Solo charleston a la Yasta

La sala Yasta, c’est un club rétro, style fifties, où, une fois par mois, le studio Blanco y Negro de Madrid organise une soirée swing. De toutes les soirées qu’on fait dans la capitale espagnole, c’est ma préférée. Et je ne suis pas le seul à le penser.

La piste de danse est grande, elle a une forme régulière (contrairement au Garibaldi, par exemple, où il y a un angle droit qui lui donne une forme de « L », ce qui a le don de m’agacer). Elle est en bois franc, le type de sol sur lequel je préfère danser. Et il y a de l’ambiance. Une super ambiance. Elle prend à chaque fois.

L’endroit a un kitsch assumé, avec un animateur-imitateur-d’Elvis, pas super bon – mais l’important c’est l’idée. Et des serveuses pin-ups. À tous les jeudis, d’ailleurs, il y a un concours de pin-up vers 1h du mat’. Les amatrices sont invitées à se présenter, le public vote.

Et à chaque fois qu’on fait une soirée swing là-bas, il y a un petit truc spécial: distributions de photos polaroïds (et de casquettes de je-sais-plus-quoi); tout-le-monde-en-moustache (fausses moustaches fournies, homme ou femme); jack & jill pour amateurs; démonstration de claquette.

Ce soir, c’était une compérition de solo charleston.

Solo charleston? l’annonce du thème de la soirée m’avais rendu un peu perplexe. Dans la communauté swing naissante de Madrid, le solo charleston n’est pas particulièrement en vogue. Qui allait donc s’inscrire à la compétition? Je m’attendais à une participation réduite. Je m’attendais en fait à ce que même certains danseurs qui à mon avis ont un sacré bon style ne veuillent pas participer – j’entendais les échos de type « ah, moi, le solo charleston, je connais pas vraiment » – soit dit en passant, moi non plus… je ne fais que me débrouiller en développant un peu les quelques jazz-steps que je connais. Et un faisant le fou, comme d’hab.

Les organisateurs, pas fou, ont sans doute eu les mêmes doutes que moi. La formule était bien pensée pour pallier au problème: à la première ronde, tout le monde participe, z’avez pas le choix! le noeud gordien était tranché. Les quatre finalistes seraient sélectionnés par les profs de Blanco y Negro.

J’étais allé à la soirée avec une très forte attitude de « l’important, c’est de participer ». Mais je dois faire un aveu: le premier prix me tentait terriblement. Une vrai de vrai paire de souliers de danse bicolores et tout et tout, pleins de classe. Mais bon: l’important, c’est de participer. De toute façon, même si je fais parti des bons danseurs de Madrid (sans fausse modestie), je sais pertinemment que, pour tout ce qui est performance physique – ce qui inclu donc la danse – je craque sous la pression. Je ne m’attendais donc pas à faire la finale.

Je m’y attendais encore moins pendant la première ronde. Après environ 30 secondes de la première chanson, mon mollet gauche m’a dit « deux pas de plus, et je te file la crampe de ta vie ». J’ai quand même fait la sourde oreille. Je ne me suis même pas particulièrement économisé. Mais je m’attendais d’une seconde à l’autre à ce que monsieur mollet mette sa menace à exécution et que je sois obligé de sortir de la piste de danse à cloche-pied. Mais finalement, le mollet est resté à sa place. Et au final, je n’avais pas trop mal dansé.

Annonce des finalistes: premier choix, aucune surprise, c’est une des meilleure danseuse en ville. Deuxième choix… ah, oui, là c’est un peu une surprise, ce n’est pas la plus expérimentée, et je n’avais pas eu l’occasion de la voir danser pendant la ronde (j’ai compris en la voyant danser  à la troisième ronde: elle danse simple, mais ses pas, elle les fait vraiment bien), troisième choix, je suis content pour lui, un type très sympa, d’ailleurs on a dansé face à face en faisant quelques jeux de miroir pendant un bref moment de la compétition. J’ai pas entendu le quatrième nom, mais j’ai compris qui c’était quand tout le monde m’a regardé.

Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour m’étirer et masser mon molet avant la deuxième ronde. Là, chacun des finalistes avait son coin, et on dansait tous en même temps. Le mollet faisait quand encore des menaces, et je continuais à faire comme si c’était du bluff. Mais quand même, ça ne s’est pas trop mal passé. À ce détail près: j’ai beau danser comme un malade à toutes les semaines, je n’ai câlissement aucune endurance question cardio. Et le charleston n’est pas exactement une danse reposante. Pratiquement sans pause entre la première et la deuxième ronde, les amateurs pouvaient mesurer la longueur de ma langue une fois la toune achevée. Mais je suis allé jusqu’au bout, sans ralentir le rythme! Yeah!

Troisième ronde, on danse à tour de rôle, cette fois. Spotlight sur chacun d’entre nous. Dois-je préciser que j’étais très content d’être le numéro 4? la numéro 1 n’a pratiquement eu aucune pause. D’ailleurs, je n’ai quasiment rien vu de sa performance: j’étais occupé à me rafraîchir à coup de bière et surtout à m’étirer et me masser le mollet. Le tour à la deuxième, c’est là que je comprends pourquoi elle a fait la finale. Le troisième s’offre un beau moment flash en ploguant une roue au milieu de sa danse. Quant à moi, je fais clairement la moins bonne de mes trois performances; je me sens moins inventif et moins énergique, mais bon, je fais avec, et pour tout le reste, tant pis! J’ai quand même du fun.

La troisième ronde achevée, moi je vais assez vite vers le bar pour m’acheter une autre bière. Avec les autres finalistes, on a une bonne camaraderie: on se fait des rondes (brèves, quand même), et on prend des pauses pour les photos du studio (mes amis facebook devraient les voir apparaître d’ici une semaine). Pendant ce temps-là, le public vote. En fin de soirée, l’annonce arrive. Pour faire bref, les deux prix reviennent aux filles. La première n’est pas une surprise. J’ai pas eu les souliers – tant pis. (au fait, j’ai dis que je me suis acheté des souliers à claquette la veille?).

Mais il y a une dernière chose à dire pour conclure. En Espagne, la Semana Santa (la semaine dernière), c’est long pis c’est plate. Enfin, bon, y’a plein de gens qui aiment ça. Mais c’est résolument familial. C’est la semaine où les grandes villes se vident, parce que tout le monde retourne dans son village natal. C’est la semaine où toutes les activités sont annulées. Moi, l’étranger sans famille a proximité, je suis resté à la maison pour bosser mes trucs (sans aller aux archives, elles sont fermées, ou avec un horaire exagérément réduit). Ce n’est pas de bosser qui est plate, c’est de bosser sans avoir les loisirs habituels pour me détendre (j’exagére un tantinet: j’ai quand même soupé avec des amis le jeudi saint). Mais pas de danse pendant un peu plus d’une semaine? c’est dur…

charleston ou pas charleston, cette soirée à la Yasta, j’en avais besoin! Et la magie a marché… comme d’hab.

Publicités

Étiquettes : , ,

Une Réponse to “Solo charleston a la Yasta”

  1. Mouma Says:

    🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :