L’éducation économique?

Il y a un an, Darwin publiait sur Jeanne Émard un billet où il évoquait quelque individu souhaitant réintroduire le cours d’économie au secondaire, à ses propres conditions. Allez savoir pourquoi, mais aujourd’hui, j’ai repensé au fait que j’avais évoqué à cette occasion un extrait du Petit cours d’autodéfense en économie de Jim Stanford, où il racontait une anecdote sur le même thème. Encore un individu voulant introduire des cours d’économie, dans le but avoué de faire passer plus facilement des réformes douloureuses. Mais les intérêts de qui cela servirait-il?

Voici l’extrait en question, situé dans un encart de l’introduction (pp.14-15):

Comprendre l’économie. Oui, mais laquelle?

  J’ai un jour assisté à un dîner-conférence donné par le secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE, le « club sélect » des pays riches). Celui-ci vantait les mérites du concept de « culture économique »: selon lui, si plus de gens comprenaient les fondements de la théorie économique (comme l’offre et la demande, la concurrence et le libre-échange), la population serait mieux disposée à accepter les « réformes » mises en œuvre par les gouvernements même si celles-ci sont douloureuse.

  Il a offert le contre-exemple des spectaculaires (et victorieuses) manifestations de 2006 contre les tentatives du gouvernement français d’affaiblir les protections dont bénéficient les travailleurs. Les changements projetés visaient à ce que les employeurs puissent procéder plus facilement à des licenciements, en particulier de jeunes travailleurs. Selon le secrétaire général, si les Français avaient compris que ces « réformes » d’apparence douloureuse allaient en fait améliorer l’efficience du marché du travail, ils ne les auraient pas contestées.

  À mes yeux, une telle « culture économique » s’acquiert plus par lavage de cerveau que par l’éducation.

  Pendant la période de questions, j’ai manifesté mon désaccord avec son affirmation voulant que les Français ne comprennent rien à l’économie. Comparons la France aux États-Unis, qu’on présente généralement comme l’exemple même d’un système efficace et flexible, mené par le marché. Les salariés français travaillent en moyenne 300 heures de moins par an (soit l’équivalent de 7 semaines) que leurs homologues américains. Ils produisent tout de même autant de valeur ajoutée par heure travaillée que les Américains. En France, le chômage est plus élevé, mais la plupart des chômeurs français ont un revenu supérieur (grâce aux prestations sociales) à celui de millions de travailleurs américains à bas salaire.   Ainsi, les Français ont assez d’argent et beaucoup de temps pour manger au restaurant, faire l’amour et participer à des manifestations (pas nécessairement dans cet ordre!).

  Pendant ce temps, aux États-Unis, presque 9 millions de salariés ont un revenu inférieur au seuil de pauvreté officiel (toujours basé sur le niveau e vie de 1964). Ils ont beau travailler dur, cela ne les mène pas bien loin. Pourtant, un récent sondage aux résultats aberrants a révélé que 39% des Américains considèrent qu’ils font partie du groupe des 1% les plus riches de la société, ou à tout le moins qu’ils en feront partie sous peu. L’impossibilité mathématique de cette étrange vision du monde n’a pas (encore) ébranlé le mythe américain de la « mobilité ascendante », qui pousse les travailleurs pauvres à refouler toute envie de se battre pour revendiquer un meilleur sort.

  Comble de l’ironie, l’OCDE a elle-même publié, un peu plus tard en 2006, des données montrant que les lois relatives à la protection des travailleurs (comme celles qui sont en vigueur en France) n’ont aucun effet mesurable sur les taux de chômage.

  Alors qui comprend bien les fondements de la théorie économique? Je crois bien que ce sont les manifestants français. Vive la France!

J’aime beaucoup le passage où il parle d’avoir l’argent et le temps pour « aller au restaurant, faire l’amour et manifester ». Voilà, sous forme d’humour, une philosophie saine qui donne à la vie une finalité située non dans le travail, mais dans les plaisirs de la vie, tout en incluant dans l’activité humaine l’exercice de la liberté politique. Mieux, qui nous fait valoir, chose pas si fréquente, mais tombant pourtant sous le sens, la valeur du temps disponible pour chacune de ces activités.

Publicités

Étiquettes : ,

3 Réponses to “L’éducation économique?”

  1. Darwin Says:

    «j’ai repensé au fait que j’avais évoqué à cette occasion»

    Je n’ai pas vu de tes commentaires, ça a dû rester dans ta tête. Dommage, car c’est on ne peu plus pertinent!

    Et merci, je n’avais pas fait ce lien là, même si j’ai lu aussi le livre de Stanford et lui ai consacré quelques billets…

  2. Déréglé temporel Says:

    Je suis presque sûr de l’avoir évoqué, mais je crois que c’était sur facebook plutôt que sur le blogue.

  3. Darwin Says:

    Bon point, je n’ai pas vérifié, mais c’est plus compliqué…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :