La ligne manquante

Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas payé de billet pour le cirque. Voilà qui est fait. Je reviens tout juste du Teatro Circo Price, où je viens d’aller voir le Circus Oz.

L’affiche annonçait « le meilleur cirque d’Australie ». Et c’est le meilleur spectacle de cirque autralien que j’ai vu de ma vie. En fait, c’est le seul spectacle de cirque australien que j’ai jamais vu. Et j’espère que l’affiche mentait.

Ça s’ouvre avec des uniformes et de la musique de fanfare, qui s’efface assez rapidement pour laisser la place à la Maîtresse de Piste. Elle fait ce qu’elle peut pour être divertissante, mais elle manque totalement de présence et ses blagues tombent à plat. Puis on installe la planche sautoir et on commence un numéro, comme ça. Pas de scénario, pas d’ambiance particulière pour introduire la planche. Le numéro est techniquement correct, sans plus, avec des moments qui se veulent drôles mais ne le sont pas.

La ligne manquante du spectacle, c’est la ligne directrice. Les enchaînements entre les numéros sont purement artificiels, ils manquent de fluidité et ne convainquent pas. Les numéros eux-mêmes sont pour la plupart une suite de figures sans concepts pour les lier, assortis (tous) d’un comique qui ne fonctionne qu’une fois sur quatre. C’est souvent un comique à la 3 stooges, genre « je donne une claque un peu gratuitement à mon voisin, parce qu’il est là et que c’est drôle ». Le meilleur élément de marque du spectacle demeure le niveau d’interaction entre le groupe musical (qui fait surtout dans le jazz, mais explore plusieurs autres genres musicaux au cours du spectacle, y compris un petit passage de metal en deuxième partie) et les artistes. Une bonne idée, mais ça ne suffit pas.

Dans la première moitié, je retiens un peu le numéro de mât chinois à deux (Rowan Heydon-White et Mason West), et surtout le numéro de jonglerie avec blocs de bois, où le comique fonctionne très bien. Mais ce sont les deux seuls numéros qui ressortent, sur une première moitié quand même assez longue et très décevante.

C’est pop-corn à la main et scepticisme au coeur que je suis revenu à ma place après l’entracte. Le numéro de réouverture met en scène les artistes de la troupe (sauf un) déguisés en kangourous taquins aux prises avec un policier qui a décidé (on ne sait pourquoi) de les arrêter. Ça se termine avec un ensemble de sauts que le policier doit esquiver de manière présumément drôle, mais en fait son jeu n’est pas du tout convainquant. Une fois débarrassés du gêneur, les kangourous font une danse, elle non plus pas convaincante. La deuxième moitié s’annonce aussi mal que la première.

Et pourtant…

Sans être un chef-d’oeuvre, la deuxième moitié s’avère une bonne grosse coche au-dessus de la première. Comme s’il y avait deux spectacles, un un peu après le milieu de la phase de rodage (la deuxième moitié), et l’autre encore complètement en construction. Le jongleur remarqué en première moitié revient, avec un numéro avec une bonne coordination balles-musiques. Un duo-trapèze s’avère une très bonne surprise dans un numéro de comédie où la fille, un peu plus grande que son partenaire, est porteuse un peu plus de la moitié du temps. Ils nous la joue sur le concept du grand numéro où tout cloche, et où on réalise des acrobaties en feignant la maladresse. La musique change de style au cours du numéro: c’est là qu’on entend un passage métal, et on termine sur une chanson à voix rappelant un peu le Cirque du Soleil; d’ailleurs le clin-d’oeil à ce dernier s’affirme quand, les deux artistes se retrouvant « coincés », la maîtresse de cérémonie s’écrie « ¡eso no pasaría en el Circo du Sol! » à se demander si les figures choisies pour le numéro n’auraient pas elles-mêmes été inspirées (toujours dans l’esprit de clins d’oeil/parodie) d’un certain duo-trapèze du Cirque du Soleil… (mais c’est peut-être moi qui a trop d’imagination à ce stade là… d’ailleurs, le temps de monter leur spectacle, le numéro auquel je pense n’était peut-être pas encore en circulation, ou alors tout juste).

D’une manière générale, donc, la deuxième partie était plus accrocheuse et efficace que la première même si elle manquait toujours d’une ligne directrice. Le rapport entre le concept du duo-trapèze et le numéro du bonhomme en chaise roulante sur un palmier (numéro plus efficace au plan du décors et du concept que sur celui des acrobaties, cette fois), je ne l’ai absolument pas vu.

La finale s’avère l’un des moments les plus soignés et les plus élégants du spectacle. Tout simplement, l’orchestre évacue la piste vers le hall du théâtre, en jouant une petite musique entraînante, invitant le public à les suivre, et termine dans le hall. C’est simple, agréable et bien pensé. Merci.

Au final, toutefois, je demeure déçu de ce spectacle.

Heureusement, en avril, il y a les 7 Doigts de la main qui reviennent à Madrid pour une petite semaine.

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7 Réponses to “La ligne manquante”

  1. Mouma Says:

    Pas à dire, on est gâtés au Québec 😉 je serais curieuse de voir ce numéro de duo trapèze.

  2. Mouma Says:

    ah oui, j’oubliais, le public,lui, il a aimé?

  3. Déréglé temporel Says:

    je pense que le public a réagit à peu près comme moi. J’ai trouvé que les applaudissements étaient polis plus qu’enthousiastes, et les blagues ne faisait rire qu’une partie du public à chaque fois.

    Quant au duo-trapèze, c’était un des numéros réussis. Je n’irais pas voir le spectacle juste pour ça, par contre. J’ignore s’ils ont mis des numéros sur internet, mais je crois bien que la fille sur le trapèze était la même que sur le mât chinois. Donc tu as son nom si tu veux faire des recherches 😉

  4. Mouma Says:

    je crois avoir trouvé des extraits dans ce vidéo:

    merci pour les indices 🙂

  5. Déréglé temporel Says:

    Je ne sais pas. C’est bien elle dans le dernier extrait, mais ça ne ressemble pas au numéro que j’ai vu.
    Le mât chinois à 1:38, par contre, c’est une figure qu’ils ont fait. Mais c’est trop sombre et trop court pour les identifier.

  6. Mouma Says:

    Il est tout-à-fait possible qu’elle ait changé sa routine.

  7. Un peu de cirque « Temps et fiction Says:

    […] composante de théâtre. Je me plaignais d’ailleurs de l’absence de ligne directrice quand je suis allé voir le Circus Oz. Dans le cas de C!rca, le tour de force phénoménal, c’est qu’il ne semble pas y avoir […]

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