comme sa « vocation frustrée ».

Par conséquent, mon voyage depuis l’appartement qui fut le mien jusqu’à l’hôtel que j’avais réservé pour trois nuits fut l’occasion de longues, fiévreuses et nombreuses réflexions de physique appliquée concernant la loi de la gravité.

J’ai choisi l’Hostal Berlin pour ses prix plus que pour toute autre raison. Les hôtels bons marché que j’avais déjà eu l’occasion d’essayé à Madrid affichaient complet au moment de réserver ou étaient fermés pour un temps indéterminé. J’ai découvert à l’arrivé qu’il se situait à un endroit relativement curieux. À deux coins de rue du palais royal. Pour m’y rendre, il ne me fallait même pas deux minutes de marche. Pratique, puisqu’il y a là une bibliothèque contenant des archives intéressantes pour ma thèse. À cinq minute de marche, il y a la Puerta del Sol, centre officiel de Madrid, elle-même centre officiel de l’Espagne, avec sa fameuse horloge, heure officielle de l’Espagne. Autour de la Puerta del Sol, bien des bars et des restaurants à tapas attirent touristes et autochtones festifs. Les quelques rues séparant ces deux lieux hautement touristiques sont bien sûr très passantes, puisque lesdits touristes préfèrent avec raison marcher de l’un à l’autre que de prendre le métro. Quelques commerces qui s’y trouvent sont donc eux aussi fort touristiques (surtout les prix). Mais ces quelques rues ont aussi un très fort caractère populaire, avec des cervecerías indifférenciables de toutes les autres cervecerías de Madrid (qu’il faudrait probablement estimer au nombre de trois ou quatre par habitant), voire mal famé, avec ce qui semble être des bars à putes (je ne suis pas entré pour vérifier, si vous voulez savoir). Mais quand même… vous savez, la vieille pute dégoûtante qu’on voit dans les caricatures? vieille, laide à faire peur, la peau rongée par dix-huit maladies pas toutes identifiées par médecine moderne, trop maquillée, habillées au comble du mauvais goûts avec des guenilles faisant déborder des formes flasques par n’importe où? ben je l’ai vue fumer à l’entrée d’un de ces bars. Elle est encore pire en vrai. Deux portes plus loin, un jeune latino interpelle les passants masculins en vantant la beauté des filles qui se trouve à l’intérieur de son établissement à lui. Et trois portes plus loin se trouve un petit restaurent japonais tout ce qu’il y a de plus coquet, avec des serveurs efficaces et guindés, servant de délicieux petits plats à un prix qui serait raisonnable si les portions étaient trois fois plus copieuses. À moins de 300 mètres au sud de tout ça se trouvait l’Hostal Berlin. Rien à reprocher audit hôtel, par ailleurs, tenu par une vieille dame et son unique employé, bien serviables tout les deux.

La première chose que j’ai fait en arrivant à Madrid fut donc de dormir. Mes réflexions de physique appliquée m’avaient vidé de toute énergie et laissé avec le dos endolorie. Le matin, suivant, ça allait mieux. J’aurais dû logiquement me mettre immédiatement à la recherche d’un appart (j’avais une option relativement sérieuse, mais il ne faut jamais rien prendre pour acquis, d’ailleurs le gars n’a pas rappelé), mais j’ai succombé à l’appel des archives et suis allé au palais royal pour finalement lire un document qui n’était pas celui que j’étais venu consulter (je devrais d’ailleurs faire un billet, voire une série, sur les « joies des archives »).

Troisième chose faite à Madrid, le premier soir où j’étais valide? Danser, évidemment. Non seulement il y avait une grande fête ce soir là, non seulement c’est toujours bon pour démarrer rapidement sa vie sociale (j’y ai même rencontré un montréalais), mais en plus ça faisait un peu plus d’un mois que je n’avais pas dansé, car rien n’était organisé à Valencia en raison de dépopulation estivale (maladie toute particulièrement aoûtiste). C’était une haute satisfaction, comme le sentiment que des rouages essentiels de mon corps se remettaient à fonctionner. J’ai revu les quelques danseurs madrilènes que je connaissais déjà, fait la connaissance de quelques autres, récolté quelques numéros de téléphone en vue de futures bières.

Il n’y a pas à dire, d’ailleurs, la vie dansante du milieu swing madrilène, qu’on décrivait il n’y a pas si longtemps comme vivotante, est désormais bien active et effervescente. En dix jours, j’ai dansé six fois, on pourrait faire pire. Il y a quelques mois encore, on décrivait Valencia comme la deuxième scène swing d’Espagne après Barcelone, mais une amie me prédisait ce ne serait plus pour longtemps. De ce que j’en ai vu, elle est en passe d’avoir raison.

Je me suis réveillé le vendredi, à la sortie des archives, pour me mettre plus sérieusement à la recherche d’un appartement. Cela s’annonçait difficile, j’ai donc réservé deux nuits supplémentaires à l’hôtel et anticipais que je devrais sans doute en réserver un semaine de plus: la plupart de ceux que je rencontrais me disaient qu’ils prendraient une décision au milieu du mois. Mais finalement, samedi en soirée, j’ai croisé une famille de colombiens qui louait une chambre. Ils voulaient bien que je m’installe le jour même. Comme l’hôtel était déjà réservé jusqu’à dimanche, j’en ai profité pour faire mon déménagement en deux jours et trois voyages. Beaucoup plus facile, croyez-moi. Voyager avec une bibliothèque n’est pas très aisé.

Je me suis donc créé une petite routine, entre les archives et la danse, comme à Valence. Les archives et bibliothèques scientifiques madrilènes sont par contre beaucoup plus procédurières que celles de la troisième ville d’Espagne, et demandent tout un ensemble de documents pour laisser le chercheur accéder à leurs précieux fonds. Pour le moment, je me limite à quelques-unes, notamment celle du Palais.

N’empêche que travailler au palais royal, c’est quand même beau.

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