Brèves décousues sur les indignés

À mon passage à Montpellier, j’ai vu, sur la place de la Comédie, des gens assis en cercle qui parlaient, avec des pancartes autour d’eux. Quelques personnes autour, debout, difficile de savoir s’ils étaient du groupe ou s’ils étaient de simples curieux. Je les ai comptés: 17. J’ai écouté un peu les débats, pour une fois (à la Puerta del Sol, la foule était trop dense, je n’entendais rien, tout en arrière que j’étais; à la plaça Catalunya, je ne comprenais pas le catalan). J’ai entendu un monsieur dire que « la démocratie, c’est ce qu’on fait là, c’est nous » (c’est sûr qu’à 17, ils sont plus représentatifs que les députés français…), et un gars demander de se cotiser au cas où l’un d’eux aurait une amende. Ce dernier s’est fait répondre un peu sèchement par son voisin, visiblement peu enclin à ouvrir son porte-feuille, que la Place de la Comédie était un endroit public et qu’il n’aurait jamais d’amendes. Apparemment, je suis arrivé trop tard. Une amie m’a dit que le premier jour, c’était plus gros, il y avait un semblant de campement avec des kiosques. C’était disparu le lendemain, pour devenir un petit cercle (où sa petite fille a voulu aller s’asseoir).

À première vue, le campement français devait avoir été piloté par un groupuscule anar du coin (c’est mon hypothèse), enthousiasmé par « l’exemple espagnol », et essayant de faire la même chose. S’imaginant, sans doute, qu’il leur suffirait d’occuper la place pour que la France au grand complet les rejoigne. ¡Viva la revolución!

………..

Pendant ce temps, le mouvement espagnol montre depuis un bon moment des signes d’essoufflement. Remarque d’une amie française à Barcelone, une dame qui croit encore aux méthodes traditionnelle de protestation « à la française » (pas texto, la citation, ça fait quand même un bon deux semaines): c’est triste, parce qu’ils y mettent beaucoup d’efforts et sont très créatifs, mais pour moi ce n’est pas une protestation, il n’y a pas de moyens de pressions, ils ne bloquent pas les routes, ils ne font rien… qu’être là.

Une autre amie, une espagnole, celle-là, blâme le manque de profondeur intellectuelle du mouvement. Elle compare les indignés à des reines de beautés qui réclament « la paix dans le monde ». Le fait est qu’en dehors des solutions concrètes pour le maintien et la vie du camp, les acampados n’ont pas, à ma connaissance, accouché de propositions allant au-delà des généralités.

………

La dernière fois que je suis passé à la Puerta del Sol (ça fait une semaine), le campement était toujours là. Comme annoncé, en format réduit. Deux surprises toutefois: le « format réduit » dépasse l’unique kiosque d’information dont j’avais entendu parler, d’assez loin. Au lieu d’occuper l’ensemble de la place comme avant, le campement réduit en occupe tout le centre. Il ne recouvre plus les entrées de métro et la multitude de tracts qui recouvraient lesdites entrées ainsi que la statut de l’ours madrilène ont disparu.

Je reçois moins d’invitations sur facebook à des événements en lien avec les indignados. Mais j’en reçois encore assez régulièrement. Mais au lieu d’être quelque chose comme trois fois par jour, ça ressemble plutôt à une fois tous les deux-trois jours.

Il y a eu une grosse manifestation dimanche. On avait une soirée swing dimanche, aussi. Plusieurs amis swingeurs ont communiqués pour s’assurer que les heures ne coïncideraient pas, laissant clairement entendre que la manif était leur priorité (mais les heures ne coïncidaient pas et les manifestants ont pu venir danser).

Aujourd’hui, dans le métro, ma voisine de siège lisait un texte qui commençait par « ce qui m’indigne, moi… »; j’ai d’abord cru que c’était une présentation qu’elle comptait faire je ne sais où en lien avec le mouvement. Mais le texte était écrit au masculin. Donc c’est vraisemblablement un texte qu’elle a trouvé sur internet, imprimé et qu’elle lisait dans le métro. Je n’ai pas tout lu par-dessus sont épaule, mais c’était un texte simple imprimé en caractère assez gros pour être facile à lire de loin. Donc je peux en gros le résumer: ça ne parlait pas du tout de l’Espagne: c’était sur le thème « les crimes de l’état israélien contre la Palestine » et ça vantait les vertus de la protestation pacifique.

………..

Au final, le mouvement grec (mais je ne suis jamais allé en Grèce et j’ai peu d’amis facebook grecs pour tâter de l’ambiance à distance) semble beaucoup plus actif et dynamique que le mouvement espagnol, dont il s’est inspiré à l’origine. J’en parlais hier au tango avec une demoiselle, entre deux séries de danses (en passant, contrairement à ce que j’affirmais ici, ce sont des séries de quatre, pas de trois). Je disais que les revendications grecques semblaient plus concrètes (ce truc est plus concret que tout ce qu’on pu avoir les Espagnols) et les moyens pris plus directs. « Les Grecs sont plus violents », remarque-t-elle (se référant sans doute à ça). « Ils sont aussi plus dans la merde », fais-je.

Le mouvement espagnol va-t-il s’éteindre, va-t-il se transformer, va-t-il retrouver de la vigueur?

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Une Réponse to “Brèves décousues sur les indignés”

  1. Darwin Says:

    « Ils sont aussi plus dans la merde »

    Voilà !

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