Archive for the ‘Réflexions historiennes’ Category

Ailleurs, c’est pire… et alors?

mai 23, 2012

Au XVIe siècle, dans le Discours de la servitude volontaire, Étienne de la Boétie écrivait « il était impossible au Persan de regretter la liberté dont il n’avait jamais joui; et les Lacédémoniens au contraire, ayant savouré cette douce liberté, ne concevaient même pas qu’on pût vivre dans l’esclavage. » (p.26). L’humaniste français défendait ainsi la position que l’homme libre est plus prompt à défendre sa liberté que celui qui ne l’est pas à réclamer la sienne. Il y a là, dit-il, l’influence de l’éducation.

En 1856, dans L’Ancien régime et la Révolution, Alexis de Tocqueville écrivait de la Révolution française « Ce n’est pas toujours en allant de mal en pis qu’on tombe en révolution. Il arrive le plus souvent qu’un peuple qui avait supporté sans se plaindre, et comme s’il ne les sentait pas, les lois les plus accablantes, les rejette violemment dès que le poids s’en allège » (1). Aux yeux de ce penseur libéral, si la révolution eut lieu sous Louis XVI plutôt qu’avant, ce n’est pas parce qu’il était pire que ses prédécesseurs, mais plutôt parce que son peuple avait eu la marge pour penser le rejet de la domination, et que, face à un timide retour de mesures autoritaires, il ne le toléra pas.

C’est ce genre de logique que ne paraissent pas comprendre nos conservateurs – y compris ceux qui se cachent derrière le nom de « Parti Libéral du Québec ».

Notre ministre Robert Dutil et plusieurs autres s’efforcent de nous faire avaler la loi 78 sous prétexte que d’autres pays contrôlent davantage les manifestations que ce qui est prévu dans cette loi. L’argument me paraît pervers. Je ne vois pas pourquoi, parce que c’est pire ailleurs, nous devrions accepter de régresser.

C’est un mauvais usage de la comparaison que de prétendre que nous devrions nous rapprocher de modèles plus répressifs, si cette répression est contraire à nos valeurs. C’est un meilleur usage de la comparaison que de dire que, tout en continuant notre chemin dans la même direction, on espère que ceux chez qui c’est pire s’efforceront de nous rejoindre. Par exemple, on espère que les Russes sauront faire taire Vladimir Poutine.

[Edit:24-05-2012 – Non seulement la logique du Sinistre (2) de la Sécurité publique Robert Dutil est sinistre, mais en plus, il nous ment en pleine face.]

(1) Cité dans GARCÍA, Patrick, « La naissance de l’histoire contemporaine », dans Les courants historiques en France (XIXe-XXe siècle), Paris, Armand Colin, 2007, p.89

[Edit: (2) Dire « sinistre » au lieu de « ministre » est une pratique introduite au Québec par l’humoriste Sol. En ce moment, c’est très populaire quand on parle des membres du cabinet Charest.]

Quelques nouvelles de Cosandey

mai 7, 2012

Un petit billet rapide aujourd’hui, juste pour signaler une nouveauté intéressante pour ceux qui suivent ce blogue depuis longtemps (et quelques autres, on n’est pas sectaires). J’ai fait un compte-rendu du livre Le Secret de l’Occident de David Cosandey le 31 août 2010. J’en ai formulé une critique le 6 novembre 2010, qui pointait les insuffisances qu’il m’avait semblé percevoir quant à l’usage fait par Cosandey de la notion de « civilisation ».

Cosandey semble être un auteur qui se tient bien au fait de ce qui s’écrit sur son oeuvre, aussi suis-je informé par les statistiques de mon blogues qu’il a fait des copies de sécurité de mes deux billets, auxquelles il a ajouté quelques annotations. Le billet critique, quant à lui, a été suivi d’une réponse ma foi développée et intéressante. Il me paraît être la moindre des choses que de recommander à mes lecteurs d’aller en prendre connaissance. Elle se trouve ici.

Protégé : Ortega y Gasset et l’Université

avril 30, 2012

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Ceci n’est pas une grève.

avril 18, 2012

La célèbre toile de Magritte, l’une des plus importantes du XXe siècle, appelle deux types de commentaires contradictoires. Le premier est d’affirmer que ce n’est pas parce que c’est écrit, que c’est vrai. La personne mise devant la toile est en droit d’affirmer que, quoique puisse en prétendre le peintre, si ça ressemble à une pipe, la volonté même du démenti en font bien une pipe. Le second commentaire est de dire que, en effet, ce n’est pas une pipe, ce n’est que la représentation d’une pipe. Mais cette deuxième interprétation, qui semble réfuter la première, ouvre en fait la porte à des questions telles que: la pipe du capitaine Haddock, quoiqu’elle soit la représentation d’une pipe, qu’est-elle pour le capitaine Haddock? À partir de là, le commentaire peut se poursuivre longtemps. Synthétisons: on peut affirmer que la toile de Magritte ouvre une réflexion sur le statut philosophique des choses.

Cette dualité se retrouve aussi dans la grève étudiante. Est-ce bien une grève? Le gouvernement et les rectorats disent que non: c’est un boycott. Les étudiants disent que c’est une grève. Les médias hésitent: ils préfèrent nommer les sections entières qu’ils consacrent au sujet avec des expressions jugées neutres: « mouvement étudiant », « conflit étudiant », « droits de scolarité », etc…

Le point de vue des étudiants, c’est que les étudiants sont un corps social dont le travail sert l’institution dont ils sont membres. Leur arrêt de travail, même s’il ne s’étend pas à tous les départements, représente donc bien une grève.

Le point de vue du gouvernement et des rectorats, c’est que les étudiants ne sont pas un corps social. Ce sont des clients, qui payent pour des services. Mais ça, il faut le dire sans le dire. Ils savent que le dire trop directement, ça ne passerait pas. Déjà que l’Université de Montréal s’est ridiculisée en comparant l’Université à un centre commercial… (le juge n’a pas semblé convaincu, qui a rejeté la demande concernée). Ils préfèrent un autre argument: le droit de grève n’est pas reconnu aux associations étudiantes dans la loi québécoise. L’utilité stratégique de l’argument, c’est de briser la solidarité inhérente au droit de grève: on renvoie les étudiants à un choix individuel d’aller ou non en cours, qui devraient se tenir de toute façon (d’où les injonctions qui ont jeté le feu aux poudres ces derniers jours).

Mais cet argument ne tient pas debout. Prétendre que c’est la loi qui fait la grève est un contresens historique. Historiquement, la grève a bien sûr existé bien avant qu’on ne légifère à propos du « droit de grève », lequel n’aurait tout simplement pas pu effleurer l’esprit des juristes avant que la grève ne fasse son apparition. La législation, d’ailleurs, a eu un curieux effet sur nos institutions. Elle a créé un phénomène nouveau, extension de celui qu’elle prétendait encadrer: la grève illégale. Rendre une grève illégale est un moyen de pression employé par certains gouvernements (en particulier conservateurs) à l’encontre des grévistes. Ça peut marcher, ou pas. Mais dans un cas comme dans l’autre, la grève, qu’elle se situe dans le cadre ou pas de la loi, reste une grève. Et on continue à la traiter comme une grève, même chez les instances officielles et chez le patronat.

Ce n’est donc pas à ce qu’en dit le législateur qu’on reconnaît la grève, mais à sa caractérisation sociale: sa représentation et sa pratique. Ceci semble bien être une grève.

Est-on entièrement sorti de notre dualité matissienne? Pas tout à fait.

Pendant que je cogitais ce billet, le professeur d’histoire contemporaine Carl Bouchard, de l’Université de Montréal, rédigeait une lettre ouverte, intitulée « Revendiquer le « boycott » « . Lui et moi, on est du même bord. On est parti des mêmes réflexions, du même constat, avec les mêmes idéaux à l’esprit. Et on arrive à des conclusions opposées. Curieux, non?

Fondamentalement, lui et moi partageons l’essentiel: nous ne sommes pas dupes de la guerre des mots des autorités. Voici ce qu’en dit M. Bouchard:

Pour autant, vous appréhendez le mouvement étudiant exactement comme s’il s’agissait d’une gréve : refus de négocier, paternalisme digne d’un ancestral chef d’usine, injonctions visant le retour au « travail », efforts pour faire des professeurs des briseurs de grève. Vous dites boycott mais vous pensez grève.

Mais où, alors, ce trouve la divergence entre ma réflexion et celle de M.Bouchard? (et non un désaccord entre lui et moi, on nous apprend à être prudent sur les mots, ces jours-ci).

C’est que toute la philosophie gouvernementale et rectorale qui s’est appliquée ces dernières années visent à transformer les étudiants en clients. En ce sens, ils sont bien des boycotteurs. Je lui relaisse la parole:

Or, c’est vous, sans le savoir, qui avez raison. Les étudiants boycottent. Ils boycottent parce que nous avons fait d’eux des clients, des consommateurs de services, et ils ont été dans les dernières semaines des centaines de milliers à refuser de consommer le produit, de plus en plus cher mais pas meilleur, qu’on veut leur vendre. Il est révélateur que l’avocat de l’Université de Montréal qui a plaidé en faveur d’une seconde injonction la semaine dernière afin d’empêcher non seulement les piquets de grève mais toute manifestation sur le « terrain privé » de l’université ait comparé ce lieu d’enseignement à un centre commercial. Il y a dans cette ligne de défense une source infinie de tristesse pour ce qu’est devenue l’université.

Étudiantes et étudiants, revendiquez le mot boycott.

Il y a un risque à revendiquer le mot boycott: le poids qu’il fait peser sur la solidarité étudiante, sur l’identité du mouvement étudiant comme partie de l’institution universitaire. Mais M. Bouchard n’a pas tort: les craintes des recteurs sont en partie celles de leur âme de marchand: ne pas vendre leur produit, ne pas engranger les revenus résultants de la vente. C’est bien un boycott. Pour autant, c’est quand même une grève: l’Université vend non seulement des cours, elle vend aussi un taux de diplomation et une réputation. Deux produits dont les étudiants sont les ouvriers (ce qui n’exclut pas la part des profs ou du personnel administratif, bien sûr). Les conséquences administratives à gérer en cas d’annulation de session s’apparentent également à une grève.

Ce qui nous amène à dire que les étudiants sont les ouvriers, les consommateurs et le produit de l’université. Puisqu’on tient absolument à s’exprimer en termes marchands et industriels.

Sort-on de la dualité? non. Veut-on en sortir? pas sûr.

Est-ce un boycott? Sans doute.

Mais ceci est bien une grève.

Virtuel, conservation et diffusion

janvier 7, 2012

Lorsqu’on a appris la nouvelle de la destruction des documents de l’Institut d’Égypte, un de mes amis facebook avait fait le commentaire que c’était un signe de l’urgence de numériser l’ensemble du patrimoine archivistique et de le diffuser gratuitement. Si cela avait été fait, disait-il, la perte de ces documents aurait été rendue impossible. Sans discuter des blocages institutionnels de cette belle utopie, cela m’a fait réagir, car je vois dans un tel raisonnement un peu de pensée magique, assez courant, quant aux vertus du virtuel.

Les archivistes considèrent généralement l’idée de conservation du patrimoine par le biais des moyens virtuels comme un mirage dangereux.

Dans le cas de l’Institut d’Égypte, que se serait-il passé si les document avaient été entièrement numérisés et diffusés gratuitement? Admettons d’emblée que cela aurait amorti le choc. Mais à quel point? Des documents numérisés et diffusés par le biais d’internet sont d’abord conservés sur un serveur. Où aurait été le serveur où on aurait stocké les données? Si l’institut avait eu son propre serveur et l’avait conservé sur place, la probabilité que les données qui y auraient été stockées auraient été perdue aurait été élevée. Si au contraire le serveur avait été conservé dans un autre lieu, là, parfait! on aurait au moins eu ça. Supposons la destruction du serveur: à quel point la diffusion aurait sauvé les documents? Peut-on vraiment supposer qu’ils auraient tous été téléchargés? Sans doute pas. Seule une fraction, celle rejoignant les préoccupations de la recherche et populaire chez les historiens amateurs, l’aurait été. Le reste, perdu.

Encore à cette étape, le téléchargement ne signifie pas la conservation du patrimoine. Le document qui sommeille au fond du disque dur d’un particulier n’est pas sauvé pour l’humanité.

Une fois les originaux et les serveur détruits, se pose le problème de la récollection* des documents: les localiser (qui a effectué les téléchargement?), les racheter (quelle belle occasion d’enrichissement pour ceux qui auront été seuls à télécharger tel ou tel document! à moins qu’on ne s’attende à ce qu’ils fassent tous nécessairement preuve d’altruisme?), et les réimprimer sur du papier d’archive.

Oui, du papier d’archive (c’est-à-dire un papier plus durable que celui qu’on utilise couramment). Car encore là, l’existence des documents numériques ne suffit pas à la conservation. On l’oublie souvent, mais ces documents n’existent pas en eux-mêmes, ce sont des données qui n’ont aucune valeur sans la technologie nécessaire pour les décrypter. Or, cette technologie évolue à grande vitesse. Pour être conservés, les documents électroniques doivent être transformés, et doivent donc faire l’objet d’un suivi régulier, sans quoi ils ne seront plus accessible que par des technologies anciennes, qui se raréfient rapidement. Il devient généralement plus simple d’assurer la conservation sous forme une forme matérielle et entreposable, comme du papier. Cette réalité est gérable par des grands centres de conservations, mais cela rappelle aussi l’urgence du travail de récollection après catastrophe, puisque les particuliers héritant des copies virtuelles, eux, n’ont généralement ni les moyens, ni la discipline nécessaire pour assurer ce travail.

Autant dire que, si la numérisation peut sauver les meubles à l’occasion, elle est loin d’être la panacée que certains croient.

En fait, le plus grand avantage de la numérisation en termes de conservation de documents est plus indirect et moins spectaculaire: en faisant en sorte que les usagers consultent le document numérique en lieu et place de l’original, on use moins ce dernier et on accroît sa durée de vie. C’est déjà beaucoup. D’autant qu’avec de bons logiciels de traitement d’images, les documents numérisés sont parfois plus lisibles que les originaux!

*pour autant que je sache, ce mot n’est attesté que dans un sens spirituel, qui n’est pas le sens que je cherche à exprimer ici. Mais son étymologie correspond au sens que je lui donne: re-co-ligere. Ou rassembler. Ou re-collectionner.

Ordalie et anthropologie

septembre 15, 2011

Voici une histoire que racontait l’un de mes profs d’histoire médiévale dans son court, à propos des ordalies. En fait, elle lui venait d’un ami anthropologue qui avait pu observer des pratiques d’ordalies en Afrique (je ne sais plus quel pays).

L’ordalie, c’est le jugement de Dieu. Plus généralement, on peut parler de l’enquête par l’intervention de puissances surnaturelles. On pratique un rite censé désigner le coupable d’un crime. La plus connue de ces pratiques est l’épreuve du feu, pratiquée au Moyen Âge en Europe et, apparemment, dans certaines régions d’Afrique. Après rituel pour demander l’assistance de Dieu / éventuellement une autre puissance quelconque, on chauffe une barre de fer, et l’accusé doit la prendre en main: s’il se brûle, il est coupable, sinon, il est innocent.

Pas très rationnel, tout ça, on est d’accord.

Pas forcément complètement bête non plus.

Dans l’histoire racontée par mon prof, un juge avait été appelé dans un village où il y avait eu un crime. Il y avait quatre suspects principaux. Le juge les fait venir devant lui, procède au rituel, explique le principe qu’un innocent ne se brûlera pas, et il en fait une démonstration sur lui-même. Par le moyen d’un tour de passe-passe, il donne l’illusion de toucher le fer brûlant sans s’y brûler. Les spectateurs sont alors convaincus de l’efficacité de la magie à l’oeuvre. Le premier suspect passe alors devant le juge, qui passe le fer en pratiquant le même tour de passe-passe: bien sûr, il ne se brûle pas, et on le laisse aller. Même chose pour le deuxième. Mais lorsqu’on appelle le troisième, il montre d’énormes signes d’anxiété, s’approche en tremblant et, lorsque le juge approche le fer, bondit en arrière et avoue sa culpabilité dans le crime.

L’objectif du rituel semble donc d’inciter le coupable à se dévoiler. Comme dans certaines histoires policières où le détective n’a pas de certitude sur le coupable, mais a assez d’éléments pour convaincre qu’il connait son identité, et l’amène ainsi à poser le geste qui le trahira. C’est un bluff qui n’a d’efficacité que si chacun est convaincu de l’efficacité magique du rituel: les innocents doivent avoir la certitude qu’ils ne se brûleront pas (sans quoi ils risquent de s’auto-accuser, à tort) et les coupables la certitude qu’ils n’échapperont pas à la souffrance de la brûlure. Il faut également qu’il soit mis en oeuvre par un juge pas con, doué pour la mise en scène, et avec une bonne dextérité apparemment. Ce n’est peut-être pas bête dans l’ensemble, mais c’est néanmoins hautement hasardeux.

Le bal des attributions

avril 14, 2011

Dès que j’ai eu l’âge d’en comprendre l’humour, on m’a dit que Camil Samson, avait déclaré un jour: « Le Québec est au bord du gouffre, et les créditistes vont lui faire faire un pas en avant! ». Camil Samson était bien sûr le chef de ce parti, le Ralliement créditiste du Québec. Et j’y ai longtemps cru.

Mais lors de mon séjour en France, j’ai dû entendre la même phrase attribuée à trois ou quatre obscurs politiciens régionaux du pays. Les Alsaciens l’attribuent à un politicien alsacien, les Toulousains à un politicien toulousain, les Languedociens à un politicien languedocien, et ainsi de suite. Et là, ça m’a fait douter.

En cherchant un peu sur le net, j’ai trouvé assez souvent la citation attribuée au coloré Camil Samson, mais jamais d’une manière documentée. On trouve aussi d’autres attributions. Dans certaines discussions ici et sur les citations québécoises, on trouve aussi quelques personnes pour qui (version plus vraisemblable), ce serait en fait les Cyniques, groupe d’humoristes populaire de l’époque, qui lui ont mis la citation dans la bouche en le personnifiant dans un spectacle. L’avantage de cette affirmation, c’est qu’elle est vérifiable (il n’y a qu’à se taper l’oeuvre des Cyniques), donc pour ceux qui sont motivés…

Le fait qu’au Québec la citation est attribuée unanimement à Camil Samson fait qu’il y est plus difficile qu’en Europe, où les attributions sont multiples, de se rendre compte que cette citation est en fait un lieu commun pour ridiculiser l’un ou l’autre politicien, généralement un personnage haut en couleur et déjà un peu ridicule sur les bords. L’unanimité de l’attribution à Samson au Québec relève du génie des Cyniques.

Dans la série télévisée Chartrand et Simone, il y a une scène où Michel Chartrand, prenant une bière avec ses amis syndicalistes, lance comme ça qu’un député « de l’Ouest » aurait dit « à Laurendeau » cette phrase savoureuse: « If english is good enough for Jesus Christ, english is good enough for Canada ».

Ce matin pour une raison inconnue j’ai repensé à la citation et je me suis dit que je pourrais googler ça pour voir s’il y avait trace sur internet de l’identité de ce député de l’Ouest. Résultat? Là aussi, les attributions sont multiples. Avec quelques variations dans la formulation de la phrase (qui ne parle généralement pas du Canada), cette citation est attribuée tantôt à un texan, tantôt à un sénateur de l’Arkansas, etc… L’attribution la plus fréquente revient à Miriam A. Ferguson, la première femme gouverneure du Texas, qui l’aurait dit dans le cadre du débat sur la présence de l’espagnol au Texas et de la langue d’enseignement des enfants de l’État. Mais les plus sagaces commentateurs semblent s’accorder à considérer la citation comme apocryphe. Dans une discussion (dont j’ai fermé l’onglet trop vite et dont je ne retrouve pas le lien, désolé), un participant fait pertinemment remarquer que, quand une citation est attribuée à un très grand nombre de personnes et qu’il est difficile d’en documenter une source originale, elle est très certainement fausse.

Mieux, ce Language Log nous offre une liste documentant une série de variations de la citation (préférant généralement Saint Paul à Jésus Christ) entre 1881 (en fait, il y en a même une en 1854) et 1927. Les premières versions semblent plutôt concerner des questions de traductions de la Bible, les « auteurs » présumés donnant l’impression de considérer que la Bible King James fut la version originale. Si on se fie à cette petite série, ridiculiser le conservatisme du petit peuple chrétien a été le premier aliment du mythe. Dans la version de 1905, ce sont encore des gens du petit peuple qui sont visés, cette fois dans la question de l’apprentissage de langues étrangères. En 1927, c’est encore le cas, mais l’attribution à Ma Ferguson (et beaucoup plus tard, notre député anonyme de l’Ouest canadien) paraît faire passer l’attribution à des personnages politiques, dans le cadre des débats linguistiques. C’est alors moins le christianisme qui est la cible (bien qu’il reste en toile de fond), que l’anglo-centrisme des conservateurs anglo-saxons.

Quelqu’un a d’autres exemples de citations vagabondes comme ça?

Critique de Cosandey

novembre 6, 2010

Il y a quelques temps, j’ai fait un résumé du livre Le Secret de l’Occident, vers une théorie générale du progrès scientifique, écrit par le scientifique David Cosandey, qui tente à travers ce livre d’expliquer pourquoi la science moderne a émergé en Europe et pas ailleurs, et d’élaborer une théorie qui s’applique à toutes les civilisations de l’histoire de l’humanité.

Maintenant que la théorie est résumée, et que son intérêt apparaît sans doute à ceux qui ont lu le résumé, tentons un peu de critique.

La plupart des comptes-rendus que j’ai trouvé sur le net sont favorable, quand ils ne sont pas élogieux. Les comptes-rendus élogieux sont généralement les moins intéressants à lire, d’ailleurs. Ce sont les critiques qui stimulent le débat. J’en ai trouvé une qui soit digne d’être rapportée, et elle émane d’un doctorant en géographie, Laurent Gagnol (lui-même, qui a fait des recherches plus systématiques que moi, réfère d’autres critiques, voyez ses notes de bas de page). Les considérations géographiques formant la pierre angulaire de la théorie thassalographique de Cosandey, sa critique de huit pages vaut la peine d’être lue. La critique de Gagnol, outre de réguliers commentaires infrapaginaux sur de mauvaises interprétations d’auteurs que Cosandey a lu, relève principalement d’un point: l’ignorance de Cosandey des bases de l’épistémologie de la discipline géographique, qui l’amène d’après lui à commettre les mêmes erreurs que Ritter, un géographe du XIXe siècle (dont il insinue par ailleurs à plusieurs reprise que Cosandey le plagie):

Cette crise de la modernité et la montée des questions environnementales rendent audibles le retour de ces théories du milieu. Sont-elles pour autant toutes recevables ? N’y a –t’il pas un danger de réapparition d’idées déjà maintes fois condamnées ? Ce qui rend cette théorie générale si séduisante est aussi ce qui la rend plus critiquable.

Quelques critiques me sont aussi venues en tête, qui ne sont pas aussi fondamentales que celle de Gagnol. Après avoir fait le tri, je vais m’en tenir à une seule. La critique qui me vient à l’esprit , à première vue, s’attaque à de simples petits détails qui prennent une place mineures dans le livre. Mais en y réfléchissant, ces détails mettent en cause un des aspects essentiels de la démarche de Cosandey: l’approche par civilisations. Tout le livre de Cosandey est en effet organisé par analyse de civilisations: occidentale, chinoise, islamique, indienne, grecque antique sont les principales, mais il y a des développements assez substantiels aussi sur la Russie, le Mexique, le Pérou et le Japon.

Le détail qui dérange en premier lieu a tellement l’air d’un détail qu’il est relégué à une note de bas de page à la description de la méreuporie musulmane de 900-1050 (p.331), fait de trois grands empires, nous dit-il: les Omeyyades d’Espagne, les Bouyides iraniens et les Fatimides d’Égypte. Cette note de bas de page commente l’exclusion de l’Empire byzantin de l’analyse:

Il faut noter que l’Empire byzantin reste à l’écart de ce système d’États malgré sa position géographique idéale pour y participer. Cela souligne l’importance cruciale de la communauté de culture pour former un ensemble d’États en compétition. Les systèmes d’États n’enjambent pas les limites des civilisations.

Affirmation, oh! combien imprudente! Déjà, je me demande bien où il a trouvé que l’Empire byzantin ne participait pas à ce système d’état. Je ne connais pas assez cette époque pour trancher, mais, de toute évidence, Cosandey non plus. Le type de documentation qu’il utilise peut masquer une réalité du fait des choix méthodologiques faits par les historiens.

Mais surtout la « civilisation » n’est pas un concept sans périls. Il est difficile à définir, et extrêmement difficile à cartographier. Quand les historiens adoptent une division de leur travail par civilisations, leur découpage doit souvent plus à la tradition historiographique qu’à des critères méthodiques et significatifs. Et surtout, les découpages s’avèrent très variables d’une oeuvre à l’autre.

Braudel, par exemple, ne voyait pas une civilisation européenne ou occidentale. Pour lui, l’Europe était divisée en plusieurs civilisations, repérables à différents signes, comme la frontière entre catholicisme et protestantisme; dans la théorie braudélienne, notamment, si les doctrines protestantes ne sont pas parvenu à faire leur place dans les pays méditérranéens et fut finalement rejeté de France (malgré la subsistance de quelques groupes protestants), c’est que cet ensemble géographique (Méditerranée-France) était recouvert par une civilisation distincte de celle où le protestantisme s’est épanoui, une civilisation qui a « refusé » collectivement les doctrines de Luther et Calvin. Aujourd’hui, diviser l’Europe Occidentale en civilisations distinctes est passé de mode, mais pas pour autant justifié.

Soit dit en passant, les découpages de civilisations varient aussi lorsqu’il est question des aires géographiques hors de l’Occident. Cosandey a choisi de parler d’une « civilisation d’Islam ». Mais d’où vient qu’il n’ait pas divisé, comme d’autres l’ont fait avant lui, l’Islam en civilisations Arabe, Iranienne et Turque?

On trouve la plus belle contradiction du principe évoqué par Cosandey dans sa note de bas de page dans la discussion qu’il fait du cas japonnais (pp.549-556). Cosandey parle du Japon comme d’un « membre honoraire de a civilisation chinoise » (on note dans le choix de l’expression une hésitation sur le statut civilisationnel du Japon). L’archipel aurait une thassalographie idéale (nettement meilleure que celle de la Chine) pour forger une bonne méreuporie. Il s’est divisé en système d’états stable durant un peu plus de deux siècles, de 1340 à 1570. L’hégémonie des Tokugawa y met fin. La tentative d’invasion de la Corée par les Japonnais en 1592, provoquant la réaction des Chinois, aurait pu introduire le Japon dans un système d’état à trois – Corée, Chine, Japon – mais après la défaite les Japonnais se sont isolé dans leur archipel, où leur évolution scientifique a tourné au ralenti dans un système politique modéré par un shogun tout puissant, mais néanmoins poussé par la rivalité inter-provinciale. À ce stade, nous pouvons encore admettre le découpage de civilisations de Cosandey en supposant une « communauté de culture » (bien réelle) entre ces trois états tout en notant, au passage, un exemple à l’appui des affirmations de l’auteur que son système n’est pas un « pur déterminisme », puisque l’isolement du Japon découle d’un choix (ce qui en revanche invalide sa prétention d’insérer sa théorie dans les sciences exactes et le rend aussi vulnérable à des critiques semblables à celles qu’il adresse à Lévi-Strauss). Cela se gâte un peu plus loin, lorsque vient le moment d’affirmer qu’avec l’ouverture forcée du Japon en 1854, début de l’ère dite « de Meiji » et du rattrapage technologique du Japon, ce dernier serait entré dans un nouveau « système d’états stable » avec les pays Occidentaux. Quoi? et la frontière des civilisations, elle? Pas un mot. Disparue, pouf! On se demande quand le Japon du XIXe siècle aurait trouvé sa « communauté de culture » avec les États-Unis et les autres pays occidentaux, ou comment, tout d’un coup, les progrès technologiques se seraient mis à franchir les frontières des civilisations. Mais pas un mot d’explication sur ce problème par Cosandey, qui n’y a vraisemblablement simplement pas pensé.

La critique que je fais ici n’invalide pas l’ensemble du système théorique de Cosandey. Mais elle inviterait par contre à la revisiter en examinant cette question de civilisation, négligée par Cosandey alors même qu’il fonde son analyse sur un découpage de civilisations. Si on choisit de laisser tomber la notion de civilisation, il faudrait alors repenser la description des systèmes d’états. En revanche, si on choisit de la réaffirmer, il faut penser à analyser son rôle en profondeur en tenant compte des questions suivantes: qu’est-ce qu’une civilisation? comment détermine-t-on son étendue géographique? comment fonctionnent les relations et les échanges entre les civilisations? un pays peut-il s’insérer dans une civilisation à priori étrangère, et si oui, comment?

La nuit des temps, vraiment?

août 7, 2010

C’est le genre d’expressions consacrées dont les historiens apprennent à sourire. Le « fond des âges », la « nuit des temps », choses « de tout temps » et « de toute éternité ». Rien, ou presque, n’est éternel. Et le monde que nous connaissons est plus jeune qu’on ne le croit.

Cette semaine, La Presse décernait le prix de la personnalité de la semaine aux organisateurs du festival Montréal complètement cirque. Pas question ici de remettre en question ce choix. Bravo à eux!

Mais dans le paragraphe d’introduction de l’article, on lit la phrase suivante: « Des talents multiples qui font foi d’une créativité illimitée, dans une forme d’art pratiquée depuis la nuit des temps. »

Oh, vraiment? à les lire, on pratiquait déjà le cirque au paléolithique! Planche russe, mât chinois, roue allemande, trapèze, tout ça… issus de la nuit des temps? Ou le chapiteau, la piste… issus de la nuit des temps?

L’ironie, c’est qu’un mois plus tôt, à l’occasion de l’ouverture du festival, la Presse consacrait un petit dossier à l’histoire du cirque, interrogeant l’historien du cirque Pascal Jacob. On peut lire dans l’un de ces articles (l’autre est ici) que le cirque moderne naît en… 1768! La nuit des temps ne remonte pas à bien loin, apparemment. Oh, certes, il y eu, avant le cirque, les saltimbanques et les jeux romain… mais cela n’est pas encore du cirque, et appartient au mieux à la préhistoire de cette forme d’art.

On se dit que les journalistes de la Presse pourraient prendre le temps de lire ce qu’écrivent leurs collègues sur le même sujet avant d’écrire n’importe quoi.

Nous prenons facilement pour acquis que des choses qui remontent plus loin que la génération de nos grands-parents ont toujours existé. Nous leur accordons une existence millénaire, quand elles n’ont parfois guère plus d’un siècle d’existence (environ 250 ans pour le cirque). Mais c’est faux. Peu de choses sont aussi anciennes.

Arrêter d’utiliser de telles expressions, ce n’est que le Gros Bon Sens. Bien qu’elles remontent sans doute à la nuit des temps… euh, à je ne sais pas quand.

L’histoire détruite

août 5, 2010

Dans les différents dépôts d’archives que j’ai visités à Valence, il y a celui de la curie métropolitaine de Valence, c’est-à-dire les archives diocésaines. Un pauvre petit poste, avec une seule archiviste (d’ailleurs gentille et serviable), et une table ronde pas bien grande en guise de lieu de travail pour les chercheurs. Un catalogue assez pauvre de documents, et des documents souvent en très mauvais état. L’un de ceux que j’ai demandé était un grand livre, dont les pages avaient dûes être collées sur des pages neuves pour leur donner de la solidité, et dont le tiers du bas était dans un état misérable, grugé et noirci. Pourtant, il y eut une époque où les archives diocésaines de Valence étaient réputées être parmi les plus riches d’Espagne, ce qui n’est pas peu dire. Cela a changé avec la guerre civile. L’introduction du catalogue des archives relate cette lamentable histoire en citant des témoignages qui rendent la chose fort vivante et lui confère un pathos certain.

Durant la guerre civile, Valence se trouvait dans la zone républicaine. Elle fut, trois ans, la capitale d’Espagne, capitale ad hoc, parce qu’il fallait installer en urgence un nouveau gouvernement pour faire face à la catastrophe qui s’abattait sur le pays. Les aléas de la guerre ont souvent été dommageables aux archives. En 1936, la curie métropolitaine fut touchée par un incendie. On aurait pu croire que c’est à ce moment que furent détruits les documents. Mais en fait, l’essentiel en fut rescapé. C’est en 1937 qu’a lieu le désastre.

La guerre civile, entre autres nombreux conflits qu’elle mêlait, avait mis au jour l’hostilité réciproque des mouvements politiques révolutionnaires (communistes et anarchistes, notamment) et de l’Église. Celle-ci avait choisi d’appuyer Franco. Dans la zone républicaine, un vent anticlérical a soufflé. Plusieurs milliers de religieux ont été massacrés. L’évêque de Barbastro a été émasculé vivant avant d’être exécuté (plus tard J-P II l’a béatifié pour avoir subi le martyre). Les biens de l’Église sont saisis: églises, couvents… archives.

En 1937, les archives de la Curie Métropolitaine furent vendues à une usine de pâtes et papiers. Comme un ami l’a dit avec une savoureuse ironie noire et cynique: « au moins elles ont servi à quelques chose d’utile ». Ce qui devait d’ailleurs être la pensée de ceux qui orchestrèrent ainsi cette destruction, décidée au nom l’idéologie anticléricale. Le caractère horrifiant de la chose, par rapport à une destruction dans un accident de guerre, c’est que c’est un choix fait en toute connaissance de cause: la destruction volontaire de la mémoire religieuse. Il ne semble pas être venu à l’esprit des sombres imbéciles qui ont pris cette décision que les archives religieuses ne témoignent pas que de l’histoire de la religion, mais de l’histoire de tout un peuple: aussi bien leur religion, leurs moeurs et leurs dissidences.

À l’une de mes premières visites à l’Archivo del Reino de Valencia, j’ai parcouru les fiches cataloguant les documents, et mes yeux sont tombées sur un autre type de destruction de document. Il se trouvait une série de documents royaux sur les émeutes (reflétant les tensions religieuses croissantes de la ville) qui eurent lieu à Valence en 1455. Les documents s’échelonnent sur 5 ans. Les premiers, donc, apparaissent à la fin du règne d’Alfonso El Magnánimo et les dernier au début du règne de Juan II. Ces documents sont des documents d’amnistie. En Aragon, le roi avait traditionnellement, en raison des traités de capitulation signés lors de la Reconquête, le rôle de protecteur des minorités, notamment musulmanes. Il dût donc sévir contre un certain nombre des émeutiers. Il y eut des procès. Mais ce que nous apprennent ces document, notamment le dernier en 1560, c’est qu’au terme du processus, le roi autorisa les familles concernées à brûler les procès qui les concernaient si elles le souhaitaient. Il semble que l’amnistie dispensée à cette occasion n’offrait pas seulement le bénéfice du pardon, mais aussi celui de l’oubli.

Cette semaine, toujours à l’Archivo del Reino, je consultais un registre dominicain. Un livre des professions de foi, qui enregistrait donc les noms de ceux qui devinrent religieux dans le couvent concerné, avec une petite notice pour chacun d’entre eux où on trouve leur nom, leur lieu de naissance, les noms de leurs parents, et le nom du prieur qui a reçu leurs voeux. Je feuilletais donc ce registre à la recherche de quelque indice pour ma recherche, quand je tombai sur une page charcutée. Il y a des trous a plusieurs emplacement, découpés avec je ne sais quel outil. La main tremblante, je tourne les pages. Pendant l’espace d’à peu près quatre ou cinq pages, il y avait un trou au milieu chaque notice, et un autre au bas, au niveau des signatures. Dans les pages suivantes, le schéma se poursuit, on trouve encore des trous; il n’y en a seulement plus à chaque notice. Puis le registre se poursuit normalement. De toute évidence, ce sont des noms qui ont été retirés à chaque notice: dans la notice, et la signature du moine. Un seul? sans doute, mais comment savoir? Qui? Pourquoi? Le saura-t-on jamais? Peut-être d’autres archives dominicaines le révéleront-elles un jour. On pourrait retrouver un ordre donné à la fin de retirer un nom des archives. Ou peut-être, si cet ordre a existé et fut couché par écrit, s’est-il perdu dans les nombreux aléas vécus par les archives religieuses de ce pays.

Quoiqu’il en soit, il est quand même remarquable de penser que, dans des sociétés bureaucratisées, il faut souvent produire un document pour en détruire un autre. C’est qu’il y a division des tâches entre la décision et l’exécution, et que l’exécuteur doit non seulement prendre connaissance de l’ordre, mais il doit également être protégé. La destruction des procès de 1455 aurait été illégale, bien sûr, n’eût été un ordre royal pour l’autoriser. Pour protéger les amnistiés, il fallait que subsiste une trace de l’autorisation royale, donc de l’événement auquel le tout se référait. Cela demeure un appauvrissement de la mémoire (les procès perdus étaient sans doute très riches en détails), mais un signe a subsisté. Le cas du registre monastique est moins clair, mais il est possible que les mêmes mécanismes aient joués.

Dans mes cours d’archivistiques, un prof avait donné un exemple très contemporain qui illustre le même phénomène. Dans une petite ville, un maire avait ordonné à son archiviste de détruire un enregistrement. Ce dernier s’est exécuté, mais non sans avoir obtenu, pour se protéger, un ordre en bonne et due forme, signé, de la destruction de l’enregistrement. Quand les journalistes sont venus fouiner, c’est le maire qui a eu des problèmes, plutôt que son subalterne.

(je classerais bien ce billet dans les « brèves de doc », puisque c’est une tranche de vie sur mes études, mais à plus de 1100 mots, ce n’est plus trop une brève. dans les réflexions, donc).