Deux duels célèbres

Une longue petit brève aujourd’hui, à propos d’une pratique aussi stupide que fascinante: le duel d’honneur.

Premier cas, le duel opposant François de Vivonne, seigneur de la La Chastaigneraye à Guy Chabot… baron de Jarnac

Je laisse la parole à Arlette Jouanna, dans un extrait où elle traite du pouvoir du roi dans la France de la Renaissance (dans la citation, les crochets qui se terminent par « -A.J. » sont d’Arlette Jouanna. Les autres sont de moi):

[…] maintenir l’équilibre entre les factions […] est un art difficile à maîtriser. […] Henri II y réussit moins [bien que François Ier]. Un événement révélateur, au début de son règne, en fournit une illustration. Le 10 juillet 1547, il autorise ce qu’on peut considérer comme le dernier duel judiciaire entre eux seigneurs de sa cour, Guy Chabot, baron de Jarnac , et François de Vivonne, seigneur de La Chastaigneraye. Peu importe ici la cause de ce duel (l’honneur calominié de la belle-mère du premier). L’essentiel, du point de vue politique, est que chaque champion est soutenu par une faction. Derrière Jarnac, il y a nn seulement sa belle-soeur, Mme d’Étampes, l’ancienne maîtresse de François Ier, mais surtout le puissant connétable Anne de Montmorency, qui vient de rentrer en grâce, le neveu de ce dernier, Odet de Châtillon, et Henri d’Albret, roi de Navarre. La Chastaigneraye est soutenu par le roi lui-même, sa maîtresse Diane de Poitiers et les Guises (le duc François d’Aumale et son frère Charles, archevêque de Reims). Henri II est persuadé que son ami La Chastaigneraye, colosse vigoureux et expérimenté, l’emportera: ce sera une sorte d’investiture sanglante donnée au parti qu’il soutient. Mais, cntre toute attente, le frêle Jarnac réussit, de façon parfaitement régulière d’ailleurs, son fameux « coup »: il parvient à trancher le jarret de son adversaire, qui s’effondre. Le roi est alors frappé d’une sorte d’hébétude. Par trois fois, Jarnac vient au pied de l’estrade le supplier de lui restituer son honneur et de mettre fin au duel, sans que, prostré, il rágisse. Lorsque Henri II finit par entériner la défaite de La Chastaigneraye, celui-ci a déjà perdu beaucoup de sang et meurt peu après, non sans avoir, dit-on, arraché avec rage ses pansements. Commentant cette hésitation fatale, François Billacois [1986] en a souligné la porté politique: « Henri ne sut être le roi [en faisant connaître sa décision immédiatement -A.J.] et n’osa être partisan [en tranchant en faveur de son protégé -A.J.]. » La suite est d’ailleurs un affront à l’autorité de La

Chastaigneraye […]se ruent sur ceux de Jarnac et en viennent au mains avec eux.

Source: JOUANNA, Arlette, La France de la Renaissance, Paris, Perrin, 2009, pp. 343-345.

La botte qui a assuré à Jarnac la victoire est devenue proverbiale. Elle a bien sûr donné lieu à l’expression « coup de Jarnac », un coup imprévisible et décisif. D’aucun disent traître, d’autant plus allègrement que le nom du baron prête le flanc au calembourg: « J’arnaque ». Plus que les implications politiques du duel, ce qui l’a rendu célèbre est bien sûr cette botte qui a offert la victoire à l’underdog de la rencontre.

Évidemment, que le freluquet remporte un duel demeure l’exception. Dans notre autre duel, c’est l’expérience qui l’emporte sur la jeunesse. Ce duel opposant Gaston Deferre et René Ribière est moins connu que celui de Jarnac, mais il est tout à fait notable et parfaitement documenté: on a au moins une coupure de presse assez détaillée ainsi que… des photos et un vidéo! C’est qu’il s’agit du dernier duel d’honneur connu en France, dû à une insulte lancée au parlement. Je n’ai pas retrouvé la référence, mais détail irrésistiblement croustillant, mais j’ai lu à quelque part que Deferre, sachant que Ribière devait se marier le lendemain, aurait, par la suite, raconté en riant avoir tenté de le toucher à l’entrejambe pour qu’il se souvienne de lui lors de la nuit de noce. Mais c’est au bras que Ribière fut finalement touché. Petite note, le compte-rendu de l’article de presse et celui du commentaire vidéo contiennent quelques petites contradictions. Mais je vous laisse vous en rendre compte par vous-mêmes.

Publicités

Étiquettes : , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :