Escapade rétro

Je reviens d’un souper chez un ami québécois, le seul que je connaisse (moi excepté) à Madrid. C’était la première fois que j’allais chez lui, et tout ce que je peux en dire est que j’ai l’impression d’avoir fait un bon dans le passé.

Son coloc est une incarnation du stéréotype de l’intellectuel. Encore plus que moi. Son bureau est encombré de livres (QUE des classiques), et d’un lutrin sur lequel est posé ouvert un recueil de gravures allemandes de l’époque baroque. Mais le clou de « l’exposition » est sans conteste les deux machines à écrire qui s’y trouvent. Pour la décoration? que non! a-t-il répondu à ma naïve question. Elles sont en parfait état de marche, et il ne se gêne pas pour les utiliser lorsqu’il a besoin d’écrire des petites notes. Par la même occasion, il m’apprend qu’en Espagne, pour une raison supposée rationnelle, mais qui lui est inconnue (et donc, a fortiori, m’est inconnue), les cours de dactylographie sont encore donnés avec d’authentiques machines à écrire. Pour cette raison, ces machines et l’encre qui va avec est encore disponible sur le marché.

Deuxième élément rétro: les téléphones. Bien que tous les occupants de l’appart aient leur mobile, comme tout Espagnol (ou tout Européen) qui se respecte, ils ont dans cet appart deux téléphones fixes en état de marche. Un téléphone à cadran, comme quand j’étais petit. Et un autre téléphone à cadran, mais celui-là fixé au mur, avec le design typique des années 1950.

Mon ami québécois terminait une lettre. À la main. Avec un crayon. Sur du vrai papier. Pour le plaisir de la lenteur, dit-il. Je peux comprendre ça (quoi que je ne partage pas du tout, mais ça c’est autre chose), mais ça ajoute au caractère rétro de l’endroit.

Dernier élément mais non le moindre, il se trouve que le coloc conserve une collection de vieux comics ayant autrefois appartenus à son père. Pas n’importe lesquels. Ceux avec lesquels ledit père a connu, paraît-il, son éveil sexuel. Sous le délicat titre de Hembras peligrosas (« femelles dangereuses »), chaque numéro comporte un épisode d’histoires à propos de femmes vampires / fille de satan / sorcière portant très peu de vêtements. Ou pas du tout. Ou alors pas avant la page 12 (cas du premier que nous ayons feuilleté – pour ceux qui se pose la question, le groupe réuni pour ce souper du vendredi saint était composé de quatre gars et deux filles). Détail amusant: les dessins sont en noir et blanc, sauf un épisode dans un numéro qui est en couleur… et qui est de très loin le plus laid: il n’y a pas à dire, à cette époque les techniques de colorisation n’étaient décidément pas au point!

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6 Réponses to “Escapade rétro”

  1. Darwin Says:

    «Bien que tous les occupants de l’appart aient leur mobile, comme tout Espagnol (ou tout Européen) qui se respecte»

    Je trouve toujours cela fascinant qu’on associe le respect au fait d’être ou de ne pas être propriétaire d’un objet de consommation. Je crois comprendre qu’il y a un peu d’ironie dans cette phrase, mais je n’en suis pas certain.

    Je viens juste de lire un article dans une revue française (avec un nom anglais) qui touche un peu cette question. On y aborde la hausse de la popularité des objets de luxe aux États-Unis par le fait que ce n’est pas l’utilité de ces objets qui importe, mais l’image qu’ils projettent de leur possesseur.

    http://www.laprocure.com/livres/robert-frank/la-course-luxe-economie-la-cupidite-la-psychologie-bonheur_9782940427093.html

    Je vais peut-être lire ça… mais ma liste est trop chargée !

  2. Déréglé temporel Says:

    « Je trouve toujours cela fascinant qu’on associe le respect au fait d’être ou de ne pas être propriétaire d’un objet de consommation.  »

    En fait, c’est surtout une façon de parler. Ça n’a rien à voir avec le respect en soi, c’est juste pour dire que c’est la norme.
    D’ailleurs, le téléphone mobile, en Europe, ça va un peu plus loin qu’un objet de consommation. Quand tout le monde en a un, ça entre dans les moeurs. Pour avoir vécu deux ans en France sans mobile, je sais que ce n’est pas indispensable, mais toutefois que le simple fait de ne pas en avoir est un lourd handicap social. Pour cette raison, je n’associe pas le cellulaire à un objet de luxe, du moins pas en Europe.

  3. Darwin Says:

    «En fait, c’est surtout une façon de parler.»

    N’empêche, les expressions qu’on utilise ne sont pas sans signification…

    «Quand tout le monde en a un, ça entre dans les moeurs.»

    C’est en plein ce que je voulais dire !

    «le simple fait de ne pas en avoir est un lourd handicap social»

    Idem !

    «je n’associe pas le cellulaire à un objet de luxe, du moins pas en Europe.»

    Voilà ! Un objet de luxe est devenu une norme par la pression sociale, même si «ce n’est pas indispensable». C’est en plein ce que j’écrivais dans mon comm précédent : «ce n’est pas l’utilité de ces objets qui importe, mais l’image qu’ils projettent de leur possesseur.».

  4. Déréglé temporel Says:

    «ce n’est pas l’utilité de ces objets qui importe, mais l’image qu’ils projettent de leur possesseur.».

    Je ne suis pas sûr d’être d’accord avec la formulation. Ne pas avoir un cellulaire, c’est un handicap social, mais ce n’est pas qu’une question d’image (bien que ce soit AUSSI une question d’image, je ne le nie pas). Quand tout le monde en a un, on présuppose que le nouveau venu en a un aussi. Ça affecte la manière de se comporter. Quand on fixe un rendez-vous dans un certain endroit, il est moins précis, parce qu’on a pris l’habitude de s’appeler une fois rendu au point de rendez-vous (donc, celui qui n’a pas de cell, il est dur à trouver). Quand on donne des indications pour se rendre à un endroit, moins précis aussi, parce qu’on se dit que, bon, si machin ne trouve pas, il n’aura qu’à appeler. Même si on sait pertinemment que machin n’a pas de cell, c’est tellement dans les habitudes qu’on n’y pense plus.
    À ce stade, je pense qu’on peut parler d’utilité. Tout en maintenant qu’il s’agit d’une utilité sociale. Au niveau de l’image, on n’y pense plus vraiment comme un objet de luxe, on y pense comme une compétence sociale; les commentaires du type « il est vraiment temps que tu t’achètes un mobile! » sont le strict équivalent de commentaires comme « il est vraiment temps que tu apprennes à maîtriser ta timidité! » ou « tu es trop rude avec les gens! » etc…

  5. Félix Says:

    Excellent cette revue, il faut que je la trouve, cela fera un excellent sujet lors de mon prochain souper entre amis.

    «ce n’est pas l’utilité de ces objets qui importe, mais l’image qu’ils projettent de leur possesseur.»

    Je suis aussi peu d’accord avec la formulation de cette phrase. Peu car elle détiens un fond de vérité, mais les cellulaires sont désormais plus qu’un simple outil de luxe. Ils sont, pour moi, plus qu’un outil pour « flasher » (il est rare que j’exhibe mon téléphone, j’ai même pas d’étui pour le montré), c’est surtout un excellent outil de communication et organisationnel. Ma vie sociale est nettement mieux enrichie depuis la venue des cellulaire récent et contrairement à certains, je ne suis pas dépendant à ceux-ci. Si je suis occupé ou que j’ai tout simplement pas le goût de répondre/voir le message que j’ai reçu… et bien je ne répond pas ou ne regarde pas le message.

    Pour revenir au caractère rétro de l’appartement, je trouve ça bien que certaines personnes ne délaisse pas les anciennes technologie. À mon ancien travail, j’ai troqué à contre-coeur notre dactylo pour un ordinateur lorsque venait le temps de rédiger des contrats. Et c’est pas parce que nous n’étions plus capable de recevoir les pièces ou l’encre pour cette dernière. Modernisation de l’entreprise qu’ils disaient…

  6. Déréglé temporel Says:

    @Félix: « Excellent cette revue, il faut que je la trouve, cela fera un excellent sujet lors de mon prochain souper entre amis. »

    Après une rapide recherche la revue hembras peligrosas semble assez connue. Une recherche google avec les deux mots entre guillemets te permettra de trouver nombre de couvertures et de planches qui en sont issues, ainsi que des sites pour la télécharger. Pour la langue, on signale qu’il s’agit d’une revue espagnole, mais regroupant des séries italiennes, donc une fois identifiées les séries et les noms des personnages principaux, tu pourras éventuellement trouver les langues dans lesquelles elles ont été traduites. Mais bon, ce n’est pas comme si les dialogues étaient essentiels à la compréhension de l’action… tu peux trouver de l’information sur ce site consacré à la bd érotique et ce blogue au contenu inapproprié.
    (je sens que ce billet et ses commentaires vont augmenter le trafic sur mon blogue 😉 )

    « j’ai troqué à contre-coeur notre dactylo pour un ordinateur lorsque venait le temps de rédiger des contrats. »

    en y réfléchissant, la dactylo est probablement plus pratique que l’ordinateur-avec-imprimante pour ajouter du texte à une feuille déjà conçue, comme par exemple remplir un formulaire.
    content d’apprendre que les cartouches d’encre pour dactylo sont encore disponibles dans notre pays en voie de modernisation 😉

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