Archive for the ‘Films’ Category

Nunuche et ambitieux

août 24, 2010

Décidément, je vois beaucoup de films en ce moment. Après El Equipo A, dont je n’ai pas parlé parce que c’est le genre de films dont Rémi parle mieux que moi, et Origen, j’ai aussi pris, hier et aujourd’hui, le train aller-retour de Madrid pour régler un truc éclair, ce qui veut dire deux films (un film sérieux que je n’ai pas regardé au bout, parce que le train ne porte pas à être sérieux, et une comédie romantique dont vous connaissez déjà le scénario parce que c’est une comédie romantique). Et puis hier en soirée, comme j’avais réglé mes affaires et que mes rares connaissances dans la capitale espagnole étaient, soit à l’étranger, soit impossible à joindre, j’ai marché sur Gran Vía (où on trouve nombre de théâtres et de cinémas) avec la résolution d’entrer dans le premier cinéma venu pour voir le prochain film qui passerait. Une vingtaine de minutes plus tôt, j’aurais réécouté Origen, mais à l’heure où je suis arrivé, ce fut Airbender.

Même si je suis très loin d’avoir la sévérité de beaucoup d’autres (la plupart?) au sujet de M. Night Shyamalan, je ne peux que constater comme les autres la décadence de sa carrière. Sans que ce soit une décadence en ligne droite (The Village était bien meilleur que Signs), elle est néanmoins assez régulière. Quand j’ai vu l’affiche d’Airbender, je n’ai d’abord pas repéré le nom du réalisateur et je me suis dit « voilà qui paraît être un film sans intérêt destiné aux ados », puis « ah, mais ce ne serait pas l’adaptation du dessin animé Avatar? qu’importe, c’est sans grand intérêt », puis, j’ai vu le nom de Shyamalan et je me suis dit « hu? qu’est-ce que ça fout là, ça? ». C’est dire si au moment d’entrer dans la salle de cinéma, ma curiosité était plus grande que mon enthousiasme. Un sentiment s’y est ajouté à l’approche du générique: la perplexité.

Bon, alors, synopsis: on est dans un monde fantasy partagé en quatre peuples (eux-même ayant des représentants aux quatre points cardinaux) correspondant aux quatre éléments, chaque peuple ayant des « maîtres » capable de contrôler les éléments. Un Avatar qui fait penser au Dalaï-lama (il se réincarne à chaque mort) est le seul à pouvoir contrôler tous les éléments et à maintenir l’équilibre. Mais il a disparu il y a cent ans, et la nation du feu, avec des grosses machines pas fines, fait régner la terreur partout ailleurs. Pis là, une tribu décadente de l’eau trouve un gamin figé dans la glace, un maître de l’air, et il se trouve que c’est l’Avatar. Mais il ne connaît pas encore les trois autres éléments, alors ils l’accompagnent pour trouver des profs en essayant d’échapper à la méchante armée du feu (avec deux méchants dits « ambiguës » – lire: ils vont être des zamis avant la fin).

Appréciation? le scénario est nunuche et les acteurs sont mauvais (seul le vieux général du feu, l’un des futurs zamis, joue correctement). Shyamalan, qui avait su dans ses meilleurs films sonder l’âme humaine en combinant sa foi en notre valeur avec la mise en lumière de nos aspects les plus sombres, tombe ici dans la spiritualité à deux balles – on dirait un scénario signé Jodorowski (vérifications faites, c’est Shymalan qui signe le scénario). Restent une ou deux images de tai-chi élégantes, quelques scènes de combat réussies (pas toutes) et, surtout, le talent esthétique de Shyamalan, qui n’a heureusement pas tout perdu. Les paysages sont magnifiques, les effets spéciaux réussis et bien utilisés.

Et la perplexité? et bien j’ai réalisé à la fin du film qu’il s’agissait d’un premier volet. Vérifications faites sur le net, c’est une trilogie qui s’annonce (un pour chaque élément que l’Avatar ne contrôle pas au début: là, c’était l’eau, viendront ensuite la terre et le feu). Alors bon. Je peux comprendre qu’un cinéaste dont la carrière bat de l’aile puisse vouloir, soit faire un film modeste et honnête histoire de repartir du bon pied ensuite, soit un gros truc ambitieux pour frapper un grand coup, mais comment expliquer qu’on nous fasse quelque chose de nunuche et ambitieux? Remarquez, ce n’est peut-être pas son choix, c’était peut-être sur le contrat d’adaptation. Shyamalan annonce apparemment que le deuxième film sera « plus sombre » et le troisième « plus ambiguë »; dans les deux cas, la barre n’est pas placée bien haut.

Mais enfin, verra-t-on seulement ces deux volets? bien moins réussi que The Golden Compass qui n’avait pourtant pas convaincu et dont la suite ne fut jamais tournée, pourra-t-il convaincre ses producteurs de tourner deux autres navets suites? et si oui, ira-t-on vraiment les voir?

Les univers poupées russes

août 8, 2010

On pourrait en faire une étude fort détaillée aussi bien en littérature qu’en cinéma: la science-fiction a le béguin, depuis un certain temps, pour le thème des univers factices. Qu’il s’agisse de manipulation de la matière par des hommes-dieux (Dark City), d’univers virtuels (Existenz, The Matrix), de la folie (je n’ai pas d’exemple cinéma en tête –Perfect Blue?-, mais à la télé je pense à un épisode de Buffy, et à un autre de Au-delà du Réel), de la téléréalité (The Truman Show) ou de rêves, les univers factices fascinent par leur caractère incertain.

On pourrait s’interroger sur l’émergence de ce thème dans notre imaginaire. Le rapporter à l’évolution de notre philosophie, dans un vaste cheminement faisant appel à Descartes (le doute méthodique), Nietzsche (la mort de Dieu), les existentialistes (l’absurdité du monde) et les post-modernes (et leur relativisme envahissant).

Ou on peut se contenter de profiter des oeuvres produites en se cassant la tête pour la durée de la projection, et revenir les pieds sur terre à la sortie du cinéma (changez les mots pour correspondre au besoin avec la lecture ou quelque autre média).

Après cette entrée en matière, selon l’air du moment, le lecteur se doute bien que je parle ici de Inception (Origen en espagnol), que je suis allé voir cette semaine. J’avais quelques appréhensions concernant la difficulté à le comprendre en raison de la langue et de la complexité du scénario dont tout le monde parle. Mais ça a été. La complexité n’est pas tant dans les dialogues que dans l’articulation des scènes et des niveaux de réalités entre eux. J’ai presque tout compris, n’ait manqué ici ou là qu’un ou deux détails technique sur la technologie utilisée ou les concepts de fonctionnement, rien d’essentiel. Quant à la complexité du scénario elle-même, sur laquelle insistent tous les commentateurs, elle est bien réelle, mais n’exagérons rien: d’une part, le réalisateur est assez méthodique pour ne pas perdre son public, d’autre part, il n’y a rien là pour dérouter vraiment les amateurs du genre.

Ici, les univers factices sont rêvés, grâce à une technologie qui existe dans une époque indéterminé (la nôtre ou un futur rapprochée). L’existence de cette technologie semble être connue de tous les puissants de ce monde, mais pas du commun. Cet aspect est peut-être un facilité scénaristique, qui permet entres autres d’introduire le personnage d’une novice: le spectateur bénéficiera des explications qu’on lui prodigue.

Pour avoir le droit de rentrer chez lui (où il est recherché par la justice), une sorte de mercenaire du rêve doit s’introduire dans la tête d’un riche héritier pour y implanter une idée. L’entreprise s’avère particulièrement compliquée, et il faut recourir à une technique élaborée où les personnages rêvent à l’intérieur des rêves.

Bien sûr, on n’évite pas le cliché du genre autour du questionnement à savoir si on est ou pas dans un univers « réel », mais c’est ici moins lourd qu’à l’habitude. D’entrée de jeu, on fournit un moyen d’identifier l’univers réel, et un univers de référence. Un moyen dont on voit tout de suite les limites, d’ailleurs, et à cet égard la fin ne procure aucune surprise (elle a fait rire dans la salle – un rire entendu).

Mais le moyen utilisé pour créer les univers factices procure au film un aspect le plus intéressant: les rêves sont bien sûrs liés à l’inconscient et la psychologie profonde des personnages qui y évoluent. Il est aussi influencé par l’environnement du rêveur. Ce dernier aspect influence beaucoup les scènes d’action.

Ces dernières, et les effets visuels en général, sont d’ailleurs superbes.

Dans l’ensemble, un film fort plaisant dont je recommande le visionnement.

J’irais bien le revoir, d’ailleurs, pour les petits bouts où j’en ai manqués…

Du post-apo québécois

juillet 17, 2010

Le genre post-apocalyptique n’est pas inconnu au Québec: j’en lisais déjà tout petit, dans les livres de jeunesse-pop. Dans le lot, L’Ombre et le Cheval (déjà évoqué ici) est celui qui m’est le plus demeuré en tête.

Mais la littérature demeure un support fictionnel très permissif, surtout dans ses marges, telles que la littérature jeunesse qui n’a pas à se prendre au sérieux. L’audio-visuel, à savoir le cinéma et la télé, sont beaucoup plus conservateurs, probablement parce qu’ils exigent des investissements importants avant même de voir le produit fini. La web-télé, récemment née, obéit-elle au même schéma? Ça reste à voir.

En attendant, ça m’a quand même surpris de voir du post-apo québécois sur webtélé. Je parle de Temps Mort, qui date quand même de septembre 2009, mais que je n’ai découvert que récemment. Production minimaliste, faible budget et capsules de 5 ou 6 minutes, elle invite le spectateur dans un univers intimiste et désespéré.

Un cataclysme dont on ne sait rien (les personnages non plus d’ailleurs) a éliminé la plus grande partie de la population et fait tomber un hiver sans fin. On fait connaissance avec un survivant, réfugié dans une maison où il a été recueilli (avant que son unique compagnon ne le quitte et que ses hôtes ne meurent), qui vie dans la solitude, en luttant tant bien que mal aussi bien pour survivre que pour garder sa raison à peu près intacte. En dehors des tâches quotidiennes, il dessine et écrit dans un journal. Ces dessins sont utilisés par le réalisateurs pour faire découvrir son univers en peu de temps. Sans que l’histoire soit complètement dépourvue d’invraisemblances, elles sont assez mineures pour être ignorées et se concentrer sur l’ambiance. Car là est la force de la série.

Visionner l’ensemble de l’unique saison de Temps Mort ne prend pas beaucoup de temps. Guère plus que pour visionner un seul épisode d’une série télé normale. La fin est ouverte, au cas où les artistes pourraient reprendre la suite (j’ai peu d’espoir, mais j’aimerais bien). Temps Mort s’avère globalement une expérience probante.

Récompenser la faiblesse

janvier 12, 2010

Je n’ai pas grand-chose à dire sur Avatar, tout a déjà été dit: Effets visuels extraordinaires, scénario sans grand intérêt (au mieux ordinaire). Quant à commenter l’idéologie du film, comme ça semble être la mode… bof; rien de nouveau sous le soleil, sauf que depuis quelques années les religieux et les conservateurs s’excitent plus qu’avant sur le contenu des films à succès. Un regret: j’aurais cru que les Na’Vis amoureux mêleraient leurs tresses (des espèces d’organes-à-communier) plutôt que de s’embrasser (ou en plus de s’embrasser). M’enfin. Quelqu’un a dû y penser, mais je suppose que quelques pudibonds américains y ont vu un symbole obscène.

Je suis quand même épaté qu’on songe à récompenser ce film pour son principal point faible: le scénario. Le syndicat des scénaristes américains a-t-il perdu la tête? Comment peut-on mettre en nomination pour un prix un scénario qui est essentiellement une enfilade de clichés, téléphoné du début à la fin, et comportant des invraisemblances majeures (par exemple: une pilote qui refuse d’ouvrir le feu sur l’ennemi pendant la bataille devrait normalement passer en court martiale, ou au moins être mise aux arrêts; alors, qu’elle ait accès aux prisonniers…), pourrait-il être récompensé? Y a-t-il si peu de choix? On peut récompenser Avatar de nombreux prix: les effets spéciaux et effets visuels, bien sûrs, la réalisation, le montage, ce genre de trucs. À la rigueur, le meilleur film, si on juge que le scénario est un critère d’importance faible ou moyenne. Mais PAS le meilleur scénario. Quand même!

District 9

janvier 7, 2010

Mon premier film de l’année a été District 9. Les attentes, sans êtres exagérées, étaient assez élevées, puisqu’on m’en avait dit beaucoup de bien, beaucoup de critiques le décrivant par ailleurs comme le film de science-fiction le plus original depuis longtemps (sans jamais préciser jusqu’où allait ce « longtemps »). Ça ne mets pas forcément la barre très haute, tant il est vrai qu’en matière de science-fiction, le cinéma est souvent quelques décennies en retard sur la littérature, quand il ne se contente pas d’un « verni » de science-fiction pour appliquer les recettes hollywoodiennes de films bourrins. Mais quand même… j’avais des attentes, ce qui n’est généralement pas conseillé lorsqu’on voit un film la première fois, comme on sait.

Et, surprise! je n’ai pas été déçu. La facture visuelle est travaillée, le rythme est excellent, la réalisation inventive, le mélange des genres est réussi. Le scénario est souvent prévisible, mais atténue ce défaut par le fait qu’il ne prétend pas être une histoire à chute. Le critique de Solaris a regretté qu’un cliché se glisse au coeur du scénario, mais personnellement ça ne m’a pas gêné. Les amateurs de science-fiction « scientifique », de celles qui expliquent les phénomènes scientifiques et fait de la vulgarisation par la bande, par contre, seront déçus: District 9 évite soigneusement ces parages périlleux de la science-fiction (il est si facile de faire des erreurs) en n’expliquant rien au niveau scientifique. On se situe dans une science-fiction résolument « sociale », puisque tous les enjeux évoquent ceux des camps de réfugiés.

J’évoquais le mélange de genre: on a ici un petit morceau de film imitant le reportage-documentaire (qui va aussi bien de blairwitch project à To die for), du film de bidonville violent (on pense à l’excellent Cidade de Deus), au film de robots-combattants à la japonaise (pas d’exemple immédiat en tête qui ne soit pas des dessins animés), les films d’humains transformés (La Mouche), et même un tantinet de ET téléphone maison. On y voit aussi le thème du raciste forcé, pour des raisons de survie, de se cacher parmi ceux qu’il méprise et donc de transformer son regard sur eux (oserai-je évoqué un film qui aborde ce thème pas du tout dans le même registre? … bah, je l’ai déjà fait avec E.T. après tout… Rabbi Jacob!!!). Avec pareil mélange, ç’aurait pu donner une mélasse infâme, mais la sauce prend bien, et, pourvu qu’on apprécie le ton ultra-cynique et sans complaisance adopté, on passe un bon moment.

Je vous invite à jeter un coup d’oeil au court-métrage qui l’a inspiré et à cette note de Boulet.

Science, religion, E-T

novembre 10, 2009

Non, ce billet ne parle pas des raëliens. Il parle plutôt du film Contact avec Jodie Foster, que j’ai pu écouter pour la première fois hier à canal Z. Je voulais l’écouter surtout par curiosité, une de mes correspondante ne jurant que par ce film. Mes attentes étaient moyennes. Je me souvenais qu’il avait déçu à sa sortie. Finalement, je lui donne une note positive. L’écouter en 2009 lui donne probablement une lecture différente que le faire à sa sortie en 1997, puisque son thème principal est désormais beaucoup plus d’actualité: les relations entre science et religion. Mais s’il avait été fait aujourd’hui, il y a fort à parier que le traitement aurait été moins nuancé. La petite analyse qui suit révèle l’intrigue (faut-il encore servir ce genre d’avertissements 11 ans après la sortie du film? bon, je ne prends pas de chances).

Contact est de ce type de science-fiction qui paraît ennuyants aux amateurs exclusifs de Space-Opera à la Star War parce que l’action est lente et sert surtout à aborder des thèmes philosophiques ou des enjeux de société. C’est un assez long film, presque trois heures, qui peut se diviser en trois partie et un interlude, chaque partie abordant un thème spécifique.

Dans la première partie, on découvre une jeune et brillante scientifique qui « sacrifie » une carrière prometteuse pour travailler sur le programme SETI, la recherche d’intelligences extra-terrestres. Elle rencontre une espèce de théologien engagé (mais laïc et sans voeu de célibat) qui critique la « déification » de la technologie. À ce stade, le sujet traité est surtout le problème de la recherche fondamentale, sans gratification immédiate ni promesse de progrès dans un horizon raisonnablement proche. Elle rencontre des difficultés de financement, des bureaucrates qui lui mettent des bâtons dans les roues, parfois même pour « l’aider » (en l’incitant à employer son potentiel à une carrière plus productive). Dans cette partie, donc, la scientifique désintéressée et le religieux altruiste se rejoignent sans grandes difficultés, unis dans une quête de vérité sans compromis.

La deuxième partie commence au moment où Jodie capte un signal venu de l’espace. La dynamique change, le rythme devient un peu plus nerveux. Il faut décoder le message, certes, mais aussi prendre des décisions sur ce qu’on va en faire. La nouvelle s’étant répandue trop vite pour être étouffée, le propos de cette partie est beaucoup plus sociologique. On parle un peu de la paranoïa sécuritaire, de la politisation des enjeux… mais surtout de la religion. L’annonce des chercheurs fait bondir les religieux, bouleversés dans leurs fragiles certitudes. Quand vient le moment de choisir un ambassadeur pour représenter la Terre auprès des extraterrestres en passant dans un genre de super module intestellaire, notre scientifique se fait recaler au moment où son ex-copain religieux (sur le comité de sélection) lui pose la question qui tue: croyez-vous en Dieu. Incapable d’esquiver la question, trop honnête pour dire oui, elle est éliminée de la sélection sous prétexte que pour représenter une planète où quelque 95% des habitants ont une forme ou une autre de croyance religieuse, on ne peut pas choisir une athée. Accessoirement, ça lui sauve la vie, puisque cette deuxième partie se termine sur l’attentat à la bombe d’un fanatique chrétien (aujourd’hui on aurait choisi un fanatique musulman) contre l’engin spatial. Ici, donc, opposition du scientifique et du religieux, sur la base du système de pensée, de la méthode, des certitudes.

Interlude: on apprend que les gouvernements, prévoyants, ont eut la bonne idée de se mettre un petit trilliard de côté pour construire une autre machine spatiale (au cas où, des fois…). Jodie, cette fois, est sélectionnée. Elle se réconcilie avec son copain religieux, puis embarque dans la machine. S’ensuit une grande suite de clichés: elle est catapultée à l’autre bout de l’univers à travers un tunnel qui ressemble à ceux de Stargate, rencontre un E-T qui a prit l’apparence de son père pour lui faciliter la vie, bavarde un peu avec Daddy-E-T, se fait dire (cliché puissance 10) « vous êtes une espèce intéressante: vos-rêves-y-sont-beaux-pis-vos-cauchemars-y-sont-pas-beau », puis est renvoyée chez elle. C’est relativement court et il n’y a pas vraiment de thème porteur, c’est pour ça que je dis que c’est un interlude. Tout l’intérêt est plutôt de préparer la suite.

Troisième partie: rentrée chez elle, elle apprend que son voyage n’a duré qu’une fraction de seconde, que sa caméra n’a enregistré que des parasites et que personne ne pense qu’elle soit réellement partie. Son récit est pris pour une hallucination. Son hypothèse d’une distorsion spatio-temporelle expliquant que 18 heures pour elle ait pu paraître une fraction de seconde pour les autres est balayée de la main et ridiculisée. Devant une commission d’enquête, elle se retrouve avec un récit sans argument et sans preuve, et se heurte à l’incrédulité des juges. Elle voit retournés contre elle tous les arguments qu’elle a avancé contre Dieu dans la deuxième partie (notamment le rasoir d’Ockham). Au pied du mur, elle reconnaît qu’ils n’ont aucune raison de la croire, mais refuse de se rétracter, arguant de la valeur que l’expérience a eu pour elle. Elle se retrouve, en pratique, dans la situation d’une personne qui prétend avoir eu une révélation divine de nos jours. Le comportement qu’elle adopte (reconnaître qu’il est normal qu’elle ne soit pas cru, mais persister dans sa position) est certainement la posture que le scénariste veut nous présenter comme exemplaire. À cette occasion, c’est évidemment pour elle le moment de se rapprocher de son amoureux religieux, qui, pas mesquin, se garde bien de lui sortir un truc du genre « je te l’avais dit » ou pis.

Cette partie se termine sur une subtile prise de position en faveurs de la science: une dame au gouvernement remarque que, bien que la caméra du voyage n’a enregistré que des parasites, elle a enregistré 18 heures de parasites… le scénariste a soigneusement relégué cet élément à la fin pour confronter son personnage, ignorante de la preuve, à la position des religieux, mais cet élément ramène la démarche scientifique à l’avant-plan. Accessoirement, il permet aussi de préparer la happy-end: La scientifique, en charge de gros budgets de recherches, prenant le temps de faire une visite guidée de ses installation à des enfants, leur enseignant les vertus du doute, un doute que de toute évidence elle vit sereinement.

Love N’Dancing: les danses

novembre 8, 2009

Sur une impulsion, j’ai eu l’idée d’aller voir sur YouTube pour voir si les scènes de danse de Love N’Dancing étaient déjà accessibles. C’est le cas, du moins pour certaines d’entre elles. Vu que l’intérêt du scénario est à peu près inexistant, on pourra bientôt s’épargner la peine de le voir et se contenter des morceaux visuels.

Le principal blog disponible fait 8 minutes et constitue également le plus gros morceau de danse du film, la compétition de la fin. Il comprend cinq chorégraphies. Les quatre premières sont assurées par des célébrités du milieu:

1. Jordan Frisbee et Tatiana Mollman

2. Benji Schwimmer et Heidi Groskreutz

3. Markus Smith et Deonna Ball

4. Parker Dearborn et Jessica Cox (ma préféré dans le lot)

Quand à la cinquième chorégraphie, elle est assurée par les héros du film.

J’ai aussi trouvé cette scène dans laquelle le héros et sa première partenaire de danse font une performance dans une école, ce qui convainc l’héroïne de prendre des cours. Et surtout la très étrange scène de Lindy Hop mettant notamment en scène Ben Morris et Carla Heiney. Étrange parce que la musique sur laquelle on les voit danser n’a rien à voir avec du swing; encore plus étrange quand on voit une scène plus tard dans le film, qui ressemble beaucoup à celle-ci, mais qui met en scène du West Coast Swing… avec une musique swing en fond! le monde à l’envers. Est-ce que le monteur s’est mélangé dans les scènes?

Edit: ajout des pages wikipédia de Benji Schwimmer et Heidi Groskreutz

Zombiland

octobre 19, 2009

J’avoue avoir à demi succombé à la mode zombi qui sévit actuellement. Fascinante mode, qui multiplient des tonnes d’histoire qui se ressemblent toutes (il doit y avoir deux ou trois canevas au total, pour des dizaines de films et livres).  Très logiquement, je suis donc allé voir Zombiland dernièrement.

Curieusement, j’ai vu assez peu de films de zombis. Aucun Romero ( ou alors j’ai oublié), à l’exception (qui n’en est pas une) du remake de la Nuit des Morts-Vivants, dont je pense que le scénario (et la qualité!) a été altérée par rapport à l’original. Je n’ai pas vu le Braindead de Peter Jackson non plus. La plupart des classiques de série Z manquent aussi à ma culture. Alors qu’est-ce que j’ai vu? le premier est déjà mentionné. J’ai vu aussi le premier Resident Evil, Planet Terror, 28 jours plus tard et la parodie Shaun of the Dead. Ce qui m’a amené au sous-genre zombifique, c’est d’abord les comics de Kirkman: Marvel Zombis, à saveur de demie-parodie, mais surtout l’excellent Walking Dead, véritable quintessence du genre. Ça suffit amplement pour assimiler les codes du genre.

Zombiland se situe dans les influences actuelles du genre zombi: d’une part, les zombis rapides, façon 28 jours plus tard, qui sprintent au lieu de traînasser des pieds et de se laisser contourner facilement; d’autre part, l’influence (quelque peu décalée) de Max Brooks, auteur du Guide de Survie en territoire zombi, qui réfléchi avec humour à ce qui fait la différence entre une collation pour cadavre ambulant et un survivant. Le héros de Zombiland a sa propre liste de règles à respecter, dont la première est toute simple: avoir un bon cardio.

C’est une comédie horrifique, dont le ton parodique est moins drôle et moins systématique que celui de Shaun of the Dead, avec en revanche plus d’action et de gore. La cause de l’épidémie est ridiculisée au détour de deux phrases, les premières manifestations des cadavres ambulants sont survolées pour concentrer l’action  sur la période post-apocalypse, un détour par Hollywood permet de mettre en scène quelques zombis colorés. Quelques poncifs sont détournés de leur finalité habituelle, quelques autres sont (malheureusement? heureusement?) absents. La meilleure trouvaille demeure encore les règles de survie du personnage principal, qu’on veille à souligner à grands traits à chaque application (il y en a 32 en tout, mais on ne les verra pas toutes). Les personnages sont corrects sans être inoubliables.

Conclusion? Un bon moment sans vraiment de souvenirs impérissables.

Les bons films de danse

août 27, 2009

Après le billet que j’ai réservé à Love’N Dancing, je me suis demandé quels étaient les bons films de danse. Dans ce genre particulier, qui tendent à avoir tous le même scénario, parce que tout ce qu’on demande au scénario est de lier les scènes de danse entre elles, quels sont les films qui se distinguent?

Passons rapidement sur les classiques. Dirty Dancing est le stéréotype absolu des films de danse, avec la fille de bonne famille oisive qui s’éprend de son professeur de danse de basse extraction. On y échappe toutefois à quelques détails, notamment les compétitions de haut niveau et l’apprentissage à une vitesse extravagante. Flash Dance est l’autre grand stéréotype du genre, où la danse est à la fois passion et rêve, en opposition à un travail routinier et dur, et où elle sert à s’extraire d’une condition difficile, tout le scénario tendant vers l’audition finale.

Footloose propose un scénario plus original, mettant en scène une petite municipalité qui a interdit la danse et le Rock & Roll pour des raisons religieuses, et où Kevin Bacon entreprend de faire abolir le règlement en question. Mais on est encore assez loin du grand film.

Shall we danse est d’abord un film japonais sans grandes prétentions, mais filmé et joué tout en sensibilité. La danse y est, pour deux des principaux protagonistes, le moyen (un peu honteux) de s’évader d’un travail routinier, dans une société hantée par la peur du ridicule. Mais les enjeux sont multiples, pour chacun des personnages. L’adaptation américaine fut plutôt une bonne surprise, ne dérogeant au scénario que lorsque c’était strictement nécessaire, notamment pour changer certains enjeux présentés dans la version japonaise qui n’étaient pas pertinents dans le contexte de la société américaine. Par exemple, là où un personnage s’interroge sur des questions de galanterie dans la version originale, son équivalent américain se questionne sur le surentraînement.

Swing Kids est définitivement un film de danse, mais il est définitivement plus que ça aussi. On dépeint la jeunesse allemande au temps du nazisme, entichée d’une musique et d’une danse afro-américaines, dont plusieurs des grands musiciens sont des juifs. Les Swing Kids sont persécutés par les autorités nazis, qui tentent de valoriser danse et musique traditionnelle de la société allemande.

Mon film de danse préféré demeure The Tango Lesson, de Sally Potter. Cette autofiction n’est toutefois pas bien éloignée des stéréotypes habituels des films de danse, mettant en scène la relation houleuse entre Sally et son professeur de tango, Pablo Veron. Il y a toutefois rupture dans la relation prof-élève puisque Sally, loin des stéréotypes habituels de jolies poupées, est une femme dotée d’une très forte personnalité, réalisatrice charismatique; quant à Pablo, il rêve de faire du cinéma. Des dialogues en trois langues (anglais, prédominant; français, occasionnel; espagnol) et une réalisation principalement en noir et blanc, avec un souci esthétique constant. Un jeu passionné, tout en retenu, une musique superbement utilisée. Et les scènes de danse! Trippantes.

Un peu de claquette vient mettre de la diversité au milieu du tango. La dernière scène de tango est une vrai pièce d’anthologie:

Quels sont les films de danse qui vous ont marqué?

L’art de l’adaptation

août 20, 2009

Neil Gaiman est un auteur atypique de bien des manières. Quand un scénariste est venu le voir avec le script de l’adaptation de Coraline, il lui aurait répondu: « Tu es trop proche de l’histoire du livre. Réécris-le en prenant plus de libertés. » Nous sommes à des milliers d’années-lumières de l’attitude typique du romancier qui, à sa place, aurait poussé un soupir de soulagement en voyant qu’on n’avait pas dénaturé son oeuvre. Gaiman, lui, préfère que l’adaptation soit franche, et que l’auteur du film s’approprie son oeuvre.

Le résultat ne va pas lui donner tort. Coraline est très proche du roman, mais s’en distingue assez bien pour gagner en fluidité et mettre en valeur son imagination. Après tout, pour un roman aussi imaginatif, aurait-il été approprié de faire un film qui y colle sans imagination? Aussi voit-on apparaître, en particulier, un personnage, Whyborn, qui n’existait pas dans le roman, et qui donne à Coraline un interlocuteur de son âge.

Parlant d’âge, celui de Coraline est davantage mis en valeur ici que dans le livre. Dans ce dernier, on pouvait presque faire abstraction de l’âge du personnage principal. Dans le film, l’animateur met un soin particulier à donner à son personnage une gestuelle de gamine, très à propos. Autre différence dans l’ambiance, le film met davantage l’accent sur le merveilleux, en particulier dans la première moitié du film, alors que le livre était un peu plus sombre, plus sinistre et grinçant. C’est un peu, en somme, l’autre côté de la médaille de cette histoire.

L’animation, quant à elle, est superbe. Ajoutez-y une histoire qui en vaut la peine, et vous avez un divertissement plus qu’honorable. Cette adaptation passe parfaitement l’examen, mieux que tant de profanations de l’oeuvre originale que nous a servi Hollywood, bien sûr, mais bien mieux aussi que tous ces films trop respectueux de ladite oeuvre originale.