Archive for the ‘Écrits’ Category

Protégé : Chapitre 4 (2) – Les explications de Tallithsar, deuxième partie

octobre 24, 2010

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Protégé : Chapitre 4 (1) – Les explications de Tallithsar, première partie

juillet 11, 2010

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Protégé : Chapitre 3 (fin) – L’aube de la crise

mai 28, 2010

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Chapitre 3 (7) – Les visions du héron, deuxième partie

mai 10, 2010

De retour après une bonne éclipse, pour vous livrer la suite des visions du héron. On achève bientôt le troisième chapitre. 2325 mots cette semaine. Ça fait environ quatre ou cinq pages. Dans le dernier extrait, Esesri avait vu une scène d’un très lointain passé de son monde, vision provoquée par le héron. La vision s’était terminée sur celle d’un vol de milliers d’ibis recouvrant le ciel. Bonne lecture!

Le passage des ibis laissa place à une autre vision.

Celle d’une jeune femme aux cheveux noirs et aux yeux verts, vêtue d’une longue tunique de laine noires, ample, couvrant tout le corps, à la manière des religieuses des Tours. Esesri en avait vu à deux occasions: l’une avait accompagné un missionnaire dans leur village et l’autre avait négocié de la soie à Askashar. Mais il dût reconnaître en celle-là la version plus jeune de Dame Kisenah, sans toute la richesse que celle-ci affichait lorsqu’il l’avait vu.

Elle se trouvait à genou, le corps droit, la tête baissée avec une humilité qui contrastait singulièrement avec la dame qu’il avait connu. Autour d’elle, plusieurs torches éclairaient les murs de pierre peinte d’une pièce par ailleurs très sombre. La fresque qui recouvrait les murs donnait des signes d’effritement.

Son souffle était audible. Sa poitrine se dilatait à intervalles réguliers sous l’effet d’une respiration profonde et forcée. La lueur des flammes faisait miroiter les gouttes de sueur qui trahissaient un état de tension extrême. Devant elle, se trouvaient deux hommes qui la jaugeaient en plissant les yeux.

« Dix de vos vestales ont été interrogées. » récapitulait l’un d’eux, vieux et vêtu d’une jupe de soie noire. Son doigt suivait les caractères tracés à l’encre rouge sur le premier parchemin d’une pile. « Et aucun défaut d’éducation religieuse n’a été noté. Elles ont toutes répondu impeccablement aux questions de cet ordre et ce sans évoquer la moindre thèse sujette à caution. De plus, huit d’entre elles démontrent une connaissance enviable en matière de musique, de poésie, de lecture et de rhétorique. Deux ont des connaissances de droit suffisantes pour émettre un jugement mineur; l’une sait tracer correctement 144 idéogrammes. L’artisanat de votre hôtellerie procure au Clergé des revenus supérieurs à la quantité d’avant votre nomination. » L’homme s’interrompit, releva la tête pour la contempler. Sa voix, jusque là monocorde, prit un peu de couleur. « En tant qu’Abbé de la Congrégation, j’avoue être impressionné. De tels résultats sont inusités à ces étages, surtout en considérant une prieure aussi jeune.

— Je voudrais pourtant qu’on m’explique, » intervint l’autre, un peu plus jeune et revêtu de vêtements de soie rouge, en lisant les caractères d’un second parchemin « comment une hôtellerie aussi bien tenue le soit à l’un des étages les plus lamentables que laissent transparaître les rapports des Sakwas. L’un d’eux indique une recrudescence des opinions blâmables dans ce tronçon. Il y mentionne la présence d’un Hérésiarque qui s’affiche ouvertement!

— Une prieure est avant tout responsable de son prieuré. » protesta l’Abbé. « Dans ce cas, de son hôtellerie. En ce qui concerne le tronçon tout entier, elle ne peut certes pas être responsable de son état.

— Cependant l’enquête du Sakwa indique qu’un prêtre l’accuse de malfaisance et d’opposition au travail des missionnaires. Prieure Kisenah, avez-vous usé de votre influence pour obtenir le renvoi des missionnaires de l’Inquisition?

— Dans l’intérêt de la véritable religion, oui. » répliqua-t-elle. Ses yeux restèrent soigneusement baissés, mais la voix ne dissimulait aucunement sa détermination.                                     « Vous êtes-vous réellement opposé à ce que la Garde ne procède à l’arrestation de l’Hérésiarque?

— Afin d’éviter que la situation ne se détériore, oui.

— Nous gardons la trace que votre prédécesseure a prononcé douze appels à la condamnation dans les territoires de votre Hôtellerie. Depuis votre nomination, nous n’avons la trace que d’une seule.

— Je ne prononce aucune condamnation inutile.

— Expliquez-vous. »

Kisenah salua, puis se releva, à l’aide de petits gestes précis et rituels. Debout, elle salua encore. Ses yeux verts étincelaient. Lorsqu’elle parla, sa voix était parfaitement contrôlée.

« J’invoque l’enseignement d’Handaïsehelli, un Prophète qui n’est sujet à aucun doute: Aucune épée n’atteint jamais le coeur. Dissimulation et Haine naissent de Peur. Cherchez la Foi et non l’Erreur.

J’applique ainsi son enseignement. J’ai vu l’hérésie forte à mon arrivée. J’ai lutté contre Peur. Ainsi se sont révélés les erreurs au grand jour. J’ai usé de l’enseignement rhétorique du clergé pour les combattre.

— Belles paroles. Et qui montrent en fait que vous maîtrisez cet enseignement rhétorique. On s’adresse au clergé en invoquant d’abord les enseignements religieux. On s’adresse à un supérieur en termes concis. Mais je suis aussi homme de savoir, et je remarque que vous n’évoquez aucun autre Prophète, ni aucune thèse que celle qui vous sert, hum? Non, ne corrigez pas cette négligence, l’exercice ne m’intéresse pas. Je suis d’ores et déjà convaincu que vous y excellez. Mais rien de ce discours ne m’informe des résultats sur le terrain. En apparence, tout indique que, depuis votre arrivée, les choses empirent.

— Le nombre des vestales de mon hôtellerie est passé de douze à trente. Votre enquête a démontré qu’aucun reproche ne peut être fait à l’enseignement qu’elles ont reçu. Beaucoup de prieurés accueillent des hérésies bien dissimulées. En agissant ainsi j’ai extirpé ce danger du mien. J’enseigne à mes vestales à prêcher à leur famille et aux clients de l’hôtellerie. Je puis vous assurer que dans ce tronçon ce sont nos dépendances qui abritent le moins d’hérétiques.

— Cela ne justifie pas votre opposition à l’arrestation d’un Hérésiarque s’affichant au grand jour. Cela tiens moins de votre avis de faire disparaître la peur que de l’encouragement, à notre avis.

— Excellence, pardonnez ma franchise, mais vous ne savez pas de quoi vous parlez!

— Vous prétendez l’expliquer à un Prince du Clergé?

— Non à un Prince du Clergé, mais à l’homme qui vient du sommet des Tours. Ni vos clients ni les vassaux de votre Maison ne vivent assez profondément pour avoir idée de ce que signifie à ce niveau l’arrestation d’un Hérésiarque. Plusieurs caciques étaient prêts à s’y opposer. Ils y seraient parvenus au prix fort. Je me suis opposée à une arrestation mal préparée qui aurait engendré beaucoup de rancoeurs. »

L’homme aux vêtements rouges la considérait d’un regard songeur. Les plis soucieux de son visage se multipliaient. Ses yeux fatigués se rapprochaient du parchemin pour en parcourir les idéogrammes. À ce moment, il eut vraiment l’air d’un vieillard.

« Je m’en tiendrai là. Vos idées sont on ne peut plus orthodoxes, au moins en ce qui concerne la stricte religion. Ce sont vos politiques qui inconfortent certains, et je ne souhaite pas suivre leurs désirs de vous voir vider la place. Je suis rassuré à l’idée que vous soyez capable de défendre vos actes, ils sont prudents et cette prudence est précieuse.

Je me permets de vous avertir que certaines accusations ont été lancées contre vous concernant des moeurs dépravées, accusations que j’ai traitées avec le dédain qu’elles méritaient.

Quant à votre demande…

— Je ne l’aurais pas soumise s’il y avait eu quoi que ce soit à me reprocher. Je savais qu’il y aurait enquête.

— Ne m’interrompez pas. Je ne pense pas y accéder. »

Dans le silence qui s’ensuivit, l’homme attendit. Il attendit, contemplant le visage crispé de la jeune femme, les protestations de celle-ci. Il attendit longuement, comme certain que dans sa lutte pour retenir ses paroles, elle échouerait finalement.

« Mais… » ce simple mot lui donna raison. Elle s’en rendit compte et s’interrompit. Quant à lui, il sourit, puis poursuivit.

« Certes, les recommandations et les pressions sont nombreuses mais… j’imagine qu’une jeune femme l’aura rapidement noté, je ne suis pas né de la dernière Ascension. J’ai consulté les archives récentes sur la provenance de ces recommandations pour y constater, sans grande surprise d’ailleurs, que la plupart d’entre elles provenaient de gens qui viennent de votre tronçon et ont bénéficié par le passé de telles recommandations de votre part. Un jeu certes fréquent et, dans ce cas, bien exécuté, mais j’ai passé l’âge de jouer. »

L’Abbé se pencha vers l’avant, plein de sollicitude.

« Nous connaissons votre ambition. Et compte tenu de vos talents, je compte vous récompenser en vous confiant une abbaye mixte d’Altor. Soixante moines et vestales, dix prieurés inféodés et le tout bénéficiant du privilège de l’Ascention. C’est une belle réussite. »

Esesri crut un instant qu’un harpon surgirait de chacun des yeux de la jeune femme pour transpercer les deux vieillards. Puis elle parla, et, au fil de ses paroles, l’inflexion de sa voix s’avéra plus acéré que n’importe quelle pointe.

« Le nouveau roi ne se trouve pas à Altor. Les Seize ont élu le prince d’Akhashal. C’est lui, désormais, qui juge les attributions des domaines sans héritiers. Et pendant que notre Congrégation peut réclamer un héritage, vous m’envoyez au plus loin?

Je connais mieux la situation ici que n’importe quel aristocrate du sommet. Avec cette expérience et mon talent d’oratrice, je suis la mieux placée pour faire convertir ces domaines en nouvelles abbayes.

— De nouvelles richesses ne m’intéressent pas. » répliqua l’homme en violet tandis que l’autre hésitait.

Kisenah en tremblait. Ses yeux étaient humides.

« Non, vous n’êtes intéressé qu’à m’employer! Mais je n’ai pas d’autre utilité que là où je demande à être. »

Face à une jeune femme qui hésitait entre la rage et les pleurs, le vieillard eut l’air ému. Il reprit sur un ton plus doux.

« Avec autant de talent, je m’étonne que vous soyez si prompte à vous déprécier. Si vous doutez de pouvoir réaliser de grandes choses dans l’abbaye que nous vous offrons, je puis vous assurer que l’endroit demande une poigne de fer et offre de nombreuses opportunités. »

Il se heurta à une réponse déterminée.

« Je convertis ma demande d’être déléguée au sommet en demande de retraite permanente.

— Quoi? C’est une plaisanterie? Vous ne pensez tout de même pas que je vais vous croire capable de rester cloîtrée toute votre vie?

— Si c’est à ma soi-disant ambition que vous faites référence, Excellence, elle sera satisfaite de cette relation privilégiée avec les Dieux célestes.

— Laissez-nous. » interrompit l’Abbé avec des hochements de tête découragés.

Elle sortit.

« Je vous avais prévenu. » fit l’Abbé. « Elle n’ira que là où elle le souhaite. Je pense que nous devrions accéder à sa demande. Après tout elle dit vrai lorsqu’elle prétend être la mieux placée pour nous représenter.

— Voyons… ce chantage est ridicule. Une tentative désespérée pour nous pousser à accéder à sa demande. Dans ses derniers retranchements, elle acceptera cette Abbaye.

— Peut-être… j’en doute, mais vous avez peut-être raison. Mais dans ce cas nous aurons à redouter qu’elle ne se venge de nous en employant ses capacités à faire exactement le contraire de ce que nous attendons d’elle. Vous sacrifiez un talent exceptionnel avec votre intransigeance.

— Ce n’est pas à un vieux chat qu’on apprend à griffer. Elle ne souhaite que faire la démonstration de son éloquence devant le roi pour entrer dans sa Retraite. Il a à peine commencé à la constituer et elle compte faire partie de ce cercle privé.

— Nous ne pouvons qu’y gagner. Je ne vois pas ce que vous craignez.

— Vous avez beau protester, mon ami, il reste de l’ambition chez vous. Nous n’avons que faire de richesses supplémentaires. Je crains de sacrifier ce talent, justement. Ce n’est pas auprès des princes ou du roi que les choses se font. Ces gens sont inutiles, et je crains que la situation ne se dégrade à Altor. J’ai besoin là-bas de gens de sa trempe.

— Je sais. J’aurais voulu, également, que ce soit possible. Mais croyez-moi, ce ne sera possible qu’avec son plein consentement. »

L’autre médita ces paroles, ses doits tambourinant sur la table. Le regard perdu dans le vide, il semblait sincère dans sa préoccupation quant à la situation d’Altor, et au dédain qu’il avait pour la cour du roi. Mais il finit néanmoins par acquiescer.

Il partit le premier, suivi de l’Abbé, qui avec son vêtement sombre se confondit presque totalement avec la pénombre ambiante.

Une pénombre de laquelle surgirent deux corps. Celui d’une femme et celui d’un homme. Nus et mutilés, leurs visages tourmentés. Ils arrachèrent Esesri de la perplexité dans laquelle l’avait plongé la vision précédente, pour le plonger dans l’horreur : c’était les visages de ses parents de sang.

Cette fois, ce n’était pas une vision. L’eau tremblotait autours d’eux, ils flottaient au milieu de petits poissons et de reflets d’étoiles. Leurs bras étaient tendus vers la surface. Comme un appel vibrant.

Il y répondit. Il tendit la main vers eux du haut de l’éminence sur laquelle il était perché. Il se pencha vers l’avant, jusqu’à ce que ses doigts effleurent la surface, touchent les leurs.

Leur touché était glacé. Et un objet tranchant passa le long de sa main. Une longue coulée rouge s’échappa de sa main et descendit en nuages rejoindre celles qui s’échappaient des plaies des corps.

Ses pieds glissèrent, la toile sous lui se déchira. La question qui ne franchissait pas le seuil de ses lèvres ne recueillait aucune réponse dans les yeux de ses parents. Ils l’appelaient, c’est tout.

Le bec du héron continuait à glisser le long de ses bras, aussi tranchant que les dents de n’importe quel requin. Il déchirait les chairs de ses parents, transperçant le bras de sa mer pour trouver son chemin jusqu’au coeur de son père. Leurs entrailles à tous deux s’ouvrirent comme des bouches hurlantes, hurlant chaque fois la même chose, la douleur de leur perte, la disparition de leur descendance.

Esesri voulait les saisir, malgré leur contact glacé, qui pénétrait dans sa propre chair. Le bec du héron extrayait et déchiquetait des animaux venimeux de leurs entrailles. Un serpent de mer, et un fugu et encore cet animal qu’il n’avait jamais vu et celui-là qui avait deux dards. Entre les hurlements silencieux de ses parents, il n’entendait que des paroles monocordes, une mélopée funéraire. Il s’enfonçait sous l’eau maintenant jusqu’à l’épaule, vers cette faune mortelle.

Sans autre espoir que la poigne ferme qui retenait son autre main. Qui le tirait vers le haut. Qui venait du même endroit que les mélopées. Une prière fervente invoquant la protection des dieux. Et puis un cri impérieux à l’adresse de tous les génies malins qui hantaient le lieu, les sommant de disparaître à l’instant.

Il était trempé, à demi inconscient. Et il voyait à l’horizon, une ligne jaune orange annonçant le lever prochain de l’astre solaire.

Shabistan veillait de nouveau sur le monde.

C’est tout pour cette semaine.

Protégé : Chapitre 3 (6) – Les visions du héron, première partie

avril 10, 2010

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Protégé : Chapitre 3 (5) – Le héron

mars 14, 2010

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Protégé : Chapitre 3 (4) – Vertige

février 5, 2010

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Protégé : Chapitre 3 (3) – les pièges du garal

janvier 4, 2010

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Protégé : Chapitre 3 (2) – Explications

décembre 19, 2009

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Protégé : Chapitre 3 (2) – Folies

décembre 13, 2009

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