Des nomadismes

J’ai eu le bonheur, lors de mon séjour à Londres, de revoir une vieille amie. Notre dernière rencontre en personne datait d’environ 5 ans avant. Au cours de ces cinq dernières années, j’ai vécu dans trois pays et quatre villes: Montpellier, Montréal, Valencia, Madrid. Elle, dans deux pays et trois villes. Sachant qu’en étendant le regard sur l’ensemble de la vie, mes chiffres restent stables, mais les siens s’augmentent de deux pays et deux villes. En somme, nous sommes deux nomades.

Mais il y a plusieurs sortes de nomadisme. En jetant simplement en regard sur mes connaissances, je le vois assez bien.

Il y a ceux qui changent très souvent de ville. Parmi mes connaissances, ce sont souvent des danseurs professionnels ou des circassiens. Ils vont et viennent de par le monde au gré des contrats. Les danseurs professionnels (de swing, s’entend – ceux que je connais) sont surtout appelés par les festivals. Ils y vont pour les compétitions. Puis ils y vont pour les contrats: donner des ateliers, des démonstrations, faire des spectacles, juger les compétitions. Souvent, le contrat demande de faire un peu de toute ça, et ils participent en plus aux compétitions. Évidemment, de tels contrats sont à durée très brève, normalement guère plus que quelques jours. La plupart d’entre eux ont une base permanente, là où ils ont leur école, source de revenu stable. Cette base permanente, c’est aussi l’occasion d’une vie sociale suivie, qui peut reprendre son cours après des absences fréquentes, mais brèves. Leur vie sociale est aussi faite de la fréquentation de ceux qui, comme eux, vont de festival en festival: cela occasionne des rencontre irrégulières et brèves, mais fréquentes. Dans quelques cas, (rares pour autant que je puisse en juger, mais j’ai discuté avec un à Rome), ils n’ont pas de base permanente et vivent uniquement des contrats… leur vie sociale est donc alors principalement constituée des rencontre en festivals dont je parle un peu plus haut.

Chez les circassiens, pour ce que j’en entrevois, les contrats peuvent être de brève ou moyenne durée (quelques jours à quelques semaines), ou au contraire assez long. Dans ce dernier cas, il s’agit souvent de contrats avec des compagnies d’une certaine importance, pour des tournées. Ceux qui font des contrats de brefs et moyenne durée ont l’air d’avoir un mode de vie assez semblable à ce que j’ai décrit pour les danseurs. Pour ceux qui ont des contrats d’une longue durée pour des tournées, la différence, c’est qu’ils bougent fréquemment, mais toujours avec la même gang, qui bougent avec eux. Du moins pour la durée du contrat. C’est encore un mode de vie différent. Ceux qui s’engagent pour des contrats de un à deux ans sur des spectacles fixes doivent avoir un mode de vie qui commence un peu plus à ressembler au mien et à celui de mon amie. Mais je n’en connais pas.

Ce qui nous ramène à moi et l’amie dont je parle. J’ai voyagé sous l’impulsion des études. Elle, pour les études, le travail et le mariage. Des périodes qui vont de quelques mois à un peu plus de deux ans. Le temps, tout juste, de se faire une vie sociale, de prendre racine dans un lieu. Puis, rupture des liens. On en garde quelques-uns (comme nous deux, qui avons bavardé après cinq ans presque comme si on s’était vu la semaine d’avant), et le reste se désagrège avec le temps. Les retours sont faits de reconstructions. Mais en même temps, on expérimente à plein les modes de vie de différents endroits, on les connait à fond, mieux que quand on ne voyage que pour quelques jours.

Ce que je remarque, c’est que j’ai au fond très peu d’amis qui ont vécu ce type d’expérience (ceux qui l’ont vécu appartiennent surtout à la carrière universitaire, qui y est propice). C’est la seule à l’avoir vécu depuis aussi longtemps (en fait, un peu plus longtemps) que moi. Et ça faisait du bien de parler avec quelqu’un qui savait exactement ce que ça signifiait.

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3 Réponses to “Des nomadismes”

  1. Darwin Says:

    J’ai vécu dans 13 différentes maisons durant mes premières 20 années de vie. Bon, toujours au Québec, dans 4 villes quand même (Montréal, Saint-Basile, Richmond et Saint-Hyacinthe), sans compter pas les banlieues (Saint-Basile n’était pas une banlieue en 1958, c’était la campagne !).

    Est-ce du nomadisme ?

  2. Déréglé temporel Says:

    Bonne question, et tu es sans doute plus à même que moi d’en juger. La grande caractéristique que j’attache à ce terme est le déracinement constant. Les relations qu’on a eu dans les villes passées, on ne peut plus les rencontrer en personne, à moins d’un investissement important et d’une planification préalable.
    À vu de nez, je dirais qu’un changement de ville, ça compte, mais pas un changement à l’intérieur d’une ville (ou d’une banlieue à une autre). J’imagine que ça dépend de la personne aussi. Les enfants ressentent davantage les effets du déménagement, même sur une courte distance.

  3. Darwin Says:

    «Les enfants ressentent davantage les effets du déménagement, même sur une courte distance.»

    J’ai ressenti une brisure quand j’ai déménagé de Rosemont à Ahuntsic à 9-10 ans, encore plus de Montréal à Richmond à 15 (je suis allé au cégep de Sherbooke où je ne connaissais personne et étais beaucoup plus jeune que les autres…) et ensuite à Saint-Hyacinthe à 16 ans, où j’allais dans un autre cégep où je ne connaissais personne. Mais ce fut moins dur (on s’habitue !), même si j’ai continué à sortir avec une fille de Sherbrooke pendant presque un an. J’ai dû faire 15 000 km sur le pouce cette année-là !

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