Pourquoi la hausse ne règlera rien

Alors, je ne suis pas économiste. Pas un grand calculateur, ni un scrutateur aussi attentif que je le devrais aux chiffres qui défilent constamment devant nous.

Qu’à ne cela tienne. Je me sens pourtant capable de donner une petite leçon d’économie à des gens comme Guy Breton, Alain Dubuc, Jean Charest et quelques autres qui justifient la hausse des frais de scolarité en évoquant le « sous-financement » de nos universités.

Une leçon d’économie qui s’applique sur quelques principes de base, des principes chers aux idéologies qui ont justifié la grève.

Une leçon qui, cependant, s’adresse moins aux incurables défenseurs de la hausse qu’à ceux qui les lisent et les croient.

On nous dit, donc, que le gouvernement n’a pas de marge de manoeuvre et ne saurait dégager les sommes pour un réinvestissement en éducation supérieure. Croyons-le sur parole pour le moment. On nous dit, par ailleurs, que les universités québécoises sont sous-financées et qu’il est urgent de leur procurer des fonds. Je ne vais pas ici chicaner la question du sous-financement ou du « malfinancement », selon l’expression de l’IRIS. Je vais plutôt admettre la thèse du sous-financement tel que nous la présentent les partisans de la hausse.

Et cependant, je vais questionner: sous-financé par rapport à quoi? Le discours qu’on nous sert est celui de la compétitivité. Nos universités devraient être compétitives afin de – comme l’a dit une fois Liza Frulla, au Club des Exs – attirer de bons professeurs-chercheurs grâce à des salaires élevés. Ces professeurs, dotés d’une mobilité internationale, iraient facilement trouver mieux, dans des universités payant plus cher, notamment aux États-Unis.

Cette logique de compétition mondiale place les universités québécoises en compétition avec des universités qui chargent des frais de scolarité très largement supérieurs à ce que nous atteindront avec la hausse, et qui bénéficient par ailleurs de dons d’un secteur privé richissime. La hausse aura beau apporter quelques millions dans les coffres de nos universités, il y a loin de la coupe aux lèvres avant de prétendre être compétitif dans ce domaine.

On nous a annoncé la hausse comme un « rattrapage » suivant le dégel des frais. Cela tend à envoyer le message qu’après la hausse, il y aura une simple indexation des tarifs. Si cela devait être, l’argument des universités compétitives ne tient pas la route: nos universités auront encore un financement très maigre par rapport à celles qu’on nous indique comme des modèles, dans les pays anglo-saxons. Pour aller dans le sens de la compétitivité, il faudra que la hausse actuelle soit suivie d’autre hausses, et puis d’autres, et encore. Où cela va-t-il finir? Difficile à dire. Dans une logique de compétition, le principe de la surenchère est roi. Tout au plus pourrions-nous avancer que la surenchère cessera lorsque les étudiants seront plus demandés que demandeurs. Veut-on vraiment en arriver là?

Au fait, qu’est-ce qu’un bon professeur-chercheur, qu’on voudrait absolument retenir, sur le marché international des profs? Les talents pédagogiques font-ils parti des critères retenus? qu’on me permette le scepticisme sur cette question. Les talents de chercheurs? sans doute, mais lesquels? la capacité à remplir une demande de subventions? le contenu des recherches importe-t-il, ou seulement le nombre des publications? Suite à ces questions, je terminerai simplement en vous invitant à lire le Manifeste pour des Universités à la hauteur de leur mission, dont je suis signataire.

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4 Réponses to “Pourquoi la hausse ne règlera rien”

  1. Darwin Says:

    «Alors, je ne suis pas économiste.»

    Est-ce que ça prend vraiment un économiste, qu’il soit de droite ou de gauche, pour savoir si une université est sous ou surfinancée? Je ne crois pas. Tu poses de bonnes questions (comme «sous-financé par rapport à quoi?» et «qu’est-ce qu’un bon professeur-chercheur») et c’est selon les réponses apportées à ces questions qu’un comptable (encore plus qu’un économiste) pourraient peut-être répondre.

    Mais, ces professionnels du chiffre ne peuvent évaluer des choses fondamentales comme «qu’est-ce qu’on attend d’une université?». Ils peuvent à peine calculer ce que ça coûterait! Cette question ne peut trouver réponse que dans un projet de société. Et ce n’est pas à eux d’en décider.

    Mon prochain billet (minuit et quelque, cette nuit) montrera entre autres comme c’est extraordinaire des universités bien financées!

  2. Déréglé temporel Says:

    En effet.
    Mais si j’ai écris ce billet, c’est parce que je constate qu’il existe un mythe, tenace en particulier chez les gens de chiffres, comme quoi la hausse « corrige » une situation et qu’après, avec la simple indexation, « ce sera fait ». Or, toute la logique de la hausse est basé sur un concept économique, la concurrence, qui suppose des hausses répétées et constantes.
    Mais amener le débat des chiffres au modèle d’université est difficile, je rencontre énormément de résistance sur ce terrain. Beaucoup de gens semblent persuadés qu’il n’existe qu’un seul modèle d’université envisageable.

  3. Darwin Says:

    «Or, toute la logique de la hausse est basé sur un concept économique, la concurrence, qui suppose des hausses répétées et constantes.»

    Ah, la concurrence! Quel concept réducteur… Il faudrait vraiment s’attaquer à ce concept, mais ce n’est pas facile, d’autant plus que la supposée nécessité de faire face à cette concurrence est peu développée de la part de ses promoteurs, trouvant qu’il bien sûr évident qu’elle est nécessaire.

    «Beaucoup de gens semblent persuadés qu’il n’existe qu’un seul modèle d’université envisageable.»

    Lequel? L’actuel, le passé ou celui vers lequel la CRPUQ et le gouvernement veulent la diriger (calibre mondial!)? Ça en fait au moins trois! 😉

  4. Déréglé temporel Says:

    « Il faudrait vraiment s’attaquer à ce concept »

    Il y a déjà un début intéressant dans le « Petit cours d’autodéfense en économie » de Jim Stanford.

    « Ça en fait au moins trois! »

    Ce sont des nuances que n’expliquent pas les médias et qui sont peu comprises par la plupart des gens. Y compris des gens de chiffres. Pour eux, il n’y a qu’un modèle, et des choix gestionnaires qui font que ça va marcher (calibre mondial) ou ne marchera pas (l’actuel).

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