Archive for the ‘Volet personnel’ Category

Make it fun

décembre 10, 2012

Ce sont des choses comme ça que j’aime dans le Lindy Hop. Les moments où, tout en continuant à danser la bonne vieille danse, on sort un peu du cadre, comme ça, pour le fun.

Tenez cette compétition, par exemple. C’est un invitational jack & jill. « Jack & Jill », comme je l’ai déjà expliqué par-ci par là sur ce blogue, ça veut dire que c’est une compétition où les partenaires sont tirés au hasard. « Invitational », c’est qu’on n’y participe que si on y est invité (d’ordinaire, les professeurs invités à l’événement pour y donner des ateliers).

En lindy hop, ces compétitions se déroulent souvent, comme ici, en deux parties: un « spotlight », où les coupes dansent à tour de rôle, et un « all-skates » à la fin, où tous les couples dansent en même temps. Il ne faut pas se faire d’illusions, le spotlight est généralement la partie la plus intéressante de la compétition (et accessoirement, celle où se décident les vainqueurs). Mais ici, un petit truc se passe, qui met de la folie dans le all-skates.

D’abord, j’imagine qu’une participante s’est désistée au dernier moment, mais il y a un gars en surnombre. Ce qui fait qu’une danseuse (Alice Mei) danse avec deux partenaires différents. Les cyniques diront que ça lui donne deux fois plus de chances de gagner.

Ça semble compliquer un peu la situation pour le All-Skates. Ils doivent danser à trois, les deux gars s’échangeant leur partenaires à intervalles réguliers. Ils en profitent un peu, en faisant, dans les transitions, des figures à trois. Et puis, à 24:55, on voit un danseur (Peter Strom) abandonner sa partenaire (Jo Hoffberg). Ah! pour abandonner une danseuse comme elle, il faut que ça vaille la peine! Lui s’immisce au sein du trio, elle ne tarde pas à être rejointe par l’un des danseurs. Dès lors, c’est l’effet boule de neige. Les partenaires s’échangent à qui mieux-mieux, un autre couple rejoint la mêlée, les échanges sont font à une vitesse difficile à suivre – le tout demeurant fluide! On multiplie les combinaisons, à deux, ou à trois. Et à la fin, à l’heure de la finale, personne ne danse seul.

J’adore!

C’est le genre de choses qui n’est rendu possible que par l’Esprit du Fun, cette volonté de jouer, qui habite tout entier cette danse.

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Protégé : Une bonne nouvelle (réservée à mes proches)

juin 20, 2012

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Un peu de cirque

juin 12, 2012

Prenons une pause du conflit social actuel, et parlons de cirque et de narration.

C!rca

Il y a quelques temps, je suis allé voir C!rca (non, c’est pas une faute, ils l’écrivent comme ça), motivé notamment par la critique qu’en a fait Guy sur Alonzocirk. Je n’en ai pas parlé à l’époque, parce que je voyais difficilement quoi en dire. Le spectacle n’était pas mauvais ni fade pour autant, au contraire! C’était un tour de force. Je suis le genre de public qui a, d’ordinaire, besoin d’une ligne directrice pour demeurer attentif. Les exploits techniques ne me suffisent pas. C’est pourquoi, en matière de cirque, j’ai une nette préférence pour ceux qui intègrent une composante de théâtre. Je me plaignais d’ailleurs de l’absence de ligne directrice quand je suis allé voir le Circus Oz. Dans le cas de C!rca, le tour de force phénoménal, c’est qu’il ne semble pas y avoir d’histoire à racontée, mais que le spectacle a néanmoins une force d’ensemble et une ambiance qui sont parvenu à retenir mon attention tout au long. Je n’ai pas décroché une seconde de cette démonstration puissante d’à peu près tout ce que le corps humain semble capable de réaliser. J’irai les revoir sans hésitation à la première occasion.

Génération 2.0 et La flèche au coeur

Plus récemment, je suis allé voir, comme chaque année quand je suis à Montréal, les spectacles de fin d’année de l’École National de Cirque (tandis que si je suis à Madrid, je vais aller voir le Crece annuel pour la même raison). Deux spectacles aux ambiances sombres, remplis d’artistes doués, mais aux lignes directrices très faibles. C’est particulièrement frappant dans le cas de Génération 2.0, où on devine que le décors plein de fils suggère une référence à la toile (au web), et où les personnages se promènent avec des écrans lumineux qu’ils pianotent beaucoup. Mais le fil conducteur manque. Dans La flèche au coeur, il y a eu davantage de travail à ce niveau, surtout pour les premiers numéros, séparés par des transitions soignées et qui donnent une direction au spectacle, mais cela s’affaiblit très rapidement au cours du spectacle (parce qu’ils ont peu de temps pour préparer le spectacle, et qu’ils ont fini à la course, obligés de bâcler les dernières transitions? possible). Néanmoins. le tableau d’ensemble est nettement plus réussi pour ce second spectacle. Paradoxalement, mon coup de coeur de l’année est une numéro qui se retrouve dans Génération 2.0, le duo au mât chinois. Une question de scénario aussi, sans doute, car la relation complexe entre les personnages joués par les deux artistes suggère beaucoup, et les amènent aussi à des figures inusitées et inventives, de nouvelles images très évocatrices.

Dommage, cependant, que les deux spectacles aient opté pour des ambiances sombres. On en voit trop, d’ambiances sombres et de thèmes pessimistes, comme si nos artistes avaient intériorisé l’idée que si ce n’est pas pessimiste, ce n’est pas artistique. À tort.

Amaluna

Finalement, très récemment, je suis allé voir le dernier-né du Cirque du Soleil. Une bonne cuvée. Ce Cirque est plus connu pour ses costumes époustouflants et ses ambiances musicales que pour ses scénarios, mais ici, on a une ligne directrice, un peu stéréotypée, certes, mais assez soutenue pour garder l’attention. Une ligne directrice qui se conserve à l’intérieur des numéros. Une première moitié un peu plus forte que la seconde moitié, mais un très bon spectacle dans l’ensemble, qui emprunte beaucoup à l’esthétique des arts martiaux, comme le premier numéro de sangles qui aurait pu apparaître dans un film à la Tigres et Dragons.

Pourquoi la hausse ne règlera rien

mai 20, 2012

Alors, je ne suis pas économiste. Pas un grand calculateur, ni un scrutateur aussi attentif que je le devrais aux chiffres qui défilent constamment devant nous.

Qu’à ne cela tienne. Je me sens pourtant capable de donner une petite leçon d’économie à des gens comme Guy Breton, Alain Dubuc, Jean Charest et quelques autres qui justifient la hausse des frais de scolarité en évoquant le « sous-financement » de nos universités.

Une leçon d’économie qui s’applique sur quelques principes de base, des principes chers aux idéologies qui ont justifié la grève.

Une leçon qui, cependant, s’adresse moins aux incurables défenseurs de la hausse qu’à ceux qui les lisent et les croient.

On nous dit, donc, que le gouvernement n’a pas de marge de manoeuvre et ne saurait dégager les sommes pour un réinvestissement en éducation supérieure. Croyons-le sur parole pour le moment. On nous dit, par ailleurs, que les universités québécoises sont sous-financées et qu’il est urgent de leur procurer des fonds. Je ne vais pas ici chicaner la question du sous-financement ou du « malfinancement », selon l’expression de l’IRIS. Je vais plutôt admettre la thèse du sous-financement tel que nous la présentent les partisans de la hausse.

Et cependant, je vais questionner: sous-financé par rapport à quoi? Le discours qu’on nous sert est celui de la compétitivité. Nos universités devraient être compétitives afin de – comme l’a dit une fois Liza Frulla, au Club des Exs – attirer de bons professeurs-chercheurs grâce à des salaires élevés. Ces professeurs, dotés d’une mobilité internationale, iraient facilement trouver mieux, dans des universités payant plus cher, notamment aux États-Unis.

Cette logique de compétition mondiale place les universités québécoises en compétition avec des universités qui chargent des frais de scolarité très largement supérieurs à ce que nous atteindront avec la hausse, et qui bénéficient par ailleurs de dons d’un secteur privé richissime. La hausse aura beau apporter quelques millions dans les coffres de nos universités, il y a loin de la coupe aux lèvres avant de prétendre être compétitif dans ce domaine.

On nous a annoncé la hausse comme un « rattrapage » suivant le dégel des frais. Cela tend à envoyer le message qu’après la hausse, il y aura une simple indexation des tarifs. Si cela devait être, l’argument des universités compétitives ne tient pas la route: nos universités auront encore un financement très maigre par rapport à celles qu’on nous indique comme des modèles, dans les pays anglo-saxons. Pour aller dans le sens de la compétitivité, il faudra que la hausse actuelle soit suivie d’autre hausses, et puis d’autres, et encore. Où cela va-t-il finir? Difficile à dire. Dans une logique de compétition, le principe de la surenchère est roi. Tout au plus pourrions-nous avancer que la surenchère cessera lorsque les étudiants seront plus demandés que demandeurs. Veut-on vraiment en arriver là?

Au fait, qu’est-ce qu’un bon professeur-chercheur, qu’on voudrait absolument retenir, sur le marché international des profs? Les talents pédagogiques font-ils parti des critères retenus? qu’on me permette le scepticisme sur cette question. Les talents de chercheurs? sans doute, mais lesquels? la capacité à remplir une demande de subventions? le contenu des recherches importe-t-il, ou seulement le nombre des publications? Suite à ces questions, je terminerai simplement en vous invitant à lire le Manifeste pour des Universités à la hauteur de leur mission, dont je suis signataire.

Quand ça décolle…

mars 7, 2012

Ça fait quelques fois que je regarde ce vidéo, l’un de mes récents coups de coeurs. Je ne connaissais pas Mikaela Hellsten, mais je vais l’avoir à l’oeil à l’avenir. Quand à Kevin Saint-Laurent, c’est ce qu’on appelle un vétéran, dans le décors du lindy depuis, ma foi… pas toujours, parce qu’il n’a pas donné de cours à Frankie Manning en 1920, mais bon… longtemps. C’est d’ailleurs son nom qui m’avait amené à visionner la vidéo.

C’est curieux, parce qu’il y a un moment dans la vidéo où ça décolle. Un moment qui fait la différence entre une danse de pro et un petit coup de coeur. Un moment où on ne peut plus regarder la danse par désoeuvrement, un moment où ça devient fun. Et je suis curieux de savoir si pour vous, quand vous le regarderez, il y aura un tel moment. Si ce sera le même que pour moi.

Fuir la fête

octobre 9, 2011

Ça y est, j’ai quitté Madrid. Mercredi dernier en fait. Mon plan était relativement clair dans ma tête: D’abord, passer à San Lorenzo del Escorial pour récupérer à la bibliothèque du monastère un CD de données que je leur avait commandé, et en profiter pour faire la visite complète du monastère, que je n’avais toujours pas faite. Ensuite, direction Valladolid pour aller travailler dans les archives voisines du village de Simancas, à la recherche principalement d’un document. Je prévoyais arriver mercredi même, après la visite de l’Escorial, et travailler jeudi et vendredi. Pour la fin de semaine, aller à Saragosse, faire du tourisme (je n’y suis encore jamais allé), puis travailler dans les archives deux ou trois jours, avant de me rendre à Valence pour un séjour un peu plus long, après quoi, direction Montpellier et Rome.

Pour l’Escorial, Valladolid et Simancas, ça s’est plutôt bien passé. Enfin, bon, les horaires de trains de l’Escorial à Valladolid ne sont pas très réguliers, donc il m’a fallu plutôt prendre le train jusqu’à Ségovie pour ensuite aller à Valladolid. La correspondance se faisait bien, à peine une vingtaine de minutes d’attente. Bon, j’ai bien eu une petite peur à l’arrivée, puisqu’il était passé sept heure, que les bureaux de tourisme venaient de fermer, et que j’avais de la difficulté à trouver un hostal. Mais j’ai fini par en trouver un. Et le travail a Simancas a été bien sympathique, j’y ai retrouvé une chercheuse que je connaissais déjà et fait la connaissance de deux autres qui font de bons compagnons.

C’est pour Saragosse que ça s’est gâché. Déjà, j’avais prévu partir tôt, arriver tôt et avoir mon temps pour chercher un hostal. Saragosse étant un peu plus touristique que Valladolid, je n’anticipais pas trop de difficultés de ce côté là, fou que j’étais. Mais partir tôt, ça n’a pas marché: le premier autobus partait à 15h00. On m’avait dit que c’était 5h de trajet. En fait, c’était presque six. Du coup, je suis descendu dans l’antique ceasaraugustiae (nom latin de Saragosse, je l’ai appris en lisant les correspondances jésuites) alors que la nuit était déjà proche, et je n’avais toujours pas d’hôtel. Mais là où ça s’est vraiment gâté, c’est quand je me suis renseigné pour la direction du centre.

-Je ne sais pas, je ne suis pas d’ici.

-Ah! tu es d’où?

-D’un village pas bien loin. Je suis venu pour la fête.

-La fête?

-La fête du Pilar. C’est pour ça qu’il y a autant de monde. »

C’est comme ça que j’ai compris que j’allais VRAIMENT rusher pour trouver un hostal à un prix décent. Je ne connais pas vraiment les fêtes du Pilar, mais je sais que le « Pilar », centre de la basilique de Saragosse, est le deuxième lieu de pèlerinage du pays (après Compostelle), endroit légendaire dans toute l’Espagne (il y a même des Espagnoles qui s’appellent Pilar en référence à la basilique) et, tout particulièrement, la grande fierté de Saragosse et de l’Aragon en général (traditionnellement, s’entend). La fête, qui devait être très religieuse à l’époque, s’est de toute évidence laïcisée et alcoolisée depuis. Mais elle attire aussi de toute évidence d’immenses foules. Pas le jour pour chercher un hôtel. Ni ce samedi où je suis arrivé, ni le dimanche le lendemain, ni aucun des jours de la semaine jusqu’au dimanche suivant. Car ce n’est pas LA fête du Pilar, comme l’avait laissé entendre le singulier utilisé par mon premier interlocuteur, mais LES fêtes du Pilar, festivitées qui durent un peu plus d’une semaine. Les fallas de Valence sans les fallas et le feu, genre. Une folie. Descendu de l’autobus près du centre, j’avais l’air con à traîner ma grosse valise au milieu de la foule en fête. J’ai commencé la tournée des hôtels et des hostals, quand ils étaient pleins ou hors de prix, je me renseignais sur les petits hôtels pas trop loin. Il y avait plus de chambres libres que je ne l’aurais cru. Mais pas en bas de 50 euros. Un prix que je peux difficilement me permettre (je voyage en visant le vingt et en plafonnant vers 30-35). Après près de deux heures de recherches, je change de tactique: après tout, est-ce que je veux travailler au milieu de toute cette ambiance? pas vraiment. Et ma recherche d’une chambre libre à prix décent paraît vouée à l’échec. Retour, donc, à la gare (aussi bien d’autobus et de train), je prendrai le premier départ vers Valence, et je reviendrai à Saragosse après les festivités. Je fuis la fête.

Il faut d’abord que je retrouve mon chemin. Je suis passablement perdu après tout ce temps à déambuler au milieu de la foule. Mais un arrêt d’autobus paraît permettre un aller à peu près direct vers la gare. J’attends. Et je discute avec d’autres patients usagers des transports en commun. Je me renseigne sur les horaires et trajets d’autobus. La première chose que j’apprends, toutefois, c’est que les aragonais un un accent très particulier.

« TRÈS particulier, me confirme une dame. Le plus beau d’Espagne! » Son beau-frère américain, paraît-il, le lui a confirmé.

D’après elle, le trajet d’autobus régulier à cet arrêt me mènera non pas directement à la gare, mais pas très loin. J’aurai un peu à marcher.

– Mais pas beaucoup, précise-t-elle. Saragosse n’est pas un bien grande ville, les distances sont petite.

– Quoique ça grandit, dit sa compagne.

– Oui. C’est même rendu trop grand pour nous.

(je crois que Saragosse est la cinquième ville d’Espagne).

L’attente de l’autobus s’avère très longue. Déjà, il n’est pas évident de savoir quel autobus va passer par cet arrêt ou pas. Entre les nombreux travaux que fait faire la mairie de Saragosse et les festivités du Pilar, les trois quarts des trajets ont été modifiés. Alors je suis un peu perdu. J’attends un autobus qui ne passera pas. Jusqu’à ce que Jésus me vienne en aide. Oui, il y a des Espagnols qui s’appellent Jésus, et il se trouve que c’était son cas. Un type sympathique, qui m’aide parce qu’il aimerait que, quand il va à Rome, on l’aide aussi. Il m’indique donc les trajets. Et comme on doit prendre le même, s’offre à m’indiquer où se trouve mon arrêt en chemin. Sauf qu’après un quart d’heure, l’autobus n’arrive toujours pas. Jésus arrête donc un taxi (tout en disant de ne pas m’en soucier si j’ai pas d’argent, c’est lui qui me dépose). En chemin, lui et le chauffeur discutent des travaux en cours dans la ville. Saragosse avait un tramway il y a longtemps, mais l’a retiré il y a une trentaine d’année.

« Maintenant des politiciens (dites-le avec dédain), ont décidé d’en refaire un. » Lui et le chauffeur de taxi préfèrent les métro. Jésus aime bien la manière dont on a fait le métro à Valence, en étendant le réseau des trains de banlieue dans la ville  et pense que Saragosse devrait prendre exemple sur eux. C’est comme ça que j’ai profité d’un taxi gratis pour fuir les fêtes du Pilar. Encore fallait-il trouver, à 10h du soir, un départ vers Valence. Pas de train avant 8h du mat’ le lendemain. Mais sur les écrans pour les autobus, on annonce Valence pour minuit pile. Les guichets sont fermés, mais on a la possibilité de payer directement au chauffeur (en liquide, ça ne m’arrange pas, mais c’est mieux que de rester à Saragosse dans ces conditions).

Ce n’est qu’un peu avant minuit que je réalise que j’ai mal consulté les écrans. Ce n’est pas un départ, mais une arrivée de Valence, à minuit. Qu’à cela ne tienne, je n’ai plus qu’à rester dans les salles d’attentes à regarder si le prochain autobus à être annoncé partira pour Valence. Aucun avant 3h00… aucun avant 4h00… aucun avant 5h00… ah! prochain départ pour Murcie à 6h45. Il fait probablement arrêt à Valence en chemin.

De manière surprenante, les salles d’attente de la gare sont pas mal remplie pendant la nuit. Avec plusieurs personnes sur place et une caméra qui surveille l’ensemble de la chambre, ça rassure: ça devrait avoir un bon effet dissuasif sur les voleurs potentiels si je tombe endormi (et je n’en suis vraiment pas loin). Mais je ne fais pas exprès. Je cherche cet état de somnolence qui fait perdre la notion du temps et repose un peu sans faire perdre complètement la notion de son environnement. Ça ne marche pas. Le temps passe lentement. Très. En fait, c’est comme ça que je l’ai senti sur le moment, mais maintenant que c’est passé, il me semble que ça a été court. C’est souvent comme ça avec les souvenirs remplis de vide.

Il faut 4 heures pour faire le trajet de Saragosse à Valence en bus. Exceptionnellement, j’ai pu dormir une heure durant le trajet. Normalement, je n’y parvient jamais.

Vous savez quoi?

Il y a fête à Valence.

(mais c’est moins pire qu’à Saragosse; ici, j’ai une chambre à prix correct).

Mélodie universelle

octobre 2, 2011

Dans ma tournée d’adieu à la veille de quitter Madrid (la despedida des swingeurs a eu lieu jeudi dernier, ils m’ont offert un poster monté des plus belles photos de mes danses à Madrid et Tolède, j’étais très ému), j’ai gardé une petite place pour le cirque. Ceux qui lisent mes billets sur le cirque savent (ou l’0nt oublié) que le cirque madrilène tourne en grande partie autour du Teatro Circo Price, qui offre des spectaces de cirque, de clowns, de danse contemporaine, et de plein d’autres choses. Un peu comme les spectacles de fin d’année de l’ENC à Montréal, en juin, sont un rendez-vous du cirque montréalais, à Madrid, c’est le spectacle Crece, en septembre qui sont un rendez-vous obligé des amateurs. Le concept de Crece est de réunir des finissants d’écoles de cirques du monde entier pour monter un spectacle qui sera présenté pendant environ une année. Au moment où j’écris c’est lignes, la dernière représentation du Crece 2011 commencera dans une demi-heure (18h, heure d’Espagne). Le spectacle réunissait 13 artistes de neuf pays différents, moins une, car malheureusement l’autrichienne Katharina Kaudelka (main à main) s’était blessé la veille. J’espère que ce n’est pas grave et regrette de ne pas avoir pu la voir à l’oeuvre.

Le Crece 2010 était un spectacle très sombre et pessimiste, qui laissait une large place au théâtre, même s’il s’agissait plutôt d’un montage de sketchs unis par leur ambiance que d’une grande pièce unifiée. Le Crece 2011, baptisé en sous-titre Melodía universal (mais ce n’est écrit que dans la brochure, toute la promotion du spectacle se faisant sous le titre Crece 2011), emprunte pour sa part davantage à la danse contemporaine. J’ai beaucoup aimé, et la danseuse contemporaine qui m’accompagnait encore plus. D’une manière générale, on note encore une ambiance plutôt sombre, mais donnant davantage dans la mélancolie que dans le tragique comme c’était le cas l’année passé. Les interrogations sur la mort et la condition humaine sont au rendez-vous, bien qu’on demeure dans le léger.

Je retiens particulièrement trois prestations, celles du duo-trapèze (les australiennes Hannah Cryle et Caz Walsh), travaillant également à la corde, celle du – euh, jongleur? sur le programme, on indique plutôt « manipulation d’objets ») français Alexis Rouvre, qui manipule cordes et balles de jonglerie*, et même les balles à l’aide de la corde; finalement, celle de l’unique Québécoise de la distribution cette année, Alexandra Royer, finissante 2011 de l’ENC, dans un remarquable cerceau aérien, élégant et impressionnant.

Une production d’une heure et demi où on ne voit pas le temps passer. Pour moi, c’est laisser Madrid sur une bonne note.

*au risque de me rendre insupportable avec ça, je refuse de me rendre à l’utilisation du terme « jonglage » à la mode dans le milieu circassien francophone. Le mot « jonglerie » était déjà là, désigne la même chose et est plus joli. Na!

Ordalie et anthropologie

septembre 15, 2011

Voici une histoire que racontait l’un de mes profs d’histoire médiévale dans son court, à propos des ordalies. En fait, elle lui venait d’un ami anthropologue qui avait pu observer des pratiques d’ordalies en Afrique (je ne sais plus quel pays).

L’ordalie, c’est le jugement de Dieu. Plus généralement, on peut parler de l’enquête par l’intervention de puissances surnaturelles. On pratique un rite censé désigner le coupable d’un crime. La plus connue de ces pratiques est l’épreuve du feu, pratiquée au Moyen Âge en Europe et, apparemment, dans certaines régions d’Afrique. Après rituel pour demander l’assistance de Dieu / éventuellement une autre puissance quelconque, on chauffe une barre de fer, et l’accusé doit la prendre en main: s’il se brûle, il est coupable, sinon, il est innocent.

Pas très rationnel, tout ça, on est d’accord.

Pas forcément complètement bête non plus.

Dans l’histoire racontée par mon prof, un juge avait été appelé dans un village où il y avait eu un crime. Il y avait quatre suspects principaux. Le juge les fait venir devant lui, procède au rituel, explique le principe qu’un innocent ne se brûlera pas, et il en fait une démonstration sur lui-même. Par le moyen d’un tour de passe-passe, il donne l’illusion de toucher le fer brûlant sans s’y brûler. Les spectateurs sont alors convaincus de l’efficacité de la magie à l’oeuvre. Le premier suspect passe alors devant le juge, qui passe le fer en pratiquant le même tour de passe-passe: bien sûr, il ne se brûle pas, et on le laisse aller. Même chose pour le deuxième. Mais lorsqu’on appelle le troisième, il montre d’énormes signes d’anxiété, s’approche en tremblant et, lorsque le juge approche le fer, bondit en arrière et avoue sa culpabilité dans le crime.

L’objectif du rituel semble donc d’inciter le coupable à se dévoiler. Comme dans certaines histoires policières où le détective n’a pas de certitude sur le coupable, mais a assez d’éléments pour convaincre qu’il connait son identité, et l’amène ainsi à poser le geste qui le trahira. C’est un bluff qui n’a d’efficacité que si chacun est convaincu de l’efficacité magique du rituel: les innocents doivent avoir la certitude qu’ils ne se brûleront pas (sans quoi ils risquent de s’auto-accuser, à tort) et les coupables la certitude qu’ils n’échapperont pas à la souffrance de la brûlure. Il faut également qu’il soit mis en oeuvre par un juge pas con, doué pour la mise en scène, et avec une bonne dextérité apparemment. Ce n’est peut-être pas bête dans l’ensemble, mais c’est néanmoins hautement hasardeux.

Mais qui sont ces excités?

août 17, 2011

Ce matin dans le métro, un groupe me cassait les oreilles avec des comptines affreuses gueulées à pleins poumons dans un esprit de camaraderie évident. En anglais, je crois. Comme ça, à première vue, j’aurais parié qu’ils étaient saoûls, mais finalement, probablement pas. Ils avaient un costume distinctif, de la même couleur, pour se reconnaître. Et un comportement de supporters sportifs. Ce n’était pas en sois très étonnant ou inhabituel: la ligne de métro que j’emprunte matins et soirs passe par Santiago Bernabeu, le stade de foot de Madrid. Je trouvais juste qu’il était un peu tôt pour un match. Et puis, il ne sont pas descendus à la station Santiago Bernabeu… bon, peut-être un groupe de supporter qui prend de l’avance sur le match? c’est que ça se crinque tôt dans la journée ces bêtes-là.

Dans le cours trajet qui séparait ma station de la bibliothèque nationale, j’ai croisé un autre groupe semblable, cette fois avec quelques membres portant en cape des drapeaux espagnols. Bon, pour un match, ça prend deux équipes, mais d’habitude, c’est plus les visiteurs qui jouent les excités. La rue – très passante habituellement – en face de la bibliothèque était bloquées, pour une raison encore obscure, mais il y avait beaucoup de préparatifs. Y aurait-il des festivités locales ce soir ou demain?

Pas de groupes d’excités dans la bibliothèque.

Mais quelques heures plus tard, à la sortie, ça pullulait sur la place publique, avec des drapeaux de toutes sortes: canadien, italien, irlandais, français, espagnol…  ça continue à suivre leurs chefs de groupe en répétant des comptines inoffensives comme des slogans à crier à tue-tête. Bon, il y a trop de nationalités représentées pour retenir plus longtemps l’hypothèse de la rencontre sportive, il faudrait un championnat mondial pour ça. Alors, quoi? qu’est-ce qui forme des groupes capables de faire régresser leur membres à l’état enfantin de gueulards de camps de jours? De clubs vacanciers? Y aurait-il un congrès mondial de Clubs Meds à Madrid?

Dans le métro, ça ne manque pas non plus, il y a pleins de groupes aussi. Ma voisine de siège porte aussi des vêtements distinctifs, mais elle ne gueule, pas, elle n’est pas avec son groupe apparemment, juste une amie à elle sur le siège d’à côté. Elle préserve sans doute sa voix pour quand elle aura rejoint sa gang. Un groupe français, si j’en juge d’après la langue et l’accent.

Et alors mon regards tombe sur le petit livret qu’elle tient en main: Agenda cultural y litúrgico de Madrid. Un calendrier liturgique? Dans ma tête, ça a fait tilt! Bon sang, mais c’est bien sûr! cette semaine, le Pape visite Madrid! ces groupes d’excités, ce ne sont pas des supporters sportifs, ni des vacanciers clubmediens, ce sont… des catholiques!!!! Des popes-fans (popes-freaks?)!!

J’ai fini le voyage avec un très léger sourire sur les lèvres. J’avais sur mes genoux un gros volume écrit par Luis Resines, La catequesis en España, historia y textos (La catéchèse en Espagne, Histoire et Textes), ouvert sur le chapitre du moyen âge. Je pensais aux grandes processions solennelles organisées par l’Église à l’époque moderne. Pas de doute, l’expression de la spiritualité catholique a changé depuis l’époque…

Brèves décousues sur les indignés

juin 24, 2011

À mon passage à Montpellier, j’ai vu, sur la place de la Comédie, des gens assis en cercle qui parlaient, avec des pancartes autour d’eux. Quelques personnes autour, debout, difficile de savoir s’ils étaient du groupe ou s’ils étaient de simples curieux. Je les ai comptés: 17. J’ai écouté un peu les débats, pour une fois (à la Puerta del Sol, la foule était trop dense, je n’entendais rien, tout en arrière que j’étais; à la plaça Catalunya, je ne comprenais pas le catalan). J’ai entendu un monsieur dire que « la démocratie, c’est ce qu’on fait là, c’est nous » (c’est sûr qu’à 17, ils sont plus représentatifs que les députés français…), et un gars demander de se cotiser au cas où l’un d’eux aurait une amende. Ce dernier s’est fait répondre un peu sèchement par son voisin, visiblement peu enclin à ouvrir son porte-feuille, que la Place de la Comédie était un endroit public et qu’il n’aurait jamais d’amendes. Apparemment, je suis arrivé trop tard. Une amie m’a dit que le premier jour, c’était plus gros, il y avait un semblant de campement avec des kiosques. C’était disparu le lendemain, pour devenir un petit cercle (où sa petite fille a voulu aller s’asseoir).

À première vue, le campement français devait avoir été piloté par un groupuscule anar du coin (c’est mon hypothèse), enthousiasmé par « l’exemple espagnol », et essayant de faire la même chose. S’imaginant, sans doute, qu’il leur suffirait d’occuper la place pour que la France au grand complet les rejoigne. ¡Viva la revolución!

………..

Pendant ce temps, le mouvement espagnol montre depuis un bon moment des signes d’essoufflement. Remarque d’une amie française à Barcelone, une dame qui croit encore aux méthodes traditionnelle de protestation « à la française » (pas texto, la citation, ça fait quand même un bon deux semaines): c’est triste, parce qu’ils y mettent beaucoup d’efforts et sont très créatifs, mais pour moi ce n’est pas une protestation, il n’y a pas de moyens de pressions, ils ne bloquent pas les routes, ils ne font rien… qu’être là.

Une autre amie, une espagnole, celle-là, blâme le manque de profondeur intellectuelle du mouvement. Elle compare les indignés à des reines de beautés qui réclament « la paix dans le monde ». Le fait est qu’en dehors des solutions concrètes pour le maintien et la vie du camp, les acampados n’ont pas, à ma connaissance, accouché de propositions allant au-delà des généralités.

………

La dernière fois que je suis passé à la Puerta del Sol (ça fait une semaine), le campement était toujours là. Comme annoncé, en format réduit. Deux surprises toutefois: le « format réduit » dépasse l’unique kiosque d’information dont j’avais entendu parler, d’assez loin. Au lieu d’occuper l’ensemble de la place comme avant, le campement réduit en occupe tout le centre. Il ne recouvre plus les entrées de métro et la multitude de tracts qui recouvraient lesdites entrées ainsi que la statut de l’ours madrilène ont disparu.

Je reçois moins d’invitations sur facebook à des événements en lien avec les indignados. Mais j’en reçois encore assez régulièrement. Mais au lieu d’être quelque chose comme trois fois par jour, ça ressemble plutôt à une fois tous les deux-trois jours.

Il y a eu une grosse manifestation dimanche. On avait une soirée swing dimanche, aussi. Plusieurs amis swingeurs ont communiqués pour s’assurer que les heures ne coïncideraient pas, laissant clairement entendre que la manif était leur priorité (mais les heures ne coïncidaient pas et les manifestants ont pu venir danser).

Aujourd’hui, dans le métro, ma voisine de siège lisait un texte qui commençait par « ce qui m’indigne, moi… »; j’ai d’abord cru que c’était une présentation qu’elle comptait faire je ne sais où en lien avec le mouvement. Mais le texte était écrit au masculin. Donc c’est vraisemblablement un texte qu’elle a trouvé sur internet, imprimé et qu’elle lisait dans le métro. Je n’ai pas tout lu par-dessus sont épaule, mais c’était un texte simple imprimé en caractère assez gros pour être facile à lire de loin. Donc je peux en gros le résumer: ça ne parlait pas du tout de l’Espagne: c’était sur le thème « les crimes de l’état israélien contre la Palestine » et ça vantait les vertus de la protestation pacifique.

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Au final, le mouvement grec (mais je ne suis jamais allé en Grèce et j’ai peu d’amis facebook grecs pour tâter de l’ambiance à distance) semble beaucoup plus actif et dynamique que le mouvement espagnol, dont il s’est inspiré à l’origine. J’en parlais hier au tango avec une demoiselle, entre deux séries de danses (en passant, contrairement à ce que j’affirmais ici, ce sont des séries de quatre, pas de trois). Je disais que les revendications grecques semblaient plus concrètes (ce truc est plus concret que tout ce qu’on pu avoir les Espagnols) et les moyens pris plus directs. « Les Grecs sont plus violents », remarque-t-elle (se référant sans doute à ça). « Ils sont aussi plus dans la merde », fais-je.

Le mouvement espagnol va-t-il s’éteindre, va-t-il se transformer, va-t-il retrouver de la vigueur?