Dessiner l’amitié

Les archives de Tolède ferment tôt, comme, malheureusement, beaucoup trop d’archives espagnoles, c’est-à-dire à 14h30. Je grogne un peu contre cette situation. Je préfère l’horaire d’hiver de l’archivo del reino de Valencia ou le bel horaire de l’Archivo Histórico Nacional, où on peut faire de belles journées de travail. C’est d’autant plus frustrant qu’il me faut presque deux heures (métro + autobus) pour me rendre à Tolède. Bref.

Cette fermeture hâtive a au moins l’avantage de me permettre, lorsque je m’y rend, d’employer quelques heure de l’après-midi à visiter. Les deux dernières fois, j’ai voulu visiter la casa museo del Greco, et je ne l’ai pas fait (parce que les indications m’ont les deux fois menées à un cul de sac). Donc, à chaque fois, je visite un truc imprévu.

Aujourd’hui, j’ai profité de mon passage imprévu devant la maison de la culture de Tolède, dont j’ignorais totalement l’emplacement, pour visiter l’exposition spéciale qu’ils y présentent et dont ils font la publicité partout dans la ville. Il s’agit d’une exposition sur Gregorio Marañón qui fut, d’après le sous-titre de l’exposition « médecin, humaniste et libéral ». Un personnage, il est vrai, assez intéressant. Le fait qu’il soit mort en 1960, soit il y a 50 ans, n’est sans doute pas étranger à l’organisation de l’exposition. Et ce n’est sans doute pas un hasard si cette exposition s’est fait à Tolède, une ville dans laquelle il avait voulu voir le modèle de ce que devait être l’Espagne et sur laquelle il a écrit des lignes donnant l’impression qu’il lui vouait un amour quasiment mystique.

L’exposition vaut ce qu’elle vaut. À la sortie, je ne me sentais pas beaucoup plus instruit qu’après la lecture de l’article wikipédia. Il y avait dans l’expo un petit côté fétichiste: « voici la reconstitution du laboratoire où il a travaillé » – « voici un objet lui ayant appartenu », etc… il n’est pas complètement indifférent de voir de vieux environnements reconstitués, cela dit. Mais le meilleur de l’exposition résidait dans le volet peinture.

Les liens de Marañón avec Tolède ont été le prétexte pour réunir quelques tableaux représentant la ville, généralement peints par des peintres de la même génération que le médecin humaniste. Le fait qu’il se soit comparé une fois au Greco (comme lui venu à Tolède sans savoir ce qu’il allait y faire, apparemment) a été le prétexte pour exposer un petit tableau du Crétois d’Espagne. Petit, mais célèbre, il est d’ailleurs plaisant de le voir en taille réelle et de se rendre compte que l’original est plus petit que bien des photos qu’on peut trouver dans les livres sur la peinture. Le choix du tableau n’est pas fait au hasard, puisque c’est celui où on voit Tolède derrière le christ en croix.

Mais le mieux, à mon avis, était la section 2 de l’exposition, consacrée à « la edad de plata » de l’Espagne (l’âge d’argent), où on avait droit à toute une galerie de portraits de grands intellectuels espagnols de cette époque. Ils n’y étaient bien sûr pas tous (j’ai particulièrement noté et regretté l’absence de Miguel de Unamuno), mais l’ensemble suffisait à donner une forte impression.

Le clou de cette section, et de toute l’exposition, était cette grande toile, davantage crayonné que peinte, qui m’a fait découvrir vraiment le peintre Ignacio Zuloaga, par ailleurs auteur de plusieurs des portraits de la galerie dont j’ai parlé. Fascinante toile, portant le titre tout simple de Mis amigos. On y reconnaît, au premier plan, quelques-uns de ces mêmes personnages dont on a vu les portraits dans la galerie précédente, tous des hommes qui ont marqué leur époque par leur art ou leur pensée. Mais surtout, on y voit une superbe représentation non seulement des amis du peintre, mais tout simplement de l’amitié: à l’arrière plan, une foule, dont les individus ont des formes imprécises. Et plus on se rapproche du premier plant, plus le portrait des personnages se fait précis, jusqu’à en affiner chacun des traits. C’est exactement ça. Une belle découverte que cette toile.

Mis amigos

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Une Réponse to “Dessiner l’amitié”

  1. L’identité partagée « Temps et fiction Says:

    […] retenu Ribalta. À l’expostion à Tolède sur Gregorio Marañón, j’ai découvert Zuloaga. Cette fois-ci, ma découverte est le peintre mexicain Cristóbal de Villalpando. Ses toiles sont […]

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