Une planète, une nation?

Je regarde quelques séries de science-fiction ces temps-ci, et je ne peux m’empêcher de tiquer, comme je l’ai déjà fait de nombreuses fois par le passé, face à ce curieux dogme de la science-fiction qui tend à associer à chaque planète une culture et une nation unique. Dans Star Trek, Fascape, StarGate… et toutes les séries basées sur le modèle de l’exploration spatiale, on retrouve ce schéma: une planète, une nation. Souvent, même, plusieurs planètes, une seule nation, une seule culture (par exemple l’empire klingon…). C’est bien plus simple comme ça, bien sûr. Et il y a quelques contre-exemples, bien sûr: la planète Mongo, de Flash Gordon, regroupe une diversité culturelle vingt fois plus élevée que l’empire romulien qui pourtant n’est pas le pire exemple à donner: « à peine » une douzaine de planètes, et quelques espèces différentes si j’en crois wikipédia (dans l’article en anglais, par contre, on dit que les informations à propos de sa taille sont contradictoires). Mais Flash Gordon ne fait jamais intervenir de planètes autre que Mongo, ce qui explique la diversité de cette dernière: puisqu’il n’est pas question de situer la culture qu’on va découvrir au prochain épisode dans un autre système solaire, aussi bien qu’elle se trouve dans le village d’à côté. Par ailleurs, les séries de type « Flash Gordon » sont beaucoup moins nombreuses que les séries de type « Star Trek »… et les types ne se croisent pas. Je ne connais pas d’oeuvre de science-fiction qui ait tenté de concilier la diversité culturelle qu’on retrouverait probablement sur chaque planète et un nombre très élevé de planètes. Sur les séries qui suivent le schémas d’exploration à la « Star Trek », on retrouve au mieux deux espèces ou deux nations sur un même monde, dans le but de représenter une guerre interne: c’est représenté comme une situation anormale, alors qu’en réalité c’est l’inverse qui serait surprenant.

Des séries comme Stargate ou Farscape rendent encore plus évidente la distorsion qu’on opère dans ce genre. En situant l’exploration spatiale à notre époque, à partir de la Terre telle qu’on la connaît, on voit des explorateurs aller sur des planètes étrangères, rencontrer LE peuple qui y habite, et revenir sur Terre… voyons, combien y a-t-il de pays sur cette planète, déjà? 192 membres de l’ONU, auxquels on pourrait ajouter le Vatican. Inutile d’ajouter que plusieurs de ces pays sont multinationaux, et qu’il existe une grande quantité de peuples je jouissant d’aucune reconnaissance officielle. On va sur une planète étrangère (où cependant les pins sont identiques aux nôtres), et on y découvre un unique peuple, parfois représenté par un unique village. Ce sont là de bien petites planètes.

À l’opposé, une série comme Star Trek tend à atténuer la distortion, en présentant comme un tout à peu près monolithique les « humains/terriens ». Située quelques siècles dans le futur, elle peut s’offrir le luxe de postuler que le contact avec des extraterrestres a mené à la formation d’un gouvernement planétaire (et même transplanétaire) uni, et possiblement à une uniformisation culturelle. Pourtant même Star Trek n’élimine pas entièrement la diversité terrienne. Par exemple dans « Star Trek Voyager », un membre d’équipage (Chaquotay), attache de l’importance à son origine amérindienne. Mais l’exemple le plus curieux est sans doute celui de Chekov, l’ingénieur russe de la série originale. Ce personnage est à la fois un témoin de la diversité des nations terriennes et un témoin de l’union sous un gouvernement planétaire. La série orinale ayant commencée en 1966, en pleine guerre froide, retrouver un personnage russe dans le même équipage que des américains témoignait en effet de cette union pacifique initiée par l’exploration spatiale.

La science-fiction présente parfois aussi des univers issus de la colonisation par les terriens de planètes désertes (ou bien déjà habitables, ou bien terraformée, concept relativement récent). Le résultat demeure sensiblement le même: première possibilité, on présente un empire unifié. Pour rappelle, aucun empire de l’histoire de l’humanité n’a jamais été capable de conquérir le monde, alors on se demande bien, malgré tout développement technologique imaginable, comment on peut arriver à maintenir un empire de plusieurs dizaines de planètes dans un même ensemble politique. Ou bien différentes planètes sont indépendantes, mais unifiées. Encore là, cela me paraît être de bien petites planètes. Différentes nations terriennes n’ont pas fondées différentes colonies concurrentes sur une même planète, comme c’est arrivé sur le continent américain? N’y a-t-il pas eu de scissions entre continents/régions éloignées sur une même planète, amenant à la formation de différentes entités politiques autonomes? Ce schémas se retrouve même chez un géant comme Asimov, pourtant pas spécialement porté au simplisme.

Je sais bien que la science-fiction n’est pas, par essence, réaliste. Elle est le produit et la projection de son époque bien plus qu’une simulation du futur ou de l’univers éloigné. Elle utilise des schémas simplifiés. Mais il serait quand même intéressant de voir quelqu’un essayer d’assumer le défi de créer un univers où plusieurs planètes habitées existeraient, et d’assumer que chacune est vaste et diversifiée.

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10 Réponses to “Une planète, une nation?”

  1. Darwin Says:

    Je me suis posé ce genre de questions souvent à l’époque où j’étais un grand lecteur de science-fiction. Et quand il n’y avait qu’un seule nation sur terre, elle semblait bizarrement états-unienne… Le champion de ce côté était Asimov, un pur produit du melting pot américain… Dans un de ses romans (lequel ?), il utilise même la déclaration d’indépendance des États-Unis comme document fondateur pour une nouvelle union de 50 planètes !

  2. Déréglé temporel Says:

    à l’époque où écrivait Asimov, un civilisation unique très américanisé pouvait paraître relativement plausible. Si uniformisation il y a, elle ne se ferait sans doute pas symétriquement, et ce sont les grands qui bouffent les petits. Cela dit, quand Asimov traite de la colonisation, il me semble qu’il se projette dans un futur trop rapproché pour que l’hypothèse d’un uniformisation culturelle soit plausible. Enfin, ça fait longtemps que je l’ai lu.

    Cela dit, bien sûr, on pourrait se demander pourquoi, en cas d’uniformisation, on ne serait pas un petit peu plus indiens ou chinois.

    ………….
    J’ai utilisé Mongo comme contre-exemple, mais quand on y pense, même sur Mongo, malgré l’impressionnante diversité de peuples qu’on y trouve, ils vivent tous sous le joug d’un unique tyran!

  3. Félix Says:

    C’est pourquoi je préfère la fiction médiéval fantastique. Normalement, c’est plus développer côté culture individuelle et de société. Mais il y a tout de même des lacunes. Remarque que si les cultures seraient trop développer, cela risquerait d’alourdir inutilement l’ouvrage…

  4. Déréglé temporel Says:

    Dans la science-fiction, les différentes cultures peuvent être très développées. C’est juste qu’il n’y en a qu’une par planète. En fantasy, il y a en des tonnes, et le monde est vaste. Pour la même raison que dans Flash Gordon (lequel présente en fait un côté très fantasy).

    Il est vrai toutefois que trop de détails peuvent alourdir un ouvrage. Ça fait partie des impératifs qui reposent sur la fiction.
    Mais j’espère encore voir un livre ou une série qui développera, disons, une vintaine de culures/nations pour cinq ou six planètes. Ça ne devrait pas être mission impossible, ça.

  5. Émile Says:

    On pourrait dire que la norme de la science-fiction, comme le polar, est de situé les personnages et les lieux, c’est-à-dire la trame narrative, dans un cadre imaginaire (imaginé) centré sur la vie et la personnalité des principaux protagonistes, comme si l’environnement culturel dans lequel ils évoluaient était considéré subjectivement plutôt que narré. La fonction principale de la trame narrative est d’amener le lecteur au fond du récit, en utilisant son imagination et son intuition, plus que par la description explicite des caractéristiques normatives. Ainsi, bien qu’en surface deux civilisations extraterrestres puissent sembler homogènes, le lecteur verra et déduira, en fonction des traits, pensées et réactions des personnages et des lieux, des différences et des formes émergentes s’insinuer de part et d’autres de l’enveloppe symbolique des civilisations.

  6. Déréglé temporel Says:

    Je suis hautement sceptique face à cette théorie. Cela semble être une rationalisation a posteriori, chargeant sur le dos du lecteur la responsabilité de combler les lacunes de l’univers inventé par l’auteur.

  7. Gabriel Says:

    Je dois dire qu’intuitivement, je suis plutôt d’accord avec Émilie… mais c’est peut-être ma déformation académique de littéraire 😉

  8. Déréglé temporel Says:

    Pour qu’il ait raison, il faudrait que le lecteur type voit plus d’une culture/nation par civilisaton extraterrestre et par planète. Et ça, il peut toujours courrir pour le démontrer.
    Non, une science-fiction qui voudrait faire travailler l’imagination du lecteur dans le sens qu’il évoque devrait au moins suggérer la possiblité d’une grande diversité, et c’est justement ce que ces fictions ne font pas.

  9. Gabriel Says:

    J’aimerais t’entendre développer la raison pourquoi une telle homogénéisation culturelle d’une planète ne serait pas probable. Je dois dire comprendre un peu la difficulté que ça pourrait représenter, mais reste que j’ai le réflexe (peut-être mauvais) d’imaginer la culture (surtout vu d’un point de vue de voyage spatial) comme était assez semblable. À l’oeil naïf, les Américains sont assez semblables culturellement. D’un point de vue asiatique, l’Europe est aussi assez homogène… pourquoi un habitant d’une autre planète ne verrait pas d’unité dans une culture planétaire? Cetainement que dans les détails, les québécois ne sont pas homogène, mais d’un point de vue extérieur…

  10. Déréglé temporel Says:

    La culture, ça va encore (encore que je ne sois pas certain que les asiatiques perçoivent l’Europe comme si homogène que ça, mais admettons). Mais des asiatiques vont-ils percevoir l’Europe comme politiquement unie? même avec l’union européenne, ça reste très improbable.
    Quand les conquistadors sont arrivé en Amérique, ils ont tout de suite perçu les différents internes des Aztèques: Cortés n’a pas mis longtemps à s’allier à Tlaxcala. Si on inverse la situation, on peut mettre en lumière un cas où une culture peut paraître uniforme, car les Aztèques n’ont pas vu, pendant un bon quart de siècle à peu près, les divisions politiques européennes. En ce sens, je peux concéder que dans Independance Day ou dans Falling Skies, il est normal que les envahisseurs E.T. aient l’air tout fait d’un bloc. Mais dans le cas de Star Trek, par exemple, l’équipage de l’Entreprise est dans une situation beaucoup plus proche des Espagnols face aux Aztèques que l’inverse. Ils devraient noter quelque chose, a fortiori quand on sait que la Fédération met beaucoup d’importance sur la diplomatie et que les membres d’équipage doivent être formés en fonction de cela. Quand, en plus, ils fréquentent une culture externe depuis plusieurs décennies, que cet culture étrangère paraisse encore homogène depuis plusieurs décennies commence à paraître absurde, tu ne trouves pas?

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