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Un moratoire sur la décadence

mai 13, 2012

Le débat politique actuel, au Québec et ailleurs, est hanté par le spectre de l’immobilisme. Pour s’en tenir à la Belle Province, lors de la première élection des conservateurs du Parti « libéral » de Jean Charest, on nous avait promis une « réingénierie de l’État » qui s’est heurté à la mobilisation citoyenne. Dès lors, nous avons connu une très forte médiatisation des projets avortés, et une très faible médiatisation des projets menés à terme. Les journalistes d’opinion favorables à l’approche charestienne ont martelé que les trop nombreux reculs acculaient le Québec à l’immobilisme. Ils ont convaincus les masses démobilisées, qui souhaitent un gouvernement « qui se tient debout et fait avancer les choses », mais si possible sans avoir à s’impliquer elles-mêmes. Syndicats, groupes de pression, associations étudiantes, et la plus grande partie de la société civile (à l’exception notable du patronat), sont pointés du doigt comme responsables d’une immobilité dont la réalité n’est guère démontrée, n’étant le plus souvent médiatisés que lorsqu’ils se mobilisent dans une opposition, mais non lorsqu’ils réalisent des projets.

Si le mot « immobilisme » est moins employé, il n’en reste pas moins imprégné dans les esprits du gouvernement, de ses partisans et de l’électorat. Et le mot « moratoire », devenu à la mode, y est profondément associé. Pas étonnant que les péelquistes refusent de parler de « moratoire », eux qui, du fond de leur impopularité, mise sur une apparence de grands projets, sur une volonté d’avancer à tout prix, même si c’est dans la mauvaise direction. Dans le cas de la grève, un moratoire serait associé à une capitulation, même si initialement ce ne sont pas les étudiants qui ont lancé l’idée.

L’archétype de la dénonciation des moratoires comme manifestation première de l’immobilisme s’incarne dans l’éditorialiste Mario Roy, qui y a consacré il y a quelque temps un éditorial intitulé « Génération M« . Un tel titre suggère que c’est un problème de génération, et vise de toute évidence les étudiants, mais le phénomène dénoncé s’étend en fait à l’ensemble de la société. Roy affiche assez peu ses sources et ses orientations idéologiques, mais ceux qui le suivent avec régularité savent que le fondement de sa pensée est conservateur, aussi n’est-il pas étonnant que cet éditorial si typique soit venu de sa plume.

On le devinera, je ne suis pas d’accord avec M. Roy. L’examen des faits me mène à une autre interprétation de la situation. Mais commençons d’abord par commenter quelques concepts, en particulier ceux de « conservatisme » et de « progressisme », que M. Roy, comme d’autre, emploient dans un sens qui n’est pas sans mener à des paradoxes.

Conservatisme et progressismes, entre les attitudes et les idéologies

Avec ce sous-titre, on me verra venir. Dans son éditorial, Mario Roy dénonce la « pathologie » (!) qui sous-tendrait la logique des moratoire, celle de promouvoir le statu quo, voire le statu quo ante (le retour à une situation antérieure) « Laquelle, de surcroît, se drape souvent dans le manteau du progressisme alors qu’elle répond à la définition même du conservatisme réactionnaire. » L’emploi fait par l’éditorialiste des mots « conservatisme » et « progressisme », ici, prend ces termes dans leur sens littéral. C’est un emploi très fréquent dans les conversations et les textes actuels, signe d’une société peu rompue à l’exercice des analyses idéologiques. Il peut se retrouver par exemple dans les écrits de Jean-Jacques Pelletier, ou les miens… Le problème de cette approche du « conservatisme », c’est qu’elle n’offre aucune indication morale sur la désirabilité ou non de celui-ci. Le conservatisme sera une bonne chose face à certains enjeux, et une mauvaise chose face à d’autres. C’est donc une définition peu porteuse lorsqu’il s’agit d’offrir une analyse globale d’une situation politique.

Il existe une autre manière de définir les notions de « conservatisme » et de « progressisme », et c’est d’examiner des traditions idéologiques qui les sous-tendent. Ces traditions idéologiques regroupent des idéaux, des croyances et des méthodes d’analyses qui permettent d’établir une cohérence à l’intérieur d’ensembles d’idées par ailleurs très diversifiés.

Ainsi le conservatisme tend-il à privilégier une vision de la morale comme étant immuable. Ce qui était bon par le passé le sera toujours, ce qui était mauvais par le passé le sera toujours, parce que la morale est, aux yeux des conservateurs, soumise à des lois à peu près indépendante du temps ou de l’humain. Croire qu’un ordre politique est « voulu par Dieu », croire que les hommes et les femmes sont « biologiquement programmés » pour avoir des rôles distincts dans la société, croire que la démocratie est « la fin de l’histoire » ou que « les hommes méritants se retrouvent forcément au sommet de l’échelle sociale » (ce qui amène à dire que « s’il est au sommet de l’échelle sociale, c’est forcément qu’il le mérite) sont des croyances et des analyses de nature conservatrices.

Le progressisme, lui, ne me semble pas tant être une tradition idéologique en soi, mais plutôt le point de rencontre entre plusieurs idéologies, notamment le radicalisme et l’humanisme libéral. Le radicalisme est improprement associé à de « l’extrémisme », mais en fait, il s’agit surtout d’une volonté d’examiner les problèmes sociaux à la « racine ». Pour l’analyse radicale, les inégalités et les injustices sont le produit de mécanismes sociaux qui les causent et les reproduisent. Un radical estime qu’un pauvre a, par son éducation et ses moyens, moins accès à l’éducation qui lui permettrait d’atteindre le sommet de l’échelle sociale, qu’il a moins accès qu’un riche aux ressources qui lui permettraient d’exprimer son point de vue et de défendre ses intérêts en politiques. Le radical pense aussi que les hommes et les femmes se voient répartir des rôles distincts en raison de « construits sociaux ». Que la société envoie à travers son système d’éducation, ses médias, ses « sagesses populaires » un message aux pauvres selon lequel ils sont « nés pour un petit pain » et qui incite les pauvres à accepter leur sort sans tenter de l’améliorer.

L’humanisme libéral, sans rejeter le rôle des construits sociaux, ne leur accorde pas le même poids sur la destinée des individus, qu’il estime généralement libres. Moins préoccupé des intérêts des ensembles que de celui des individus, il pose cependant comme prémisse fondamentale l’égalité de tous à la naissance, sans égard à leur sexe, leur ethnie ou leur condition sociale. Il estime par conséquent que la société doit mettre à disposition de l’ensemble de la population les outils qui permettront à chacun de choisir sa voie et d’avoir des chances raisonnables, dans la mesure de ses talents, d’atteindre ses objectifs.

En cela, les deux courants de pensée ont plusieurs lieux de convergence, à l’intérieur desquels se forment des mouvements « progressistes », parfois plus radicaux, parfois plus libéraux (ou parfois autres). Les courants « progressistes » favorisent l’établissement, le maintient ou l’amélioration dans la société de conditions qui mèneront à son amélioration.

Une fois posés ces éléments, on voit en quoi l’emploi des termes « conservateurs » et « progressistes » comme des idéologies diffère d’un emploi des mêmes termes comme des attitudes. Vouloir préserver une institution qui améliore la société relève d’une attitude conservatrice, mais d’une idéologie progressiste. Les progressistes veulent « conserver » la démocratie, car elle permet à tous de défendre leurs intérêts, plutôt que de laisser confisquer les choix sociaux par une élite. C’est là un exemple consensuel.

Dans le domaine de l’éducation, les progressistes estiment que l’éducation doit être accessible afin de jouer un rôle « d’ascenseur social » qui rend les frontières entre les classes socio-économiques plus poreuses. Ils estiment aussi qu’elle doit procurer un appareil critique qui fournira à l’ensemble de la population les moyens de comprendre la société dans laquelle ils évoluent, d’en identifier les failles et d’en imaginer les solutions. L’existence d’un tel système dans une société est un facteur de progrès: vouloir le « conserver » est donc en faveur du « progressisme ».

L’analyse conservatrice, qui attribue la hiérarchisation de la société à des mérites qui sont fondamentalement ceux des privilégiés, ne peut pas entretenir la même vision de ce qu’est un « progrès ». Aussi se tourne-t-elle vers un économisme qui répond aux intérêts des « élites ». Dans une certaine vision conservatrice, l’extension du territoire national est un « progrès »; dans une autre, c’est la croissance du PIB. L’éducation doit donc être mise au service de tels intérêts: former des employés (mais des citoyens? bof, la démocratie est bonne par elle-même, non par la formation accordée aux citoyens), commercialiser des technologies, attirer des devises étrangères, faire rayonner le prestige national sur le monde grâce à des « universités de classe mondiale » (une excellence mesurée en fonction d’un indicateur économique, la « demande » de ses diplômes). Mais si l’éducation conforme aux idéaux conservateurs n’existe pas, on cherchera à se faire « progressiste » (dans l’attitude) pour mettre fin à l’éducation « progressiste ».

Mario Roy est donc dans l’erreur lorsqu’il sous-entend qu’il y a une imposture à ce que des mouvements « progressistes » aient des réflexes conservateurs. Revenons donc aux moratoires.

Une analyse d’ensemble des moratoires

Mario Roy qualifie la prolifération des protestations et des demandes de moratoires comme un immobilisme. Qu’en est-il? L’analyse est-elle pertinente?

On peut contester la méthode d’analyse de M. Roy, exprimée dans ce passage:

Tout cela est recensé ici sur un ton léger. Et sans porter de jugement sur les causes prises une à une: presque toutes sont plaidables, en effet, à la condition de ne pas considérer le portrait d’ensemble.

Or, c’est celui-ci qui fait problème.

Cette analyse établit une distinction complète entre les causes particulières et le portrait d’ensemble. Les causes particulières pourraient être légitimes, examinées au cas par cas, mais le portrait d’ensemble répondrait à une analyse différente et par conséquent effacerait cette légitimité, car l’ensemble doit primer sur les cas particuliers. En tirant une conclusion sur l’ensemble, Mario Roy peut ainsi se dispenser d’examiner les cas particuliers, discrédités en blocs.

Or, c’est avec cette méthode que je ne suis pas d’accord. Pour formuler une conclusion sur le portrait d’ensemble, il faut se livrer à une analyse comparative de chacun des cas, et dégager ce que chacun d’entre eux a de distinct des autres, ainsi que ce qu’ils ont tous en commun. On ne pourra formuler un diagnostic d’ensemble qu’en s’appuyant sur ce dernier critère: que sont les caractères communs de ces moratoires?

À consulter simplement la liste proposée par M. Roy, quelques traits apparaissent à qui veut bien faire l’effort de cet exercice:

1. Ils sont en majorité sous-tendus par un économisme mercantiliste, brandi contre une valeur non-marchande. On privilégie la vente de diplômes sur la formation citoyenne, la création de brevets sur la réflexion critique, la création de marchandises immobilières sur l’écologie, la vente d’un droit de circuler sur une route ou un pont sur la logique du bien commun… on privilégie aussi, par exemple, les projets ponctuels sur les économies locales durables.

2. Un grand nombre d’entre eux sont le fruit de décisions faites par un petit groupe et affectant un très grand nombre, sans associer les groupes affectés à la décision prise. C’est là un constat notamment fait par des auteurs ayant participé au dossier leadership de l’État du Québec 2012 (vous pouvez écouter la présentation de Miriam Fahmy, lire son introduction et quelques suppléments ici), mais c’est aussi un problème qui a fait couler beaucoup d’encre chez les philosophes politiques ces dernières années, concernant notamment les questions de démocratie directe et de démocratie délibérative.

3. Facteur aggravant du point 2, ces projets souffrent souvent d’un déficit de transparence, d’un manque de justification, d’incohérence idéologique (il est remarquable que la justification idéologique de la hausse des frais de scolarité fut davantage formulée par des chroniqueurs de La Presse, Alain Dubuc et Yves Boisvert, que par des représentants du gouvernement, qui se sont plutôt retranchés sur des slogans et la démagogie) et plus généralement d’un manque de confiance entre les promoteurs des projets et la population qu’elle devait le plus directement affecter.

4. Le plus important est sans doute que les demandes de moratoires s’accompagnent le plus souvent de l’exigence de la mise sur pied d’un organe d’information ou de réflexion – commission d’enquête, forum public, états généraux, études indépendantes, etc… C’est là la clé pour comprendre ce phénomène. La multiplication des moratoires répond à la multiplication d’initiatives privées et de décisions arbitraires. La société civile vit cette multiplications de projets marchands, non comme un progrès, mais comme une décadence. Aussi formulent-ils l’exigence d’information transparente et de réflexions sur les valeurs qui nous guident.

Et c’est là que le bat blesse. Car si la résistance militante peut contraindre le gouvernement à choisir ses batailles et à reculer sur certains dossiers et mener un assaut enragé dans d’autres (comme l’éducation), ledit gouvernement résiste en revanche de manière plus systématique et obstinée lorsqu’il s’agit de compléter un moratoire de l’indispensable organe de réflexion qui devrait l’accompagner. Or, sans cette réflexion d’ensemble, nous sommes condamnés à improviser et résister au cas par cas. Sans cette réflexion, aucun progrès n’est possible.

Que faire alors? Faire cette réflexion. L’imposer. Retourner aux documents fondateurs de notre société (en éducation, tout notre système d’éducation repose sur un document fondateur, le rapport Parent, vieux de près d’un demi-siècle), éclairer le chemin parcouru. Pourquoi notre société est-elle ce qu’elle est? Qu’est-ce qui a changé? Que veut-on conserver? Où veut-on aller?

« le « retour aux sources » est toujours aussi un modernisme. » – Michel de Certeau, L’Écriture de l’Histoire.

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Protégé : Raz-le-bol

avril 26, 2012

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Les complices

avril 21, 2012

Mardi dernier, André « Bum » Pratte, éditorialiste en chef de La Presse, a repris du service, une fois de plus, comme gros-bras des libéraux. Dans un éditorial intitulé « les complices« , il a dit que les leaders de la CLASSE, qui avaient dit ne pas encourager la violence et s’en dissocier, d’être les complices des actes de vandalisme et de violence commis lundi, sous prétexte qu’ils ne « condamnaient » pas les actes de violence. Il a visé la CLASSE, alors qu’à l’heure où il écrivait, les prises de position des trois principales fédérations étudiantes était exactement les mêmes. Il n’y expliquait pas très bien ses contradictions, ni la signification magique du mot « condamner » qu’il semble considérer comme un super-pouvoir qui fait apparaître la paix sociale partout où il est prononcé.

Pas un mot sur le fait que les manifestations étudiantes ont été d’un pacifisme exemplaire. Il y a eu un peu de casse en début de grève, les assos ont retenu la leçon et instauré des services d’ordre dans leurs manifs pour éviter que ça se reproduise. Puis, la contestation pacifique s’est poursuivi, dans la surdité et le mutisme gouvernemental.

Pour Pratte, « ceux qui ne condamnent pas ces gestes sans ambiguïté, sans «…mais c’est la faute du gouvernement», se rendent complices de la violence. ». Cela revient à interdire toute analyse lucide de la situation. Cela revient à empêcher de voir qu’aucun mouvement social n’a jamais pu souffrir autant de vexations que le mouvement étudiant en a subit dans cette grève, sans que n’éclatent des violences. Pratte a parlé: l’intelligence est indésirable.

Impossible, par conséquent, de parler des violences qu’ont subi les étudiants. Car lundi, c’était aussi le jour où les agents de sécurité de B.E.S.T. entraient sur le campus de l’Université de Montréal. Dès lors, les vexations, menaces, intimidation et violences se sont multipliées. Les associations étudiantes ont reçues plusieurs plaintes. Anticipons la critique: des cas isolés? Deux réponses viennent spontanément: 1. isolés… comme les cas de violence étudiante? 2. ça fait vraiment beaucoup de cas isolés.

Pour M. Pratte,  » Quoi qu’en pensent ceux qui appellent à un «printemps québécois», nous ne vivons pas ici sous un régime d’oppression. » Mais pour les étudiants qui s’étaient fait dire, la veille, « M’a te casser la gueule! »; « Retourne dans ton pays maudit français », les paroles de l’éditorialiste sonnent creux. Pour les étudiants qui se sont fait physiquement pousser dans leur classe par les agents de sécurité, ces paroles sonnent creux. Pour les professeurs arrêtés arbitrairement par des policiers sur les campus, pour celui qu’on a plaqué au sol et menotté comme un vulgaire dealer à l’UQO, sans autre crime apparent qu’avoir soutenu les grévistes, ces paroles sonnent creux. Les rumeurs, certes, amplifient le phénomène, mais sous ces rumeurs, il y a une multitude de cas documentés ayant fait l’objet de plaintes en bonne et due forme. André « Autruche » Pratte ne semble pas saisir la sincérité du sentiment d’oppression que vivent les étudiants et les professeurs. Cette réalité, il la nie par le moyen le plus radical qui soit: un mutisme total.

On pourrait plaider, à sa décharge, l’ignorance. Après tout, les étudiants sont informés, par leur interconnexion à travers de nombreux moyens, leurs rencontres régulières en assemblées (le lundi même, j’en avais une), leur présence physique sur les campus, beaucoup plus rapidement que quiconque de l’évolution de la situation. Le journal de M. Pratte a eu un jour de retard, ne consacrant pas d’articles à la violence à l’encontre des étudiants et des professeurs avant mercredi. Mais jusqu’à aujourd’hui, pas un mot [edit: de Pratte] sur ces abus. Au gouvernement, ce n’est pas mieux, d’ailleurs. Les journalistes ayant interpellé le ministère de l’éducation à ce sujet, la porte-parole (comme à la CLASSE, les « portes-paroles » ne parlent pas en leur nom propre) du ministère a affirmé que cela « relevait de la sécurité publique » – et donc pas du MEQ qu’elle représentait. J’en déduit qu’en des termes moins clairs que la CLASSE, elle se dissocie de la violence perpétrée par la police et les agents de sécurité. J’en déduit donc que leur position est qu’ils se dissocient de la violence, mais ne la condamne pas. Est-ce assez, M. Pratte? Est-ce acceptable?

Hier, le premier jour du Salon du Plan Nord a attiré de nombreux manifestants de plusieurs groupes distincts, tous en colère contre le Plan Nord pour différentes raisons qu’il ne nous appartient pas d’approfondir ici. La CLASSE était du nombre. La manifestation a dégénéré en émeute. Les policiers ont déclaré en onde que l’essentiel des violences était probablement dû à des casseurs professionnels, qui ont infiltré cette manifestation comme ils ont infiltré les célébrations de la Coupe Stanley. Des étudiants y ont peut-être pris part une fois que les violences étaient commencées, reconnaissons-le. Mais pour M. Pratte et nombre de commentateurs, la rigueur ne sert à rien, les membres de la CLASSE sont les seuls responsables. M. Pratte revient sur la question, par conséquent, avec un nouveau torchon intitulé « Céder à la casse? »

Alors que les représentants de la CLASSE ont déclaré qu’il est temps d’ouvrir les négociations pour ramener le calme dans la rue, M.Pratte semble croire que c’est un appel à davantage de violence. Alors que les portes-paroles de la CLASSE continuent à se dissocier de la violence, André « Je-sais-pas-lire » Pratte, déclare qu’ils « endossent » la violence. Il croit trouver la « justification » de la violence dans un extrait d’un communiqué de la CLASSE où il n’est à aucun moment question de violence. Il y est certes question de désobéissance civile: il s’agit d’un concept qui s’est développé au sein de la réflexion sur un militantisme à la fois actif et pacifique. Qu’importe, Pratte et ceux de son espèce confondent le bris d’une loi avec la violence. Cela revient à une condamnation rétroactive de tous les mouvements pour les droits civiques de notre histoire, cela revient aussi à faire de Gandhi un apôtre de la contestation violente.

Tandis qu’aujourd’hui, des voix s’élèvent partout pour réclamer un retour à la raison de tous les partis en présence, Pratte ne l’entend pas de cette oreille. Il pense qu’inviter au plus vite les étudiants à la table de négociation fera sombrer le Québec dans l’anarchie. Voyons un peu la grossièreté du raisonnement: « Or, si le gouvernement cède, sur la question de la violence comme sur le fond du dossier, il offrira aux radicaux une victoire sans précédent. Ceux-ci sauront, désormais, comment faire reculer à leur guise le gouvernement du Québec. Les effets de cette capitulation devant l’intimidation se feront sentir longtemps après que Jean Charest aura quitté le pouvoir. »

Encore une fois, pas un mot sur les abus dont les étudiants et les professeurs ont été victimes toute la semaine. Pas un mot sur la responsabilité du gouvernement, son mutisme sans précédant et les stratégies de division en fin de parcours (c’est de bonne guerre après cinq ou six semaines de grève, c’est de la folie irresponsable après neuf). C’est à se demander si M.Pratte lit son propre journal.

La posture de M. Pratte est, ce matin comme mardi, un refus de principe de toute intelligence de la situation. Tout effort de compréhension et d’action adaptée serait une entorse à un principe dogmatique basé sur une compréhension très orientée d’une soi-disant non-violence. Toute critique équilibrée, incluant donc les erreurs du gouvernement, est élevée au rang d’éloge de la violence et de l’anarchie. Des mouvements pacifiques ont déjà réussis à faire plier le gouvernement, dit-il – mais jamais le gouvernement n’a autant refusé le dialogue que maintenant.

Sa thèse selon laquelle, si le gouvernement cède, les mouvements sociaux pratiqueront à l’avenir la violence pour se faire entendre est une belle inversion de causalité. En réalité, « céder », ce serait tout simplement reconnaître avoir erré dans la gestion de la crise. Ce serait prendre ses responsabilités. La leçon à retenir ne serait pas que la violence porte fruit. Ce serait que le plus pacifiste des mouvements fini forcément par ne plus pouvoir résister à la violence quand il est méprisé pendant neuf semaines. La leçon à retenir, c’est qu’il faut négocier avec les militants quand ils sont pacifistes, pas les acculer aux extrémités. C’est ce que nos gouvernants avaient fait jusqu’à maintenant; c’est ce qu’ils n’ont pas fait cette fois-ci. Ce que Pratte prône, c’est de ne pas prendre les leçons de la crise actuelle et ne pas réparer les erreurs commises.

Charles Rojzman appelle « victimisation » un refus entier de reconnaître toute forme de responsabilité dans les violences (1). De la victimisation, nous en vivons de tous les côtés en ce moment. J’espère de tout coeur que le congrès de la CLASSE débouchera sur une condamnation de la violence – ce serait, de mon point de vue, une victoire morale sur le gouvernement. Mais je ne peux surtout pas rester sans voix devant la victimisation d’État mis en place par Jean Charest, Line Beauchamp, André Pratte et tous leurs semblables. Aux violences très réelles subies par les étudiants et les professeurs, s’ajoutent un refus de reconnaître jusqu’à la seule existence de ces violences. Ce refus est ressenti avec tout autant de violence que les coups de matraques, il fait souffrir comme une plaie ouverte. Il n’existe aucune sortie de crise possible si on ne reconnaît pas la souffrance endurée, physiquement et moralement, par les étudiants et les professeurs.

André Pratte et les autres veulent une condamnation sans ambiguïté de la violence. C’est de bonne guerre. Nous exigeons la même chose d’eux.

Peu importe leurs contorsions verbales et leurs motivations tactiques et partisanes, ceux qui ne lancent pas un appel général au calme à l’adresse de TOUS les acteurs de la crise, ne condamnent pas TOUTE violence et n’appellent pas à une négociation, sans ambiguïté, sans conditions, immédiate. Ceux-là seront les complices de la violence. J’espère vous lire bientôt M.Pratte.

(1) Charles Rojzman, Sortir de la violence par le conflit, Une thérapie sociale pour apprendre à vivre ensemble, Paris, La Découverte, 2008, pp.137-143.

Ceci n’est pas une grève.

avril 18, 2012

La célèbre toile de Magritte, l’une des plus importantes du XXe siècle, appelle deux types de commentaires contradictoires. Le premier est d’affirmer que ce n’est pas parce que c’est écrit, que c’est vrai. La personne mise devant la toile est en droit d’affirmer que, quoique puisse en prétendre le peintre, si ça ressemble à une pipe, la volonté même du démenti en font bien une pipe. Le second commentaire est de dire que, en effet, ce n’est pas une pipe, ce n’est que la représentation d’une pipe. Mais cette deuxième interprétation, qui semble réfuter la première, ouvre en fait la porte à des questions telles que: la pipe du capitaine Haddock, quoiqu’elle soit la représentation d’une pipe, qu’est-elle pour le capitaine Haddock? À partir de là, le commentaire peut se poursuivre longtemps. Synthétisons: on peut affirmer que la toile de Magritte ouvre une réflexion sur le statut philosophique des choses.

Cette dualité se retrouve aussi dans la grève étudiante. Est-ce bien une grève? Le gouvernement et les rectorats disent que non: c’est un boycott. Les étudiants disent que c’est une grève. Les médias hésitent: ils préfèrent nommer les sections entières qu’ils consacrent au sujet avec des expressions jugées neutres: « mouvement étudiant », « conflit étudiant », « droits de scolarité », etc…

Le point de vue des étudiants, c’est que les étudiants sont un corps social dont le travail sert l’institution dont ils sont membres. Leur arrêt de travail, même s’il ne s’étend pas à tous les départements, représente donc bien une grève.

Le point de vue du gouvernement et des rectorats, c’est que les étudiants ne sont pas un corps social. Ce sont des clients, qui payent pour des services. Mais ça, il faut le dire sans le dire. Ils savent que le dire trop directement, ça ne passerait pas. Déjà que l’Université de Montréal s’est ridiculisée en comparant l’Université à un centre commercial… (le juge n’a pas semblé convaincu, qui a rejeté la demande concernée). Ils préfèrent un autre argument: le droit de grève n’est pas reconnu aux associations étudiantes dans la loi québécoise. L’utilité stratégique de l’argument, c’est de briser la solidarité inhérente au droit de grève: on renvoie les étudiants à un choix individuel d’aller ou non en cours, qui devraient se tenir de toute façon (d’où les injonctions qui ont jeté le feu aux poudres ces derniers jours).

Mais cet argument ne tient pas debout. Prétendre que c’est la loi qui fait la grève est un contresens historique. Historiquement, la grève a bien sûr existé bien avant qu’on ne légifère à propos du « droit de grève », lequel n’aurait tout simplement pas pu effleurer l’esprit des juristes avant que la grève ne fasse son apparition. La législation, d’ailleurs, a eu un curieux effet sur nos institutions. Elle a créé un phénomène nouveau, extension de celui qu’elle prétendait encadrer: la grève illégale. Rendre une grève illégale est un moyen de pression employé par certains gouvernements (en particulier conservateurs) à l’encontre des grévistes. Ça peut marcher, ou pas. Mais dans un cas comme dans l’autre, la grève, qu’elle se situe dans le cadre ou pas de la loi, reste une grève. Et on continue à la traiter comme une grève, même chez les instances officielles et chez le patronat.

Ce n’est donc pas à ce qu’en dit le législateur qu’on reconnaît la grève, mais à sa caractérisation sociale: sa représentation et sa pratique. Ceci semble bien être une grève.

Est-on entièrement sorti de notre dualité matissienne? Pas tout à fait.

Pendant que je cogitais ce billet, le professeur d’histoire contemporaine Carl Bouchard, de l’Université de Montréal, rédigeait une lettre ouverte, intitulée « Revendiquer le « boycott » « . Lui et moi, on est du même bord. On est parti des mêmes réflexions, du même constat, avec les mêmes idéaux à l’esprit. Et on arrive à des conclusions opposées. Curieux, non?

Fondamentalement, lui et moi partageons l’essentiel: nous ne sommes pas dupes de la guerre des mots des autorités. Voici ce qu’en dit M. Bouchard:

Pour autant, vous appréhendez le mouvement étudiant exactement comme s’il s’agissait d’une gréve : refus de négocier, paternalisme digne d’un ancestral chef d’usine, injonctions visant le retour au « travail », efforts pour faire des professeurs des briseurs de grève. Vous dites boycott mais vous pensez grève.

Mais où, alors, ce trouve la divergence entre ma réflexion et celle de M.Bouchard? (et non un désaccord entre lui et moi, on nous apprend à être prudent sur les mots, ces jours-ci).

C’est que toute la philosophie gouvernementale et rectorale qui s’est appliquée ces dernières années visent à transformer les étudiants en clients. En ce sens, ils sont bien des boycotteurs. Je lui relaisse la parole:

Or, c’est vous, sans le savoir, qui avez raison. Les étudiants boycottent. Ils boycottent parce que nous avons fait d’eux des clients, des consommateurs de services, et ils ont été dans les dernières semaines des centaines de milliers à refuser de consommer le produit, de plus en plus cher mais pas meilleur, qu’on veut leur vendre. Il est révélateur que l’avocat de l’Université de Montréal qui a plaidé en faveur d’une seconde injonction la semaine dernière afin d’empêcher non seulement les piquets de grève mais toute manifestation sur le « terrain privé » de l’université ait comparé ce lieu d’enseignement à un centre commercial. Il y a dans cette ligne de défense une source infinie de tristesse pour ce qu’est devenue l’université.

Étudiantes et étudiants, revendiquez le mot boycott.

Il y a un risque à revendiquer le mot boycott: le poids qu’il fait peser sur la solidarité étudiante, sur l’identité du mouvement étudiant comme partie de l’institution universitaire. Mais M. Bouchard n’a pas tort: les craintes des recteurs sont en partie celles de leur âme de marchand: ne pas vendre leur produit, ne pas engranger les revenus résultants de la vente. C’est bien un boycott. Pour autant, c’est quand même une grève: l’Université vend non seulement des cours, elle vend aussi un taux de diplomation et une réputation. Deux produits dont les étudiants sont les ouvriers (ce qui n’exclut pas la part des profs ou du personnel administratif, bien sûr). Les conséquences administratives à gérer en cas d’annulation de session s’apparentent également à une grève.

Ce qui nous amène à dire que les étudiants sont les ouvriers, les consommateurs et le produit de l’université. Puisqu’on tient absolument à s’exprimer en termes marchands et industriels.

Sort-on de la dualité? non. Veut-on en sortir? pas sûr.

Est-ce un boycott? Sans doute.

Mais ceci est bien une grève.

Les paris sont ouverts: jusqu’à quand?

mai 27, 2011

Ce matin, les forces policières ont délogés les acampados (campeurs) de la Plaça Catalunya (qu’on voit dans le précédent billet). S’étant présentés à 7:00, ils ont demandé d’évacuer la place afin que des équipes viennent nettoyer la place. Pour des raisons de salubrité, donc. Les campeurs en ont discuté entre eux. Ils ont voté. Ils ont refusé. Et un bon nombre est resté pour bloquer le chemin des véhicules policiers envoyés sur place pour procéder au nettoyage. À 9:00, les policiers ont mené la première charge. La place fut donc « nettoyée », au prix de 2 arrestations et 121 blessés légers (37 d’entre eux des policiers).

Personne n’est dupe de l’argument de salubrité. Du reste, c’est exactement pour éviter une situation comme celle-là qu’existe une commission de volontaires sur place pour assurer la propreté.

La police a avancé d’autres arguments, mais plus tard: se trouvaient sur la place quantité d’objets que la police a l’habitude d’évacuer des rues lorsqu’il y a risque d’agitations dans la rue: des bouteilles, des poubelles, des conteneurs. Quant aux occasions d’agitations de rue, il se trouve que demain, le Barça dispute la finale de la Ligue des Champions contre le club de Manchester…

À 13h00, la police avait terminé le travail d’évacuation et le nettoyage de la place. Les acampados sont revenus. Le camps est en cours de reconstruction. La police a averti de ne pas camper demain en soirée, tout en disant qu’on ne les empêcherait pas de revenir dimanche matin.

Les partis d’opposition (dont les socialistes tout récemment délogés du pouvoir) ont accusé le PP désormais au pouvoir d’autoritarisme et d’être incapable de négocier avec les indignados. Pour eux, l’opération policière d’aujourd’hui a fait reculer le droit de rassemblement et la liberté d’expression.

Pendant ce temps, à Madrid, les politiciens du PP réclament au ministère de l’Intérieur de faire faire évacuer les campeurs de la Puerta del Sol. Aucune décision n’a été prise encore. La situation pourrait être plus délicate à Madrid qu’à Barcelone, puisque le camp de Madrid, contrairement à celui de la capitale catalane (que je me souvienne), comporte une garderie.

Lorsque les indignados ont décidé, le jour des élections, de demeurer sur place, ils avaient déclaré « au moins une semaine de plus », après quoi ils devaient à nouveau voter pour décider s’ils prolongeaient le campement. La question se pose donc de manière plus criante: jusqu’à quand vont-ils occuper les places centrales des capitales espagnoles?

Devinette: c’est où?

mai 24, 2011

J’allais demander aussi « c’est quoi? », mais déjà que la question en titre est facile…

et puis, ça m’aurait fait hésiter à mettre une légende aux photos.

première approche

Place Tahrir?

Dons

Subcommission de l'immigration

Commission de la propreté

Subcommission de l'éducation

Rendez-vous

Des livres pour tout le monde: un esprit sain...

... dans un corps sain

Quelques slogans

Tourisme révolutionnaire

mai 20, 2011

C’est après avoir cédé à une de mes habituelles névroses et dévalisé une librairie que je me suis rendu à la Puerta del Sol. C’était dans mon planning de la journée d’aller y faire un tour pour me rendre compte. J’espérais avoir l’occasion de parler avec quelques participants, mais ça n’est finalement pas arrivé. Peut-être parce que j’avais le bras qui fatigue sous le poids, des livres, ou que je n’avais pas pris la précaution de me munir d’une bouteille d’eau, j’ai à peine eu le temps de faire le tour de la place avant de ressentir le besoin de partir.

D’une manière générale, l’endroit a toujours l’air d’un souk. De grandes toiles sont tendues un peu partout, surtout là où travaillent les bénévoles, pour procurer un peu d’ombre. D’autres endroits sont plus découverts. Il y a un découpage de l’espace aussi pour guider les badaux entre les endroits pour s’informer, les ateliers, l’endroit pour les tentes individuelles, celle pour les dons de carton ou de bois, l’endroit pour s’exprimer…

Il y a un atelier où quelques ouvriers de fortune bâtissent à grands coups de marteau les infrastructures de base pour soutenir les tentes. Je ne saurais en jurer, mais je crois que quand je suis passé devant, ils étaient occupés à une petite scène pour les orateurs.

Ceci est-il un botellón?

El País a interrogé un flopé d’experts en sciences sociales sur le campement de la Puerta del Sol. Pour arrivé à la conclusion qu’ils ne savent vraiment pas comment interpréter cet événement que personne n’avait venu venir. Le plus optimiste avance qu’on assiste à l’émergence d’une nouvelle forme mouvement civil indépendant des syndicats et des partis politiques. Le sociologue Félix Ortega de l’Université Complutense de Madrid est le plus cynique. Ce qu’il a vu au kilometro cero (1), dit-il, n’est qu’un gros happening. Inoffensif, peut-on lire entre les lignes. »Il y a à Grenade des botellón plus dangereux pour l’ordre public. » ironise-t-il avant de conclure que ce mouvement n’amènera « rien de rien ». Un botellón est un phénomène espagnol, un rassemblement spontané de jeunes fêtards qui boivent dans la rue, avec leur musique et tout. Le phénomène est bruyant et salissant, aussi plusieurs grandes villes ont légiféré contre les botellón, dont Madrid, bien qu’on m’ait dit qu’il y a des secteurs où ils sont davantage tolérés, par exemple près du temple de Debod. Les botellóns s’observent un peu partout en Espagne, mais sont un phénomène surtout fréquent en Andalousie.

La question est donc posée: le rassemblement de la Puerta del Sol est-il un botellón?

L’une des premières banderole que j’ai vu en arrivant affichait en gros « Eso no es un botellón ». Le message est clair. En circulant au milieu des tentes, on constate que le message est repris par plusieurs affiches, sur plusieurs tons, les uns plus affirmatifs, les autres plus civils, ajoutant du « s’il-vous-plaît » (por favor). À intervales régulier, il y a quelqu’un au porte-voix qui passe le message: ceci n’est pas un botellón. Pas d’alcool, s’il-vous-plaît. Je l’ai même entendu une fois en français. Ça n’empêche pas quelques groupes de manifestants d’avoir amené leur bière, où leur jus probablement mêlé d’alcool: on les voit surtout installés autour de la fontaine. Mais en général, la consigne est respecté. On rajoute parfois une autre recommandation: par contre, buvez beaucoup d’eau. Il est vrai que le soleil tape dur (vive mon chapeau qui me procure un petit espace d’ombre personnel, mais j’ai quand même, je crois, récolté de petits coups de soleil sur les mains et le cou) et que ceux qui sont là pour longtemps se doivent de faire attention à cet aspect.

Bon, ce n’est pas un botellón, insiste-t-on de partout. Le campement n’en a pas moins une vive allure d’événement culturel spontané. Près de l’Ours de Madrid, recouvert d’affiches et d’un drapeau multicolore, se trouve un kiosque. Ce kiosque où s’affairent deux ou trois bénévoles a pour vocation de noter les suggestions. On y voit une paraphrase du Che: « soyons réalistes, réalisons l’impossible » (la citation originale étant « exigeons l’impossible »). Mais aussi à côté du kiosque, on voit une grande affiche avec un horaire d’événements planifiés: spectacles de clowns, musique, théâtre. Vers le milieu du camp, il y a un « atelier d’art » (en fait, on y fabrique des pancartes pour les manifestations), pas bien loin d’un endroit d’où proviennent des sons de tams-tams (dont je n’ai pas pu approcher); il y a aussi un autre cercle où s’entendent des guitaristes, installés au milieux d’autres artistes à pancartes.

Parlant d’artistes à pancartes, il y a aussi un endroit où une grande représentation de Guernica sert de support aux messages de qui veut bien écrire dessus. J’ai refusé à trois bénévoles différents les crayons. Je me voyais mal passer mon petit message au milieu d’un événement dont je discerne à peine les  enjeux.

Amenez vos enfants

En lisant dans El País qu’il y avait un service de garderie, je pensais qu’ils s’étaient entendus avec des garderies des environs. Non, il y a une grande tente consacrée à l’accueil des enfants. Elle est tapissée d’affiches disant sur tous les tons de ne pas prendre de photos à proximité. Mais on peut jeter un coup d’oeil à l’intérieur, et on y voit un bon nombre d’enfants, un très grand nombre de jouets et de livres pour enfants, le tout sous la supervision de quelques jeunes femmes qui ont l’air de savoir ce qu’elles font. Au milieu des affiches avertissant de ne pas prendre de photo, on en voit une qui laisse entendre qu’on accepte les dons.

De l’autre côté de la place, on trouve un espace de dessin pour les enfants. Et en un autre point, une espèce de corde à linge où sont affichés des « dessins d’enfants ». Viennent-ils de l’atelier? je l’ignore. Mais j’ai mis les guillemets car la violence d’un ou deux de ces dessins m’a fait douter que des enfants en soient vraiments les auteurs. L’un deux affichait quelques chose comme « quitan las ratas » (qui se traduirait par débarrassez les rats). Troublant.

D’une manière générale, j’ai vu plusieurs familles circuler avec des enfants en bas âge. C’est dire si personne ne semble s’inquiéter que les choses ne dégénèrent (du moins pas avant demain, c’est la réflexion que je me suis fait; en même temps, si la comission inquisitoriale électorale a décrété que le rassemblement serait illégal à partir de samedi, il semble que la décision de passer à l’acte revienne au gouvernement; les socialistes au pouvoir, déjà très impopulaires, oseront-ils faire intervenir la police la veille des élections?).

L’agora

J’avais évoqué la chose hier, le mouvement n’a pas de revendications claires, seulement un raz-le-bol, et le manifeste est en cours de rédaction. Il y a une très grande assemblée au milieu de la place, entre la fontaine et l’ours, où prennent le micro à tour de rôle différents intervenants. Les seuls visage constants, pour ce que j’ai vu, sont des organisateurs qui se contentent de passer micro de l’un à l’autre sans prononcer un mot. Près de l’à, une grande pancarte affiche des revendications (j’ai retenu notamment « on a pas besoin de sénat » et… bah, c’est tout, mais ça allait jusqu’à environ dix propositions). En fin d’affiche, un avertissement: ces propositions ne sont pas consensuelles, les propositions consensuelles sont affichées sur le site internet.

Mais on voit aussi d’autres préoccupations que de formuler des revendications. Il y a des kiosques qui font la promotion de la participation aux assamblées de quartier (le 28 mai, apparemment) et distribuent de l’information à cet effet.

Voter ou ne pas voter?

En se fiant aux journaux, les participants du mouvement qu’on appelle désormais le 15M (15 mayo) sont divisés sur la question du vote prochain. Certains ont appelé à voter à condition que ce ne soit pas pour le PSOE ou le PP, les deux grands partis. Beaucoup appellent au boycott de l’élection (la multitude des slogans anarchistes est d’ailleurs bien présente, sans surprise, bien que le mouvement dépasse de toute évidence les simples groupuscules de révolutionnaires professionnels). La question semble discutée du côté de l’agora, où prennent le micro à tour de rôle toutes sortes de gens qu’on entend plus ou moins bien depuis les derniers rangs de la foule compacte rassemblée autour.

Aux kiosques d’information, on distribue une feuille explicant les différentes options de vote et leurs impacts: voter pour un parti, s’abstenir (non tenu en compte lors du dénombrement des vote, et impossible de distinguer l’abstention par protestation de l’abstention par paresse); le vote nul (comptabilisé comme vote émis, mais n’avantage ni ne désavantage aucun parti); et le vote en blanc (considéré comme une protestation active; vote valide et comptabilisé, mais privilégient mathématiquement les grands partis au détriment des petits). La feuille se veut neutre, mais à la lire on se demande si son rédacteur n’a pas une préférence pour le vote en faveur des petits partis.

Toutefois, je n’ai vu aucun slogan sur la place appelant à voter pour qui que ce soit. Tous les slogans en rapport avec cette question s’inspirent de la position anarchiste puriste consistant à dire que voter revient à légitimer le système et appellent à une abstention massive.

(1) Le kilomètre zéro. Une autre manière de nommer la plaza de la puerta del sol, centre officiel de l’Espagne. Juste devant la Puerta del Sol elle-même, il y a même une dale marquant l’emplacement du kilométro cero, où les touristes vont régulièrement se tenir debout.

Edit: 21-12-2011: j’ai barré le mot « inquisitoriale » pour le remplacer par électorale. C’était le but quand j’avais écris le billet. J’ai fait un drôle de lapsus. Évidemment, « inquisitoriale » est un mot qui me vient tous les jours à cause de mes études…

Campement au soleil

mai 20, 2011

Dimanche dernier, j’étais allé danser le tango. Au parc du Retiro, dans un gazebo de bonne taille, s’étaient rassemblés quelques dizaines d’amateurs de danse argentine. J’aime danser en plein air, et je dois dire que le tango s’y prête particulièrement bien. Je suis parti assez tôt, dans le sillage de trois charmantes jeunes femmes avec lesquelles je suis allé prendre une bière (accompagnée des inévitables tapas, car il est rare que les Espagnols ne fassent que boire). Nous avons pris le métro et sommes descendu à Sol. Les abords de la Puerta del Sol sont propices à trouver un petit endroit sympa pour une bière.

La sortie du métro était particulièrement encombrée. On s’y bousculait, d’une manière peu agréable. Inhabituelle. La place de la Puerta del Sol est un endroit continuellement très fréquenté, mais je n’avais pas vu pareille cohue depuis les Fêtes, et encore. La cohue des Fêtes était plus cordiale. En sortant, la première chose que nous avons vu, c’est un alignement de sept fourgonettes de la police juste en face de l’entrée du métro.

La police était au repos. Vigilante, mais elle n’intervenait pas, du moins pas dans l’immédiat. Autour, ça manifestait. Les manifestants croisaient les nombreux passant qu’il y a toujours à cet endroit. Notre petit groupe s’est frayé un chemin à pas rapides vers une rue des alentours. Au coin de rue d’à côté, un individu masqué faisait exploser une banderole de pétards.

Six rues plus loin, on entre dans un petit café. On discute un peu des événements. C’était quoi, cette manif? Des « antisistema »? Ah, bon, c’est des anarchos, ça. Une des filles laisse entrevoir son impatience face au mouvement: une société sans système, ça n’existe pas. On discute un peu. La même fille évoque le rôle traditionnellement joué par les bourgeois dans les révolutions. J’ajoute à l’occasion mon grain de sel. En fait, c’est plutôt tranquille comme discussion, alors qu’on entend encore, d’où on est, les clameurs de la manif quelques rues plus loin, et l’explosion occasionnelle d’un pétard. Je fais quand même remarquer qu’on entend moins de pétard que lors des Fallas de Valencia. Ce qui détourne la conversation sur mon séjour en Espagne.

Les employés de l’endroit laissent entrevoir leur nervosité. À un moment, on voit un petit groupe de jeunes passer dans la rue, fuyant à toutes jambes la Puerta del Sol. Un instant plus tard, l’un des serveurs sors et abaisse le grillage du bar. Quoi, ils ferment? Non, en fait, c’est pour protéger les fenêtres au cas où le grabuge s’étendrait jusqu’ici. Le serveur nous le confirme un instant plus tard disant à tout le monde quelque chose comme « c’est la guerre dehors, mais ici on a à manger et à boire! » En effet, ça correspond à peu près au moment où on nous apporte nos « cañas » (bière, l’équivalent de la quantité contenue dans une canette), nos « bravas » (patates roties, recouvertes d’une espèce de sauce barbecue) et nos « tostas » (bon, des toast, quoi, mais avec une énorme garniture). On ne parle plus des manifs pour le reste de la soirée.

Après les bières, l’une nous quitte, les autres marchons vers le palais royal pour jeter un coup d’oeil au spectacle des fêtes de la San Isidro (fête traditionnelle madrilène). Puis nous nous séparons. Je rentre chez moi par le métro de la Plaza de España, là où il n’y a pas de manif.

………

Cette semaine quand je suis allé à la Real Academia de Historia, l’archiviste écoutait la radio. Ça parlait des manifs à la Puerta del Sol. Alors que je revenais de la RAH, je suis passé devant la Puerta del Sol. La place est incoyablement encombrée. On y dresse des espèces de tentes. La vue rappelle des souks arabes de bande dessinée.

………

Hier je devais aller à un théâtre près de la Puerta del Sol, où devait se dérouler l’ouverture du MadTap, le festival de claquettes de Madrid. Rendu à la station Sol, il m’a été difficile de sortir. Les deux premières sorties que j’ai essayées étaient pratiquement bouchées par la densité de la foule. Une fois dehors, la place est méconnaissable, toute tapissée de tracts et d’affiches du mouvement. Le slogan le plus fréquent est « nous ne sommes pas anti-système, c’est le système qui est contre nous » (traduction libre). En fond sonore, de nombreux tams-tams donnent le sentiment d’une manifestation festive. Sur le sol, j’aperçois une affiche avec une variation maladroite du slogan, disant simplement « nous ne sommes pas anarchistes »; sur le moment, j’ai un sourire ironique. Me semble, ouais.

Je suis arrivé en retard au théâtres (pas juste la faute de la manif, j’avais aussi oublié l’adresse). Je suis rentré chez moi et ai écouté un épisode de Glee avant de dormir.

La police est toujours dans le coin, mais elle se contente de surveiller. Pour le moment.

………

Ce matin, j’ai quand même occupé une partie de mon temps à chercher un peu dans les journaux. Cette semaine sur facebook, j’avais reçu des invitations à des manifestations qui m’arrivaient depuis Madrid, Valence et Barcelone. Les journaux confirment mon impression: le mouvement est national et concerne environ 60 villes en Espagne. Le schéma qui se répète, c’est l’occupation de la place centrale dans la ville concernée.

Hier, environ 4000 madrilènes ont campé sur la place de la Puerta del Sol, apparemment. Pourtant, elle n’est pas si grande que ça, cette place.

Difficile de se faire une idée sur le déroulement des événements. L’appel initial semble n’avoir concerné que Madrid, dimanche dernier, et être une initiative du mouvement « Democratia real ya! » (mon côté cynique trouve que ce n’est pas un nom très bien choisi pour un mouvement républicain, puisque « real », qui veut ici dire « réelle » pourrait aussi vouloir dire « royale »). Mais j’ai l’impression que l’occupation, présente depuis cinq jours, n’était pas prévue. Le mouvement est qualifié partout de spontané.

Il est intéressant de le voir s’organiser. Maintenant que je dépasse un peu les premières impressions, on voit bien que ça rejoint beaucoup plus que les groupuscules anarchistes. On appelle les campeurs les « indignados », mais la direction du mouvement demeure incertaine. Mais le campement s’organise. El País fait une liste de différents points d’organisation qui ont fait leur apparition dans la semaine: toilettes pour les campeurs la nuit, service de garderie, compte bancaire pour les amendes, etc. Dans la dernière journée, il semble qu’on ait commencé à se soucier de formuler des revendications. On dit que l’endroit se transforme en agora. C’est très curieux.

Pour le moment, la police se contente de surveiller, disais-je. Mais les élections sont dimanche, et la comission électorale vient de trancher, par cinq voix contre quatre, qu’il serait contre la loi électorale de poursuivre le rassemblement durant la fin de semaine. Les campeurs, toutefois, ne semblent pas décidés à bouger.

Le souffle du temps

juin 18, 2010

Aujourd’hui en feuilletant El País en attendant ma paella (c’est cliché, mais c’est vrai; je vous rassure, il n’y avait ni torrero ni danseuse de flamenco à l’horizon), je suis tombé sur deux articles qui m’ont interpellé. Sur des sujets assez différents, mais avec néanmoins un thème commun, qui suscite une réflexion sur le passage du temps sur les contrées.

Le premier traite de la commémoration du 50ième anniversaire de l’indépendance d’un grand nombre (17) de pays africains. Curieusement, cet article qui prend prétexte d’un événement passé offre surtout une réflexion sur le présent et l’avenir. Sous le titre L’heure de la responsabilité, il met l’accent sur une génération d’Africains qui, sans oublier la responsabilité du colonialisme, s’intéressent désormais davantage à la responsabilité des Africains dans leurs propres malheurs. On cite par exemple cette gabonaise étudiant la philologie à Madrid qui, dans la période de question d’une conférence, a souligné n’avoir jamais pu voté dans son pays en raison du manque d’organisation: « Cela n’est pas la faute de la France » dit-elle.

Par ailleurs, tout en soulignant les grandes difficultés de l’Afrique (notamment la corruption), on met aussi l’accent sur la nécessité de raconter « l’autre Afrique », celle de la classe moyenne, celle qui ne crève pas de faim. Il ne s’agit pas de cesser le récit de l’Afrique pauvre, mais, dit une écrivaine nigérienne, « on ne peut pas comprendre le continent si on n’écoute pas d’autres types d’histoires ».

Le second article qui a attiré mon attention est le compte-rendu d’une entrevue avec deux médecins légistes, l’un argentin, l’autre espagnol, qui compare les politiques des deux pays concernant la mémoire des victimes des dictatures. L’Argentine y apparaît comme un modèle, l’Espagne comme un cancre. Le sujet est sensible en Espagne, alors que le juge Baltasar Garzón, connu hors de l’Espagne pour ses procédures contre des terroristes internationaux et surtout contre Pinochet, a rouvert le dossier des victimes de la dictature. Cela lui a valu d’être mis en accusation par le juge de la cours suprême Luciano Varela sur la base de plaintes déposées contre Garzón par deux organisations d’extrême-droite. Le juge est accusé d’avoir violé la loi d’amnistie de 1977.

Respecté à l’étranger pour ses actions d’éclat contre les dictatures, Garzón est une figure controversée en Espagne. Ancien député socialiste, il est régulièrement accusé d’être biaisé contre le Parti Populaire et les autres forces de droite. On l’accuse par ailleurs de choisir ses cas pour faire mousser sa popularité. Pire, il a fait l’objet d’accusations de trafic d’influence. Autant dire que lorsqu’il s’est mêlé de faire ouvrir des fosses de cadavres et accusé, ça a déclenché les passions.

Laissons là Garzón pour revenir sur l’article qui nous occupe. L’Argentine et l’Espagne ont en commun d’avoir connu des dictatures sanglantes dont elles ne se sont débarrassé que relativement récemment. Alors que les amnisties ont privé les proches des disparus des réponses à leurs questions (1977 en Espagne, 1983 en Argentine), les deux pays ont emprunté des voies bien différentes. Un an après les lois d’amnistie, en Argentine, des étudiants d’anthropologie, d’archéologie et de médecine ont fondé un groupe pour aider les familles des disparus. Le processus argentin est strictement encadré par la justice. On n’y ouvre jamais de fosses sans autorisation légale, le processus est plus méthodique et on n’y rencontre pas d’opposition gouvernementale ou judiciaire comme cela peut se manifester en Espagne. D’après le légiste argentin, un cas comme celui de Garzón n’aurait pas pu se produire dans le pays des pampas, l’implication des organismes de défense des droits de la personne l’aurait empêché. Alors que, d’après le légiste basque, un tabou demeure en Espagne, ce qui suggérerait que la propagande franquiste y aurait plus profondément marqué les esprits. Mais il demeure optimiste, certain que le cas Garzón a permit de faire avancer les choses: « On a créé un Bureau d’attention aux victimes dans le Ministère de la Justice, et non dans celui des affaires sociales ou celui de la culture. Cela me paraît très significatif. »

Deux articles qui portent sur des sujets où le passage des générations agit en profondeur. En Afrique, on évoque trois générations, depuis celle qui a vécu le colonialisme jusqu’à celle qui vit en contact avec le monde mondialisé. Les perspectives et les priorités changent. En Espagne, on traite là de mémoire et de justice, puisqu’il s’agit d’offrir aux proches des victimes des réponses sur leur devenir. Cela, alors même que les jeunes adultes d’aujourd’hui appartiennent à la première génération qui n’ont connu ni la guerre civile, ni la dictature. Chez ces derniers, une indifférence agacée paraît être l’une des attitudes les plus fréquentes sur ces dossiers. On leur dit que c’est une question de justice, mais ils y voient le réouverture de divisions préhistoriques, issues de ces époques qu’il n’ont pas connu.

Falla à Montréal et varia

mai 31, 2010

Dans les commentaires d’un précédent billet, Yves demandait « À quand des fallas à Montréal? ». J’ignorais alors qu’il y avait une réponse on ne peut plus sérieuse à cette question: il y en a déjà. Enfin, une par année, dans une fête qui semble très multiculturelle, à la manière montréalaise. C’est organisé par la TOHU, et les falleros sont des jeunes du quartier Saint-Michel, impliqués dans ce projet communautaire pour le quartier. Informations sur le site de la TOHU, notamment ici (pour 2009) et ici (présentation, déjà passée, de la maquette de la falla 2010) et, surtout, ici, pour l’événement qui aura lieu du 26 au 28 août 2010.

J’ai eu l’information via le blog alonzocirk. J’en profite pour signaler deux modifications à ma blogoliste: l’ajout de alonzocirk, tenu par Guy et Claude, qui échangent sur l’actualité du cirque montréalais. Je suivais leur blog depuis un moment et je l’ai déjà référé dans les billets où je parlais moi-même de cirque, tout en hésitant à l’ajouter en raison du fait qu’il se passe souvent pas mal de temps entre les billets. Mais il faut se rendre à l’évidence: s’il n’y a pas un nouveau billet toute les semaines, le blog se maintient en vie sur la distance, et suivent bien l’actualité. Un blog pour les découvertes.

Il vient donc remplacer Zvok, blog fort sympathique qui encourageait la musique pour le plaisir de la musique, musique de tous les niveaux, et qui s’est révélé le contraire d’alonzocirk: des mises à jours super fréquentes pendant un temps, mais ils n’ont pas tenu la distance, et il est désormais à classer dans les blogs défunts, qu’on peut néanmoins toujours revisiter pour voir les vieux billets. Néanmoins, comme je tiens à avoir des blogs vivants dans ma liste, je supprime celui-ci.